Tactically

L’évolution des formations tactiques et leurs influences

Alors que l’année dernière la part belle était faite aux systèmes en 3-5-2, la saison 2018-2019 montre un retour au 4-3-3 quelque peu remasterisé et à des changements assez profonds dans les profils de joueurs utilisés. Retour sur les différents dispositifs, leurs influences sur l’apparition de nouveaux profils de joueurs et comment tout cela évolue au cours du temps.

Les principales formations

Au début, tout était chaos et le football n’avait pas de forme“. C’est avec ces mots que le journaliste anglais Jonathan Wilson débute son analyse historique de l’évolution des schémas tactiques dans son livre Inverting the Pyramid.

Il est vrai que quand l’histoire du football débute à la fin du XIXème siècle, les formations modernes telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existent pas encore. C’est à partir de 1870 que l’on commence à distinguer les systèmes à “trois lignes”, standards modernes. Quelques décennies plus tard, les dispositifs les plus courants sont le 2-3-5, son opposé le 5-3-2 mais surtout le WM.

Schéma représentant la formation WM
La formation WM utilisée à l’époque

Ce schéma reste le plus utilisé dans le football Européen jusqu’aux années 1950 où certains entraineurs dont Gusztáv Sebes, alors sélectionneur de l’équipe hongroise, cherche à parer le WM. Basé sur des permutations en cours de match, l’avant-centre offre un point de soutien à ses deux milieux offensifs, qui peuvent monter à sa place et créer un surplus.

Ce principe novateur favorise le passage au 4-2-4 et les brésiliens adoptent cette formule pour la faire évoluer en 4-3-3 au cours des années 1960. Ce positionnement restera majoritaire jusque dans les années 1970. À ce moment la plupart des systèmes que nous connaissons aujourd’hui ont été inventés et la plupart des nouveautés reposent dans des changements micro-tactique plutôt que dans l’organisation générale.

Bien qu’il y ait beaucoup de variantes, il n’y a actuellement peu d’équipes qui jouent avec plus de deux systèmes différents – le plus souvent un pour l’attaque et un pour les phases défensives.

L’influence sur les postes

L’arrivée du 4-3-3 et du jeu de possession poussé à son extrême par Pep Guardiola avec le Barca a changé beaucoup de choses. Appliqué par de nombreuses équipes avec un milieu défensif jouant souvent comme un meneur reculé, ce système a sans doute contribué à la disparition du numéro 10 tel qu’il était connu dans les années 2000-2010.

Carlo Ancelotti est l’un des premiers à utiliser ce “deep-lying midfielder” avec le Milan AC en 2007, en l’occurrence Andrea Pirlo. Plus récemment, l’entraineur avait fait de même au PSG avec Thiago Motta et même parfois Verratti.

Aujourd’hui de nombreux joueurs, parfois habitués à jouer plus haut sur le terrain, sont positionné dans ce rôle de meneur de jeu reculé : Thiago Alcantara, Miralem Pjanic, Toni Kroos, Cesc Fabregas, Jorginho, Marco Verratti, le plus représentatif étant Sergio Busquet au le FC Barcelone.

Schéma représentant l'évolution du poste de numéro 10 et l'apparition des meneurs reculés
Le Barça de Pep Guardiola face au Real Madrid et le Milan AC de Carlo Ancelotti. Tout en gardant ce rôle de meneur de jeu (Pirlo en est le meilleur exemple), ce nouveau positionnement permet aussi de bloquer le numéro 10 adverse.

Toutefois ce rôle de numéro 10 n’a pas complètement disparu. Il s’est plutôt développé sur les ailes ou dans les zones couramment appelées “half-space“: Iniesta, Ozil, David Silva, Coutinho ou encore Hazard sont de parfaits exemples d’adaptation aux systèmes mis en place par les défenses adverses (d’ailleurs on les appelle toujours “meneur de jeu”).

De nouveaux changements ?

Quand Antonio Conte arrive en Angleterre en 2016 à Chelsea, il amène avec lui un système alors très peu répandu en Premier League : la défense à trois. Typiquement Italien, ces dispositifs reposent sur des ailiers très endurants et une haute intensité dans la circulation de balle en attaque.

Bilan : Chelsea gagne la Premier League mais c’est surtout le fait qu’un nombre non négligeable d’équipes ont aussi adopté une défense à trois (West Ham, Arsenal, Manchester City, Manchester United parfois, Tottenham ou encore Bournemouth) qui marquera l’influence de Conte sur le championnat.

Depuis, la plupart des équipes sont revenus à un système classique à 4 défenseurs mais un nouveau système commence à être de plus en plus privilégié par les grosses écuries, initié encore une fois par Pep Guardiola et dans la lignée de ce qu’a apporté Conte.

Voici les formations utilisées par l’entraineur espagnol cette saison avec Manchester City (semblable à ce qu’il avait mis en place la saison passée) :

Schéma représentant les formations utilisées par Guardiola à Manchester City
Les formations utilisées par Guardiola à Manchester City

La seconde ressemble fortement au WM historique et au regard des graphiques ci-dessous on remarque que de nombreuses équipes jouent dans un dispositif similaire.

PassNetwork de différentes équipes jouant dans une nouvelle forme de 4-3-3
On remarque que les passes dans les derniers mètres sont peu nombreuses mais très verticales – et donc potentiellement efficaces – avec une construction se reposant sur les cinq premiers joueurs

On notera que le système de défense à 3 n’est pas si éloigné de ces schémas tactiques et qu’il ne s’agit au final que d’une variante plus offensive (notamment pour ces équipes qui ont tendance à jouer un jeu de possession).

Là encore, cette nouvelle “mode” profite à un nouveau profile de joueur : les latéraux offensifs. Marcelo, Kimmich, Marcos Alonso, Walker, Mendy ou encore Jordi Alba, la liste est longue et qu’ils soient d’anciens milieux de terrains reconvertis ou des latéraux offensifs, ils sont tous très techniques et endurants, devenant ainsi des joueurs clés.

À la différence des dispositifs à 3 ou 5 derrière selon la phase de jeu, ces joueurs ne se limitent pas à courir le long du couloir mais sont souvent utilisés comme des milieux de terrain permettant de faire monter le bloc équipe et surcharger le milieu.

Conséquence de ces “reconversions”, le profil d’ailier est moins présent et de plus en plus de joueurs pouvant jouer en tant que buteur et/ou ailier apparaissent : Martial, Rashford, Mbappe, Alexis Sanchez, Leroy Sane, Sterling, etc…

En plus de voir de moins en moins de véritables ailiers comme Robben ou Pedro, la tendance est à une uniformisation des profils. Des gardiens avec une qualité de jeu aux pieds sans égale aux joueurs offensifs capables de jouer à tous les postes de l’attaque comme Delle Alli ou Lingard en passant par ces latéraux très complets, les joueurs sont de plus en plus “multitâches”.

C’est en Premier League, où la compétition est sans égale, que cette tendance se ressent le plus. Avec une intensité de tous les instants, les joueurs doivent se dépasser et donc jouer parfois à des postes qui ne sont à priori pas les leurs.

Est-ce que d’autres postes vont disparaître pour en faire apparaître d’autres ? Comment les schémas tactiques vont évoluer ? Quel sera le prochain “grand” changement tactique ?

Bien que l’on commence à voir de plus en plus d’attaques jouant avec deux pointes – peut-être pour contrecarrer les systèmes que nous avons détaillés ci-dessus – il est difficile d’extrapoler. Néanmoins, il est certains que de nombreux changements sont encore à venir, surtout s’il on compare le football aux sports américains qui ont atteint un niveau tactique et d’analytics encore loin devant ce qui se fait dans le monde du ballon rond.

 

L’auteur

Benoît

Benoît

Data Scientist mais surtout bercé par les vidéos Joga Bonito, Shaolin Soccer et Moneyball. Fan d'Arsenal mais pas du nombre 4, mélange ses connaissances en statistiques et informatiques pour réaliser des data-viz et découvrir qu'il n'y a pas que Pep Guardiola qui a de bonnes idées. Toujours un oeil sur Jack Wheelchair même s'il n'est plus en rouge et à l'infirmerie. Aurait été supporter du Stade Brestois si le Qatar avait acheté le club.