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Maxime Biamou : “Beaucoup de joueurs veulent venir ici car l’atmosphère est différente”

Il appartient à cette race de joueurs qui, en l’espace de quelques années, ont su gravir les échelons à vitesse grand V. Encore en CFA il y a quatre ans, Maxime Biamou évolue désormais en League One, à Coventry City, où il fait trembler les filets adverses depuis plusieurs saisons. Entretien chirurgical. 

Une jeunesse entre les études et le foot amateur

J’ai commencé le foot à l’âge de 6 ans dans le 94 à Bonneuil-sur-Marne. J’ai joué là-bas jusqu’en Benjamin. Puis, je suis parti au CFFP (Centre de formation de football) de Paris jusqu’aux 18 ans DSR. Ensuite, je suis rentré à la FAC et j’ai arrêté totalement le football pendant trois ans. J’ai fait une licence en STAPS à l’université. À l’origine, je voulais faire prof d’EPS. Du coup, en rentrant à la FAC, je me suis inscrit en STAPS. Mais finalement, je n’ai pas trop accroché. Lorsque j’ai terminé ma licence, j’ai décidé de reprendre le foot et de faire le maximum pour percer dans le milieu. Au final, avoir eu un diplôme m’a surtout sécurisé. À côté, j’avais aussi eu des problèmes de santé plus jeune. À 16 ans, j’étais très petit et j’ai grandi d’un coup. Je ne pouvais pas vraiment jouer au foot, à cause notamment de soucis récurrents aux adducteurs.

Une fois ma licence obtenue, j’ai décidé de reprendre à Bonneuil, un club à côté de chez moi. L’équipe évoluait en PH. J’ai joué avec eux pendant un an et puis l’année suivante, je me suis fait les croisés. Je me suis retrouvé sur le flanc pendant un an et demi. Une fois ma blessure soignée, je me suis engagé avec Villemomble en CFA2 à l’âge de 22 ans.  Mais je ne devais pas signer là-bas à l’origine. Un ami à moi, qui devait lui signer à Villemomble, m’a présenté à une personne qui jouait à Brie en DHR. J’y suis allé pendant un mois et le coach m’a alors dit que je n’avais rien à faire à ce niveau. Comme il connaissait le coach de Villemomble, il m’a dit d’aller faire un essai et il s’est avéré concluant. Je suis resté au club de novembre 2014 à mai 2015. Puis, j’ai décidé de partir à Yzeure en CFA. 

Yzeure m’a proposé de faire un service civique. C’était l’année de l’Euro 2016 en France. J’avais donc un projet à mener autour de l’organisation de l’événement

Un ami à moi jouait à Yzeure. Je lui ai demandé si je pouvais venir faire un essai dans son club. Il a parlé à son coach et il a accepté car il cherchait un attaquant. Je suis allé faire une semaine d’entraînement et ça s’est bien passé. À Yzeure, j’avais un contrat en service civique, je touchais 450 euros par mois, avec les primes. Le club, à ce moment-là, ne pouvait pas se permettre d’engager des joueurs car il avait des soucis financiers. Mais le coach me voulait absolument. J’avais malgré tout besoin d’argent. Du coup, ils m’ont proposé de faire un service civique. C’était l’année de l’Euro 2016 en France. J’avais donc un projet à mener autour de l’organisation de l’événement et en parallèle, je vivais chez mon pote.

La découverte de la cinquième division anglaise

J’avais fait un essai en National à Avranches. Un agent avait vu le match et connaissait un ami à moi qui jouait à Créteil. Moi, je rêvais d’aller jouer en Angleterre car c’est le pays du football. Mon ami m’avait alors demandé si je voulais faire un essai là-bas car l’agent en question trouvait que mon profil pouvait intéresser certains clubs. Je me suis dit pourquoi pas et je suis parti faire un essai à Sutton United en Vanarama National League. Pour mon premier match, je marque et le club me convoque pour un deuxième match.

C’est le président qui est allé voir le coach pour lui dire de me faire signer à Sutton 

Mais quelques minutes avant le deuxième match, on tombe en panne sur l’autoroute avec un autre joueur français, Bendsenté Gomis. Je n’ai donc pas pu jouer et le coach m’a dit : ”Je ne te prends pas car un autre attaquant a signé”. Au final, c’est le président qui est allé le voir le coach pour lui dire de me faire signer à Sutton à l’été 2016. Au début, c’était très compliqué. Je ne parlais pas du tout anglais et le style de jeu était complètement différent de ce que j’avais pu connaître en France. Le niveau de la cinquième division est très physique, très difficile, l’intensité est énorme et l’arbitre ne siffle quasiment jamais. Dans les duels, je devais me servir de mes mains pour contrer les défenseurs adverses. En France, je ne le faisais pas car les arbitres sifflaient automatiquement, en Angleterre, ça n’arrive jamais.

Maxime Biamou face au but
Les premières semaines en Angleterre ont été difficiles pour Maxime Biamou, notamment au niveau du jeu pratiqué en 5e division. © Paul Loughlin

J’ai commencé en plus sur le banc car l’équipe était déjà en place et l’attaquant qu’il avait recruté en plus de moi avait un beau pedigree en Championship apparemment (NDRL : Matt Tubbs, passé par Bournemouth, Crawley, Rotherham). Mais j’ai rapidement fait mes preuves. J’avais signé un an et au bout de trois semaines, ils m’ont prolongé de deux ans.

On me proposait une bière ou un verre de vodka après les matchs. Je me disais : “Ouah, où je suis”

Ce qui est dur en cinquième division, c’est que le niveau de jeu n’est franchement pas beau. Ça ne joue pas du tout au ballon (soupir). Il n’y a que des duels aériens, ça dégage le ballon… Sutton est un club semi-pro, familial, et donc, tu n’as pas la possibilité de produire un jeu intéressant. Le manager payait les joueurs et le terrain synthétique. La culture foot est complètement différente. À la fin des matchs, les joueurs boivent de l’alcool. J’étais choqué, à mon arrivée. On me proposait une bière ou un verre de vodka… Je me disais : “Ouah, où je suis?”. Le coach nous payait à boire et nous disait de nous amuser après les matches. À Noël, on est allés à Manchester en payant le voyage et l’hôtel avec toutes nos amendes du début de saison. On est sortis en soirée avec le manager, le coach… Ils s’amusaient comme des enfants. Mais dès qu’il faut s’entraîner et jouer, les Anglais redeviennent sérieux et savent faire la part des choses. Aux entraînements, ils sont à 100%. C’est une autre mentalité.

Cette saison-là, on a fait un grand parcours en FA Cup. Dès mon premier match contre Dartford (Isthmian League), je marque un doublé et on gagne 6 buts à 3. Le deuxième match, face à Cheltenham (League Two), je donne une passe décisive et on gagne 2-1. Le tour suivant, on joue contre Wimbledon (League One). On fait match nul chez nous et on joue le replay chez eux, où on gagne 3-1, je marque et je donne une passe décisive. Ensuite, le tirage au 4e tour nous réserve Leeds (Championship). C’était déjà un exploit historique pour nous d’arriver à ce stade et de sortir Wimbledon. Face à Leeds, on crée la sensation en les battant à domicile 1-0 sur un but du capitaine Jamie Collins.

Je ne garde que des bons souvenirs de ce match contre Arsenal car on a joué contre une grande équipe et des grands joueurs

On tombe alors contre Arsenal. C’était incroyable pour le club de vivre ça et de jouer à domicile. Personnellement, je ne m’attendais pas à connaître de tels moments en si peu de temps. Trois ans auparavant, je n’avais pas de club et là, je pouvais jouer contre Arsenal… C’était du bonus. Mais deux semaines avant le match, je me blesse et je ne peux pas m’entraîner pendant quinze jours. La veille du match, je fais un test et finalement, je commence titulaire. C’était un match que je ne pouvais pas louper (sourire). Malgré l’élimination (Sutton s’était incliné 2 à 0), je ne garde que des bons souvenirs de ce match contre Arsenal car on a joué contre une grande équipe et des grands joueurs.

Maxime Biamou devance son adversaire dans les airs
L’attaquant français a eu la chance de participer à tour de FA Cup face à Arsenal seulement quelques mois après son arrivée outre-Manche. © Reuters

En plus, l’atmosphère était très spéciale autour de cette rencontre. Je crois que le stade ne pouvait contenir que 4000 places et il y avait 5000, voire 6000 personnes. Il était bondé. Quelques jours avant le match, les gens nous arrêtaient en ville pour nous dire que nous allions jouer contre Arsenal. On sentait qu’il se passait un truc extraordinaire. Il y avait des caméras du monde entier qui venaient voir nos entraînements, notamment des médias asiatiques et sud-américains. On avait pris ce match comme du bonus. Et à l’arrivée, je pense que tous les fans de Sutton étaient heureux de notre parcours.

Je parle encore régulièrement avec un fan du club qui a écrit un livre sur notre parcours en FA Cup 

J’avais d’ailleurs une très bonne relation avec eux. Je leur rendais ce qu’ils me donnaient. Sutton est une petite équipe, alors, il n’y en avait pas beaucoup par rapport à d’autres clubs. Mais on sentait qu’ils étaient derrière nous tout le temps. Je pense qu’on leur a offert des moments de joie. Et que ce parcours en FA Cup, ils le garderont en mémoire toute leur vie. Je parle encore régulièrement avec un fan du club qui a écrit un livre sur notre parcours en FA Cup. J’étais même venu le jour de la sortie du bouquin. Des fans viennent même encore me voir aujourd’hui à Coventry pour me remercier et me demander de revenir (rires). Ce qu’on fait pour le club cette année-là était vraiment extraordinaire.

Une montée en League One dès la première année  

J’avais des propositions de plusieurs clubs de League One et de League Two. Mais c’est mon agent qui m’a convaincu de rejoindre Coventry. Il m’a expliqué l’histoire de ce club que je ne connaissais pas du tout. Il venait de descendre en League Two et je me suis dit qu’il valait peut-être mieux pour moi d’évoluer à ce niveau que de ne pas jouer en League One. Les négociations ont duré assez longtemps car les clubs de ce niveau privilégient généralement plus les Anglais que les Français. Mais finalement, ça s’est fait. Ce qui m’a plus aussi là-bas, c’est que l’entraîneur, Mark Robins, était un ancien attaquant.

Au début, ils n’avaient pas forcément trop confiance en moi. Il fallait que je fasse mes preuves sur le terrain

Le niveau d’écart entre la cinquième et la quatrième division ? En toute honnêteté, la quatrième division joue quasiment de la même manière que la cinquième division. Le niveau est relativement similaire. Ce qui était surtout difficile en arrivant à Coventry, c’est le fait que j’étais le seul joueur à être arrivé de l’échelon inférieur. Toutes les autres recrues venaient de League One, voire de Championship. Au début, ils n’avaient pas forcément trop confiance en moi. Il fallait que je fasse mes preuves sur le terrain. Du mois d’août au mois de novembre, soit je rentrais quelques minutes, soit je ne rentrais pas du tout. J’ai eu quelques titularisations à la suite d’une blessure d’un attaquant, entre novembre et décembre. Mais le coach m’a ensuite remis sur le banc.

Maxime Biamou à l'entraînement
Passer de la Vanarama National League à la League Two n’est pas chose aisée. Maxime Biamou reconnaît avoir eu des doutes. © Coventry City

En janvier, le club a acheté un attaquant de mon profil et du coup, j’ai passé beaucoup plus de temps sur le banc. En réalité, le niveau n’était pas différent entre la Vanarama National League et la League Two. Le problème pour moi était surtout la concurrence. Vers la fin de saison, comme j’avais marqué quelques buts, le coach a commencé à me refaire confiance, notamment au moment des playoffs. Lors du match retour, en demi-finale contre Notts County, j’ai inscrit un doublé et j’ai été élu homme du match. On a gagné 4-1. Cette victoire nous a permis d’aller en finale des playoffs à Wembley contre Exeter City que l’on a remportée 3 buts à 1. 

Tu mesures la chance que tu as d’être là au moment où tu foules la pelouses avec les gradins remplis et lorsque l’hymne national anglais retentit 

Lors de la finale des playoffs, le stade était coupé en deux. 40 000 d’un côté, 40 000 de l’autre. Notre tribune était totalement pleine. Même sans ça, quand tu rentres dans le stade vide, tu as l’impression d’être tout petit. Il est gigantesque. Tu mesures la chance que tu as d’être là au moment où tu foules la pelouse avec les gradins remplis et lorsque l’hymne national anglais retentit. Il y a des caméras partout… C’est un magnifique souvenir. Moi j’étais plus venu ici pour la découverte et apprendre l’anglais. Mais honnêtement, en voyant l’effectif à mon arrivée, je me doutais un peu que Coventry allait remonter en League One. On avait des très bons joueurs et un bon collectif. Lorsqu’on jouait les autres équipes, on sentait notre supériorité. Parfois, on faisait preuve de suffisance en commettant des erreurs défensives, mais malgré ça, j’étais convaincu de notre remontée. Dans ma tête, j’étais heureux de vivre tout ça et je voulais profiter à fond. Je repensais aux moments que j’avais vécus plus jeune, notamment mon arrêt prématuré du foot pour aller à la FAC et plusieurs années après, je me retrouve à jouer à Wembley… C’était du bonus.

À la fin de ma première saison, le club m’a proposé de prolonger mon contrat, au mois de septembre, mais j’ai préféré signer en juillet. Un mois plus tard, je me suis blessé au niveau des croisés. J’étais coupé dans mon élan alors qu’en plus, l’un des attaquants avait quitté le club cet été-là et j’avais plus de chances de jouer. En plus, je trouvais que notre effectif était intéressant et prometteur pour la League One. On jouait au sol, on avait un bon collectif. J’aimais plus ce style que celui des années précédentes où, à Sutton, ou Coventry, je devais jouer les duels aériens, imposer mon physique alors qu’en France, je n’avais pas été formé de cette manière. J’étais assez énervé de rester loin des terrains alors que le style de jeu que l’équipe produisait me plaisait énormément. Au final, je n’ai pas joué de la saison et ça m’a forcément frustré. 

Je pense que l’équipe a toutes les armes, si aucun joueur ne se blesse, pour monter en Championship

Cette saison ? Je suis heureux car l’équipe tourne bien (NDRL : avant l’arrêt du championnat mi-mars, Coventry occupait la première place de League One avec 67 points). Mais d’un point de vue personnel, je me retrouve dans la même situation que la première saison. Le club a acheté un attaquant (Matt Godden) pour quasiment 1 million et du coup, il joue seul en pointe. J’ai commencé la saison numéro 3 dans la hiérarchie : la recrue, l’attaquant qui était titulaire l’an dernier et moi. Donc, j’ai beaucoup plus joué avec les U23, pour reprendre le rythme après ma blessure, mais aussi car je ne rentrais pas en championnat.

Petit à petit, j’ai fait quelques apparitions, mais voilà, c’est une saison bizarre dans le sens où, j’ai marqué 8 buts en 8 matches avec les U23 et 11 buts avec l’équipe pro toutes compétitions confondues et pourtant, je ne joue pas trop… Je fais un peu les frais des choix estivaux du club. C’est le football. Mais je pense que l’équipe a toutes les armes, si aucun joueur ne se blesse, pour monter en Championship directement, sans passer par les playoffs (NDRL : l’interview avec Maxime Biamou a été réalisée à la mi-janvier). C’est bien les playoffs, tu peux jouer à Wembley en cas de finale, mais si tu perds…

Avant l’arrêt de la saison, l’attaquant de 29 ans avait inscrit 11 buts toutes compétitions confondues avec Coventry. © Coventry Telegraph

Jouer dans un stade qui n’est pas le sien

Cette saison, on joue à St Andrew’s, le stade de Birmingham City. C’est une histoire un peu particulière. Il faut savoir que notre ancien stade, aujourd’hui détruit, se situait dans le centre-ville de Coventry. La nouvelle enceinte, la Ricoh Arena, a été construite par la mairie, mais elle n’a jamais voulu vendre le stade au club. La propriétaire a fait des pieds et des mains pour l’acquérir, mais à chaque fois, la mairie ne voulait pas. Ironie de l’histoire, le stade a finalement été cédé au club de rugby des Wasps dont le siège est à Londres ! Ce club n’a rien à voir avec Coventry. Du coup, quand on jouait au Ricoh Arena, on louait le stade alors que dans les tribunes, il y a des inscriptions Sky Blues (le surnom du club), les sièges sont bleus… Mais le stade n’appartient pas au club. Il est détenu par les Wasps qui joue en noir et en jaune (soupir). La propriétaire a demandé au club de rugby de vendre le stade, mais le prix a été multiplié par dix. Elle a donc porté plainte contre la ville et contre les London Wasps.

Le seul point positif, c’est qu’on joue sur une pelouse parfaite, alors que si on jouait à la Ricoh Arena, la pelouse serait dégueulasse

Ce n’est pas la première fois qu’une telle histoire arrive je crois. Il y a quelques années, le club avait déjà été contraint de jouer à Northampton. Les supporters sont “entre guillemets”, habitués, mais ils n’ont pas forcément envie d’aller à Birmingham cette année, le stade est à 45 minutes de la ville. Il doit y avoir 5000 spectateurs en moyenne. Le seul point positif, c’est qu’on joue sur une pelouse parfaite, alors que si on jouait à la Ricoh Arena, la pelouse serait dégueulasse.

La Ricoh Arena accueille les rencontres de l’équipe de rugby des London Waps, un club qui comme son nom l’indique, est de Londres… © Coventry Telegraph

Coventry est une très grande ville. Il y a plus de 300 000 habitants, si je ne me trompe pas (329 810 habitants lors du dernier recensement en 2013). J’habite dans un appartement du centre-ville. Il y a beaucoup d’étudiants qui habitent ici car l’université est l’une des meilleures du pays. Elle doit être dans le top 10. Tu peux faire beaucoup de choses là-bas. Tu n’es pas dans une petite ville, paumée au milieu de rien. Après il y a les bons et les mauvais côtés, comme j’habite en plein cœur de Coventry, quand je vais faire mes courses, les gens me reconnaissent immédiatement (sourire), mais j’apprécie vraiment la ville. Cela me change de l’époque où j’étais à Yzeure. Là-bas, il n’y avait qu’une boulangerie et un Carrefour City (rires). Ici, je ne manque de rien. Birmingham est à côté, l’aéroport est à 15 minutes, Londres est à 1 h en train… En plus, Coventry a été élue la ville la plus culturelle pour 2021. Il y a donc beaucoup de travaux pour accueillir de nombreux événements dans un an.

L’intégration en Angleterre

C’était compliqué, je ne vais pas mentir. En plus, j’ai vraiment une mentalité ‘à la parisienne’, c’est-à-dire que j’ai du mal à m’ouvrir aux gens et je suis assez réservé de nature. Lorsque je suis arrivé en Angleterre, je ne parlais donc avec personne, hormis un Français. Je n’habitais pas non plus à Londres, mais à Southampton, qui est à 2 h de route. Sutton m’avait mis dans une maison avec l’ex-femme du coach adjoint… Je vivais avec elle et c’était difficile pour moi de parler la langue. 

C’est une autre mentalité qu’à Paris où lorsque tu prends le métro, les gens ne te regardent pas. Ils font même la gueule

Je n’ai pas pu améliorer mon anglais durant les premières semaines. J’étais isolé et seul dans ma chambre. Je ne faisais pas grand-chose avec mes coéquipiers. Je leur demandais s’ils voulaient sortir, ils me répondaient oui, mais je n’étais pas forcément convié… Malgré tout, les Anglais sont très ouverts. Ils n’hésitaient pas à m’aider si j’avais besoin de quoi que ce soit. Ils font vraiment le maximum. Quand j’allais à l’église, les gens venaient me voir spontanément. C’est une autre mentalité qu’à Paris où lorsque tu prends le métro, les gens ne te regardent pas. Ils font même la gueule. À Londres, plein de personnes allaient à ma rencontre, ils échangeaient avec moi pour savoir qui j’étais et ce que j’aimais.

Maxime Biamou est aujourd’hui heureux de son acclimatation en Angleterre. Le natif de la région parisienne aimerait y rester après sa carrière. © Coventry City

Après, même si les Anglais sont très ouverts, ils ne te laissent pas forcément de place pour rentrer dans leur intimité, notamment les joueurs de foot. Quand tu es en France, tu as plus tendance à rester proche des joueurs et créer du lien via les réseaux sociaux (WhatsApp). J’ai une conversation avec des dizaines de joueurs à Villemomble ou Yzeure. Ici, en Angleterre, ils font une conversation commune de tous les joueurs du club. Donc, quand un gars part, tu n’as quasiment plus aucune nouvelle de lui. Tout dépend aussi des liens que tu tisses avec certains d’entre eux. Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment de nouvelles de mes anciens coéquipiers de Sutton. Je discute peut-être encore avec un ou deux joueurs grand maximum.

À Coventry, j’ai des bons contacts avec quelques anciens joueurs car le parcours que l’on a pu faire ces deux dernières saisons a permis de tisser des liens. Mais voilà, ce sont surtout des gars qui m’ont aidé lors de mon arrivée. C’est plus professionnel en réalité. Quand tu joues en Angleterre, c’est comme si tu allais au travail en France. Dès que tu sors de l’entraînement, tu n’as plus aucun contact ou presque avec tes coéquipiers. Tu les revois le lendemain à l’entraînement. Au mieux, on fait une sortie le week-end au bar après un match alors qu’en France, je voyais les joueurs tout le temps, y compris en dehors du foot. 

Il ne parlait pas anglais, donc j’ai fait en sorte de l’aider à s’intégrer. J’ai été aidé par le passé, mais j’aurais aimé être aidé comme j’ai pu l’être avec lui

Ici, j’ai aussi noué beaucoup de liens d’amitié avec des joueurs français. Quand je suis arrivé à Sutton, il y avait Bendsenté Gomis qui a été formé au RC Lens. Il m’a beaucoup aidé à m’intégrer car je ne parlais pas du tout anglais comme je l’ai déjà expliqué. Lorsque le coach donnait ses consignes, j’allais le voir pour avoir une traduction car je ne comprenais rien à ce qu’il disait (rires). À Coventry, il y avait aussi Anthony “Tony” Andreu qui est désormais à St Mirren (D1 Écossaise). Il a joué en Angleterre et en Écosse pendant plusieurs années, donc il avait un peu une mentalité à l’anglaise. Sur le terrain et à l’entraînement, je le voyais donner des consignes et échanger avec les cadres. En dehors, je ne le voyais pas, mais ça reste un joueur qui m’a beaucoup appris. Cette année, j’ai inversé les rôles puisque Wesley Jobello est arrivé d’Ajaccio. Il ne parlait pas anglais, donc j’ai fait en sorte de l’aider à s’intégrer. J’ai été aidé par le passé, mais j’aurais aimé être aidé comme j’ai pu l’être avec lui. Je l’ai accompagné dans ses démarches administratives, je l’ai aidé à trouver un appartement et du coup, il habite juste au-dessus de chez moi. Dès qu’il a besoin de quoi que ce soit, je suis là pour lui. Je pense que c’est important de s’entraider.

Maxime Biamou a côtoyé durant quelques mois Anthony Andreu, légende vivante du club de Hamilton en Écosse. © Coventry City

Lorsque j’étais à Southampton, j’ai également connu Reda Johnson qui jouait encore récemment à Eastleigh en Vanarama National League. Je suis resté beaucoup de temps avec lui. J’ai aussi des contacts avec d’autres joueurs français car quand on joue les uns contre les autres, on a tendance à garder contact. Du coup, je connais Nigel Atangana (Exeter City), Armand Gnanduillet (Blackpool)… Dès qu’on peut, on se voit et, si un des gars passe dans une de nos villes, on peut l’accueillir. Je suis aussi le meilleur ami du frère d’Anthony Martial (Manchester United). J’ai parfois la chance de le croiser à Old Trafford, sans pour autant garder contact avec lui (sourire). Quand tu es à l’étranger et que tu rencontres des Français, tu essaies de t’entraider et de se voir.

Une mentalité anglaise différente 

À Coventry, j’ai entamé ma troisième saison cette année. J’ai pu acheter un appartement et franchement, si j’étais amené à rester ici, ça ne me dérangerait absolument pas. Je me sens mieux en Angleterre qu’en France, même si, j’ai du mal à donner des explications. Après, tout est relatif. En France, j’habitais dans un quartier. Le quartier, c’est bien, mais tu as toujours envie d’en sortir. Le seul truc qui me manque un peu, c’est ma famille et mes amis. Les deux pays ont une culture différente. Je trouve que les Anglais sont plus rigoureux dans le travail que les Français. Cela se traduit dans les entraînements de foot, ils sont toujours à 100%. En France, on pouvait déconner.

Si un joueur pro demande à un petit de 19 ans de nettoyer ses chaussures, il va s’exécuter sans broncher 

Ici, ce n’est pas le cas. Ils disent même que nous sommes un peu paresseux car dès qu’on nous donne quelque chose à faire, on ne le fait pas vraiment. Si le coach te demande de courir, le joueur va courir, si on demande à un gars de prendre le matériel et de le ramener, il va le faire, si un joueur demande à un petit de 19 ans de nettoyer ses chaussures, il va s’exécuter sans broncher. Ils sont sérieux à tous les niveaux quand il s’agit du foot. Mais en dehors du foot par contre, ils rigolent tout le temps.

“Ce qui m’a le plus surpris à mon arrivée en cinquième division, c’est de signer des autographes”

Il y a un monde d’écart entre la France et l’Angleterre pour le foot. Quand tu arrives ici et que tu demandes à un fan quel est son club préféré, il y a de fortes probabilités pour qu’il ne te dise pas un club de Premier League en premier. Il peut te sortir un club de League One, de League Two, de Vanarama National League. Bien sûr, il va peut-être avoir un club préféré en Premier League, mais son club à lui, il va évoluer dans les divisions inférieures anglaises.

En France, les gens ne te diront jamais qu’ils sont fans d’un club de CFA ou de CFA2. En Angleterre, c’est une normalité

À Sutton, ce qui m’a le plus surpris à mon arrivée, c’est de signer des autographes tout le temps. J’étais hyper étonné. Je me disais : “Même en cinquième division, ils sont autant passionnés que ça ?” À Coventry, c’est encore pire car le club est beaucoup plus grand. Les fans sont complètement malades. Ils te demandent tous les jours une photo, un autographe… Alors qu’en France, la plupart des gens sont fans de Paris, de Marseille, de Lyon ou de Bordeaux. Mais jamais ils te diront qu’ils sont fans d’un club de CFA ou de CFA2. En Angleterre, c’est une normalité. L’autre différence notable, c’est le nombre de personnes aux matchs. À Villemomble, il devait y avoir… (il réfléchit) 100 personnes au grand maximum, à Yzeure, peut-être 300 ou 400 personnes à tout casser. À Sutton, il y avait au minimum 3000 personnes à tous les matchs à domicile. Tranmere qui évoluait à ce moment-là en Vanarama National League faisait environ 15 000 de moyenne, à Coventry, quand on jouait à la Ricoh Arena, il devait y avoir 12 000 personnes.

Les fans anglais, comme ceux de Coventry, sont réputés pour remplir les stades, y compris dans les divisions inférieures anglaises. © Rugby Pass

Et puis ici aussi, les fans se déplacent à l’extérieur. Tu dois avoir en moyenne 4 à 5000 personnes dans les parcages de League Two et plus en League One. Ce sont des passionnés. Vraiment. En France, quand les gens regardent un match en CFA ou CFA2, tu n’entends pas un bruit. En Angleterre, les fans chantent et hurlent. C’est un autre spectacle en fait. En France, le joueur rentre sur le terrain et repart aux vestiaires sans un bruit ou presque. Ici, tu entends les clameurs et tu ressens l’atmosphère.

Quand je rentre sur le terrain et que je vois des gens crier autour de moi, je suis content et c’est pour ça que je veux jouer au football

Beaucoup de joueurs veulent venir ici car l’atmosphère est différente. En tant que footballeur, on cherche à jouer le plus haut possible, mais on joue aussi pour voir cette ferveur autour du football. Quand je rentre sur le terrain et que je vois ces gens crier autour de moi, je suis content et c’est pour ça que je veux jouer au football, même si je n’évolue pas en Premier League ou en Championship. Je me sens complètement imprégné de cette culture. Si demain, un club de National ou de CFA m’appelle, je ne suis pas sûr d’y retourner. Je serais sans doute en dépression (rires). Moi je joue au foot pour la ferveur, sentir qu’il y a du monde dans les stades. Je pense que la France devrait s’inspirer de l’Angleterre, notamment en CFA ou CFA2. Ici, les enfants sont par exemple impliqués. Ils mettent en place des zones famille où les petits viennent. Ils vont jouer au baby-foot, à la Playstation, puis ensuite, ils vont les amener voir les coursives du stade.

Les parents sont heureux d’amener leurs enfants au stade et de partager une belle après-midi. Au début, j’étais surpris de voir tout ça. Il y avait de la musique à fond dans les vestiaires alors qu’à Villemomble ou Yzeure, il y en avait jamais. Je suis habitué maintenant, mais avec le recul, tu te dis que les clubs font tellement de choses pour les fans. Au final, tu te dis que tu ne joues pas uniquement pour toi, mais aussi pour eux.

Anecdotes en pagaille à Sutton

En cinquième division, quand je suis arrivé à Sutton, c’était trop la foire (rires). Le coach fumait sa cigarette électronique pendant les matches. D’un côté tu te dis que c’est marrant, mais de l’autre tu te dis : “Mais qu’est-ce que je fiche ici ?” (rires). Avant le match contre Leeds, le manager était allé dire au coach de ne pas fumer sa cigarette électronique car il y aurait plein de caméras. Même chose ensuite le tour suivant contre Arsenal. D’ailleurs sur ce match, il s’est passé aussi une chose incroyable. On avait notre entraîneur des gardiens qui faisait office de deuxième gardien, car le titulaire ne se blessait jamais. Le coach ne voulait pas en acheter un autre. Sauf que l’entraîneur des gardiens, Wayne Shaw, était en surpoids quoi (rires).

À la 80e minute, il a sorti un sandwich de son sac et il l’a mangé. L’image est passée dans le monde entier

Donc, contre Arsenal, il s’est retrouvé sur le banc et il est passé à la télé car il y avait un pari sportif avant le match à 10 ou 15 sur le fait qu’il allait manger un sandwich pendant la rencontre. À la 80e minute, il a sorti un sandwich de son sac et il l’a mangé. Moi sur le coup, ça ne m’a pas fait vraiment rire, mais il est passé dans le monde entier. C’est le côté “fou” des Anglais, notamment en cinquième division. C’est moins le cas en troisième division.

Wayne Shaw, l’entraîneur des gardiens de Sutton, mais aussi deuxième gardien du club avait fait le pari de manger un sandwich pendant le match de FA Cup contre Arsenal. © Telegraph

J’ai également une bonne anecdote sur les fans. Quand on a joué la demi-finale retour des playoffs de League Two contre Notts County, un fan est venu me voir et m’a dit : “Si on arrive en finale, que tu es élu homme du match et qu’on monte ensuite, je me tatoue ton nom sur le ventre”. Au final, comme j’avais été élu homme du match et qu’ensuite, l’équipe était montée, bah, il a tatoué mon nom et il est revenu me voir (rires). Maintenant que j’y pense, j’en ai aussi une autre sur une fan. Elle était venue me voir après un match pour signer un papier qu’elle m’avait tendu. Et derrière, ce qu’elle a fait, c’est qu’elle s’est rendue chez le tatoueur et elle lui a demandé de tatouer ma signature sur sa main. Ils sont vraiment dans une autre galaxie (rires).

Le rapport à la foi 

Je suis quelqu’un de très religieux. Je pense que les choses qui m’arrivent ne sont pas dues au hasard. Au fond de moi, je sais que si je fais les choses bien, que si j’essaie d’être une bonne personne et bien, Dieu va me le rendre. Avant de jouer à Villemomble, je n’étais pas du tout croyant, mais avec les galères que j’ai vécues et notamment ma blessure aux ligaments croisés, j’ai décidé de me tourner vers la religion. Depuis, tout se passe parfaitement pour moi. Grâce à Dieu, je touche du bois. La religion m’aide dans le sens où, quand elle est derrière toi, tu as moins de pression car tu sais que Dieu est là. Tu ne penses pas qu’à toi et tes malheurs, tu ne te poses pas la question : “Est-ce qu’aujourd’hui je vais faire un bon match, même si j’ai mal à la cheville ?” En fait, quand tu te concentres uniquement sur toi, tu n’es pas sûr de tes qualités, ni de ton niveau et c’est là que tu commences à faire n’importe quoi.

Quand je suis arrivé à Coventry, j’ai décidé de relancer mon compte Twitter. Le jour où j’ai signé, je suis passé de 14 abonnés à 1500 en à peine 24 h. C’est là que je me suis rendu compte de certaines choses. Je regardais les tweets sur moi et je voyais que les fans n’étaient pas forcément heureux de ma venue : “Qu’est-ce qu’on va faire d’un joueur de cinquième division, si ça se trouve il est nul…” Après certaines rencontres, je regardais aussi les réactions et je voyais des gens me mentionner en me disant : “Mec, t’es nul, t’es nul”. Je me suis alors posé la question : “Suis-je vraiment nul ?” car je suis une personne qui aime montrer une bonne image. Mais quand tu joues au football, même si tu es quelqu’un de bien, tu dois marquer. Donc, si tu ne marques pas, les gens te diront toujours, tu es nul. Ils s’en foutent de savoir si tu es sympa ou non. Lors des premiers mois à Coventry, je me suis mis beaucoup de pression à cause de ces messages sur Twitter. Puis, au fur et à mesure, j’ai commencé à évacuer cette pression et travailler sur moi-même. Je me suis dit que Dieu était derrière moi et que je ne devais pas m’inquiéter. Du coup, j’ai un pouvoir extraordinaire en moi, qui fait que j’ai arrêté de me poser autant de questions. Si un attaquant ne marque pas pendant plusieurs matchs, sa confiance va s’enrayer et il va manquer des occasions qu’il ne loupe pas habituellement.

Quand je joue sur le terrain, je suis plus libéré et quand je suis plus libéré, c’est dans ces moments là que je réalise de grandes choses

La religion m’aide par rapport à ça. Je me dis que même s’il m’arrive des problèmes ou que je ne joue pas, je sais que Dieu est avec moi et qu’au final, tout va s’améliorer. La pression n’est donc plus là. Quand je joue sur le terrain, je suis plus libéré et quand je suis plus libéré, c’est dans ces moments-là que je réalise de grandes choses. Je me suis même baptisé à la cathédrale de Coventry, pour ne rien cacher. C’est important pour moi de transmettre ça. En France, je n’ai jamais été entraîné par des coachs qui ont joué au plus haut niveau. En Angleterre, mon coach de Coventry a évolué à Manchester United. J’ai appris beaucoup de choses grâce à lui.

Un attaquant a besoin de confiance. Tu as beau être le meilleur, si tu n’es pas en confiance, c’est terminé, tu ne marqueras plus. Si tu te poses une question, ça va mal se passer. À l’inverse, si tu ne t’en poses pas, tout se passera pour le mieux. Comme je sais que Dieu est avec moi, je peux me permettre de tenter certaines choses sur le terrain. Mes deux premiers buts à Coventry, ce sont des reprises de volée. Quand j’ai vu le ballon venir sur moi, je me suis dit : “Bon, on tente” et j’ai eu raison, car le ballon est rentré deux fois dans la lucarne du gardien. C’est une histoire de confiance. Je m’en fiche de rater ou de marquer. Je dois tenter. C’est tout. Au final, ce n’est pas que du hasard. Il faut faire basculer la chance de son côté.

Entretien réalisé par Thomas Bernier et Téva Vermel le jeudi 23 janvier 2020

Maxime Biamou est à retrouver dans le webdocumentaire Outsiders : https://app.racontr.com/projects/outsiders/

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Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.