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Mido : docteur Jekyll et Mister Hyde

Arrivé en Angleterre en 2005, Mido n’aura jamais laissé un souvenir impérissable dans les clubs auxquels il a appartenu. Entre frasques en tous genres, prise de poids et comportement exécrable, l’attaquant égyptien a souvent dépassé la ligne du « politiquement correct ». Retour sur la carrière d’un personnage irrévérencieux qui ne voulait rien faire comme les autres.

Egypte-Sénégal, Coupe d’Afrique des Nations 2006, la température est lourde, les nerfs mis à rude épreuve, nous approchons des dix dernières minutes et le sélectionneur égyptien va prendre une décision dont il ne maîtrise pas encore l’impact. Le regard porté vers le tableau du quatrième arbitre, Mido peine à croire qu’il doit quitter le terrain. La star des Pharaons rentre alors dans une colère noire qui deviendra l’une de ses marques de fabrique quelques années plus tard : « la prochaine fois que tu me sors, j’achète ta femme ! » assène-t-il à son sélectionneur. Mettant plus d’une minute à rejoindre le banc, il faudra l’intervention d’Hossam Hassan l’un des meilleurs joueurs de la sélection pour que les deux hommes n’en viennent pas aux mains. En tribunes, les « dehors Mido » sont scandés par 77 000 personnes. Des chants à sa gloire, au virulent mépris du peuple, le règne du roi d’Egypte venait de s’arrêter brutalement, comme un aveu cruel de ce qu’il était vraiment.

Le Guardian en 2003 : « il est dans l’esprit de tout le monde dans les rues arabes. Les hommes et les femmes arabes n’ont que le nom de Mido à la bouche. Il est pour les Egyptiens ce que Maradona était pour les Argentins – voire plus. »

Garçon surdoué, fils d’un riche homme d’affaires égyptien, Mido est un enfant né avec une cuillère en argent dans la bouche. A 20 ans, son mariage est retransmis en direct à la télévision égyptienne et réalise des audiences exceptionnelles. En son pays « Mido est un dieu » selon Ronald Koeman l’entraîneur qui l’a connu lors de ses jeunes années à l’Ajax. L’adulation qu’il suscite chez lui dépasse les limites du raisonnable « il est dans l’esprit de tout le monde dans les rues arabes. Les hommes et les femmes arabes n’ont que le nom de Mido à la bouche. Il est pour les Egyptiens ce que Maradona était pour les Argentins – voire plus », peut-on ainsi lire dans un article du Guardian de 2003.

D’une attitude imprévisible

Voilà une relation comme les Britanniques les adorent. Des histoires un peu absurdes, où il est question de gloire médiatique, de déchéance et qui ressasse la plupart des clichés dont le pays raffole. Le tableau entre Mido et l’Angleterre a parfois eu des allures de clair-obscur.  L’Egyptien en a irrité plus d’un. Ses anciens coéquipiers sont unanimes, l’enfant du Caire fut un personnage à part. Un fragment de vie dont ils ont encore le souvenir impérissable. Dans l’émission « Le Vestiaire » sur SFR Sport, l’ancien Niçois Didier Digard qui a connu Mido du temps de Middlesbrough se remémorait « en arrivant à Middlesbrough, on avait fait une préparation spéciale ensemble car il avait été blessé assez longuement et moi aussi. Malgré tout, les trois premiers matchs, il rentre et il marque. C’était contre Tottenham et Liverpool notamment. Le quatrième match, on joue Sunderland qui est le derby. On jouait tous les deux en moyenne 30-40 minutes par rencontre. Avant Sunderland, le coach vient nous voir Mido et nous dit qu’on va être titulaires. Il (Mido) a fait tout l’échauffement normalement, il rentre au vestiaire et il dit au coach qu’il ne joue pas. Je vais alors le voir et il me sort : « tu as cru que j’allais jouer alors qu’il m’a mis sur le banc trois fois de suite cet enculé ? Ça lui apprendra ! »

Derrière ce côté insolent et provocateur, Mido cultivait pour autant le paradoxe d’après le milieu de terrain « c’est sans doute l’un des joueurs les plus fous avec qui j’ai joué, mais aussi l’un des plus gentils. » Tête brulée, l’Egyptien pouvait très bien partir d’un entraînement si celui-ci n’était pas à son goût ou enfiler une bouteille de vin entre deux séances « avec lui c’est tout noir ou tout blanc, mais jamais gris » raconte Digard. Avant de défrayer la chronique dans le nord-est de l’Angleterre, Mido a connu un passage (remarqué) de trois ans à Tottenham où l’attaquant – prêté d’abord par l’AS Roma – a prouvé son talent, notamment lors de la saison 2005-2006 avec 11 réalisations en championnat. Sous l’égide de Martin Jol, le buteur Egyptien prend son envol. Déjà escorté d’une réputation flatteuse à l’Ajax, les premières foulées sur le sol britannique laissent entrevoir un potentiel qui ne demande qu’à être guidé et choyé. Mido dressera d’ailleurs un joli portrait de son entraîneur en 2014 : « Martin avait d’excellentes relations avec les joueurs, il leur parlait individuellement et leur faisait comprendre ce qu’il devait apporter dans le jeu. Lorsqu’il a été viré en 2007, j’ai été très triste de le voir partir car Martin avait terminé deux fois à la 5e place tout en ne dépensant pas des fortunes. » Une carrière que l’on croyait alors remise sur de bons rails en Premier League, c’est mal connaître ce personnage imprévisible.

Il a fait tout l’échauffement normalement, il rentre au vestiaire et il dit au coach qu’il ne joue pas. Je vais alors le voir et il me sort : « tu as cru que j’allais jouer alors qu’il m’a mis sur le banc trois fois de suite cet enculé ? Ça lui apprendra !

Ses passages à Middlesbrough donc, puis à Wigan (en prêt) vont mettre un terme à son irrésistible ascension. La carrière de Mido ressemble alors à un long un chemin de croix où se mêlent les coups d’éclat et les périodes de disette. Chez les Latics, le n°9 s’enterre et dispute une dizaine de rencontres seulement. Pour sa défense, certains plaideront que le contexte ne plaidait guère en sa faveur, tandis que d’autres martèleront que son hygiène de vie n’était pas propice à la performance. De retour à Boro, tout juste descendu en Championship, le feuilleton Mido va reprendre de plus belle.

Après une belle aventure à Tottenham, Mido va entamer une longue descente aux enfers

Absent lors de la reprise de l’entraînement, l’attaquant égyptien agace : « certains de nos joueurs ont eu la permission de revenir plus tard, d’autres non, c’est le cas de Mido. » affirme le président Steve Gibson à la BBC. Il est finalement condamné à une amende par le club au bout d’une quinzaine de jours d’absence « à Boro, on devait payer une amende 5000 livres, soit 7000 euros si on ratait l’entraînement, rétorque Digard mais avec Mido, c’était : mets-moi une amende, je suis riche. » Arrogant, voire désinvolte, Mido caractérise cette anarchie que peu de footballeurs ont, si tant bien est qu’il soit l’un des seuls à en faire partie.

 A une décadence irrémédiable

Après ce nouveau couac, le chapitre en terre britannique va se clore une année. Middlesbrough lassé de l’attitude du joueur décide d’accepter en juillet l’offre d’un club anonyme : le Zamalek SC en Egypte. La parenthèse dans son pays d’origine ne durera pas. L’histoire entre Mido et l’Angleterre ne peut se terminer sur un échec cuisant. Détaché de son jouet préféré, l’Egyptien en veut encore, mais cette fois-ci, il a changé. Revenu avec de meilleures attentions, il est prêté quatre mois à West Ham en 2010, un choix purement sportif selon l’intéressé : « j’ai sacrifié l’argent pour avoir la chance de prouver que je suis un joueur de qualité qui peut aider West Ham à se maintenir en Premier League » soufflait-il au Daily Mail à l’époque. En effet, il avait refusé quelques semaines plus tôt les avances d’un autre club anglais qui lui proposait le salaire modique de 50 000 euros par semaine. A West Ham, il touchera uniquement 1200 euros et deviendra du même coup le joueur de Premier League le moins bien payé.  Mais, rattrapé par ses démons intérieurs, l’ancien Spurs plonge à nouveau dans le personnage détestable qu’il a – malgré lui – su créer. Quelques kilos en trop, des prises de bec régulières avec son coach Gianfranco Zola auront raison des attentes placées en lui. Malgré le souhait de balayer les idées reçues, le séjour de Mido à Boleyn Ground ne sera qu’une énième parenthèse dans une carrière – beaucoup trop – tourmentée.

Ses frasques sur les réseaux sociaux en 2013 sont symptomatiques d’une carrière qui n’a pas été menée par le bon bout

Deux années ont passé, deux années où l’attaquant n’a plus fait une apparition sur le pré anglais. A la surprise générale, il refait surface du côté de Barnsley (Championship/D2) en juin 2012 et y signe un contrat d’un an. Son arrivée suscite l’interrogation, qu’est venu-t-il faire dans cette galère ? Les Tykes sortent d’une saison laborieuse – sauvés de justesse – et ne postulent pas à une place en Premier League. L’Egyptien ne les aidera pas. Pire encore, il disputera uniquement 27 minutes cette saison-là – contre Huddersfield – récoltant au passage un carton jaune. Un passage catastrophique, mais symptomatique. En surpoids, préférant railler sur les réseaux sociaux (voir photo), Mido n’était plus ce joueur à qui on promettait une immense carrière, il était devenu cet avatar du footballeur sans intérêt. Ce voyage fut son dernier périple, nous laissant sur un goût d’inachevé. Mido voulait rayonner comme les dieux égyptiens. La volonté d’une gloire éternelle, qu’il n’aura jamais vraiment eue sur le rectangle vert. Du moins, pas en Angleterre.

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.