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Angleterre et Russie, des tensions géopolitiques à l’aube du mondial

Le caractère mondialisé du football fait que ce sport et la politique sont étroitement liés. La récupération politique des Etats au service de la géopolitique n’est pas nouveau, et à l’aube de la Coupe du Monde en Russie, les tensions s’en ressentent. Coup de projecteur sur l’enjeu géopolitique du mondial qui secoue l’île britannique et l’hôte de la compétition.

Un antagonisme historique

La Grande-Bretagne, au nom de l’Europe, était soucieuse d’un possible expansionnisme russe en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Dans une Guerre Froide où le modèle soviétique se présentait comme une menace pour les Occidentaux, les tensions étaient palpables. Entre crises et Détente, les relations diplomatiques entre les deux pays se teintent d’un antagonisme structurel important.

Dans une période plus récente, des tensions ressurgissent. Le Royaume-Uni, à maintes reprises, dénoncent des agissements de la Russie de Poutine. Par exemple, la Cyber Attaque “Not Petya” (nom d’un logiciel malveillant) de juin 2017 touche l’entreprise de publicité anglaise WPP. Le gouvernement britannique accuse la Russie d’être responsable de cette attaque. Autre exemple récent, en janvier 2018 deux bombardiers russes sont repérés dans l’espace aérien britannique, symbolisant selon les autorités anglaises de “menace” pour la sécurité.

Avec la question de la Syrie et les multiples scandales de cyber espionnage, Th. May accuse Poutine, dans un contexte où il est intéressant pour elle de détourner l’attention de la question du Brexit, résultat d’une politique fortement décriée de l’autre côté de la Manche. À tord ou à raison, force est de constater que les relations sont tendues.

L’affaire Skripal et la Coupe du Monde : quels dangers ?

Image des émeutes à Marseille (Euro 2016) entre les hooligans russes et anglais. (crédit : Huffington Post)

Mars 2018, dans une bourgade anglaise, un homme et une femme sont retrouvés inconscients, empoisonnés par un gaz dangereux. Il s’agit de Sergueï et Ioulia Skripal sa fille. Cet homme est un agent secret russe qui a collaboré avec les autorités britanniques. Il aurait donné des noms d’agents russes présents sur le territoire. Après avoir écopé de 6ans de prison en Russie, il est rendu au Royaume-Uni dans le cadre d’un échange d’espions. Ces évènements datant d’une dizaine d’années ressurgissent avec cette affaire d’empoisonnement qui submerge les médias britanniques.

Sorti vivant, l’espion se serait fait intoxiquer au Novitchok, un gaz très efficace développé par l’Union soviétique dans les années 1970-80. Naturellement, les autorités britanniques accusent le Kremlin de cet agissement, provoquant un scandale médiatique et géopolitique important. Mais plusieurs incohérences émergent : pourquoi Poutine aurait-il ordonné cette tentative d’assassinat alors qu’il en avait la possibilité lors de son séjour en prison en Russie ? Pourquoi le gouvernement britannique reste-t-il flou sur les causes réelles de cet empoisonnement ? Est-ce vraiment ce gaz qui a été utilisé, alors que l’espion a été retrouvé à quelques kilomètres du laboratoire anglais Porton Down Defense (Salisbury) concevant également certains gaz toxiques et dangereux ?

Quelles que soient les causes et les vérités, les deux gouvernements s’entretuent diplomatiquement, et à l’approche du mondial en Russie où la sélection anglaise participe, les enjeux et les dangers sont à prendre en considération.

On se souvient des émeutes d’hooligans à Marseille lors de l’Euro 2016 en France, où des Anglais et des Russes ont saccagé les rues et se sont battus avant le match déjà tendu entre l’Angleterre et la Russie. On peut ainsi envisager de tels agissements lors de la Coupe du Monde à venir où finalement peu d’Anglais vont faire le déplacement. En effet, le gouvernement britannique a affirmé qu’il oeuvre pour la sécurité de ses citoyens au mondial. Autre fait qui montre que les tensions jouent un rôle, aucun arbitre anglais n’est convoqué à la compétition. Au-delà du fait que leur niveau est questionné, c’est bien la preuve que la géopolitique s’invite dans les tribunes des stades de football, en espérant que les matchs se dérouleront dans la paix et la joie.

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.