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Aux origines de la Premier League : la révolution du football anglais

La Premier League est le championnat le plus réputé, le plus riche et le plus suivi dans le monde. Retour aux origines, plus ou moins douloureuses, au début des années 1990 où tout a basculé pour le football anglais.

Une décennie de crises et de révolutions

La Premier League que l’on connaît aujourd’hui ne s’est pas créée du jour au lendemain. C’est le résultat d’un long processus, dans un contexte particulièrement douloureux et révolutionnaire dans le monde du football outre-Manche. Il faudrait un livre entier pour décrire de manière précise ce changement de paradigme dans l’histoire du football. Tentons tout de même d’y poser les idées générales.

À l’époque, le football anglais est dirigé par deux institutions : la Football Association (fédération anglaise, abrégée FA) et la Football League, concurrentes depuis toujours pour diriger le foot anglais. Ces conflits tournent autour de l’argent bien entendu mais également autour de l’influence de chacune au sein des clubs. Le sujet de conversation principal dans les années 70-80 n’est pas de savoir si la mort de Claude François est une bonne ou une mauvaise chose pour la chanson française mais plutôt la redistribution des ventes de billets. À ce moment-là, les recettes étaient divisées en trois : d’abord entre les deux clubs qui s’affrontaient tandis qu’une 3e part revenait à la Football League. Cette règle avait été introduite pour assurer une certaine égalité entre petits et grands clubs or, pour les grandes équipes comme Liverpool, cela était perçu comme inadmissible et injuste.

Scène de panique dans les tribunes du Heysel
Le drame du Heysel, 29 mai 1985. (crédit : RMC)

C’est à partir de là que de petites révolutions s’enclenchent, et rien à voir avec la petite Révolution de 1789 en France. La première est celle de la fin de la redistribution des recettes liées à la billetterie. Les clubs les plus influents et les plus riches ont exercé des pressions sur les 2 fédérations pour parvenir à leurs fins. La seconde est l’arrivée des sponsors dans les clubs, un changement majeur et capital puisque ces nouveaux revenus bénéficiant exclusivement aux clubs permettent de développer les structures et d’avoir une nouvelle marge de manœuvre pour les transferts. Les clubs ne s’appuient plus seulement sur les revenus liés à la billetterie mais également sur les sponsors de plus en plus présents au fil des années.

C’est dans ces années 70-80 que le football anglais connaît une crise majeure. Et ce n’est pas le décès de Joe Dassin. Un hooligan (rien à voir avec Joe Dassin) est un adepte d’un sport, certes, mais usant de la violence pour peser sur le sort d’une rencontre. Ainsi, en Angleterre, ce phénomène d’hooliganisme sévit et crée de réels problèmes pour le football. Le déroulement des rencontres est inquiété, les stades sont de plus en plus saccagés et les drames se multiplient. Pour exemple, et pour sortir de cette idée reçue du hooliganisme exclusivement britannique, le drame du Heysel. Le 29 mai 1985, stade Roi Baudouin de Bruxelles, finale de la Coupe des Clubs Champions entre Liverpool et Juventus. Des grilles de séparation et un muret s’effondrèrent sous la pression et le poids de supporters en conflits les uns les autres, faisant 39 morts et 454 blessés. Les Hooligans sont les responsables de cette tragédie.

Ainsi, à travers cette crise du football, les stades ne se remplissent plus, le football est de plus en plus assimilé à la violence, à une simple machine à fric avec notamment l’arrivée d’hommes d’affaires dans les clubs qui espèrent tirer profit de ces entreprises sportives. Bref, tout ne va pas pour le mieux dans les années 80, et il parait nécessaire de refonder le football en Angleterre.

Le changement, c’est maintenant

Les joueurs de Manchester United posent pour le titre de Champions en 2008
Comment parler de la Premier League sans penser au club le plus titré de l’histoire ?

Comment faire face à la mort de Daniel Balavoine ? Impossible. Mais face au fléau du hooliganisme et des problèmes liés à la sécurité, la Fédération et les clubs doivent réagir. Les stades anglais, de plus en plus désertés, sont des lieux de divertissement qui doivent évoluer positivement. La tragédie de Hillsborough est un évènement majeur marquant un tournant. Le 15 avril 1989, Liverpool affronte Nottingham Forest au stade de Hillsborough situé à Sheffield pour le compte de la demi-finale de la Coupe d’Angleterre. Pour faire face au hooliganisme, des grillages sont placés en bas des tribunes pour éviter le jet de projectiles et les envahissements de supporters sur la pelouse. Ces grillages seront à l’origine du drame qui se prépare. Les supporters de Liverpool sont situés dans la tribune Ouest. Un mouvement de foule est provoqué par une sécurité dépassée par la masse de supporters. Ainsi, des supporters se retrouvent acculés puis compressés sur les grillages. Le bilan est tragique : 96 morts et 766 blessés.

Le rapport Taylor qui a suivi ce drame recommande des améliorations pour la sécurité des stades. Les grillages sont progressivement retirés dans les principaux stades britanniques, les tribunes rénovées ne proposent désormais que des places assises. Cette nouvelle architecture propose des conditions d’accueil plus efficaces et agréables. Le hooliganisme, fait véritablement social pour certaines villes, recule de plus en plus. Mais la mort du chanteur de Queen durant l’année 1991 lança la grande dépression dans toutes les sociétés du monde…

Au delà des stades, les clubs s’aperçoivent que les écarts se creusent entre les “petits” et les “grands”. Everton, Liverpool, Manchester United, Arsenal, et d’autres envisagent de créer de manière autonome un nouveau championnat, une Super League. Au début, la FA ne l’entendait pas de cette oreille, encore moins la Football League. Imaginez qu’on impose à la Fédération Française comme hymne Les Lacs du Connemara de Michel Sardou ? Insensé ! Après plusieurs années de lutte et d’acharnement et face aux évolutions majeures du football européen, les choses se devaient de changer en Angleterre aussi. Ainsi la FA donne son feu vert pour constituer un championnat d’élite au dessus de la Championship : la FA Premier League. L’objectif est d’améliorer les revenus en ayant la capacité de négocier ses propres droits télévisés et contrats de sponsoring et de pouvoir lutter au niveau européen alors que les clubs anglais auront passé 6 années bannis des compétitions de l’UEFA*. La Football League est réduite de quatre à trois niveaux, la Premier League, au sommet, ne compte qu’une seule et unique division à 22 équipes, puis à 20 telle qu’on la connaît aujourd’hui. Et si c’est aujourd’hui le championnat le plus diffusé et le plus regardé au monde, il y a une raison…

Télévisionnaires, on peut appeler ainsi ces gens de la télévision, ces hommes d’affaires qui gèrent les chaînes comme ITV, BBC, Sky Sports. Jusqu’ici, les deux premiers avaient le monopole de la diffusion des matchs de la première division mais dans les années 70-80, très peu de match étaient retransmis en direct. Peu à peu, à la fin des années 80 et début des années 90, le football anglais trouve sa place à la télévision et Sky Sports saisit l’occasion pour arracher les droits de diffusion aux deux diffuseurs historiques. Pactole.

Le tout premier logo de la FA Premier League
Le tout premier logo de la FA Premier League. (crédits : Wikipedia)

Tout est réunit pour proposer un championnat compétitif et rapportant énormément. Le 27 mai 1992, la FA Premier League est officiellement créée. La première édition, à 22 clubs, s’est tenue pour la saison 1992-1993. En 1995, le championnat passe à 20 équipes sous la pression de la FIFA qui souhaite harmoniser les championnats européens. Depuis, vous connaissez la chanson : le fameux Big Four domine les débats jusque dans les années 2010, avec Arsenal, Chelsea, Manchester United et Liverpool. Aujourd’hui, on parle de Big Six, avec Tottenham et Manchester City qui se sont ajoutés aux 4 autres.

L’histoire de la Premier League ne peut se résumer à ces quelques lignes. Néanmoins, vous pouvez croire une chose : on aime ce championnat. Peu importe les critiques venant d’Espagne, d’Italie, d’Allemagne, de France et de Corée du Nord. Comme le dit si bien Pochettino, le football a pour devoir de transmettre des émotions. La Premier League remplit ce devoir. God Save The Premier League.

*Suite au drame du Heysel en 1985, les clubs anglais seront bannis des compétitions européennes jusqu’à la saison 1990/91. Liverpool ne reviendra que pour la saison 1991/92.

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.