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Aaron Ramsdale, l’ange s’est envolé

Depuis sa première titularisation au détriment du portier allemand Bernd Leno, Aaron Ramsdale a conquis le cœur des supporters d’Arsenal. Doté d’un excellent jeu au pied et impérial sur sa ligne, le gardien anglais de 23 ans a connu un début de saison tonitruant. Et pourtant, nombreuses étaient les critiques quelques mois auparavant, dès l’officialisation de son arrivée en provenance de Sheffield United pour un peu moins de 30 millions d’euros.

Un transfert critiqué

Le 18 août 2021, soit deux jours avant l’officialisation de son transfert à Arsenal, Aaron Ramsdale fut obligé de désactiver les commentaires sur son propre compte Instagram, pris d’assaut par des hordes de “supporters” d’Arsenal. La raison ? Son prix de transfert apparemment beaucoup trop élevé pour un gardien ayant connu deux relégations successives. Le portier anglais de 23 ans n’arrivait pas du côté de l’Emirates Stadium en générant une unanimité absolue. 

Et pourtant, 2 jours plus tard, le 20 août 2021, c’est un Aaron Ramsdale tout-sourire qui arrive au nord de Londres pour signer son contrat. Conscient de franchir un cap significatif dans sa jeune carrière en s’engageant pour le club, il apporte le jour de la signature les cendres de son grand-père, qu’il a pour habitude avec lui dans les moments importants. 

“Le jour où ma mère a appris qu’elle était enceinte de moi, c’est le jour où il nous a quittés. Il s’appelait Ron, et venait de Bloxwich, à Birmingham, et ils disaient, “on va aller voir notre Ron!”. Donc je suis Aaron, pour “notre Ron” (our Ron/Aaron). Quand ses cendres ont été dispersées, mon père en a gardé. Il l’emmène à tous les matchs et prend des photos avec lui dans les stades. Il l’emmène partout. Comme ça, il le garde proche du cœur”. 

Les fans d’Arsenal n’ont pas été les seuls à avoir été très sceptiques suite à l’arrivée du natif de Chesterton. De nombreux analystes, français et anglais, ont reproché au board d’Arsenal et à Mikel Arteta d’investir des sommes faramineuses dans des joueurs manquant d’expérience. Aaron Ramsdale et Ben White, recrutés pour un peu moins de 80 millions d’euros combinés, étant les plus ciblés par ces critiques. 

Et pourtant, tout comme Ben White, le prix élevé d’Aaron Ramsdale s’explique assez facilement. Premièrement, de par sa qualité de joueur anglais, dans un marché artificiellement gonflé par le statut des joueurs dits “homegrown”. Mais également pour sa grande expérience malgré son jeune âge (23 ans), ainsi que pour ses performances avec Sheffield United la saison dernière qui lui ont valu d’être nommé joueur de la saison.

La nécessité d’avoir un gardien à la hauteur des ambitions de jeu affichées

Depuis son arrivée, Mikel Arteta n’a pas entièrement convaincu : les ambitions de jeu affichées par le manager espagnol ne se sont en effet pas concrétisées sur un plan purement comptable. De même, le contenu des matchs, bien qu’il ait été intéressant par périodes, manquait énormément de régularité avec un Arsenal bien trop souvent peu inspiré et en proie à commettre des erreurs pouvant parfois coûter cher.

Ces problèmes pouvaient être en partie expliqués par un effectif globalement inadapté aux ambitions de jeu affichées par Mikel Arteta, prônant un football entre position et possession, basé sur la construction et requérant un certain bagage technique balle au pied. Bien trop souvent, des erreurs individuelles ont été commises alors qu’Arsenal tentait de contrôler la possession. Parmi les joueurs ne possédant pas le bagage technique requis balle au pied pour assumer les demandes d’Arteta, l’allemand Bernd Leno. 

Ayant pourtant arboré par le passé un costume de sauveur grâce à de nombreux arrêts réflexes (qui lui ont par exemple permis de survivre assez facilement à la concurrence posée par Emiliano Martinez avant son transfert vers Aston Villa), Leno a connu une saison 2020-2021 très compliquée. Ses performances en demi-teinte sur la ligne n’ont pas aidé un jeu au pied devenant plus handicapant que jamais. Aussi bien en phases de possession lorsque le portier n’était pas capable de créer des décalages pour sortir du  pressing adverse, qu’en phases de transition qui ont perpétuellement été tuées dans l’œuf du fait de l’imprécision de ses relances. 

Pourtant, avoir un gardien fort balle au pied est devenu une véritable exigence du football moderne. Encore plus dans une équipe ayant pour leitmotiv footballistique de construire en partant de derrière, le plus souvent face à un pressing qui, bien organisé, peut rapidement devenir un calvaire pour les premiers relanceurs. Dès son arrivée du côté de Manchester City en 2016, Pep Guardiola était confronté à un problème similaire. Avec un Joe Hart vieillissant, un Claudio Bravo et un Willy Caballero peu inspirés, le manager espagnol n’a pas complètement réussi à imposer son style de jeu. Notamment du fait d’exigences avec ballon beaucoup trop importantes pour le niveau technique moyen balle au pied de certains joueurs, dont les gardiens qu’il avait à sa disposition. Au bout de sa première année en terres mancuniennes, la priorité première de Pep fut de recruter un gardien avec un très bon jeu au pied. Le 1er juin 2017, Ederson est alors devenu un joueur de Manchester City pour 40 millions d’euros, faisant de lui le deuxième gardien le plus cher de l’histoire à l’époque. Il y deviendra directement titulaire, permettant à Guardiola de complètement imposer ses idées, et de démarrer un cycle victorieux dès sa deuxième saison. 

En 2018, après une finale de Ligue des Champions perdue au profit du Real Madrid suite à une prestation abyssale de Loris Karius, c’est Jurgen Klopp qui décide d’investir massivement sur un gardien. En juillet 2018, Alisson devient alors le gardien le plus cher de l’histoire, arrivant en provenance de la Roma pour un transfert record d’environ 72 millions d’euros. Après Guardiola, ce sont les ambitions d’un autre entraîneur de renommée mondiale qui se traduisent par un investissement conséquent au poste de gardien de but. L’adaptation d’Alisson se fera tout aussi naturellement que celle d’Ederson, et l’impact de ce dernier sera similaire sur son équipe : son jeu long devenant une arme de choix à utiliser par un Liverpool destructeur en transitions.  

Il était donc très important pour Arteta de réussir à trouver un gardien adapté à ses exigences, afin de pleinement pouvoir instaurer sa philosophie de jeu marquée par une volonté forte de construire depuis derrière, tout en alternant phases de possession et transitions rapides. Le profil de Bernd Leno n’étant pas adapté à ces fins, le dévolu d’Arsenal semblait d’abord s’être jeté sur André Onana, gardien de l’Ajax Amsterdam particulièrement connu pour son habileté balle au pied. Du fait d’une suspension toujours active durant la période de mercato estival, la piste Onana s’est rapidement éteinte. 

La recherche d’un nouveau gardien a donc mené vers Aaron Ramsdale, récemment élu joueur de l’année à Sheffield United et qui faisait partie du groupe emmené par Gareth Southgate durant l’Euro. Le 20 août 2021, Arsenal officialise l’arrivée d’Aaron Ramsdale pour 30 millions d’euros. 

La révélation

Arsenal a connu un début de saison des plus tumultueux. En l’absence de nombreux cadres, les Gunners ont démarré leur campagne de Premier League par une défaite à Brentford et une défaite à domicile contre Chelsea, avant d’être fusillés par Manchester City (5-0). Seule lueur d’espoir : une étrillante victoire 6-0 contre West Bromwich Albion en League Cup, coïncidant avec la première titularisation d’Aaron Ramsdale.

Le but du 2-0 inscrit par Brentford, Leno ne parvenant pas à s’imposer dans sa surface

A l’occasion de la quatrième journée contre Norwich, Mikel Arteta fait alors le choix fort de titulariser Aaron Ramsdale à la place d’un Leno peinant à convaincre aussi bien par son jeu au pied que dans les airs. Arsenal enregistre sa première victoire de la saison, et bien qu’Aaron Ramsdale n’ait pas foncièrement été mis en danger, la qualité de ses relances ainsi que sa sérénité balle au pied contrastent fortement avec celles de ses prédécesseurs.

Le premier vrai test du portier anglais arrivera une semaine plus tard, en déplacement à Turf Moor. Burnley, équipe connue pour sa rugosité et l’intensité de son impact physique, n’est jamais une équipe facile à jouer pour les gardiens. Particulièrement pour ceux n’étant pas bons dans les duels aériens. C’est pourtant face à Burnley qu’Aaron Ramsdale marque ses premiers points. 

Toujours exceptionnellement précis dans ses relances, c’est dans les airs que Ramsdale va impressionner. Son envergure et sa détente lui permettent de facilement intervenir pour capter le ballon lors des coups de pied arrêtés. Ses prises de balle rassurantes, couplées à des qualités évidentes de leader, allègent un poids pesant sur une défense londonienne depuis de nombreuses années. Et plus encore : en seconde période, après une passe en retrait mal négociée par Ben White, Matej Vydra est en passe de se trouver en situation de 1vs1 avec Ramsdale. L’anglais sort à toute vitesse sur le joueur de Burnley, touche le ballon, et fauche son adversaire. Si l’arbitre du jour Anthony Taylor octroya en premier lieu un penalty à Burnley, la VAR vint changer cette décision. En effet, Ramsdale fut le premier à toucher le ballon, ne faisant par conséquent aucune faute. Après un nouveau clean sheet dans lequel il aura cette fois-ci joué un rôle prépondérant, Ramsdale confirme la confiance placée en lui par Mikel Arteta.

Les journées passent, et l’influence d’Aaron Ramsdale continue à se faire ressentir. Arsenal semble monter en puissance avec un contenu de plus en plus convaincant et des résultats prometteurs (victoires face à Tottenham, Aston Villa, Leeds, Leicester et Watford) malgré deux petits accrochages (respectivement deux matchs nuls, 0-0 et 2-2 face à Brighton puis Crystal Palace). Cette montée en puissance s’explique principalement par l’acclimatation des joueurs recrutés cet été. Leurs qualités techniques individuelles permettent enfin à Arteta de pouvoir concrétiser ses ambitions au niveau du jeu. Et particulièrement Ramsdale, dont le jeu au pied continue d’impressionner. 

Désormais titulaire indiscutable à la place de Leno, le jeune anglais est le premier relanceur de l’équipe de Mikel Arteta. Son aisance balle au pied lui permet en effet de sortir très facilement d’un pressing, ainsi que de trouver des angles de passes intéressants sur les phases de possession. A l’aise aussi bien sur le jeu court que sur le jeu long, les relances de Ramsdale permettent de mettre le receveur dans des conditions optimales. Ses qualités techniques lui permettent de facilement trouver des joueurs entre les lignes dans l’optique de créer des décalages, débouchant sur des situations offensives très dangereuses.

Mais le jeu au pied et le leadership de Ramsdale ne sont pas les seules qualités qui lui ont permis de faire une telle unanimité chez des supporters d’Arsenal encore intensément sceptiques quelques semaines auparavant. Sa dernière performance en date avec Arsenal contre Leicester a également prouvé que le jeune anglais est aussi un gardien impérial sur sa ligne.

Au terme d’un match qui aura vu Arsenal se défaire de Leicester sur le score de 2 à 0, Aaron Ramsdale est élu homme du match. Et pour cause : 8 arrêts réalisés, dont une magnifique claquette sur un coup-franc de James Maddison que Brendan Rodgers était déjà en train de célébrer. Impérial, il est élu homme de la rencontre assez logiquement, au terme d’une prestation que les fans d’Arsenal ne sont pas prêts d’oublier. 

Aujourd’hui, Ramsdale a conquis les supporters d’Arsenal. Bien qu’il eût été énormément critiqué suite à son arrivée dans le Nord de Londres, il fait désormais l’unanimité. Même auprès des sceptiques qui n’ont pas hésité à le descendre durant tout l’été, et qui se sont excusés depuis. Et à seulement 23 ans, il possède encore une marge de progression importante. Une chose est sûre : s’il continue sur cette lancée, Arsenal tient d’ores et déjà un futur taulier, tandis que Gareth Southgate n’aura d’autre choix que d’en faire son numéro 1 chez les Three Lions.

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L’auteur

Quentinschlz

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