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Leicester : que se passe-t-il en défense ?

Englués dans le ventre mou en Premier League, reversé en Europa Conference League alors que le club faisait parti des favoris de la compétition, Leicester réalise un début de saison en demi-teinte, bien en deçà des objectifs de top 4 affichés en début de saison. Décryptage des difficultés des Foxes.

Les espoirs du début de saison

Tout avait pour le moins bien commencé, une victoire en finale de FA Cup, l’emménagement dans un centre d’entrainement flambant neuf et à la pointe de la performance, un titre en début de saison avec l’anecdotique Community Shield, les Foxes ne pouvaient s’estimer plus heureux lorsque s’annonçait le début de saison en Premier League.

Un recrutement intelligent, pas de départ majeur, les Foxes sortent d’un été serein, étoffant l’effectif à des points clés, se renforçant qualitativement sur le papier. Ainsi, ils peuvent compter sur le retour de prêt convaincant de Kiernan Dewsbury-Hall, pur produit de la formation qui a éclos tard, l’arrivée de Boubakary Soumaré, tout juste auréolé de son titre de champion de France avec les Dogues, venant contrebalancer le départ de Dennis Praet, qui n’avait jamais su trouver sa place au sein de l’effectif. Leicester peut également compter sur du poids offensif avec le très courtisé Patson Daka et, plus discret, le « underrated » Ademola Lookman, sorti d’un bon prêt à Fulham. Enfin, ils renforcent leur défense par l’arrivée libre de l’expérimenté Ryan Bertrand, débarqué de Southampton et international des Three Lions.

En début de saison, les Foxes développent un jeu assez stéréotypé, dans la lignée des cinq derniers mois, où ils avaient été à la peine et avaient échoué de peu à conserver leur place dans le top 4. Lors du dernier match amical de la pré-saison, le garant de la stabilité défensive, véritable force de Leicester sous Brendan Rodgers, Wesley Fofana, se brise la jambe sur un tacle assassin de Fer Nino, jeune joueur de Villarreal. Le constat est sans appel, il sera absent jusqu’à janvier, tout comme son compère, James Justin, blessé depuis février. Leicester s’empresse alors de recruter pour faire face à cette blessure, mais également aux récurrents pépins de Jonny Evans et aux départs de Fuchs et Morgan. Jannik Vestergaard, très constant avec Southampton la saison passée, est venu garnir les rangs des Foxes, pour un prix honnête de 15 millions de £.

Leicester commence assez bien sa saison par une victoire chez les Wolves, et un cleansheet. Le jeu n’est pas le meilleur et Leicester s’en remet, comme souvent, à son buteur maison Jamie Vardy. Rien de très innovant du côté de Brendan Rodgers qui choisit son 4-3-3 classique, faisant confiance à Daniel Amartey pour assurer l’intérim derrière. Leicester parait donc bien lancé dans une saison qui s’annonce prometteuse.

Leicester s’effondre lors de la journée suivante, à Londres, face à West Ham. Défaite 4-1, un carton rouge et une performance à oublier. Celle-ci laissera en fait des traces encore visibles aujourd’hui. Les Foxes faillissent totalement défensivement, encaissant des buts évitables, multipliant les erreurs, à l’image d’un Caglar Soyuncu englué dans une mauvaise forme depuis la fin de saison passée. Le début d’un long chemin de galère, en partie à cause d’une défaillance tactique évidente.

Un pari tactique risqué

3-5-2, 3-4-3, 4-2-3-1, 4-4-2, 4-3-3, le moins que l’on puisse dire, c’est que Rodgers n’a pas cessé de changer de système, jonglant parmi les absences et les failles des différents joueurs. L’objectif de ce propos n’est pas de commenter les ajustements de systèmes, mais d’analyser les failles des Foxes dans le jeu et non sur le papier.

Depuis la défaite de West Ham, et sans en changer (hormis contre Manchester City, défaite 1-0), Rodgers met en place un système très exigeant pour les joueurs et, surtout, très risqué. Voici les grandes lignes de l’animation de Leicester.

Seuls points d’attache défensifs, les centraux, généralement Soyuncu et Evans, restent derrière, tel des défenseurs centraux classiques. Les latéraux sont très offensifs, tout comme les milieux de terrain, qu’ils soient en position de sentinelle ou de relayeur. De manière globale, un pressing intense est mis en place pour harceler de manière continue les adversaires. Ainsi, on retrouve Wilfried Ndidi, pourtant sentinelle, au niveau des 25 derniers mètres adverses. Ce système, très efficace lorsque Leicester récupère immédiatement la balle, expose la défense à des dangers inconsidérés.

Ainsi, Leicester, à la 15e journée, se retrouve 17e défense du championnat, réussissant qu’à une seule reprise une clean sheet (1ère journée). L’équipe des Midlands expose également beaucoup son gardien, Kasper Schmeichel étant l’un des portiers avec le plus d’arrêts en Premier League, position généralement occupée par les portiers des équipes en position de relégables.

Ce pressing, une sorte de « gegenpressing » asymétrique, possède de nombreuses failles. Tout d’abord la technique. En effet, les Foxes, bien qu’ayant des joueurs de talent, perdent des ballons, du fait de passes peu appuyées ou de contrôles ratés. Ainsi, lorsque Ndidi et Tielemans sont hauts, ils laissent un boulevard aux milieux offensifs ainsi qu’aux attaquants décrochant lorsque les adversaires réussissent à éliminer les presseurs de Leicester ou alors récupèrent le cuir. L’expression la plus emblématique de cette faille, est la défaite contre Chelsea (3-0) – le but de Kanté notamment, vient d’un pressing raté des milieux de terrain, surpassés par la qualité technique des Blues.

La fragilité défensive des Foxes trouve son origine principalement dans ce pressing asymétrique mal ordonné, cependant, ce n’est pas la seule faille détectée. Une autre, cette fois-ci béante, est celle des coups de pied arrêtés. Souvent critiqué sur ce point, Rodgers répond, lors de ses différentes conférences de presse et réactions d’après match, en se défendant.

« Nous passons des heures à travailler les coups de pied arrêtés, c’est très frustrant d’encaisser ce genre de but. Les joueurs doivent faire le travail bien sûr, nous avons spécialement attribué un joueur au marquage de Konsa mais il était seul. « 

Rodgers après la défaite face à Aston Villa, sur le second but marqué sur corner par les Lions

L’entraîneur des Foxes s’est donc souvent défendu d’être responsable. Cependant, jusqu’à cette rencontre contre Aston Villa début décembre, Leicester adoptait une tactique particulièrement inefficace. La défense sur coups de pied arrêtés est essentiellement du marquage en zone. Ainsi, les grands joueurs adverses sont laissés libres de marquage. Cette tactique, qui nécessite une grande discipline et des attributions claires ne fonctionne pas, et ce sont souvent les latéraux qui se retrouvent au marquage des grands joueurs de tête, ce qui annule totalement l’efficacité de ce système.

De plus, une tendance se dessine et pointe du doigt le manque de prise de responsabilité de trois joueurs : les deux centraux, plus souvent spectateurs qu’acteurs et, enfin, de Kasper Schmeichel qui intervient que très rarement pour boxer un ballon. Le portier danois ne s’impose plus dans les airs. Au niveau statistique, Leicester est l’équipe qui a encaissé le plus de but sur coup de pied arrêté (10), un résultat habituel pour des équipes reléguées, pas de candidats à l’Europe.

La crise de confiance

Les Foxes sont en pleine crise psychologique. Pour pallier les absences prolongées de Fofana et Justin, Leicester croyait en la bonne affaire en s’octroyant Bertrand et Vestergaard. Cependant, les deux recrues enchaînent les performances compliquées, poussives voire franchement mauvaises. Le Danois, peu mobile, montre des difficultés dans un système qui demande de la vitesse et de la mobilité. Pour Ryan Bertrand, son temps semble passé et les blessures ne l’aident pas, d’autant plus face aux belles prestations de Luke Thomas ou Ricardo Pereira.

Rodgers fait confiance à son trio pour démarrer la plupart des matchs de cette première partie de saison : Evans, Soyuncu et Schmeichel. Accumulant les erreurs, Soyuncu perd pied peu à peu, alors que ce joueur fonctionne tout particulièrement à la confiance. Evans reste régulier mais se blesse régulièrement, ce qui ne lui permet pas d’assurer la stabilité. En ce qui concerne Schmeichel, s’il parvient à éviter de prendre davantage de buts par des arrêts plus sensationnels les uns que les autres, ses relances en pâtissent. Il dégage très souvent de manière aléatoire, envoyant plus d’1/3 de ses relances en touche ou directement dans les pieds de l’adversaire. Le danois semble traverser une crise de confiance, s’énervant à chaque match, criant sur ses défenseurs.

Ainsi, ceux-ci, souvent sous le feu des critiques, sont contestés par les fans, hués certaines fois (Chelsea, à domicile). Une saison bien difficile pour eux.

Quelles solutions ?

Afin de retrouver sa stabilité, Leicester doit revenir aux fondamentaux, la sentinelle ne doit plus participer au pressing, pour au moins garder sa partie du terrain et faire office de premier rideau défensif. L’asymétrie du système de Rodgers met en difficulté les latéraux. Si le latéral gauche, que ce soit Thomas ou Pereira, est assez bien entouré par un Barnes qui n’hésite pas à défendre sur son côté, Castagne en revanche est en plus grande difficulté, souvent seul pour défendre sur le côté face à son vis-à-vis et le défenseur latéral gauche adverse. En effet, le système des Foxes, avec le tout récent retour de Youri Tielemans et l’émergence du joueur de l’académie Kiernan Dewsbury-Hall, contraint James Maddison à se décaler sur l’aile droite. Son rôle naturel de meneur de jeu avancé le recentre automatiquement, et se retrouve dès lors hors du jeu lors des phases de transition. Ainsi, les cartes sont sur la table, à Rodgers, ou un autre, de les saisir.

Bien que la fenêtre hivernale des transferts soit ouverte, les Foxes ne devraient pas recruter du fait de finances restreintes. En revanche, les retours de Justin et Fofana pour la deuxième partie de saison pourraient tout changer, pour assurer une stabilité dont Leicester à tant besoin. Il ne faut toutefois pas compter uniquement sur ces retours. C’est toute l’animation qu’il faut revoir, aussi bien dans le jeu que sur coups de pieds arrêtés où Leicester occupe la dernière place du championnat en terme de buts encaissés.

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