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L’été, l’épreuve (nouvelle) des maillots

Ils sont une image habituelle des stades anglais. Les maillots, signe d’appartenance et de reconnaissance des supporters outre-Manche, fleurissent toujours plus nombreux dans les tribunes. Pourtant, cette tendance majoritaire n’est que très récente et reflète étroitement l’orientation prise par le football moderne. Retour et analyse sur l’histoire ô combien révélatrice des maillots anglais.

Tout sauf une tradition

Quand vient l’été, surgissent les maillots. Rien de plus attendu et traditionnel me direz vous sur les côtes maritimes. Caractéristique singulière du foot moderne anglais vous répondrai-je alors. Car détrompez-vous, le supporter anglais, du moins sa frange la plus nombreuse, n’a pas toujours arboré dans et hors stade le maillot de son club favori. Les masses de fans uniformes par la tenue et à quelques égards très grégaires, constituent en réalité un phénomène récent voire même très récent si on le rapporte à la longue histoire du beautiful game.

Porter au stade un maillot de son club: une tendance bien récente (Source: National Football Museum)

L’image du supporter anglais affublé du maillot dernier cri de son équipe est devenue récurrente à compter seulement des années 90. Auparavant, vêtir dans les tribunes le home shirt de son équipe relevait de l’exception. A telle enseigne que selon une étude dirigée en 2020 par Christopher Stride de l’université de Sheffield, ces 2 fans en verve des Magpies, lors de la finale la FA Cup de 1974 à Wembley, figurent parmi les tout premiers supporters photographiés dans un stade anglais avec des maillots.

Wembley 1974: les pionniers d’une mode moderne (Source: Newcastle Chronicle)

Dans le livre culte outre-Manche “The soccer tribe” de Desmond Morris sorti en 1981 (une version actualisée à 16€ est sortie en 2016 préfacée par José Mourinho, alors que l’édition originale vaut la modique somme de 1 339€ !), l’auteur dont l’ouvrage se veut une étude anthropologique du football, détaille l’attirail du parfait supporter anglais de l’époque un jour de match. Les plus fervents supporters sont décrits avec écharpes, chapeaux et drapeaux aux couleurs de leurs clubs. Une image qui ne dénoterait pas 40 ans plus tard. Des maillots ? Aucune trace !

Une tunique infantile

Dans les faits, les répliques des maillots des joueurs étaient déjà commercialisées dès les années 50 mais étaient destinées aux… enfants. Ainsi, les publicités jusqu’en 1977 étaient, toujours selon Christopher Stride, orientées exclusivement vers les plus jeunes les figurant en joueurs de foot ballon au pied. De façon logique, les tailles proposées à la vente étaient en correspondance. Avant 1980, les maillots mesuraient en moyenne 36-38 inches à destination des grands adolescents ou petits adultes, la taille maximale offerte se limitant à 42 inches (“XL”). Les adultes ne deviendront ciblés qu’au terme de cette période avec l’apparition en 1989 de maillots de 44-46 inches (“XXL”). Nouveau et significatif ressaut dès la saison 92/93 avec des tenues atteignant désormais les 50 inches.

Tailles moyennes et maximales (en inches) des maillots en vente de 78/79 à 95/96 (Source: Christopher Stride)

Cette publicité tirée d’un programme de match de Wolverhampton de décembre 1980 illustre parfaitement les traits de l’époque: seuls des enfants apparaissent vêtus d’un maillot (et en tant que joueurs cf. le ballon), tandis que les tailles disponibles à la vente s’arrêtent aux 42-44 inches.

Le maillot, c’est seulement pour les kids ! (Source: Christopher Stride)

Quant aux femmes, il fallut attendre la décennie 2010 pour que clubs et fournisseurs daignent les inclure dans leurs gammes. On laissera à chacun et chacune le soin d’apprécier si cette inégalité manifeste constituait un scandale ou plutôt une chance.

La pénurie de modèles adultes explique donc en majeure partie la rareté des maillots en tribunes. Mais des considérations sociétales venaient aussi s’ajouter: porter des vêtements de sport en public semblait, pour les générations passées, pour le moins étrange voire carrément puéril. David Morton écrit à cet égard dans le quotidien de Newcastle en 2019:

“Pour ceux d’entre nous qui se souviennent des jours de matchs à St Jame’s Park au milieu des 1970s, nous, enfants, pouvions porter des écharpes noire et blanche autour de nos poignets mais ce n’était pas chose à faire que d’endosser un maillot ! On se serait moqués de nous à la Gallowgate End.”

De là pour un adulte, endosser une tunique de son club… Seul un excentrique pouvait s’y hasarder.

Genèse d’une mode

Le contraste entre les années 70 et l’ère moderne où des légions de supporters aux maillots identiques se pressent en direction des stades est donc saisissant. On ne peut, dès lors, que se questionner sur l’origine de cette (r)évolution. Pur fruit du hasard ? Volonté réfléchie des supporters ? Habile marketing des clubs et de leurs équipementiers toujours en recherche de ressources supplémentaires ? Tâchons d’y voir plus clair.

En 2020, le maillot de ton club, tu porteras.

La césure des années 1960

La présence aujourd’hui démultipliée des maillots au stade, mais aussi au quotidien en ville ou ailleurs, est le fruit d’une lente évolution dont les origines sont diversement analysées. Sur la période antérieure aux années 1960, chacun s’accorde en tout cas à dire que ces tenues étaient absentes. La raison en est à trouver dans les dures conditions économiques de l’époque, rares étant ceux qui pouvaient s’offrir des habits multiples et variés, encore moins pour aller au stade. Car ne l’oublions pas, le football est depuis son origine (et l’était encore à l’époque…) le passe-temps de la seule working class. Vêtir l’uniforme de son club était d’autant plus improbable que la “semaine anglaise”, ainsi qu’on l’appelle à juste titre en France, voyait les ouvriers et employés libérés de leurs obligations professionnelles le samedi à midi. Sortie des usines, mines et autres rimaient alors avec trajet direct vers le stade. Nulle question donc de se changer entretemps.

A l’amélioration des conditions de vie connue au cours des sixties vint s’ajouter les phénomènes de jeunesses apparus pour la première fois de l’histoire. La sous-culture des tribunes allait bien vite naître, le stade conjuguant toutes les caractéristiques idéales pour s’émanciper des normes parentales et sociétales encore pesantes. Comme toutes les autres formes de culture au premier du chef la musique, les jeunes fans de foot s’inventèrent leur propre dress-code. Nombreux dans les ends qui rassemblaient les fans les plus actifs (prendre la end adverse figura bientôt au menu de certains déplacements), les skinheads adoptèrent, après les mods, la fameuse marque Fred Perry, largement reconnue comme étant la première référence de sportswear portée dans les stades anglais. Quand les casuals au look délibérément plus discret (quoique…) occupèrent le terrain à la fin des 70s, le dress code certes évolua, mais toujours au profit de marques de sport, de tennis ou de golf de préférence, acquises plus moins légalement en particulier lors de déplacements européens.

Les casuals ou le règne du sportswear (de marque !)

Ils n’en n’avaient sans doute pas conscience – ironie du sort, les casuals se moquaient des supporters “classiques” aux multiples écharpes surnommés avec dédain les “Christmas trees” – mais nos skinheads et autres casuals venaient d’introduire un changement radical dans la culture des tribunes au sens large. Car désormais, aller au stade pouvait être synonyme de vêtements de sports. Or, quoi de plus sportif qu’un maillot de foot ?!

Vous l’avez déjà compris. A leurs corps défendant, ces deux tribus anglaises au look novateur avaient ouvert la voie (royale) à l’apparition progressive des maillots dans les stades. Plus question, en effet, de considérer que ces tenues devaient être l’apanage des seuls enfants ou joueurs sur le terrain.

Un merchandising embryonnaire

Ce changement de mentalité dans les tribunes se heurtait cependant encore à l’inertie des clubs et aux pratiques commerciales de l’époque. Nous nous souvenons ainsi lors d’une visite à Upton Park que, même au début des 90s, la boutique de West Ham se limitait à une sorte d’algeco améliorée où l’offre était des plus réduites. Le président des Spurs, Irving Scholar, rapporte, lui, qu’en 1982 lors de son arrivée au club, la boutique était “sombre, petite et les produits n’avaient pas changé depuis 10 ans.” Et de préciser ” Je ne l’ai pas étendue avant 1986“. Quel contraste avec le mégastore ouvert en octobre 2018 par le club du nord de Londres dans son nouvel antre !

Le mégastore des Spurs présenté comme le plus grand jamais ouvert par un club (Source: London football)

La diffusion rapide des maillots était également freinée par la fameuse English disease, comprenez le hooliganisme. De façon plus large, le football des 80s se voyait associé à la violence, au racisme et aux tragédies. Les émeutes à Luton en 85 lors d’un match de Cup contre Millwall, le drame du Heysel également en 85, l’incendie du stade de Bradford toujours en 85 (56 victimes), telle était l’image que le foot anglais renvoyait au grand public. Autant dire que s’afficher ostensiblement et publiquement en fan de foot avec un maillot était peu couru. Sans compter qu’au stade ou sur son chemin, revendiquer visuellement sa filiation à une équipe risquait de vous attirer l’attention des fans adverses les plus belliqueux. Bref, le football anglais vivait une période sombre qui, comme le releva Nick Hornby, auteur du célèbre livre “Carton jaune”, correspondit en 86 avec les plus basses affluences jamais connues dans les stades anglais depuis la 1ère guerre mondiale.

L’émeute de Luton en 1985 (Source: Huffpost UK)

Renaissance du foot et émergence de la mode maillot

Le point bas du football anglais atteint – les clubs sont sur le plan sportif désormais exclus des coupes européennes – le beautiful game devait pourtant renaitre et avec lui les maillots bientôt devenir in. Là encore, plusieurs facteurs sont à l’œuvre qui expliquent ces deux phénomènes concomitants et interdépendants.

Beaucoup évoquent immédiatement la création de la Premier League en 1992 qui transforma en profondeur le championnat majeur anglais. Bien évidemment pertinent, cet argument fait cependant fi d’évolutions significatives antérieures.

La violence dans les tribunes devait devenir plus épisodique dès la fin des 80s au gré des systèmes de surveillance vidéo installés dans les stades et de l’adoption de mesures législatives plus sévères envers les contrevenants. Moins connu et tout autant important est le rôle joué par les supporters les plus fidèles peuplant encore les stades. Le fan activism connut à cette époque un essor sans précédent avec pour traduction majeure l’apparition de multiples fanzines. Fanzines dans lesquels le discours médiatique négatif était battu en brèche et les maux du foot de l’époque, racisme et violence en première ligne, expressément rejetés.

Les fanzines des 80s contrecarrent l’image accolée au foot et ses supporters

Autre manifestation de cet activisme bienvenu du peuple des tribunes, les premiers groupes de supporters indépendants des clubs émergèrent qui, eux aussi, portèrent une parole différente auprès du grand public et des médias. C’est donc également de l’intérieur et par certains de ses acteurs eux-mêmes que le football anglais parvint à se régénérer.

Le sujet des fanzines loin d’être anecdotique est très intéressant car issus de l’underground musical, ces vecteurs de communication en essaimant dans les tribunes ont tendu à rapprocher ces deux univers. Dans son livre “Football with attitude” publié en 1995, Steve Redhead défend ainsi la thèse que les (jeunes) auteurs des tout nouveaux et nombreux fanzines des tribunes étaient les mêmes qui, quelques années auparavant, éditaient des fanzines sur des groupes de rock. Au même titre que ces derniers donnaient envie aux jeunes d’assister à des concerts, leurs cousins des stades incitaient précisément à investir les terraces.

La musique comme force motrice

De fait, c’est sur la musique que tous les auteurs, académiques ou journalistes, s’accordent pour déceler un tournant décisif. Tournant décisif que certains n’hésitent pas à qualifier même de réelle réconciliation avec le beautiful game et son corollaire la perception renouvelée des maillots de foot.

Coupe du Monde 1990 en Italie: l’équipe des Three Lions portée par Gazza, Lineker, Waddle et consorts échoue aux portes de la finale, mais embrase les cœurs et les esprits des sujets de sa royale Majesté. Le maillot de l’équipe nationale devient soudainement très tendance grâce la chanson officielle anglaise du tournoi “World in motion”. Enregistrée avec le groupe indie New Order, elle atteint les sommets des charts et son clip, leader du groupe maillot sur les épaules, tourne en boucle sur les chaines de TV pendant tout le mois que dure le tournoi. Dans les tribunes des stades italiens et dans les rues de tout le pays, les maillots fleurissent alors comme jamais sur les épaules du peuple anglais. Un nouveau cap (décisif) est franchi.

Un tube marquant pour l’avenir du foot anglais et surtout ses maillots

Quatre ans plus tard en 1994, un certain groupe mancunien répondant au nom d’Oasis ajoute sa pierre majeure à l’édifice, alors que s’afficher fan de foot dans le monde musical était toujours loin d’être très tendance. A l’occasion de la sortie de leur album “Definitely Maybe” – album qui rentre directement en numéro 1 des charts anglais et connait à l’époque le démarrage le plus fulgurant de l’histoire au niveau des ventes – les frères Gallagher posent fièrement aux couleurs de Manchester City.

Iconique image qui popularisa le port du maillot

On mesure le chemin parcouru lorsqu’on sait qu’aujourd’hui chaque groupe ou chanteur anglais, sauf rares exceptions, se plait à décliner son statut de supporter de telle ou telle équipe. Reflet de son époque et de son pays, Melanie C. des Spice Girls, déclara ainsi en 2005 au magazine de foot FourFourTwo: “”I was more proud of being on Match Of The Day than bloody Top Of The Pops”. Cette fidèle supporter des Reds, comme toute sa famille, avait, en effet, été filmée dans le Kop au mitan des 90s lors de sa première venue à Anfield avec son frère pour un match de Cup contre Charlton.

Melanie C. ou quand exposer son allégeance à un club est devenu la norme pour un artiste anglais

De la culture jeune à la culture universelle

Au début des années 1990, les équipementiers commencèrent à percevoir tout l’intérêt qu’ils auraient à satisfaire la demande grandissante de maillots adulte. Intérêt d’autant plus majeur que les clubs commençaient à exiger des sommes en nette augmentation pour revêtir le logo d’Umbro, Adidas ou autres marques. Cité toujours par Christopher Stride, Martin Prothero, cadre supérieur chez Umbro explique:

Nous payions une énorme somme à Manchester United (pour l’équiper), en conséquence, le seul moyen d’amortir le coût était d’élargir notre gamme de produits… de s’assurer que chaque homme, femme et enfant avait une réplique du maillot au minimum s’il supportait l’équipe.

Cet objectif, s’il fut pour le moins rempli, ne doit cependant pas tout à la seule politique de la célèbre marque anglaise. L’ère post-Hillsborough lui facilita, en effet, la tâche.

La fin des terraces (The Valley, Charlton) et de leurs fidèles signa l’avènement du foot moderne

Le rapport Taylor rendu en 1992 à la suite de la tragédie de Sheffield déboucha sur l’interdiction des terraces, ces immenses tribunes debout si caractéristiques des stades anglais. La sociologie des habitués des tribunes désormais plus nombreux allait rapidement et significativement être bouleversée. La working class sous l’effet du prix des billets en nette augmentation laissa la place à un public plus discipliné, moins jeune et surtout plus argenté. Couplé à la création de la Premier League lors de la saison 92/93 et à l’arrivée de Sky Sports qui retransmettait les matches à foison, alors qu’auparavant rares étaient les rencontres diffusées à la TV, le football devait reprendre la place reine qui l’occupait dans la société anglaise avant les 70s/80s.

Un public au stade et devant sa TV plus nombreux, des fans qui se recrutaient dans des catégories plus aisées, des “prescripteurs d’opinion” tels les groupes de musique qui s’affichaient maillots de foot sur les épaules. Ce qui était en germe depuis quelques années explosa au grand jour: les maillots adultes partaient désormais comme des petits pains.

Le maillot, avatar du foot business moderne

Le port du maillot légitimé au sein de la société et pas seulement au stade, cet objet majeur du merchandising des clubs fut pourtant vite l’objet de dissensions entre acteurs du football. A l’image du foot moderne dont la working class a été dépossédée, popularisés à l’origine par les supporters, les maillots sont devenus la chasse gardée des clubs, devenus entreprises très lucratives, qui en font désormais ce que bon leur semble. En témoignent les communiqués triomphants des têtes de gondole du foot européen qui proclament fièrement chaque année leur nombre de maillots vendus.

Symbole du foot moderne: les statistiques de ventes de maillots (2018/2019). (Source: Statista)

Une lutte (vaine) des supporters

Le marché des maillots explosant au cours de la décennie 90, l’appétit des clubs se fit plus grand. Le maillot traditionnel se vendait excellemment bien mais ce ne fut bientôt plus suffisant. Que faire ? Le modifier tous les ans pardi !

Cette tendance germa peu à peu dans l’esprit des responsables des clubs et des équipementiers au détriment du budget des supporters qui s’y opposèrent. L’antagonisme entre les clubs de pair avec les dirigeants du foot pro d’une part, et les fans d’autre part, se fit si fort au fur et à mesure de la marchandisation du beautiful game qu’une task force fut constituée en 1999 pour tenter d’aplanir les différends. Nombreux étaient les sujets de courroux à l’étude au sein de cette structure collégiale: prix des billets, représentation des supporters au sein des clubs, création de référents supporters (SLOs) et bien évidemment politique en matière de maillots.

Mais les points de vue étaient si opposés qu’aucun rapport paraphé par les deux parties ne put émerger. Côté supporters, on resta fermes, exigeant que les maillots aient une durée de vie d’au moins deux saisons. Côté autorités, on se limita à promettre de publier au sein de chaque club la politique en matière de maillots.

“Comme les temps changent. 1997/1998 a été la dernière fois où Crystal Palace n’a pas changé de maillot et vous savez quoi ? Personne n’en demandait un nouveau à l’époque. Les fans SE FOUTAIENT DE LA GUEULE de ces clubs (principalement Man. United mais beaucoup d’autres étaient coupables) qui changeait de maillots chaque saison. Pourquoi toute cette agitation ? (Palace à la date du tweet était le dernier club de PL à ne pas avoir dévoilé son nouveau maillot et ses fans s’impatientaient)

In fine, la Premier League publia en 2000 une charte stipulant que les maillots des clubs ne changeraient pas plus souvent que tous les deux ans. Mais le diable était dans la formulation: les clubs pour contourner cette barrière se mirent à alterner nouveau maillot domicile une saison, nouveau maillot extérieur la suivante !

Côté clubs, jusqu’en 2010, on trouvait encore trace dans les chartes de certains d’entre eux, comme Arsenal ou Liverpool, de l’engagement suivant: “Les home shirts ont une durée minimale de deux saisons“. Preuve du renoncement, la charte actuelle des Gunners nous apprend que “le club produit jusqu’à 3 kits par saison. Les kits durent une saison“.

En réaction, dès 2010, Steve Powel, responsable de la Football Supporters Federation, s’insurgeait: “Les clubs ignorent délibérément les promesses faites il y a 10 ans“. La même année, Bernie Kingsley, président du Tottenham Supporters Trust déclarait lui:

Le club prétendra qu’en sortant de nouveaux maillots, il se procure davantage de revenus pour acheter de nouveaux joueurs et certains supporters s’en satisferont mais c’est juste une nouvelle illustration que le football cesse d’être un sport pour être encore plus un business.

Encore plus cinglant, Mark Longden, membre de l’Independent Manchester United Supporters Association, n’y allait pas par quatre chemins affirmant: “Si vous êtes assez bête pour acheter un nouveau maillot chaque saison, c’est votre affaire“.

Ces différentes déclarations enflammées de 2010 étaient tout sauf un hasard. La saison 2010/2011 avait vu pour la toute première fois depuis la création de la Premier League, l’intégralité des 20 clubs de l’élite dévoiler un nouveau maillot. Provocation inacceptable aux yeux de certains.

Des maillots à foison pour une responsabilité partagée

Aujourd’hui, les bonnes intentions affichées en 2010 dans la charte de la Premier League – ce document ne présentait aucun caractère contraignant et a d’ailleurs disparu mystérieusement du site de la PL – ne sont plus que lointains souvenirs. A l’aube de toute saison, chaque club inaugure allègrement trois nouveaux maillots: un maillot domicile, un maillot extérieur et un maillot third. Sans compter les quelques maillots anniversaires sortis en édition limitée (et à prix illimité) à l’occasion de certains événements marquants.

Questionnée en 2016 par un journaliste du magazine Vice sur le respect de sa charte, la Premier League jugea bon de ne pas répondre. Des 20 clubs de Premier League de l’époque également interrogés, seuls 4 daignèrent s’exprimer, déclarations que le journaliste synthétisa en deux mots: “No comment.”

Dévoiler, disséquer, commenter les hypothétiques nouveaux maillots: une passion moderne

Voir dans les différents dirigeants du foot anglais les seuls acteurs de cette marchandisation à outrance serait cependant porter un jugement largement biaisé. Car si les clubs commercialisent à cadence répétée des nouveaux maillots, c’est bien que la demande est au rendez-vous. L’effervescence que suscite chaque leak de maillot sur les réseaux sociaux résume à elle seule l’attirance irrépressible des fans pour ces tenues. Connectez vous dans les instants de mise en vente d’un nouveau maillot sur la boutique d’un club anglais et vous serez irrémédiablement rerouté vers une file d’attente tant la ruée est massive. Bref, les réticences des décennies 2000 et 2010, du moins dans la masse la plus nombreuse des sympathisants des clubs, sont aujourd’hui définitivement levées.

Il ne rentre nullement dans nos intentions de juger ici le bien-fondé de cette évolution historique du foot anglais. Libre à chacune et chacun d’acheter ou non, à fréquence plus ou moins répétée, le maillot de son cœur. Espérons seulement qu’au terme de ces propos, conscience sera prise qu’un tel achat mettant chaque été à rude épreuve les portefeuilles est tout sauf anodin.

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L’auteur

Olivier Laval

Olivier Laval

Amoureux des ends anglaises et des curve italiennes. Ecume les tribunes populaires depuis plus de trois décennies. Le foot se vit au stade et debout !