Tour d'Europe

Ligue des Champions : Acte 3, Scène 2 : On a connu mieux

Comment résumer une telle semaine de manière cartésienne ? Comment analyser de telles rencontres ? On va tenter de le faire, mais ce qui est sûr c’est qu’un club anglais va remporter la Ligue des Champions cette saison.

Liverpool 4-0 FC Barcelone

La magie d’Anfield. Ce refrain onirique peut expliquer beaucoup de choses. Ce soir-là, on l’a vu et on l’a senti, face au Barça de Messi, Liverpool l’a fait. Pourtant Anfield n’a jamais été témoin d’une chose aussi spectaculaire, dans une atmosphère qui l’était tout autant, qui mène le club de la Mersey à une nouvelle finale européenne.

Jürgen Klopp avait besoin de d’intensifier sa dynamique et son intensité face à un Barça qui ne cherchait qu’à gérer et à se reposer sur une défense efficace depuis l’arrivée d’Ernesto Valverde.

Le Barça a proposé le même onze de départ que lors du match aller au Camp Nou, avec un Arturo Vidal venant en soutien de Sergi Roberto à droite pour tenter de contenir Andrew Robertson.

Klopp a proposé un système différent en composant avec les absences de deux de ses joueurs majeurs, Roberto Firmino et Mohamed Salah, remplacés respectivement par Divock Origi et Xherdan Shaqiri. Trent Alexander-Arnold reprenait son côté droit à la place de Joe Gomez, Jöel Matip à la place de Dejan Lovren et James Milner à la place de Georginio Wijnaldum dans un 4-3-3 qu’on connaît. Le 4-3-3 du rouleau compresseur rouge, celui du heavy metal, plutôt que 4-4-2 losange, astucieux mais inefficace face à un Leo Messi des grands soirs la semaine d’avant.

Le début idéal

La rencontre a débuté comme on l’attendait, un Liverpool qui poussait haut et fort et des Bleugranas contraints à jouer long sous pression. En phase offensive on a vu un Jordan Henderson jouer très haut comme un numéro 10 et James Milner occupé à bloquer Vidal sur le côté gauche, de sorte à isoler Léo Messi du reste de l’équipe. L’idée était de jouer long et de se battre pour les deuxièmes ballons, chose qui se révèle fructueuse à la 7ème minute. Matip joue long, Jordi Alba n’arrive pas à renvoyer le ballon et Henderson reprend la balle avant de naviguer entre Gerard Piqué et Clément Lenglet. L’anglais tire mais Marc-André Ter Stegen dévie le ballon sur un Origi qui n’a plus qu’à pousser le ballon au fond des filets.

Côté gauche, Sadio Mané avait pour but de tourner autour de Roberto afin de jouer en un-contre-un, les attaques de Liverpool se concentrant côté gauche. De l’autre côté Henderson s’occupait de s’intercaler dans les demi-espaces dans le dos d’Ivan Rakitic. Le positionnement bas de Fabinho permettait d’annihiler les actions catalanes et de permettre une relance courte et rapide pour Liverpool.

Le problème de Liverpool c’est que seule équipe avec Messi dans ses rangs peut s’en défaire. Avec une équipe des Reds qui commençait à faiblir, le Barça a réussi à faire redescendre le tempo du match et de contrôler le ballon. Cela a même entraîné une série de fautes entraînant des arrêts de jeu qui cassaient le rythme jusqu’à la mi-temps.

Tuto : comment remonter 3 buts avec brio

Avec un Robertson blessé, Jürgen Klopp n’a pas fait qu’un changement par défaut. Wijnaldum a remplacé l’écossais, prenant le poste de milieu axial gauche, Milner passant latéral gauche. Là où ce dernier apportait une certaine stabilité dans son demi-espace, l’hollandais lui, a un rôle de box to box, laissant seulement Fabinho comme milieu à vocation défensive.

Dès le retour des vestiaires, on a vu un Liverpool jouer de plus en plus haut et un Barça évoluer avec un bloc bas, seul Messi voire Luis Suarez en ressortaient.

10 minutes après le retour des vestiaires, Alexander-Arnold reçoit un ballon mais n’arrive pas à remiser de la tête. Alba récupère aussi vite le ballon puisque le golden boy anglais se bat pour le reprendre. Cela lui confère du champ qu’il va utiliser et centre, c’est Wiljnaldum qui se trouve dans la surface pour frapper ce ballon dévié par la défense. 2-0, Klopp a eu raison de faire confiance à Gini.

Il a eu raison puisque l’hollandais récidive deux minutes plus tard en volant tellement haut sur un centre de Shaqiri côté gauche que personne n’arrive à l’atteindre. 3-3, Liverpool marque deux buts en profitant d’un chaos orchestré par son pressing haut et d’une ambiance d’Anfield incroyable.

La réaction du Barça et un coup de génie d’Alexander-Arnold

Après les deux buts de Wijnaldum, Valverde a entamé des changements en repassant à un 4-3-3. L’idée était de contrôler l’axe du terrain en resserrant l milieu de terrain. Le premier changement pour le Barça est survenu à l’heure de jeu quand Coutinho est sorti à la place de Nelson Semedo, prenant le poste d’arrière-droit et faisant monter Roberto d’un cran.

Ce qui a suivi c’est une phase de domination barcelonaise. Le milieu à 3 a réussi à endiguer les vagues rouges et à imposer son jeu, montrant tout de même quelques signes de fébrilité. Ce milieu était même composé d’Arthur-Busquets-Roberto, se montrant assez efficace dans les phases de possession, mais ce soir-là Anfield en a décidé autrement….

Comment décrire Alexander-Arnold ? A 20 ans, le jeune anglais a tout montré qu’il avait également du vice. Sur un corner “anodin”, il profite de l’inattention des catalans pour tirer un corner à basse-hauteur. Le ballon rebondi sur Origi qui cale le ballon dans la lucarne, imparable pour un Ter Stegen éveillé trop tard.

Un jour on aura la recette de cette victoire, enfin si cela existe. (Photo : @Caley_graphics)

C’est ça une remontada ?

Klopp a eu raison de faire confiance en ses joueurs malgré les absences de deux des meilleurs attaquants en Europe. Des joueurs comme Origi ou Shaqiri, comme a davantage vu briller à droite dans le 4-2-3-1, ont fait le job.

Jürgen Klopp a aussi montré qu’il arrivait à moduler son système ou des joueurs en fonction des demandes, ces qualités de manager font de lui une entraîneur exceptionnel, menant son équipe vers une seconde finale en deux ans.

Ajax Amsterdam 2-3 Tottenham

Ce soir, le football nous a montré à quel point il peut être aussi brutal que magique. Les “super-héros” de Mauricio Pochettino ont réalisé un miracle, largement influencé par celui de la veille.

Erik Ten Hag a proposé le même 4-2-3-1 qu’à l’aller, montrant qu’il n’avait pas d’alternative à proposer en cas de difficultés même si cela l’avait conforté au match aller quand les Ajacides ont bataillé pendant 70 minutes pour protéger l’avance au score. Seul Kasper Dolberg faisait son apparition sur le onze de départ et s’est positionné à la pointe de l’attaque, profitant de l’absence de David Neres blessé, Dusan Tadic se positionnait à gauche. Masraoui reprenait son poste en arrière-droit à la place de Veltman.

Mauricio Pochettino est tout le contraire de son homologue de l’Ajax, malgré des limitations d’effectif, notamment en attaque, on l’a vu adopter plusieurs systèmes au cours de cette campagne. 5-3-2 en début de match à l’aller avant de passer à un 4-4-2 en losange, cette fois-ci, on avait droit à un 4-2-3-1 avec Heung-Min Son à gauche, Christian Eriksen à droite et Dele Alli en soutien de Lucas Moura à la pointe de l’attaque.

Tottenham dans la tempête Ajacide

Dès l’entame de match, l’Ajax n’a eu aucune envie de faire des calculs en voulant protéger son avance d’un but. Avec une ferveur des grands soirs dans le stade, les locaux se sentaient pousser des ailes, jouant et pressant haut. Sur une récupération dans les pieds des Spurs, les Ajacides ont une occasion repoussée par Lloris en corner. C’est sur cela que Mathijs De Ligt ouvrait le score, sur un joli mouvement où on voyait le défenseur hollandais esquiver Kieran Trippier, profiter d’un bloc de Donny van De Beek sur Jan Vertonghen.

On a encore vu l’importance de Dusan Tadic dans le jeu, là où toutes les attaques de l’Ajax passaient par lui. Là où avait l’habitude de voir David Neres revenir intérieur dans l’axe afin de se rapprocher de Tadic en faux neuf, cette fois-ci ce dernier restait sur son côté gauche afin d’étirer au maximum les lignes défensives des visiteurs. De l’autre côté, Hakim Ziyech jouait beaucoup plus intérieur et bas, de sorte à participer à la création des actions.

Si les actions de l’Ajax se faisaient côté gauche, c’est parce qu’ils tentaient de profiter des faiblesses de Trippier dans une défense à 4, surtout quand Eriksen dézonnait pour jouer dans l’axe. Sur une perte de balle de Wanyama à la 30ème minute, Ziyech trouve Tadic qui manque le cadre de quelques centimètres. 5 minutes plus tard, Onana dégage sur Tadic, second ballon remporté par Van de Beek qui joue vers Tadic, ce dernier trouve Ziyech en retrait qui met le but du 2-0.

Tottenham a semblé être submergé par la vague Ajacide, cependant, les Spurs ont tout de même eu leur moment de la 20ème minute jusqu’au but du 2-0 où on a vu Eriksen et Son échanger de poste. Le danois a profité de ce positionnement en profitant des appels de Dele Alli, à l’image d’une très belle action conclue par un tir de Son repoussé par Onana, Eriksen a également eu sa chance quelques secondes plus tard. Mais cette première période était celle de l’Ajax.

Fernando Llorente, le marcheur blanc

Son entrée est apparue comme un pari, lorsque Fernando Llorente entrait à la place de Victor Wanyama. Idée fructueuse pour Pochettino qui a permis aux Spurs de coincer les locaux. L’entrée de l’espagnol a fait passer Lucas à droite et Eriksen au niveau de Sissoko. Tottenham avait désormais un moyen de passer le pressing de l’Ajax en jouant long pour Llorente, avec Son, Alli et Lucas gravitant autour de lui pour récupérer les seconds ballons. Cela a d’ailleurs été la tactique de Tottenham sur toute la seconde période.

L’autre effet notable était lié à un Eriksen plus bas, offrant à Tottenham un gain dans la qualité technique dans l’entrejeu.

Grâce à la présence de Llorente, c’est Alli qui en a profité le plus dans le jeu. C’est dans une adaptation anglaise du rôle de raumdeter (ou neuf et demi) que le joueur de 23 ans est le meilleur. Avec le géant aux yeux bleus attirant l’attention de la défense, et surtout de Daley Blind qui a du mal à gérer les grands gabarits, Dele Alli était systématiquement dans les espaces pour faire la différence. C’est d’ailleurs lui qui est à l’origine de l’ouverture du score quand Rose joue long, long une-deux entre Alli et Lucas conclu par le gauche du brésilien à la 55ème minute.

Avec ce Tottenham qui semblait prendre de l’ampleur, l’Ajax a semblé beaucoup moins tranchant, accusant sans doute le coup après la finale de la Coupe des Pays-Bas jouée 3 jours plus tôt et un onze de départ qui ne change presque pas.

Après l’ouverture du score, une sensation de flottement dans le camp de l’Ajax à l’image de toute la défense. Le doublé de Lucas arrive 4 minutes plus tard sur une attaque placée de Tottenham. Danny Rose reçoit le ballon et centre pour Son à l’entrée de la surface, il parvient à fixer son défenseur puis trouve Trippier dans la course. Le latéral anglais parvient à centrer sur Llorente seul face à Onana qui profite d’une remontée de la défense Ajacide, le portier camerounais repousse le ballon sur un Lucas qui fait son numéro en dribblant une forêt de jambes et de tirer. 2-0, l’espoir renaît, Tottenham est à un but de la qualification pour la finale mais Ten Hag arrive à endiguer l’élan.

La réponse presque parfaite de l’Ajax

Ces deux buts en 204 secondes ont obligé Erik Ten Hag à répondre. A la 60ème minute, Veltman entrait à la place de Schöne méconnaissable puis à la 67ème, Daley Singkraven entrait côté gauche à la place de Dolberg, remettant Tadic dans l’axe dans son rôle habituel de faux-neuf.

Dès l’entrée en jeu de Veltman jusqu’à la 80ème minute, coïncidant avec les entrées de Lamela pour Trippier et de Davies pour Rose. On a senti que l’Ajax a eu les occasions d’inscrire ce 4ème but crucial pour se qualifier, à l’image du poteau touché par Ziyech. Mais le manque de fraîcheur physique n’a pas permis à l’Ajax d’asseoir sa domination comme souhaitée et les changements n’ont pas permis de changer le cours du match dans le dernier tiers. Surtout quand Singkraven se retrouvait face à Sissoko descendu en arrière-droit après la sortie de Trippier.

Finalement, le score est logique. (Source : @caley_graphics)

Peut-être que l’Ajax a manqué de maturité ou de chance quand Sissoko balance le ballon dans la surface en direction de Llorente. Le ballon rebondissant sur De Ligt et atterrissant dans les pieds d’un Dele qui a vu Lucas partir et inscrire son triplé, du gauche. Les Spurs l’ont fait et à l’image des Reds qu’ils affronteront en finale, ils sont revenus d’entre les morts pour remporter ce match.

Tottenham, véritable Petit Poucet de cette saison ?

Les larmes de Mauricio Pochettino, c’est grâce à cet homme que Tottenham disputera la 1ère finale de Ligue des Champions de son histoire. Les Spurs ont livré une match exemplaire pour se l’offrir et venir à bout d’une équipe d’Amsterdam raflant tout sur son passage. Ce soir-là, l’esprit de Bill Nicholson était dans les têtes des supporters du Nord de Londres.

Nous aurons donc une finale anglaise pour la première fois en 10 ans, et une première quand on y ajoute l’autre finale. Ce n’est pas l’avènement de la Premier League, à moins de rééditer une prouesse similaire la saison prochaine. C’est davantage une une preuve que le jeu physique propre à ce championnat allié à une technicité qui s’est progressivement mise en place au cours des dernières saisons en Angleterre qui ont fait la différence. Deux caractéristiques que les autres nations n’ont pas su mettre en avant tout au long de cette campagne.

Et puis, peu importe le club vainqueur, il sera beau et nous serons heureux de voir un club anglais soulever ce trophée.

L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.