Tactically

Watford, les secrets de l’incroyable début de saison

Avec 4 succès de suite en championnat, Watford réalise le meilleur début de saison de son histoire en Premier League et suit le rythme effréné imposé par Liverpool et Chelsea. Tombeurs de Tottenham en fin de semaine dernière, les Hornets ont fait preuve de caractère et d’application depuis le début de saison.

Une équipe tactiquement au point

Avant d’affronter Manchester United samedi, retour sur l’organisation tactique de l’équipe de l’entraîneur espagnol Javi Gracia, arrivé en début d’année 2018. Ce dernier a d’ailleurs aligné 4 fois le même 11 en championnat, faisant ainsi confiance à un groupe de joueurs efficaces, lui donnant satisfaction. On ne change pas une équipe qui gagne diriez vous… Composition d’équipe:
lineup1
(Flèches noires = déplacements fréquents)
Avec 45% de possession en moyenne depuis le début de la saison, Watford n’est pas une équipe qui aime contrôler le jeu avec ballon, en redoublant de passes. Au contraire, les Hornets s’organisent en 4-4-2 (ou 4-2-2-2) à plat faisant état d’un bloc bas, compact et prêt à subir les nombreuses offensives adverses. Sans ballon, les jaunes et noirs sont caractérisés par un bloc compact et par un pressing organisé et agressif à la perte du ballon (système plus stable et pressing moins intense contre Tottenham dans l’espoir d’absorber les Spurs afin de se projeter vite dans leur dos).
(Chacun presse son vis-à-vis à tour de rôle, Crystal Palace est pris par le pressing et l’intensité de Watford, joue en retrait et finit par perdre le ballon)
La transition défensive des hommes de Gracia consiste à re-former les deux lignes de 4 le plus rapidement possible afin d’établir un bloc défensif efficace et de mettre en place le pressing. Deeney et Gray ont pour rôle de presser les défenseurs centraux adverses voire le gardien afin de précipiter la relance et de récupérer le ballon, notamment grâce à la qualité dans les duels aériens des Hornets. Cependant, ce sont les deux ex-pensionnaires de Ligue 1 Capoue et Doucouré qui régulent et organisent cette équipe défensivement. Les français harcèlent le porteur du ballon adverse à tour de rôle en fonction du placement de ce dernier. Souvent sur la même ligne, Capoue a un rôle plus défensif, et est plus près de ses centraux que Doucouré qui lui, a la possibilité de se projeter et de rester plus haut sur le terrain, même si cette différence s’effectue majoritairement avec ballon. Concernant les ailes,  avec un 4-4-2 à plat classique, sans ballon, les ailiers redescendant assez bas sur le terrain afin de défendre sur la largeur. Hughes et Pereyra défendent d’ailleurs souvent plus dans la largeur que les latéraux eux-même. Lorsque le ballon est excentré, ces derniers rentrent dans l’axe afin de garder une ligne de 4 moins large mais plus dense afin d’établir une supériorité numérique dans la surface, et le travail défensif sur les ailes est ainsi celui des ailiers. Ils se doivent d’empêcher le porteur du ballon de centrer ou bien de déborder. Ce schéma de jeu est mis en place pour essayer de limiter le jeu dans la largeur de l’équipe adverse, visant à étirer le bloc afin d’avoir des espaces pour combiner ou bien se projeter entre les lignes. Exemple ci-dessous.
(Pereyra défend sur le latéral adverse, Holebas ré-axé)
En ce qui concerne la ligne défensive des Hornets, le contenu est assez simple et rudimentaire. Quatre défenseurs assez bas sur le terrain, chargés d’intercepter ou de gagner le ballon au duel face à des adversaires qui arrivent lancés ou bien suite à une passe qui vise à percer la défense de Watford. L’incroyable début de saison de Kabasele permet en partie à cette équipe d’avoir le rendement qu’elle a actuellement. Le belge couvre un terrain considérable et multiplie les interventions défensives décisives justes que ce soit dans le domaine aérien ou au sol. C’est donc naturellement que l’on peut considérer les coup de pieds arrêtés comme une vraie force des Hornets (26 duels aériens gagnés face à Tottenham), qu’ils soient défensifs (joueurs grands, physiques, ayant une bonne lecture du jeu aérien) ou bien offensifs (1 but sur 3 a été mis sur CPA cette saison). Avec ballon, Watford s’organise et se place en 4-4-2, ou plus précisément en 4-2-2-2. Les deux centraux restent assez bas, les latéraux montent à hauteur des milieux français, et les deux ailiers, Hughes (19) et Pereyra (37) se replacent au coeur du jeu afin d’orienter et de créer le jeu, comme on peut le voir ci-dessous. A noter que ces derniers n’hésitent pas à jouer très haut et qu’il n’est pas rare de les voir permuter, puisqu’ils sont chacun en faux pied sur leur côté respectif de base, ce qui facilite leur replacement dans l’axe avec ballon.

(Placement moyen des joueurs face à Brighton et Crystal Palace)
Sur l’ensemble du début de saison, la ligne française du milieu s’articule entre Capoue (29) et Doucouré (16) avec ce dernier un cran plus haut que l’ex-toulousain. Doucouré n’hésite pas à se projeter à l’inverse de Capoue qui reste plus bas, ne quittant que très rarement son poste de milieu récupérateur devant la défense, comme expliqué sur le schéma ci-dessus. Deeney quant à lui, a un rôle essentiel dans cette équipe. Il permet au Hornets de sortir le ballon et de le garder haut sur le terrain avec une capacité à conserver son ballon grâce à son physique, sa technique et son jeu de tête. De plus, il n’hésite pas à décrocher et redescendre assez bas sur le terrain lorsque son équipe peine à le trouver. À noter son bon début de saison comptable, avec 2 buts et 1 assists. Quant à Gray, il a un rôle totalement différent, ce qui lui permet d’être complémentaire avec son capitaine. Il multiplie les courses et les appels afin de faire reculer la défense adverse et de proposer une solution en profondeur, comme on peut le voir ci-dessous. Il est très fréquent de le voir remplacer par Success en fin de match, ce dernier ayant un profil similaire, il permet d’apporter de la fraîcheur et de faire perdurer le pressing ou encore les appels offensifs des Hornets.

(Deeney absorbe Alderweireld en décrochant pour libérer l’espace à Pereyra qui a une solution sur un éventuel centre avec l’appel dans le dos de la défense de Gray)
Holebas et Janmaat, les deux latéraux, se projettent vers l’avant avec une agressivité et une envie qui leur est propre. Cependant, on peut remarquer que le grec apporte plus et est plus présent offensivement que Janmaat. À ce propos, il est clair que l’un des défaut principal de Watford en ce début de saison est son équilibre avec ballon, les Hornets penchent très clairement vers leur côté fort, à gauche,  ce qui pourrait leur être préjudiciable par la suite. On le voit ci dessous.
(Heatmap du 11 de Watford durant les matchs face à Brighton et Crystal Palace)
On peut ainsi observer que Watford est une équipe qui occupe aussi beaucoup l’axe, ce qui est dû au fait que ses ailiers se ré-axent et que le duo Capoue – Doucouré a beaucoup d’influence sur le jeu des jaunes et noirs. Les Hornets forment une équipe très réaliste qui concrétise souvent ses temps forts, même lorsque ces derniers durent 20 minutes au total comme on a pu le voir face à Tottenham et Crystal Palace. Des rencontres dans l’ensemble subies, mais grâce à leur solidité défensive, et leurs transitions très bien exécutées et rapides, Watford a su, et sait se procurer bon nombre d’occasions pour une équipe qui ne joue pas près des cages adverses la majeure partie du temps (9 buts inscrits en 4 matchs de championnat). Les hommes de Javi Gracia développent un football très direct et n’hésitent pas à envoyer des longs ballons, ce qui leur permet de remonter le bloc (et de se sortir de la pression constante qu’ils subissent) ainsi que de jouer les seconds ballons avec Capoue et Doucouré qui excellent dans ce domaine. De plus, l’équipe dispose d’un excellent jeu de tête et de transition très rapide  ce qui leur permet de se créer de nombreuses occasions très rapidement après avoir récupérer le ballon. L’exemple du but de Capoue face à Crystal Palace en est le parfait exemple. En somme, Watford est une équipe qui sans ballon se positionne assez bas sur le terrain, en ayant deux lignes de 4 compactes et solides qui minimisent les espaces et occupent la largeur. À la récupération (grâce à un pressing intense), les Hornets se projettent vite vers l’avant avec les latéraux et Doucouré qui montent, et les ailiers qui se ré-axent pour former un 4-2-2-2 et ainsi pouvoir orienter le jeu dans l’axe du terrain, zone d’attaque préférée des hommes de Javi Gracia, bien que le côté gauche soit un de leur gros point fort. Cependant, on peut douter de la durabilité et de l’efficacité face à une équipe à l’aise dans les petits espaces et disposant d’une créativité et d’une technique suffisante pour déséquilibrer la défense de Watford en attaque placée comme Manchester City ou Chelsea par exemple. Les Hornets auront dès samedi, fort à faire face au Manchester United de Mourinho, dans le besoin de points en ce début de saison.

L’auteur

Matthias

Matthias

Autant analyste que Marcelo, aussi vivant que Bielsa. Matthias, étudiant de 20 ans amoureux du football dans sa globalité et de ses secrets grâce au paternel. J’espère vous les révéler grâce à mes heures passées à observer le rectangle vert et ses protagonistes.