Tour d'Europe

Ligue des Champions – Acte 3, Scène 1 : On a connu mieux

La Premier League a une chance d’envoyer deux clubs en finale de la Ligue des Champions, cela s’annonce difficile mais nous ne sommes plus à une surprise près cette saison.

Tottenham 0-1 Ajax Amsterdam

C’était la confrontation la plus inattendue de ces demi-finales de Ligue des Champions. Entre Tottenham qui disputait sa première demi-finale européenne depuis 1962 et ce jeune et ardent Ajax, on l’attendait et nous n’avons pas été déçus.

Pour cette rencontre, Mauricio Pochettino a aligné un 5-3-2 selon ses joueurs à disposition. Privé de joueurs blessés comme Kane, Lamela et Winks tout comme Son, suspendu pour ce match, l’argentin a décidé d’aligner Wanyama comme unique pivot et un duo Lucas-Llorente. En face, Erik Ten Hag présentait un 4-3-3 qui se transformait en 4-2-3-1 avec Van de Beek en position de meneur de jeu en phase offensive.

Le faux-départ de Tottenham

Ce 3-4-3/5-3-2 était sûrement la pire idée possible pour ce match de la part de Tottenham. En phase de relance, les 3 attaquants de l’Ajax pressaient les 3 défenseurs de Tottenham, empêchant les possibilités de relances courtes. Les défenseurs des Spurs balançaient dans l’espoir de voir ses joueurs lutter pour les seconds ballons, chose qui a partiellement fonctionné, sauf quand les ballons étaient en direction d’un Lucas trop court ou d’un Llorente manquant de réactivité. En plus de ce pressing haut des joueurs de l’Ajax Amsterdam, les permutations entre les différents offensifs a crée de gros problèmes aux joueurs de Tottenham en plus d’un surnombre constant dans la surface de Tottenham, tous les joueurs sauf les défenseurs centraux se trouvaient dans les 40 derniers mètres des londoniens.

Ainsi, ces premières minutes étaient à la faveur des amsterdamois, laissant entrevoir la perspective d’un but devenu inévitable au quart d’heure de jeu. But aussi simple qu’un long ballon de Ziyech, revenant sans arrêt à l’intérieur du jeu, pour Neres côté gauche. Le brésilien temporise face à Trippier et on retrouve un Wanyama davantage préoccupé à colmater la ligne défensive plutôt que l’entrée de la surface et un Alli redescendu pour aider ses coéquipiers, mais seul face au surnombre ajacide. Neres décale pour Schöne qui a tout le temps pour faire de même en direction de Ziyech, Alli remonte sur l’avant-centre marocain, trop tard, Van de Beek reçoit le ballon entre les lignes et n’a plus qu’à ajuster Lloris en un-contre-un.

Véritable prouesse technique de l’Ajax qui a totalement désorganisé la défense des londoniens, chose qui a duré encore quelques moments quand on a vu des mouvements entre les lignes de la défense de Tottenham et un jeu des visiteurs qui penchait vers la gauche. C’est une minute plus tard qu’on voit un début d’action côté droit, Ziyech étire pour Tagliafico, l’argentin trouve Van de Beek en une touche ne profondeur pour Neres, centre repoussé difficilement en corner par Danny Rose. Une dernière action de ce genre avec Van de Beek à la conclusion vers la 24ème minute a entraîné une remaniement tactique de la part de Pochettino. C’était moins une.

La réaction tactique de Pochettino

C’est au bout de cette action que Tottenham bascule dans un 4-4-2 losange, devenant beaucoup plus compact et beaucoup plus dangereux et qui fera le reste de la rencontre. Tottenham prend un peu l’ascendant sur les décalages, grâce à un surnombre apporté dans l’axe du terrain.

La formation en 4-4-2 losange, Rose milieu de terrain avec Wanyama et Eriksen, Alli avait désormais la tâche de s’occuper des joueurs dans sa zone. (Source : betweentheposts.net)

C’est une des grosses forces de Pochettino, savoir accepter ses erreurs et de changer quand il le faut. Chose qu’Erik Ten Hag n’a pas ou ne peut pas faire vu ses joueurs à disposition. De ce changement effectif à la 25ème minute jusqu’à la mi-temps a conféré à Tottenham davantage de contrôle dans le terrain, permettant de contrer le surnombre employé par l’Ajax. Lors de la sortie sur blessure de Jan Vertonghen à la 38ème minute, Rose est descendu en arrière gauche, Sissoko entrant sur le terrain et qui positionné milieu droit, Eriksen de l’autre côté. D’ailleurs, au cours de cette période du match, Tottenham a tiré 5 fois au but contre une seule occasion pour les visiteurs.

Être dangereux sans pouvoir concrétiser

La seconde période a été celle de la bagarre pour l’Ajax et d’une domination relative et stérile pour Tottenham. Dès le retour du vestiaire, on a vu un Llorente dribbler deux adversaires avant de servir Alli qui a vu sa frappe repoussée par la défense. Tottenham se montre à son avantage, mais a eu quelques frissons comme cette frappe de Tagliafico repoussée quelques minutes plus tard.

Grâce à de beaux mouvements dans les demi-espaces de l’Ajax, notamment de Dele Alli, Tottenham arrivait à se procurer des occasions en 3 contre 3 quand les latéraux montaient pour apporter le surnombre. A la 49ème et à la 55ème minute, on retrouve Alli pour une reprise de volée facilement captée par Onana et quand Rose joue en avant pour le raumdeter anglais, prolonge pour Lucas qui trouve Trippier. Le latéral centre en une touche pour la tête de Dele qui passe juste au-dessus.

Le problème a été que cette belle présence au milieu de terrain n’a pas été concrétisée dans le dernier tiers du terrain. Quand Llorente ou Lucas ne manquaient pas de justesse technique, les latéraux offraient de mauvais ballons sur les centres (voir plus haut), pas assez pour inquiéter un Ajax qui a bataille sans relâche. Ils auraient pu doubler la mise peu avant la 80ème de jeu quand Tadic, sur un très bon une-deux, lance Neres en contre et le brésilien trouve le poteau. 2-0, un score qui aurait pu faire très mal aux locaux.

C’est aussi à l’heure des changements qu’on a senti que Tottenham ne pouvait que compter sur un coup du destin avec aucune solution offensive à apporter. La preuve est que Pochettino n’a seulement été capable de changer Rose pour Davies et Foyth pour Trippier à la 80ème minute. Trop tard, l’Ajax a gagné ce match aller.

To dare is to do ?

Avec ce mauvais départ avec un système infructueux, Pochettino a su réagir en changeant de tactique. Belle prouesse qui aurait mérité un but, or Tottenham prouve qu’avec 3 joueurs offensifs indisponibles, cela est très difficile de faire la différence. En face, les joueurs de l’Ajax ont montré une autre facette de leur jeu, celui du combat où ils ont su répondre malgré un ascendant physique pris par les Spurs. Nul doute que le match retour à Amsterdam sera différent, ne serait-ce que parce que Son aura purgé sa suspension et puis, disons-le, Tottenham nous a montré qu’on pouvait compter sur eux dans les cas désespérées. Souvenez-vous l’hiver dernier, quand le club du Nord de Londres allait se faire éliminer de la compétition.

FC Barcelone 3-0 Liverpool

Et si avoir le meilleur joueur au monde te garantissait quasi-systématiquement la victoire ? Ce soir-là au Camp Nou, nous avons eu un élément de réponse.

Pour ce match, Klopp se présentait dans un 4-3-1-2 en losange, où on a vu les titularisations de Wijnaldum en pointe haute de ce milieu plutôt que Firmino encore trop juste physiquement et Joe Gomez préféré à Trent Alexander-Arnold en latéral droit. Un système dont Jürgen Klopp s’est sûrement inspiré du match de Tottenham dans ce même stade en décembre dernier, où Dele Alli (au même poste que le milieu batave) s’occupait de presser Rakitic (puis Busquets) lors des phases défensives, et un milieu en losange comme un claquoir au sein du milieu barcelonais.

Mais contrairement au match de Tottenham en décembre dernier, Messi était sur le banc, la différence se trouvait sûrement ici.

Liverpool attaque !

Lorsqu’on a vu Liverpool jouer contre Man City cette saison, nous avions eu droit à des systèmes plutôt prudents et défensives, ce soir-là, Klopp a décider de jouer sa partition de heavy metal en pressant le Barça haut. Mais en face, se trouvait une équipe qui réagit parfaitement bien à une telle pression et à construire depuis l’arrière afin de s’en dégager. Ainsi, dès qu’une des deux équipes avait le ballon aux pieds dans la moitié de terrain adverse, on entrevoyait immédiatement la possibilité d’une occasion.

Ta tête me dit quelque chose… (Photo : Getty Images)

Le principal combat a eu lieu au milieu de terrain, Keita collait à Vidal et Fabinho à Rakitic, Wijnaldum s’intercalait entre les deux pivots du Barça puisque Busquets descendait au niveau de la défense centrale comme régulateur. Ainsi, le principal circuit du Barça était d’aspirer les joueurs d’un côté pour trouver l’arrière latéral de l’autre côté, Alba ou Roberto, le premier a fait un très bon match sur son côté gauche, tellement que Milner se devait de jouer excentré afin de bloquer ce côté. C’est d’ailleurs sur un centre du latéral gauche que Suarez ouvrait le score, même si cela était davantage le fruit d’un très bel appel de l’Uruguayen.

Liverpool manque ses chances

Lorsque le Barça se mettait à presser, les Bleugranas se mettaient en possibilité de concéder des contre-attaques. Cependant, cela a permis à ces derniers de forcer Liverpool à jouer long lors des phases de préparation, les ballons revenant systématiquement dans les pieds barcelonais. Lorsque les Reds passaient le pressing, on avait droit à un 4 contre 4, Vidal trop axial et haut pour pouvoir contenir un Mané ou Robertson sur son côté. Le sénégalais a d’ailleurs manqué une énorme occasion sur un centre d’Henderson (remplaçant Keita sorti sur blessure à la 21ème minute). Salah manquait de tranchant et ne pouvait pas s’appuyer sur le travail d’un Wijnaldum beaucoup moins intéressant que celui de Firmino.

Les actions 4 contre 4 de Liverpool. (Source : betweentheposts.net)

La rythme a continué en seconde période et le Reds prenaient l’ascendant sur le match. A l’image d’une énormé occasion de Salah à la 53ème minute sur un centre de Milner, obligeant Ter Stegen à la parade. Liverpool profitait de la retraite du Barça en défense et jouant plus axial, pour jouer sur les côtés en phases offensives, on a vu de beau triangles entre Gomez, Henderson et Salah sur le côté droit, mais des actions accouchant rarement d’actions dangereuses.

Jusqu’à la 75ème minute, cette rencontre ressemblé à une sorte de bagarre, très bien représentée par Vidal et Milner de chaque côté. Période du match qui va se conclure sur un coup du sort cruel.

Messi, que dire de plus ?

Essayons encore de trouver des superlatifs pour décrire le joueur de football qu’est Léo Messi. Ce soir-là, le petit homme portant le numéro 10 a encore frappé.

D’abord sur un errement défensif de Fabinho, Messi en profite pour écarter sur Roberto qui centre pour la volée de Suarez. Le poteau renvoie le ballon mais le petit Argentin est dans les parages pour la recevoir et inscrire son premier but de la soirée. A partir de cela, Klopp a tout tenté en faisant entrer Firmino à la place de Wijnaldum afin d’inscrire ce précieux but à l’extérieur, chose qui aurait pu arriver si Salah n’avait pas tiré sur la transversale d’un but vide de gardien.

Pour couronner cette prestation incroyable, Messi nous a offert un doublé splendide sur coup franc. Lucarne gauche et imparable pour Alisson, nul doute que nous avons un joueur qui n’a pas son équivalent sous les yeux. C’est terrible pour Liverpool qui a pourtant livré une très belle prestation, peut-être meilleur que celle à Munich en huitièmes.

Madrid 2019 ? Il faudra le faire à Anfield

On a vu un match ouvert sur l’ensemble de la partie. Valverde s’en est sorti en jouant la carte de la bataille et une approche défensive, en comptant sur son joker ultime. En face, Klopp a tout tenté pour marquer mais sans Firmino et Alexander-Arnold, il s’est privé de deux de ses meilleurs joueurs créatifs, l’un par souci physique et l’autre par choix tactique.

Sans aucun doute, Klopp les fera jouer la semaine prochaine à Anfield, nul doute que cela sera difficile. Liverpool n’a peut-être pas eu de chance mais tout peut se passer. Rome 1977, Wembley 1978, Paris 1981, Rome 1984, Istanbul 2005… si Liverpool veut ce Madrid 2019, cela se passera par Anfield. Cependant, il y a de très minces chances que cela se produit..

Pour résumer, si le Barça marque un but, Liverpool doit en marquer 5.

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L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.