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Tribunes debout, enfin le come-back ?

Les fameuses “terraces”, ces tribunes debout consubstantielles au football anglais traditionnel, vont-elles bientôt redevenir d’actualité outre-Manche ? Pourra-t-on de nouveau rester debout pendant 90 minutes pour clamer à pleins poumons l’amour de son équipe sans risquer quelque sanction de son club ? Les événements se précipitent sur la question ces derniers mois. Le “tabou” du safe standing suite à Hillsborough semble bien en passe d’être levé. Faisons le point sur ce sujet d’importance de nature à modifier de façon positive l’ambiance et la sociologie des stades du beautiful game.

Une rupture dans la continuité

Dissipons d’emblée toute ambiguïté. Les traditionnelles terraces surpeuplées du passé ne reviendront pas, du moins en Premier League et en Championship – championnats dans lesquels elles sont interdites en Angleterre et au Pays de Galles suite au rapport Taylor, rendu au lendemain de la tragédie d’Hillsborough. Dans les divisions inférieures, elles sont cependant toujours légales et même tolérées en Championship pour une période d’adaptation de 3 ans pour tout club accédant à ce championnat.

Dans la pratique, actuellement seul Brentford avec son historique Griffin Park (qui sera détruit à la fin de cette saison) a pu conserver sa célèbre Ealing Road terrace malgré son accession il y a plus de 3 saisons au Championship (2014). Les Bees construisant un nouveau stade, le club de West London a en effet obtenu de ne pas devoir entreprendre de coûteux et inutiles travaux afin d’adapter son stade aux règles applicables aux deux premières divisions.

La célèbre et bientôt regrettée terrace de Griffin Park
La célèbre et bientôt regrettée terrace de Griffin Park

Définitivement choses du passé, les terraces ne vivront donc pas de renaissance. Les tribunes debout dont il est question aujourd’hui n’auront que peu de choses en commun avec les immenses ends connues par les générations passées, si ce n’est la possibilité offerte de rester debout tout un match pour supporter son équipe.

D’ailleurs, ne nous y trompons pas tant les mots sont importants, en Angleterre, on ne parle pas de “tribunes debout” en tant que telles mais bien de “safe standing“. On ne peut prendre en effet la mesure du débat qui agite le monde du foot anglais si l’on ne l’inscrit pas dans le temps long de l’ère après Hillsborough.

Hillsborough ou la fin des tribunes traditionnelles anglaises

La tragédie d’Hillsborough, au-delà de son bilan humain effroyable, devait changer à jamais la face des stades anglais. Certes aujourd’hui, les enquêtes officielles ont démontré que les terraces n’étaient en rien responsables des morts et blessés de cet horrible après-midi du 15 avril 1989. Cependant, la lecture du drame était toute différente à l’époque.

Suite au rapport Taylor rendu en 1992, une loi fut adoptée rendant obligatoires les all-seater stadiums (stades avec 100% de places assises) dans les deux premières divisions à compter d’août 1994. Profitons-en pour écarter définitivement (très nombreux sont ceux qui s’y trompent) toute mauvaise compréhension sur la législation applicable depuis lors en Angleterre – au regard de la loi, il n’est pas interdit de rester debout dans un stade anglais.

Preuve en est, sauf trouble manifeste, la Police n’intervient jamais si des supporters demeurent dans une telle position. En revanche, les clubs, pour certains du moins, combattent activement avec bans à la clef la station persistante debout (exemple – Tottenham dans son nouveau stade).

https://twitter.com/finley_beadle/status/1115937141454987264
Rester debout au Tottenham stadium pourra vous valoir une expulsion musclée voire même un ban

La raison en est simple. S’ils ne font pas respecter l’obligation faite au public de rester assis, les clubs peuvent perdre l’autorisation d’exploiter leur stade ou une partie de celui-ci. C’est ainsi qu’on a pu voir le Président de West Ham lui-même, David Gold, demander expressément aux fans des Hammers de demeurer assis dans leur stade (de merde !), faute de pouvoir obtenir l’autorisation future d’augmenter sa capacité.

“Sit down if you love West Ham”. Sans commentaires !

Genèse d’un retour annoncé

On s’attachera ici à rappeler les seuls faits marquants touchant aux deux premières divisions puisque, comme déjà indiqué, pour les championnats inférieurs les terraces sont toujours d’actualité.

On mentionnera toutefois car symbolique la première tribune anglaise labellisée safe standing, sous forme de railseats, inaugurée par Shrewsbury en mai 2018. Intéressant de relever à cet égard – car c’est un trait qu’on va retrouver pour notre sujet principal – que des supporters furent à l’origine de cette portion de tribune novatrice.

A Shrewsbury: le 1er safe standing de l’histoire en Angleterre (Crédit: James Williamson)

Non contents d’être la force motrice du projet, les fans en ont été également les principaux pourvoyeurs de fonds puisque plus de la moitié des sommes requises ont été récoltées via la plateforme de crowdfunding Tifosy, le club payant un tiers du projet à la hauteur de 75 000£ acquittés, le solde étant apporté par… la société de paris Fansbet (voir notre précédent article sur l’omniprésence de ces sociétés dans le foot anglais).

Le safe standing de Shewsbury prend la forme de “railseats”

Un non à West Bromwich Albion qui sonna la révolte du peuple des tribunes

Avril 2018, West Brom alors bon dernier de Premier League déclare ambitionner d’installer 3 600 railseats dans une section de son stade. Refus de la Ministre des Sports de l’époque Tracey Crouch, qui ira même jusqu’à déclarer, au vu des réactions de désapprobation de nombreux supporters,  que ceux qui réclament le safe standing sont une “vocal minority“.

Qui est la “vocal minority” ?!

Ce fut la goutte d’eau de trop. Les Holmesdale Fanatics, ultras de Crystal Palace toujours remarquablement à la pointe des revendications légitimes, le font alors directement savoir à la Ministre. Leur banderole fut reprise dans de nombreux médias alimentant un peu plus l’accusation faite au gouvernement de méconnaître la réalité des stades.

Les événements vont alors s’enchaîner très vite. C’est d’abord un autre sondage commandé par l’EFL (structure chapeautant les 3 divisions en-dessous de la Premier League) qui fit état d’un résultat favorable sans appel de 94% des sondés souhaitant pouvoir choisir la station debout ou assise dans les stades.

Une “vocal minority” plutôt nombreuse…

D’autres enseignements ont par ailleurs pu être tirés de ce sondage. Ainsi, les jeunes sont les plus en attente d’une légalisation du safe standing. Élément non négligeable sur le plan économique, les clubs pourraient également espérer augmenter les affluences dans leurs stades s’ils installaient ce type de dispositif.

Supporters et citoyens !

Au-delà de ces sondages qui, s’ils présentent l’avantage de figurer dans le paysage médiatique, peuvent s’avérer de peu d’effet auprès des autorités décisionnaires, le fait marquant et sans doute décisif est à trouver dans la pétition initiée par un jeune supporter d’Ipswich, Owen Riches.

Quand des supporters forcent le gouvernement à débattre du safe standing

Réclamant l’introduction du safe standing à l’image de la pratique observée en Écosse et en Allemagne, l’initiative du jeune supporter aurait pu passer inaperçue ou dépasser les seules 10 000 signatures, seuil à partir duquel le Gouvernement est uniquement tenu d’apporter une réponse au projet proposé.

Mais c’était sans compter la prétendue “vocal minority” chère à Tracey Crouch qui se mobilisa alors sans compter pour atteindre puis dépasser les 100 000 signatures. Ce cap franchi, le gouvernement se devait dès lors d’envisager l’organisation d’un débat au Parlement sur cette légitime revendication.

Des comptes très suivis par les supporters anglais les plus actifs appelèrent à signer la pétition

On notera d’ailleurs que certains clubs œuvrèrent eux aussi à la réussite de la pétition en y adhérant mais également en encourageant leurs supporters à la signer.

Le débat attendu eut donc bien lieu à Westminster en juin 2018, l’occasion pour certains parlementaires telle la travailliste Dr Rosena Allin-Khan en pointe sur ce dossier au sein de l’opposition de mettre en exergue les discriminations subies par les fans de foot en comparaison de ceux de rugby ou des habitués des salles de concert. La Ministre Tracey Crouch prit bien sûr la parole et eut le louable courage de s’excuser d’avoir parlé de “vocal minority”. Elle fit également part de ses craintes suite aux messages haineux reçus sur les réseaux sociaux en réaction à sa déclaration initiale.

Dans les faits, aucune décision concrète, si ce n’est l’annonce par la Ministre de diligenter une étude sur le sujet, n’émergea de ce débat parlementaire. Cependant, cette thématique n’allait plus quitter le devant de la scène. Il faut dire que la question du safe standing en l’espace de quelques semaines était devenue un sujet d’attention au Parlement pour le bon et le moins bon.

Ainsi, le 10 mai 2018, lors d’une session de questions à la Chambre des Communes, un élu d’Huddersfield, Barry Sheerman, avait cru bon déclarer que le safe standing risquait de favoriser les “insultes racistes”. Cible de critiques, il avait dès le lendemain récidivé se disant toujours non convaincu par les arguments du pro safe standing. Pour lui, safe standing et “comportement choquant” vont en effet de pair…

Fort heureusement, ce type de réaction fut peu partagé et tous partis confondus, des parlementaires ont affiché leur soutien au safe standing.

Une parlementaire Conservateur élue de Norwich exprime son soutien au safe standing
Soutien officiel du parti travailliste au safe standing

A la lueur de ces différents événements, l’on se rend compte que l’année 2018 fut décisive pour caresser l’espoir d’un futur retour des tribunes debout. D’un refus sans appel signifié au printemps à West Brom à l”encontre de toute forme de safe standing, on avait vu l’année se finir sur une étude gouvernementale menée dès novembre 2018 sur sa faisabilité.

Une étude concluant à la nécessité… d’une nouvelle étude !

Les résultats de l’étude commandée par la Ministre des sports Tracey Crouch furent rendus en octobre 2019. Beaucoup d’attente pour au final un bien maigre résultat puisque la société missionnée conclut à un “manque de preuves évidentes” quant aux “améliorations en matière de sécurité pour les spectateurs” qu’une modification de la loi apporterait.

Il suffit pourtant de s’intéresser un tant soit peu à la réalité du terrain pour savoir que les blessures sont récurrentes lors des buts en l’absence de safe standing. Exemple parmi d’autres: ce fan des Toffees en déplacement chez les Wolves en août 2018 qui eut le coude déboité sur un but de Richarlison après qu’un autre supporter situé sur le rang supérieur lui fut tombé dessus. Le club mis au courant via les réseaux sociaux tint alors à sa manière à le soutenir dans son rétablissement.

Les preuves feraient défaut sur la dangerosité de la situation actuelle…

Heureusement, le sujet du safe standing ne fut pas pour autant enterré. Le Gouvernement chargea alors la Sports Ground Safety Authority (SGSA), organe institué après la catastrophe d’Hillsborough pour contrôler les enceintes sportives, de conduire une enquête tout au long de l’actuelle saison. Son avis ne sera donc connu qu’à l’été prochain.

Pour autant, la SGSA a dévoilé ce mois-ci une version provisoire de son rapport dont les conclusions sont autant éclairantes que favorables. Après avoir étudié les exemples du Celtic Park de Glasgow, du Westfalenstadion du Borussia Dortmund et des clubs anglais de Shrewsbury, Wycombe et Oxford (stades dotés de safe standing) la SGSA indique que “de manière générale, l’installation de barrières a un impact positif sur la sécurité des spectateurs permettant en particulier de limiter les risques de chute“.

Le secteur dédié au safe standing du Celtic, exemple très scruté en Angleterre

La SGSA relève également que les secteurs dédiés au safe standing doivent faire l’objet d’un contrôle spécifique en leurs entrées, afin d’éviter la migration vers ces secteurs très prisés de supporters démunis de billets correspondants. Le rapport ne désigne pas d’exemples spécifiques mais l’on sait que le problème s’est notamment posé au Celtic de Glasgow.

Autre enseignement que nous pouvons directement lié au cas de West Ham (même si là encore le rapport ne désigne aucun club spécifiquement), la SGSA indique que “l’application de la loi sur les all-seater stadiums est une source de conflits entre les fans qui restent debout de façon permanente et ceux qui désirent assis, de même qu’entre les fans et les stewards générant dès lors des risques en matière de sécurité“.

Le London Stadium a, en effet, été le théâtre lors des premiers matches de West Ham de véritables altercations, plus ou moins violentes et relayées dans les journaux, entre le public traditionnel des Hammers et le nouveau public en particulier familial que le club de l’East London a réussi à attirer pour remplir son antre à la jauge deux fois large que celle d’Upton Park (RIP). Problème – une grande majorité des supporters old school de West Ham avaient conservé leurs habitudes tendant à rester debout alors que les supporters fraîchement convertis voulaient eux assister aux matches assis.

Ajouter à cela des stewards totalement inexpérimentés (la plupart des stewards de longue date d’Upton Park n’avaient pas été réembauchés) et vous avez tous les ingrédients d’une situation explosive et qui le fut. Le club dut alors en catastrophe rappeler les anciens stewards du Boleyn Ground et surtout repositionner un certain nombre de supporters afin de créer des zones homogènes de fans au regard de leurs attentes sur la manière d’assister à un match.

Un public aux attentes divergentes: facteur de risques évident recensé par la SGSA mais (stupidement) ignoré par West Ham

Un soutien politique transpartisan en faveur du safe standing

Les conclusions provisoires du rapport de la SGSA furent accueillies de façon positive par le Ministre des Sports, Nigel Adams, qui profita même de l’occasion pour réitérer l’engagement pris par le Parti Conservateur, lors des élections générales de mai 2019, en faveur de l’introduction du safe standing.

Signe que le sujet revêt une importance particulière en Angleterre (imagine-t-on en France les principaux partis prendre par exemple position dans leurs programmes sur les interdictions de déplacement ?), toutes les formations politiques du pays s’étaient, lors de ces élections, exprimées en faveur du safe standing.

Outre les Conservatives, le Labour Party avait réaffirmé son engagement antérieur (cf. supra) indiquant qu’ “il régulerait le safe standing dans les stades“. Quant aux Liberal Democrats, ils indiquaient vouloir “aller vers l’introduction du safe standing pour les clubs de football en demandant à la SGSA de préparer les directives requises pour mettre en œuvre ce changement“. Belle unanimité !

Le poids d’Hillsborough

La catastrophe de 1989, on l’a vu, a définitivement changé l’aspect des stades anglais. Mais son poids a également rendu taboue toute velléité de discussion sur le safe standing. Aujourd’hui, si l’hypothèse du retour des tribunes debout prend forme, l’impact émotionnel demeure prégnant.

C’est ainsi que le Ministre des Sports précité, Nigel Adams, a pu indiquer le 28 janvier 2020 que le Gouvernement était “très désireux de respecter la promesse de son programme (en faveur du safe standing) mais devrait être guidé par la SGSA et respectueux de tous, les fans et les familles de Hillsborough”.

Ces familles se sont, en effet, peu ou prou constituées comme la conscience morale sur la question des tribunes debout. Pendant longtemps, chose compréhensible, elles se sont prononcées contre tout retour de telles tribunes. Or, peu à peu, l’unanimité s’est lézardée. Dès 2013, Anne Williams qui avait perdu lors du drame de Sheffield son fils âgé de 15 ans avait déclaré:

“Mon amour de fils Kevin n’est pas mort parce qu’il était debout dans une terrace, il a perdu la vie à cause de l’incurie de la Police du South Yorkshire. Les terraces sans grillages sont sûres. Être debout n’a jamais tué quiconque, ce sont les cages et le fait de traiter les gens comme des animaux qui ont tué.”

Depuis, d’autre voix issues de familles éplorées par le désastre se font fait entendre dans le même sens. C’est par exemple Adrian Tempany qui rédige le 22 avril 2018 pour The Guardian une tribune intitulée: “I survived Hillsborough: now I say let’s bring back standing at football”.

C’est aussi la sœur d’Andrew Mark Brookes aussi disparu à Hillsborough qui tweete son soutien au safe standing en février 2020.

La sœur d’Andrew Mark Brookes exprime son soutien au safe standing

De manière plus large, au sein de la grande famille des supporters des Reds, une majorité se dégage aujourd’hui pour réclamer l’introduction du safe standing. Ainsi, un sondage réalisé en juillet 2017 par le très influent et écouté groupe de fans Spirit of Shankly démontra que 88% de ses membres étaient favorables au rail seating (cf. exemple de Shrewsbury précité).

Deux autres informations révélatrices sont à relever. Les membres les plus représentés dans ce sondage furent ceux âgés de 22 à 44 ans signe que l’attente chez les plus jeunes est bien présente. Quant aux plus favorables au retour des tribunes debout, on les recrute chez les fidèles âgés d’au moins 12 ans en 1994 (année de disparition du Kop sous sa forme traditionnelle) avec un taux d’adhésion sans appel de 85%. De longues années ont beau avoir passé, le standing est donc toujours resté dans les têtes des plus fervents supporters d’Anfield Road.

Le South Stand du Tottenham Stadium équipé de safe-seating

Autre élément d’importance, le procès d’Hillsborough s’est récemment achevé offrant la possibilité aux yeux de certains de tourner la page. Une responsable de Tottenham, Donna-Maria Cullen, a ainsi clairement affirmé lors de l’installation du rail-seating dans le nouveau stade des Spurs (6 000 places au bas du South Stand et 1 500 dans le secteur visiteurs) que “en tant que club, nous ne nous sommes pas engagés sur le sujet avant que l’enquête sur Hillsborough ne soit achevée démontrant que la tragédie de 1989 n’avait pas été causée par la présence de spectateurs debout”.

Les projets se multiplient

D’ores et déjà deux grands clubs de Premier League ont profité de la décrispation générale sur le sujet pour introduire des formes alternatives de safe standing qui lui, en tant que tel, continue d’être légalement prohibé.

Le rail-seating installé sur l’intégralité d’une tribune du stade de Wolverhampton (Crédit: PA Images)

C’est on l’a vu Tottenham avec du “safe-seating” qui présente la particularité d’avoir des sièges identiques à ceux équipant toutes les autres parties du stade. C’est également Wolverhampton qui a opté l’été dernier pour du rail-seating dans toute la Sir Jack Hayward Stand de Molineux après qu’un sondage réalisé par le club auprès des abonnés de cette tribune eut démontré que 97% (!) d’entre eux étaient favorables à un tel projet.

Ailleurs dans le pays, nombreux sont aussi les supporters qui réclament à leurs dirigeants de telles installations à l’occasion de matches ou lors de rencontre club/supporters.

Dès 2016, les ultras de Palace réclamaient à leurs dirigeants du rail seating (crédit: Dan Mullan)
Les Cowshed Loyal, groupe ultra d’Huddersfield, demandent du rail seating

Au delà de la diversité des termes employés (rail-seating ou safe-seating), il convient de bien comprendre qu’en l’état, il est bien toujours interdit de rester debout sur de longues périodes dans les stades des deux premières divisions. Les pancartes placardées à l’entrée des tribunes appelant à dénoncer ses petits camarades coupables de “persistent standing” sont donc toujours d’actualité.

Heureusement, pour l’avoir constaté de visu en Premier League, en Championship voire même à Wembley pour une finale de play-off, on peut témoigner que certains clubs tolèrent la station debout continue et qu’en tout état de cause dans les secteurs visiteurs, les supporters demeurent, sauf très rares exceptions, continuellement dans cette position.

A West Ham ou ailleurs, tout spectateur anglais est invité à dénoncer son voisin coupable de l’odieux délit de “Standing up”

Quoi qu’il en soit, les clubs semblent nombreux à être acquis à la cause du safe standing si l’on en juge par les annonces récentes. Le 10 février, c’est ni plus ni moins que le grand Manchester United qui annonce avoir formulé une demande d’autorisation pour 1 500 rail seats dans le 1/4 de virage du North East Quadrant d’Old Trafford.

Les Red Devils espèrent pouvoir procéder aux travaux requis avant la fin de la saison en cours. Réagissant à cette annonce, le Manchester United Supporters Trust a indiqué dès le lendemain espérer voir cette initiative s’étendre à d’autres parties du stade dès lors que la demande se ferait sentir.

Peu après, c’est au tour de Bristol City d’annoncer son projet d’introduire dès 2020/21 des rail seats dans la section 82 (emplacement du groupe ultra éponyme) de son South Stand espérant ainsi être le premier club de Championship équipé de telles installations.

Cinq jour après, ce sont les Queen’s Park Rangers qui interrogent leurs supporters sur leur appétence pour du rail seating.

Enfin, c’est Everton qui, de longue date, a annoncé prévoir dans sa future enceinte une Home End dotée de rail seating potentiellement transformable en safe standing dès la législation modifiée, ainsi qu’une North End également éligible au safe standing.

Bramley Moore Dock Stadium, futur stade des Toffees

Des projets qui vont au-delà de la seule sécurité

Bien évidemment et on l’a souligné d’emblée au regard des termes employés, la sécurité est au cœur de tout projet de ce type outre-Manche. Néanmoins, l’attente des clubs et des supporters dépassent ce seul enjeu. Qui a déjà fréquenté les stades anglais a pu constater que l’ambiance peut y être parfois bien morne. Il faut dire qu’être assis n’incite pas vraiment à encourager de façon la plus bruyante possible son équipe. Ce constat sous forme d’évidence, nombreux sont ceux à la partager et pas simplement les habitués des tribunes. Arsène Wenger lui-même déclarait en avril 2018 pour expliquer son soutien au safe standing que :

“L’ambiance est bien meilleure quand les gens sont debout. Plus proche vous êtes de la position de jeu des joueurs, plus actifs vous êtes. Imaginez si les gens étaient allongés dans leur lit à regarder le match, ils pourraient parfois s’endormir. C’est donc préférable qu’ils soient debout. Il y a des raisons de sécurité qui prohibent cela et je peux le comprendre mais si la sécurité est assurée, je suis à 100% favorable au safe standing”.

La responsable de Tottenham déjà citée, Donna-Maria Cullen, lors de la présentation du nouveau stade des Spurs ne disait pas autre chose affirmant que “les principales raisons (de la présence de safe seating) étaient d’offrir le choix aux supporters et de l’ambiance car les fans ne peuvent pas chanter en étant assis”.

Adrian Tempany, le fan de Liverpool déjà cité témoin des événements de Hillsborough, y voit lui le moyen de faciliter la socialisation entre supporters à l’image de ce qu’ont connu les générations passées. On ne saurait lui donner tort à condition que le placement soit libre au sein de ces secteurs comme l’a intelligemment et avec succès essayé le club écossais d’Aberdeen lors de deux matches de Coupe.

Debout et libres de choisir leur place: Aberdeen a trouvé la solution (pourtant aisée) pour faire revivre son stade grâce à ses supporters

Comme un symbole

Nul sait bien évidemment si le retour pourtant jamais si proche des tribunes debout deviendra in fine réalité. On ne peut cependant que l’espérer avec vigueur car ce retour aux sources originelles des stades à l’anglaise sonnerait comme une réappropriation par son public traditionnel du beautiful game.

Lui auquel on a fait porter injustement pendant de longues années l’infâme responsabilité du drame d’Hillsborough, lui qu’on a voulu chasser des stades avec des tarifs exorbitants, lui qu’on a voulu passif en le maintenant assis, lui qu’on ignore pour fixer les dates et heures des matches, il pourra alors se redresser fièrement et hurler à pleins poumons debout dans sa tribune pendant 90 minutes sa fierté d’être supporter.

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L’auteur

Olivier Laval

Olivier Laval

Amoureux des ends anglaises et des curve italiennes. Ecume les tribunes populaires depuis plus de trois décennies. Le foot se vit au stade et debout !