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Bastien Héry : “Le match à Anfield reste sans doute le plus beau souvenir de ma carrière”

Formé au Paris Saint-Germain, Bastien Héry fait partie de ces nombreux frenchies à avoir migré très jeune de l’autre côté de la Manche. Aujourd’hui à Linfield, club le plus titré d’Irlande du Nord, le milieu de terrain dévoile le fil d’une carrière parfois tourmentée. De la déception anglaise, au bonheur irlandais, entretien avec l’un des rares représentants français présents sur l’île d’émeraude.

Made in Torcy

J’ai débuté dans ma ville à Torcy en Seine-et-Marne. Je jouais au foot pour être surtout avec mes potes. Au début, mon ambition n’était pas forcément de devenir professionnel, même si Torcy est une très bonne équipe en région parisienne. Il faut savoir que le club travaille avec deux collèges de la ville. On avait des horaires aménagés, c’est-à-dire qu’après les cours, le lundi soir, le mardi soir et le mercredi soir, on allait jouer, puis le jeudi, on s’entraînait avec le club. Il y avait vraiment une grosse structure autour du club. En fait, l’objectif de devenir pro est surtout venu à partir des 13 ans DH. Certains clubs m’avaient fait part leur intérêt. Après, je n’en avais pas encore pleinement conscience. C’est lorsque j’ai intégré le centre de formation du PSG que je me suis dit : “Ah, peut-être qu’il est possible de faire quelque chose dans le foot”. Mais avant d’atterrir au PSG, j’avais fait plusieurs essais, à Strasbourg, à Toulouse, peut-être d’autres clubs… Je ne m’en souviens plus. Au final, j’ai signé pour Paris après deux ou trois essais qui ont convaincu le centre de formation.

En allant au PSG, je pouvais rentrer tous les week-ends à la maison

Contrairement à d’autres mecs de la région, je ne supportais pas le PSG quand j’étais petit. Non, moi je supportais les Girondins de Bordeaux. À l’époque, il y avait des joueurs fabuleux comme Pedro Miguel Pauleta ou Jean-Claude Darcheville. Mais une fois que j’ai intégré le PSG, j’ai dû changer mon fusil d’épaule (sourire). J’ai choisi Paris par rapport à sa proximité avec Torcy. J’ai eu aussi la possibilité d’aller à Toulouse, mais c’était loin de chez moi. En allant au PSG, je pouvais rentrer tous les week-ends à la maison.

J’ai vécu de superbes années là-bas. On a gagné deux fois le titre en U18. Je n’en garde que des bons souvenirs. Dans ma génération, il y avait notamment Neeskens Kebano qui évolue aujourd’hui à Fulham, Loïck Landre qui joue à Nîmes, Mohamed Diarra qui joue en Finlande. On est un peu éparpillé aux quatre coins de l’Europe (sourire). Le regret de ne pas être passé pro à Paris ? Oui forcément. En plus, j’ai eu pas mal de blessures lors de ma dernière année au PSG, ce qui ne m’a pas aidé à retrouver un club. Après, j’ai appris de cet échec et il m’a servi à avancer.

Cap vers l’Angleterre

Du côté de Sheffield, Bastien Héry a évolué avec l’équipe U23 durant une saison © Manchester Evening News

Au départ, je ne voulais pas forcément partir de France. Je voulais passer pro en France, au PSG ou ailleurs. Mais comme j’avais été blessé toute la saison, ce n’était pas évident de trouver un point de chute. L’opportunité d’aller en Angleterre est arrivée sur la table et je n’ai pas hésité un seul instant. J’ai dit à mes parents que j’étais prêt à partir n’importe où pour le foot. Comment ça s’est fait ? C’est plutôt drôle. Le jour où on me contacte, je suis à Disneyland avec des potes (rires). Un agent m’appelle pour me dire : “Souhaites-tu aller en Angleterre, j’ai un essai pour toi à Sheffield Wednesday ?” Une fois en dehors du parc, je suis rentré chez moi et j’ai fait mes valises. En arrivant sur place, je me rends compte qu’on est 25 joueurs à l’essai, alors que l’agent m’avait dit que le club me voulait… Au final, je m’en tire bien et je signe à Sheffield Wednesday.

J’ai joué toute l’année avec l’équipe U23. Mais j’ai beaucoup appris à tous les niveaux, que ce soit l’apprentissage de l’anglais, la culture anglaise. Ce fut l’une des années les plus difficiles sur le plan footballistique, mais l’une des plus enrichissantes d’un point de vue personnel. Souvent, les gens ont du mal à vivre seul. Moi ça ne me dérange pas. Je suis quelqu’un d’assez ouvert. Au début, forcément, c’était compliqué car je ne parlais pas un mot d’anglais. Mais au fur et à mesure, je sortais avec les joueurs de mon équipe en ville et derrière, c’était bien plus simple. En plus, à Sheffield, je suis tombé sur plusieurs joueurs français comme Jérémy Hélan et Reda Johnson. Je connaissais un peu plus Jérémy car on avait eu la chance de jouer ensemble lors d’une coupe départementale. Footballistiquement, Sheffield a terminé ma formation de joueur, c’est évident. Je pense, avec le recul, que cela m’a permis de perdurer en Angleterre. Si j’étais allé dans une équipe de League One ou de League Two après mon départ du PSG, je pense que ça aurait été très difficile pour moi de m’adapter à ce niveau particulier.

Premiers pas en Football League

Après Sheffield, je suis parti faire un essai pendant deux semaines à Rochdale qui évolue alors en League Two. Au bout de deux semaines, le coach vient me voir pour me dire que le club me signe avec exactement les mêmes conditions salariales qu’à Sheffield Wednesday. En gros, il m’a fait une fleur (sourire). Ma première saison là-bas ? C’était tellement bien (rires). À l’issue de la saison, le club a accédé à la League One et lors du match pour la montée, je suis élu homme du match. Mon père est dans les tribunes avec deux potes… Je ne peux pas expliquer le sentiment qui m’animait. En plus, je n’ai pas beaucoup joué lors de cette saison. J’ai pu faire mes preuves uniquement vers la fin du championnat.

En League Two, ¾ des équipes jouent de manière physique, mais je ne l’ai pas totalement ressenti car à Rochdale, on jouait bien au ballon. Maintenant, d’un point de vue physique, le coach ne m’a pas lâché d’une semelle (sourire). J’ai dû bosser pour tenir le coup. En League Two, tu dois tout le temps courir, courir, courir. Tu ne t’arrêtes jamais ! Si tu restes statique, on va te le reprocher. Il faut toujours faire quelque chose. Donc, finalement, il m’a fallu du temps pour bien m’adapter et c’est sans doute pour ça que je n’ai joué qu’à la fin de ma première saison à Rochdale.

Après une première saison d’apprentissage en League Two, Bastien Héry va devenir l’un des hommes forts de Rochdale en League One © Manchester Evening News

Bien évidemment, j’ai eu des doutes. Qui ne doute pas dans le foot, surtout quand tu ne joues pas ? Malgré tout, je suis une personne positive. J’ai attendu, je me suis entraîné, je n’ai pas lâché et finalement, j’ai eu ma chance, même si les relations que j’avais le coach n’étaient pas forcément bonnes… Il parlait tout le temps de physique avec moi alors que j’ai un jeu basé sur la technique. En League One, j’ai beaucoup plus joué. Je ne sais pas forcément à quoi cela est dû… Peut-être la confiance, le fait de m’être acclimaté. Je me plaisais bien dans l’équipe. En plus, j’avais encore un an de contrat. Mais le coach ne souhaitait pas me conserver et à la fin de l’année, on s’est mis d’accord pour que je parte.

Contrairement à Sheffield, je me suis retrouvé le seul francophone à Rochdale. Un mal pour un bien avec le recul. J’ai perfectionné mon anglais et je me suis fait pas mal d’amis, comme par exemple Rhys Bennett qui joue à Peterborough en League One. Je suis toujours en contact avec lui, on s’appelle régulièrement, je suis allé le voir à Londres l’année dernière. Mais j’ai gardé contact également avec d’autres joueurs de Rochdale. Après, le coach me mettait parfois à part du groupe. Je ne comprenais pas trop. Il me disait “you’re fucking french” sur le ton de la rigolade, mais parfois, je me suis demandé s’il le disait vraiment sur ce ton-là (sourire). Je pense que si je n’avais pas été le seul français, il n’aurait pas fait de genre de chose.

L’histoire a pris des proportions complètement folles. J’ai dû faire un démenti via le club, je suis allé faire un tour de la ville avec le maire de Rochdale

L’histoire dans la presse ? Je m’en souviens encore. J’étais chez moi et un mec de mon équipe m’appelle au téléphone pour me dire que les supporters sont en colère contre moi. Il commence à m’envoyer des liens d’articles de presse. En fait, je venais de faire une interview à un site français sur ma carrière en Angleterre et les propos que j’avais donnés sur la ville Rochdale avaient été totalement déformés par les tabloïds… L’histoire a pris des proportions complètement folles. J’ai dû faire un démenti via le club, je suis allé faire un tour de la ville avec le maire de Rochdale. C’était fou. Les gens l’avaient mal pris.

La consécration à Anfield Road

Je me suis retrouvé à Carlisle tout au nord de l’Angleterre sans faire d’essai. Le club me voulait déjà l’année précédente. Le club avait fait une offre de prêt, mais apparemment, Rochdale l’avait refusée. Enfin, c’est ce qu’on m’a expliqué (sourire). Dès que j’ai quitté Rochdale, ils m’ont tout de suite appelé pour me faire signer. La ville ? Je ne m’en suis pas soucié. Moi je joue avant tout au foot (rires). Puis, j’aime bien habiter près de là où je joue. Certains de mes coéquipiers habitaient à Manchester et faisaient l’aller-retour tous les jours. Je n’étais pas dans cette optique.

Après un bon début de saison, on se rend à Liverpool fin septembre pour le 3e tour de la EFL Cup. Le match à Anfield reste sans doute le plus beau souvenir de ma carrière, même si on a perdu aux tirs au but. Je suis élu homme du match et franchement, jouer à Liverpool… Que rêver de mieux ? Il y avait en face Coutinho, Lallana, Firmino, Milner, Skrtel… C’était incroyable. Quand le stade a commencé à chanter You’ll Never Walk Alone, j’ai eu des frissons. Je regardais les tribunes comme un petit garçon. Les tribunes étaient remplies. Le summum.

Le 23 septembre 2015, Bastien Héry réalise le meilleur match de sa carrière professionnelle sous le maillot de Carlisle face au Liverpool de Firmino © Sky Sports

Malheureusement, j’ai beaucoup moins joué ensuite avec Carlisle. Je n’ai pas forcément demandé d’explications au coach car je suis souvent focalisé sur moi-même. J’aurais peut-être dû aller vers lui, mais au final, je ne l’ai pas fait. Aujourd’hui encore, je ne sais pas du tout pourquoi il m’a mis sur le banc, puis écarté du groupe. C’est le foot.

J’ai eu du mal à trouver un club après Carlisle. C’était compliqué, je ne vais pas mentir. J’ai finalement reçu une offre d’Accrington. Je suis allé sur place, j’ai vu le coach, on s’est mis d’accord et j’ai signé. Mais franchement, ça n’a rien donné… (soupir). J’ai joué seulement deux matches, un en EFL Cup contre Crewe Alexandra et je suis rentré une seule fois en championnat contre Barnet. Pourtant je m’entraînais bien. Ce sont les choix du coach. On m’expliquait que je n’étais pas prêt physiquement.

Je voulais quitter l’Angleterre et recommencer tout à zéro ailleurs. J’ai même songé à arrêter le foot

Honnêtement, ce fut la pire période de ma carrière de footballeur professionnel. J’ai été touché mentalement. Je n’en pouvais plus. Je m’entraînais toute la semaine et le week-end, je n’étais même pas dans le groupe. Je passais ma vie dans les tribunes. Je voulais quitter l’Angleterre et recommencer tout à zéro ailleurs. J’ai même songé à arrêter le foot. En janvier, le coach est venu me voir pour discuter et on a décidé d’un commun accord de rompre mon contrat. Dans la foulée, un agent que je connais très bien m’appelle pour me proposer d’aller en Irlande.

Un chapitre se termine, un autre commence

Je devais partir de l’Angleterre et recommencer une nouvelle histoire ailleurs. J’aurais aimé rester, mais j’avais besoin d’un “électrochoc”. Je suis allé en Irlande pendant trois jours, à Limerick plus exactement, une équipe tout juste promue en première division. Je me suis entraîné avec eux et j’ai signé un contrat. En réalité, je n’avais pas vraiment le choix car c’était ma seule offre (sourire). Après, l’avantage du championnat irlandais, c’est que les premières équipes au classement jouent les tours préliminaires de Ligue des Champions ou d’Europa League.

Moi, ça m’intéressait forcément, c’est pour ça que je n’ai pas hésité. On a réalisé une bonne saison en terminant septième si je ne me trompe pas. Personnellement, j’ai retrouvé des sensations perdues. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai pris du plaisir à retrouver les terrains. Si je connaissais le championnat irlandais ? Mais alors pas du tout. Je n’étais jamais venu en Irlande, je ne connaissais rien du pays, même pas le foot gaélique qui est l’un des sports majeurs ici. Sportivement, je trouve que le championnat irlandais est sous-estimé. Il y a de qualité. C’est dommage qu’il n’ait pas une grande visibilité. Je pense sincèrement que des joueurs français kifferaient venir ici.

Il y avait une vraie cohésion d’équipe. Le vestiaire s’entendait parfaitement. On était très proche et soudé. Personne n’était mis à l’écart.

Waterford, à l’instar de Limerick l’année précédente, vient aussi de monter en première division et affiche clairement ses ambitions. J’ai eu une proposition de prolongation de Limerick, mais je l’ai refusée pour rejoindre Waterford. Dans mes souvenirs, c’est le coach ou l’un des directeurs du club qui m’a appelé. Je suis parti là-bas pour voir les installations et ensuite, je suis rentré en France. Quelques jours après, on s’est mis d’accord. Waterford est sans doute le meilleur choix de ma carrière. Je le dis à tout le monde, mais c’est la réalité. Il y avait une vraie cohésion d’équipe. Le vestiaire s’entendait parfaitement. On était très proche et soudé. Personne n’était mis à l’écart. On gagnait ensemble, on perdait ensemble. Les résultats l’ont démontré puisqu’on a terminé 4e au classement.

En Irlande, notamment à Waterford, Bastien Héry va réaliser de grandes performances sportives et être ainsi récompensé d’une place dans le XI de la saison en 2018 © The Sun

Sur le plan personnel, j’ai été récompensé par une place dans l’équipe-type de la saison. Je ne m’y attendais pas du tout. N’importe quel joueur professionnel, peu importe le championnat, rêve d’avoir une place dans le onze de la saison. Moi j’y suis parvenu (sourire). C’était aussi gratifiant pour les fans et mon club qui me soutenaient. J’ai eu aussi la chance de porter le brassard de capitaine lors de certaines rencontres. J’avais d’excellentes relations avec mon coach Alan Reynolds. Un jour, il a décidé de me donner le brassard et forcément, c’était une petite fierté. Après, ça n’a pas changé mon rôle dans le vestiaire car on tirait tous dans le même sens. Il n’y avait pas forcément des leaders désignés. On s’écoutait tous.

Quand j’ai eu la proposition de rester à Waterford l’année suivante, j’ai dit oui de suite. Je me sentais bien et je voulais un peu de stabilité. Je passais du bon temps en Irlande et l’équipe dans laquelle je jouais me plaisait. À l’issue de ma première saison là-bas, le club a terminé quatrième et logiquement, on devait participer aux tours préliminaires de l’Europa League durant l’été. Malheureusement pour nous, il y a eu quelques soucis. En gros, il faut savoir que le nom de Waterford a changé en 2016 après le rachat du club par Lee Power qui à ce moment-là, était aussi le propriétaire de Swindon Town en Angleterre. Le club s’est alors appelé Waterford FC et non plus Waterford United afin d’éponger les dettes. Problème, pour aller en Coupe d’Europe, il faut que le nom de ton club soit inscrit depuis au minimum trois ans à l’UEFA.

On était en 2018. Donc, depuis seulement deux ans. De fait, St. Patricks, qui avait terminé derrière nous, a déposé une réclamation et a eu gain de cause. La décision a été mal vécue par la ville, le club. Personnellement, ça m’a mis un gros coup derrière la tête car forcément, je rêvais de découvrir l’Europe. On est malgré tout passé à autre chose rapidement.

Leur coach, furieux, vient vers moi pour me prendre le ballon. Sans réfléchir, j’ai commencé à le pousser et c’est parti en freestyle avec tout le monde

Lors de ma deuxième saison à Waterford, j’ai eu la chance d’inscrire un but contre le rival Cork City. Les fans m’ont encore plus apprécié (rires). Après, il m’appréciait déjà beaucoup depuis l’année dernière car lors du premier match contre Cork chez nous, j’avais été expulsé après avoir poussé leur coach (rires). Mais c’était n’importe quoi ce match. On avait gagné 2-1 si je me souviens bien et l’arbitre avait sorti six cartons rouges, dont le premier pour moi en carrière.

Pourquoi j’ai poussé le coach ? En fait, on joue les dernières minutes de la rencontre et le ballon est sorti en touche. Un joueur de Cork a le ballon dans les mains et moi, je suis à ce moment précis derrière lui et je tape dans la balle. Elle retombe dans mes pieds et je la protège pour gagner du temps (sourire). Leur coach, furieux, vient vers moi pour me prendre le ballon. Sans réfléchir, j’ai commencé à le pousser et c’est parti en freestyle avec tout le monde (rires). Et sincèrement, je ne regrette pas de l’avoir fait car il n’avait rien à faire sur le terrain. Depuis, les supporters de Waterford m’adorent. En fait, ils détestent le coach de Cork et forcément, en le poussant, je suis passé pour une sorte de “héros” (rires).

Je ne retiens que des bonnes choses de mon passage à Waterford. Si tu me demandes demain de retourner dans ce club, j’y vais les yeux fermés. Franchement, depuis mes débuts chez les pros, c’est le club où j’ai passé les meilleurs moments. Il va rester à jamais dans mon coeur.

Enfin l’Europe

J’ai quitté Waterford car le club n’a pas eu le résultat escompté à la fin de la saison dernière. On a terminé 7e et forcément, en terminant à cette place, on n’a rien accroché. Et je voulais à tout prix être dans un club qui joue les qualifications européennes. J’ai débarqué à Linfield grâce au directeur-manager du club qui en fait, était l’ex directeur-manager de Waterford… Il m’avait fait venir de Limerick. Il m’a appelé avant l’été pour me demander si le projet pouvait m’intéresser et j’ai dit oui car le club, champion en titre, jouait les barrages de la Ligue des Champions et potentiellement, ceux d’Europa League. En plus, je découvrais un championnat que je ne connaissais pas, même si l’Irlande du Nord est frontalière.

J’étais hyper heureux de découvrir la Coupe d’Europe et de voyager en Norvège, aux Îles Féroé, au Monténégro, en Azerbaïdjan

Les tours préliminaires ont été incroyables. Face à Rosenborg, on n’a pas existé, mais pour ceux de l’Europa League, on a passé les tours les uns après les autres. Finalement, on a perdu d’un rien face à Qarabag lors du dernier match avant les poules. Sur l’ensemble des deux rencontres, on est à égalité (4-4), mais ils ont marqué deux buts chez nous et nous seulement un chez eux… Forcément, il y a des regrets. Après, personne ne nous attendait à un tel niveau et personnellement, j’étais hyper heureux de découvrir la Coupe d’Europe et de voyager en Norvège, aux Îles Féroé, au Monténégro, en Azerbaïdjan. Ça m’a permis en plus de m’adapter plus rapidement à ma nouvelle équipe et de découvrir mes coéquipiers.

Bastien Héry et Linfield ont réalisé un parcours mémorable lors des tours préliminaires de l’Europa League en début de saison © BBC

Qu’est-ce que je garde de cette première saison ? Le championnat nord-irlandais est compliqué. C’est beaucoup plus physique qu’en Irlande et similaire à ce que l’on peut voir dans les divisions inférieures anglaises. Mais c’est le foot, il faut s’adapter. Au final, on a réalisé une bonne saison, on a gagné le titre en ayant des matches en retard à cause de la Coupe d’Europe. Moi, j’ai eu un peu de mal car on a joué beaucoup de rencontres et ma saison en Irlande se terminait seulement quelques semaines avant la reprise ici. Néanmoins, je suis très satisfait car je voulais gagner le titre en signant ici et jouer la Coupe d’Europe. C’est ce que j’ai pu faire dès ma première saison.

L’acclimatation outre-Manche

J’ai eu quelques difficultés au début, je ne vais pas mentir. J’entendais des accents différents. Je ne comprenais rien du tout… Dans le vestiaire, à Sheffield, je mettais de temps en temps mes écouteurs pour écouter de la musique, je ne parlais à personne, ça me rendait fou de ne rien comprendre. Mais au fur et à mesure des semaines, j’ai commencé à mieux comprendre la langue. J’ai eu aussi la chance d’habiter avec un joueur étranger. Ça m’a permis d’apprendre plus vite l’anglais en parlant, en sortant.

À Sheffield Wednesday, j’ai eu une prof d’anglais, mais elle m’aidait plus au niveau de l’écrit qu’au niveau de l’oral. J’ai demandé à arrêter les cours au bout de quelques mois. Au final, j’ai surtout appris sur le tas et désormais, je suis parfaitement bilingue, même si on se moque toujours de mon accent (rires). Hormis la langue, je n’ai pas vraiment eu de difficultés à m’acclimater en Angleterre. Je suis quelqu’un d’ouvert, de bon vivant, si quelqu’un vient me parler, je vais discuter avec lui. J’essaie de mettre tout de suite à l’aise les gens. C’est dans ma nature. Il faut donner aux autres.

Je conseille à n’importe qui de venir en Irlande, y compris à Dublin. Je dis toujours à mes potes : “Venez à Dublin, c’est trop bien”

En Irlande, la vie est plus calme et posée qu’en Angleterre. Les Irlandais rigolent tout le temps, ils sont assez tranquilles. Ils ne se prennent pas la tête. Ils aiment leur vie. En Angleterre, c’est un peu différent. Par exemple, quand j’étais à Manchester, il fallait toujours bouger et sortir. Ici, la vie est plus simple. En plus l’été, les paysages sont vraiment beaux. Il y a des décors incroyables. J’ai déjà visité pas mal de choses, de Waterford à Dublin et franchement, c’est super. Honnêtement, je conseille à n’importe qui de venir en Irlande, y compris à Dublin. Je dis toujours à mes potes : “Venez à Dublin, c’est trop bien”.

Certains d’entre eux sont déjà venus et ils ont adoré. La ville me rappelle un peu Manchester. C’est une grande ville, mais elle est grande sans être grande. Tu trouves ce que tu veux. Tu peux facilement aller dans tous les coins de la ville. La ville est touristique, il y a beaucoup d’étrangers qui vivent ici. Ça m’a surpris au début, car je pensais franchement qu’il n’y aurait pas autant de nationalités. Je m’attendais à voir des “roux” (rires). Mais ce n’est pas comme ça du tout (sourire).

Dublin est l’une des capitales européennes les plus attractives © Ceetiz.fr

Cette année, j’ai commencé à vivre à Belfast en Irlande du Nord. Et il y a des différences par rapport à l’Irlande. Belfast, c’est comme l’Angleterre. Les maisons se ressemblent toutes, il y a le pound et non l’euro. Quand je suis arrivé la première fois, j’ai fait une visite touristique de la ville pour en connaître davantage et franchement, j’ai été impressionné par les fresques. D’ailleurs, j’habite à l’est de la ville et il y en a plein.

J’ai toujours l’impression d’être français. Je suis originaire de l’île de La Réunion et j’ai conservé certaines coutumes. Moi je ne me vois pas comme un anglo-saxon même si ça fait plusieurs années que j’ai quitté la France. Je suis un Français qui parle anglais. La nourriture britannique ? Non, je peux pas (rires). Je me souviens au début, à Sheffield, quand on sortait, on me proposait de manger des haricots avec du pain. Ce jour-là, je me suis dit : “Mais ils ne mangent que ça en fait ? C’est n’importe quoi” (rires).

“En Irlande, les jeunes apprennent à jouer au rugby et au football gaélique avant le football”

Les Anglais sont vraiment des passionnés. Ils ne vivent que de ça. Parfois, je voyais des fans avec l’écusson du club tatoué. La philosophie anglaise est totalement différente de la nôtre. C’est une atmosphère particulière. En France, c’est pas mal du tout, mais en Angleterre, la ferveur est multipliée par dix. En Irlande, les choses sont différentes puisque le foot n’est pas le sport majeur. Je prends un exemple tout simple. Dans une ville, peu importe laquelle, s’il y a un match de foot gaélique et un match de foot, comme Waterford contre Cork, je suis sûr que les gens vont préférer aller voir le match de foot gaélique. Pour le rugby, c’est pareil. Mais finalement, c’est presque logique car depuis tout petit, les jeunes apprennent à jouer au rugby et au football gaélique avant le football. C’est une culture qui est bien ancrée.

Après, ça n’empêche pas d’avoir du monde dans les stades à domicile. Lors de ma première saison à Waterford, il y avait pas mal de fans, notamment contre Cork où c’était rempli. À l’extérieur, ils sont moins présents. En Irlande du Nord, le foot est beaucoup plus mis en avant. À Belfast, il y a une atmosphère différente qu’à Dublin. Quand j’ai signé pour Linfield, on m’a tout de suite dit : “Ouais, tu vas voir, ce match ça va être super chaud, lui aussi” et ça va ensuite de fil en aiguille, tu apprends l’histoire et les rivalités autour des clubs.

Le milieu formé au PSG l’affirme, Anfield reste le meilleur stade dans lequel il a eu la chance d’évoluer depuis le début de sa carrière professionnelle © Guardian

Les meilleurs fans dans les clubs où je suis passé ? Ah bonne question… (il réfléchit), allez je vais dire Waterford (sourire), mais j’aime bien les fans de Rochdale. J’aurais pu dire Linfield, mais le problème c’est que le stade (NDRL : Windsor Park) est tellement grand qu’on ne fait jamais le plein. Par contre à l’extérieur, nos fans font beaucoup de boucan. Ensuite, si je dois citer les meilleures ambiances où j’ai joué… Forcément, Anfield à Liverpool, le match de la montée en League One à Rochdale, la rencontre contre Qarabag avec Linfield au Windsor Park.

Ma reconnaissance ici ? J’en suis très fier. Si j’ai un conseil à donner aux jeunes joueurs, c’est de voyager. Il faut essayer, tenter. Moi je n’ai jamais pensé une seule seconde dans ma jeunesse venir jouer en Irlande et en Irlande du Nord. Aujourd’hui, je suis très heureux à 28 ans, même si j’ai encore l’espoir de jouer un jour en France. L’occasion ne s’est pas présentée, mais si j’ai la chance de pouvoir retourner en France, ce sera forcément du bonus.

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L’auteur

Thomas

Thomas

Étudiant en journalisme, amoureux du football britannique et des divisions inférieures.