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Joseff Tinkler (supporter du Pays de Galles) : “Je pense que les jeunes seront un élément moteur de l’équipe”

Le Pays de Galles continue d’être à l’honneur cette semaine sur God Save The Foot. Pour compléter cette série, nous nous sommes entretenus avec Joseff Tinkler, Gallois et fervent supporter des Dragons, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Bonjour Joseff. Tout d’abord, merci d’avoir répondu à nos questions. Pourrais-tu te présenter à nos lecteurs ? 

Bonjour, mon nom est Joseff Tinkler, j’ai 24 ans et je suis Gallois. Je vis actuellement à Londres. Je suis né à Cardiff mais j’ai déménagé à Wembley pour faire un Master en communication et marketing digital dans le football. J’espère trouver un travail dans le monde du football en tant que créateur de contenu multimédia pour un club. Au niveau de mes passions, je suis un grand fan de football : j’y joue et j’en regarde beaucoup. J’aime également beaucoup le snowboard et découvrir de nouvelles personnes. 

Tu es donc un grand fan de football. Peux-tu nous en dire plus sur ton rapport avec ce sport ? 

Je n’aime pas à quel point le football tend à avoir une grosse influence sur ma vie. On ne peut pas contrôler l’issue des matches, et pourtant ils impactent grandement nos émotions. J’aime mon club de football comme ma famille. Le football nous rassemble et nous fait vivre des émotions, surtout dans un monde aussi perturbé que celui d’aujourd’hui, c’est une des rares choses qui parvient à casser la monotonie des journées de travail. 

Comment as-tu commencé à suivre le football d’une manière générale ? 

Quand tu es jeune au Royaume-Uni que ce soit au Pays de Galles, en Ecosse ou en Angleterre, le football c’est presque un mode de vie. J’ai commencé à y jouer à 3 ans et j’ai seulement arrêté d’y jouer en club à 24 ans à cause de la pandémie et mon départ de Cardiff. Au Pays de Galles, les équipes les plus populaires sont Manchester United et Liverpool. D’ailleurs, tout le monde supportait Manchester United dans mon école. Mais je ne voulais pas faire comme tout le monde. Quand j’étais jeune, mon père m’avait une fois montré le classement de la Premier League. Arsenal était premier et ça a attiré mon attention pour deux raisons  : premièrement, ce n’était pas un nom traditionnel de ville comme Manchester ou Liverpool. Deuxièmement, “Arse” est un juron en Angleterre, et je trouvais ça marrant de supporter un club avec un tel nom, et je savais que j’allais embêter mes parents. D’ailleurs, mon père est un supporter de Leeds depuis tout petit, et j’ai d’ailleurs eu des maillots de Leeds plus jeune. On me disait souvent de l’enlever, Leeds n’est apparemment pas très aimé au Pays de Galles, mais je ne saurais pas expliquer pourquoi.

Quel a été ton premier souvenir en tant que fan du Pays de Galles ? 

Un match entre le Pays de Galles et l’Ecosse au Millennium Stadium. Je ne me rappelle pas de l’année mais du score, et le Pays de Galles avait gagné 4-0. 

Et ton plus beau en tant que fan d’Arsenal ? 

Gagner la FA Cup en 2014 contre Hull. J’étais trop jeune pour avoir vraiment connu l’époque dorée du club, et personne ne le supportait dans ma famille. J’ai eu pas mal de mauvais souvenirs aussi : la défaite face à Barcelone en Ligue des Champions, la défaite en finale de League Cup contre Birmingham… On a aussi eu de belles victoires pour compenser : Milan, Barcelone, le Bayern… Mais le plus beau restera la FA Cup contre Hull parce que c’était le premier vrai succès que je vivais avec le club. Sinon, le but de la tête de Welbeck dans le temps additionnel contre Leicester durant la saison 2015/2016 c’était un grand moment. On pensait vraiment qu’on allait gagner la Premier League, malheureusement Leicester a réussi l’impensable… 

Comment est perçu le football au Pays de Galles d’une manière générale ? 

Une grande majorité de gens adore le football au Pays de Galles. En général, les gens supportent une équipe anglaise. Je dirais qu’il y a 3 catégories de football au Pays de Galles : la première, les fans comme moi qui supportent une équipe anglais parce que forcément, les équipes anglaises sont plus grandes et prestigieuses. La deuxième, c’est les fans des équipes locales comme Cardiff City ou Swansea City. Ensuite, les fans “internationaux” qui supportent la sélection mais qui n’aiment pas vraiment le football de club. En général, ce ne sont pas vraiment des gens très intéressés par le football, pour eux c’est plus une excuse pour boire un coup. En général, ils suivent seulement le Pays de Galles durant les grandes compétitions. 

Le rugby est apparemment le sport le plus populaire au Pays de Galles. Est-ce que le football en est loin ?

Je pense que le football est quand même plus populaire que le rugby chez nous, même si les matches de la sélection galloise ne sont toujours pas joués dans notre stade national qui est réservé pour le rugby. Mais il y a plus de supporters de clubs de football que de clubs de rugby. Par contre, avant l’arrivée de Gary Speed, la sélection galloise de rugby était plus suivie que l’équipe de football. Mais maintenant qu’on s’est qualifiés deux fois pour des grandes compétitions, la donne est en train de changer. 

En 2016, le Pays de Galles a choqué l’Europe en réalisant un parcours historique. Comment tu l’as vécu, cet Euro si particulier ? 

Le meilleur match en tant que supporter Gallois c’était le dernier match contre la Russie. J’étais avec des amis gallois à Aya Napa (Chypre) dans un bar gallois, et de l’autre côté de la rue, c’était un bar anglais. Du coup on a bien rigolé, parce qu’après la victoire contre la Russie, on était premier du groupe, et les anglais en seconde position. Pour le reste de la compétition, c’était un peu moins animé – le match contre l’Irlande du Nord était compliqué et au final on s’en sort après un simple CSC.  Par contre, pour le match face à la Belgique, je travaillais dans mon pub local en tant que serveur, donc même si je ne pouvais pas voir le match j’étais surexcité, avec des Gallois tous bourrés et au moins aussi  surexcités que moi. Heureusement que les chefs du restaurant me tenaient au courant du score, d’ailleurs la cuisine était aussi animée et bruyante que le bar. Après le travail, on est tous sortis pour aller célébrer avec les autres. 

Depuis son parcours incroyable à l’Euro 2016, la sélection galloise a pris de l’ampleur au Pays de Galles ©GettyImages

Est-ce que tu t’attendais à un si beau parcours ? 

Je ne pensais vraiment pas qu’on irait si loin, surtout vu comment on a eu du mal face à certaines équipes comme Andorre durant les qualifications. On a eu un groupe pas si relevé au final, avec la Slovaquie et la Russie très moyennes. L’Angleterre a sous-performé (à part pour le match contre nous). Pareil pour la Belgique, sur le papier ils étaient largement supérieurs, je ne pensais pas qu’on allait le faire. Du coup c’était incroyable de gagner contre eux. Par contre, sans Ramsey pour le match contre le Portugal, je savais qu’on allait perdre vu que c’était notre meilleur joueur. 

Avais-tu imaginé que des joueurs comme Robson-Kanu ou Sam Vokes allaient vous aider à aller si loin ? 

Absolument pas, surtout vu leurs carrières respectives en club. A part son but de la tête, Vokes n’a pas offert grand chose, mais Robson-Kanu a au final été un joueur très polyvalent pour son âge, et en plus il n’avait pas de club pendant l’Euro. Ils ont disparu depuis le tournoi, mais on se rappellera toujours d’eux pour leurs prestations pendant l’Euro. 

Quelles sont tes attentes pour l’Euro à venir ? 

Elles ne sont pas vraiment grandes, on va dire qu’on a toujours une équipe assez “brute”. Puis l’épisode avec Giggs n’a pas aidé non plus. Je pense que notre défense est faible, mais on a de la jeunesse devant, et Gareth Bale a très bien fini la saison avec Tottenham donc c’est un bon signe. Je pense qu’on peut battre n’importe quelle équipe du groupe (Italie, Suisse et Turquie). On peut largement sortir du groupe, mais ça sera très difficile face aux grosses nations. 

En 2016, certains joueurs comme Bale ou Ramsey sortaient d’une très bonne saison sur le plan individuel. Ce n’est pas vraiment le cas en 2021. Quel est ton ressenti par rapport à cela ? 

Je pense que plus on s’éloigne de 2016, plus la jeune génération est amenée à briller. Après, c’est du cas par cas. Bale a mieux fini sa saison même si on dirait qu’il n’en a plus rien à faire du football de club, donc s’il donne tout pour sa nation il devrait faire quand même un bel Euro. Ramsey, c’est un peu pareil que Bale, il faut qu’il parte de la Juventus parce qu’il n’a pas assez de temps de jeu. Ce n’est pas vraiment choquant qu’il n’ait pas réussi à s’imposer, l’Italie n’est pas toujours facile pour les joueurs étrangers. Il les a rejoint à un moment très compliqué. Je pense que retourner avec ses coéquipiers du Pays de Galles va vraiment lui faire du bien. 

Comme en 2016, l’effectif gallois n’est pas forcément composé de beaucoup de joueurs célèbres. Mais il y a une belle génération : Tyler Roberts, Daniel James, David Brooks… tu en penses quoi de cette nouvelle génération ? 

Je pense que les jeunes seront un élément moteur de cette équipe. David Brooks est sûrement le jeune espoir le plus talentueux. On doit faire jouer Tyler Roberts au milieu parce qu’il a un gros volume de jeu et une belle qualité de passe. Daniel James est très rapide, il arrive souvent à faire la différence face aux latéraux adverses, il faut qu’on arrive à tirer le meilleur de ses qualités. C’est d’ailleurs un joueur qui marche énormément à la confiance. 

Qui sera le Gallois qui va crever l’écran ? 

Je pense que ce sera David Brooks. S’il ne se blesse pas, il sera notre joueur le plus créatif devant. 

Selon Joseff Tinkler, les jeunes gallois, comme Harry Wilson seront des éléments importants de la sélection galloise à l’Euro ©SkySports

Des événements extérieurs ont affecté le Pays de Galles, et Ryan Giggs ne pourra donc pas coacher la sélection pour l’Euro à venir. C’est Robert Page qui s’en chargera. Est-ce que tu penses que ces événements ont eu un impact important sur les chances de l’équipe ? 

Je ne pense pas du tout que la saga Giggs ait affecté l’équipe. Je suis même content qu’il ne soit plus là car pour moi ce n’était pas le sélectionneur adéquat pour notre pays. Je pense qu’on a été très chanceux de se qualifier après la première partie désastreuse des phases de qualifications. Mais finalement, on s’est extirpé de la tombe qu’on avait creusée. Depuis l’intronisation de Page, il y a plus de créativité dans l’équipe et globalement on retrouve une meilleure synergie. Je pense que le Pays de Galles est une meilleure équipe sans Ryan Giggs. 

Cet Euro va être très particulier du fait de la situation sanitaire. Comment vas-tu le vivre ? 

J’ai été très chanceux parce que j’ai été sélectionné par l’UEFA pour vendre les programmes des matchs. Donc je serai souvent à l’extérieur de Wembley pour en vendre. Je pense que pour les matches du Pays de Galles j’irai au bar avec des amis. Je ne suis pas du genre à prévoir les choses en avance, mais je suis sûr que je trouverai des gens avec qui regarder ces matchs.

Pour finir, quelques questions traditionnelles : ton joueur préféré ? Ton joueur gallois préféré ? Ton joueur français préféré ? 

Mon joueur favori, c’est Ian Wright. Ce n’était pas quelqu’un de mondialement connu, mais il adorait jouer au football et jouer pour Arsenal. Il n’avait pas peur de montrer ses émotions et il est devenu un ambassadeur admirable pour le club depuis qu’il a entamé sa carrière de journaliste. Mon joueur gallois préféré – Aaron Ramsey. Un des meilleurs milieux de l’ère Emirates et un des meilleurs numéros 8 gallois de l’histoire. Partir à l’étranger ne pouvait pas être un bon choix pour lui car les joueurs britanniques ne réussissent que rarement  à s’imposer. Et quand ils le font, ils ne sont pas forcément aimés (Bale). Mais la carrière de Ramsey est loin d’être finie, on le reverra en Premier League.

Enfin, mon joueur français préféré, c’est Giroud. Cela aurait été trop facile de partir avec les légendes françaises d’Arsenal donc je l’ai choisi lui. C’était un joueur que j’aimais beaucoup quand il jouait à Arsenal. Un peu comme un artiste, personne ne le respectait vraiment jusqu’à ce qu’il quitte le club et gagne des titres. Il n’a toujours pas quitté la Premier League, donc la question de son impact se discutera quand il le fera. Martin Tyler avait une fois dit de Thierry Henry qu’il n’était pas juste un super buteur, mais un buteur mettant de superbes buts. Olivier Giroud n’était pas un super buteur mais un marqueur de superbes buts.

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L’auteur

Quentinschlz

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