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Lourdes Celtic FC, le miracle Conor McGregor

Nous sommes en août 2020, et une seule information a toutes les faveurs de la presse sportive : Conor McGregor, champion de MMA et superstar Irlandaise mondialement connue, va investir dans le Lourdes Celtic FC. Ce n’est pas n’importe quel club de foot, c’est celui de son enfance. Première mission, rénover les infrastructures et en profiter également pour devenir sponsor-maillot, à compter de la saison à venir. Récit.

Lourdes Celtic FC, un club formateur

Ne cherchez pas le Lourdes Celtic FC dans la liste des clubs phares du championnat irlandais. L’icône de l’octogone a jeté son dévolu et ouvert son portefeuille à ce qui n’est qu’un petit club local, bien que basé dans la capitale. C’est un apport miraculeux pour le club, mais aussi un mécénat minutieusement calculé pour celui qu’on appelle simplement Conor en Irlande.

Formé en 1957 à Dublin, le nom Lourdes Celtic FC provient de la rue Lourdes Road, adresse du local administratif originel du club situé dans les Liberties, quartier proche des usines Guinness. Le premier match du club eut lieu au sein du poumon vert de Dublin, l’iconique Phoenix Park, plus grand parc urbain d’Europe. Le club déménagera dans les années 80 pour installer définitivement son siège et ses installations d’entrainement à quelques kilomètres de là, au cœur de Crumlin et de son principal parc, le Eamonn Ceannt Park, écrin de verdure qui renferme aussi le vélodrome national.

Eamonn Ceannt Park

Crumlin est un quartier populaire (pauvre, diront certains), célèbre pour avoir vu naitre Seamus Elliott, premier irlandais vainqueur d’une étape du Tour de France 1963. L’endroit abrite une autre équipe de football le Crumlin F.C, pensionnaire du plus haut niveau régional irlandais.

Le Lourdes Celtic FC, lui, est étiqueté club formateur avec une section jeunes réputée, résolument orienté vers le développement non-seulement sportif, mais aussi l’éducation des nouvelles générations. Une approche assumée, énoncée on ne peut plus clairement sur le site internet du club “Dans notre philosophie d’entrainement, nous encourageons les enfants à être proactifs dans leur prise de décision, nous leur laissons la liberté de s’exprimer sur le terrain et d’apprendre de leurs erreurs, en les orientant et les supportant dans leur démarche“.

Cette démarche éducative propose une liberté d’expression et de création footballistique qui a aidé à façonner des joueurs internationaux irlandais prestigieux comme Niall Quinn (Arsenal, Manchester City etc.), Damien Duff (Blackburn, Chelsea, Newcastle, Fulham), Joey O’Brien (Bolton, Sheffield Wednesday, West Ham), Leon Best (Southampton, Coventry, Newcastle), Andy Reid (Nottingham Forest, Tottenham, Sunderland) et plus de 100 footballeurs professionnels en Irlande, Angleterre et Ecosse.

Les jeunes du club admiratifs de Joey O’Brien, ancien international irlandais passé par le Lourdes Celtic FC.
Credit : Facebook Lourdes Celtic FC

Un club qui a étrangement aussi formé plusieurs boxeurs de renoms. Au-delà de Conor McGregor, la section féminine à accueilli dans sa jeunesse l’actuelle meilleure boxeuse du monde Katie Taylor, qui fut également internationale irlandaise de football cumulant 11 sélections, avant de se consacrer pleinement à la boxe avec le succès planétaire qu’on lui connait.

La démarche de Conor McGregor au Lourdes Celtic FC

Dans un contexte sanitaire extraordinaire, l’année 2020 a vu un grand nombre d’évènements sportifs majeurs annulés ou reportés. Le MMA ne dérogea pas à la règle.

Après un début d’année tonitruant pour McGregor avec une victoire en Janvier 2020 face à l’American “Cowboy” Cerrone, la pandémie eut raison des compétitions et de la baisse de motivation du combattant irlandais. À 32 ans, il annonce alors une (énième) retraite sportive pour l’année 2020, ne trouvant plus de challenge assez stimulant dans le contexte actuel.

Conor McGregor célèbre toujours ses victoires avec un drapeau irlandais.
Credit : Jeff Bottari/Zuffa LLC

Pas de panique ceci dit pour le futur de Conor, celui-ci ayant engrangé plus de cent millions de dollars depuis le début de sa carrière. En fin gestionnaire, il a investi dans des affaires juteuses, dont la création de sa propre marque de Whiskey, Proper No. Twelve (en référence à Crumlin, situé dans le douzième arrondissement de Dublin).

Une année sans combat qui lui permit de continuer le développement Proper No. Twelve et de consacrer donc du temps à la “local community” de son enfance. Mais contrairement à ses habituelles manœuvres financières bien senties, l’engagement dans le Lourdes Celtic FC n’a pas pour but un retour sur investissement.

L’opération menée a consisté en la rénovation des installations du club, du centre d’entrainement avec terrain synthétique, au club-house et bureaux administratifs – et en la réalisation d’une grandiose peinture murale en l’honneur des fondateurs du club.

Un résultat à la hauteur des espérances, les infrastructures désuètes sont devenues en quelques semaines dignes d’un club de haut standing au pays du Shamrock.

La seconde opération est visuelle – il devient sponsor-maillot officiel du club via sa société McGregor Entertainment. Un bon coup de pub pour le club, surtout lorsque Conor pose fièrement avec le maillot griffé McGregor sur Instagram et ses 37.6 millions d’abonnés. A noter que McGregor Entertainment est engagé dans l’organisation et la gestion de réunions de combats.

Les raisons du rapprochement

Charles Thiallier, auteur de “Obsessions“, la biographie en français de Conor McGregor, évoque deux aspects du rapprochement de la star du MMA avec son club de foot d’enfance.

Expert de McGregor, le biographe souligne une première phase qui déborde d’authenticité. L’histoire du combattant avec Crumlin est primaire et sincère. Brute, on aimerait presque dire. Rester proche de ses racines, rendre à la communauté ce qu’elle lui a donné, simplement. Une pratique anglo-saxonne très développée aussi en Irlande, et que le champion peut se permettre gracieusement, à la faveur d’une santé financière (plus que) robuste.

Les dirigeants du club abondent dans ce sens en déclarant en cœur que Conor “sait d’où il vient”, qu’il veut investir non seulement de l’argent, mais surtout du temps et aider avec sensibilité et émotion. Ils ne tarissent pas d’éloges pour le héros local, qui a offert confort et visibilité internationale à leur club amateur.

Charles Thiallier, auteur de Obsessions, biographie française de Conor McGregor

Basé à Dublin, Charles Thiallier, pointe aussi une deuxième version, plus stratégique celle-ci. As du marketing, McGregor se montre intransigeant dans la qualité de sa communication. Il se veut à la fois provocateur mais attendrissant. Il se montre également très prolixe et patriotique sur l’Irlande, pays qui attire la sympathie à travers le monde. Une communication qui a cependant sérieusement dérapé à plusieurs reprises depuis 2018 : Affaires de tentatives d’agression et d’exhibition sexuelle, attaque d’un bus de combattants MMA, coups de poing dans un pub à Dublin, pugilat après sa défaite face au russe Khabib Nurmagomedov, etc. L’image du “type cool” s’est littéralement effondrée auprès des fans et de la vox populi.

En 2019, il entreprend une opération séduction afin de redorer son blason. Sa stratégie se veut locale, avec des apparitions régulières dans la salle de boxe de son enfance à Crumlin. Un retour aux sources qui se concrétise donc médiatiquement à l’été 2020 avec un investissement estimé à plusieurs dizaines de milliers d’Euros (le chiffre exact n’a pas pas été révélé) au Lourdes Celtic FC. Une initiative apparemment bien sentie, ses posts mettant en avant le club sur les réseaux sociaux ayant été vus et repris des dizaines de millions fois.

Faire oublier les casseroles, recentrer la couverture médiatique internationale vers des actions positives, ou en d’autres termes, retrouver la bonne presse qui contribua à son succès mondial et économique – voilà le nouveau challenge du combattant businessman.

Remerciements à Sebastien Lopes et Florent Peyrard pour la relecture.

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Sebastien

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