Tour d'Europe

Ligue des Champions – Acte 1, Scène 1 : On annule la saison, c’est ça ?

Souvenez-vous, peu avant la suspension de la saison par l’UEFA due à la pandémie du Covid-19, les deux derniers finalistes de la dernière Ligue des Champions se faisaient sortir. Pas de bol, on aurait été épargné de ce supplice. On vous raconte tout cela…

RB Leipzig 3-0 Tottenham Hotspur

Sur une série de 6 matchs sans victoire, dont la défaite 1-0 lors du match aller, Tottenham espérait réitérer l’exploit de la saison dernière. Celui de cette soirée magique à Amsterdam, où l’impossible le fut, sauf que cette fois, la magie inhérente à Mauricio Pochettino n’y était plus. La dure réalité froide du football…

Lors du match aller, Tottenham s’était écrasé contre un mur allemand et ce malgré les 3 premiers choix en défense centrale du côté du RBL. Défensivement, les Spurs pouvaient s’estimer chanceux de n’avoir encaissé qu’un but sur un penalty de Timo Werner, tant les visiteurs s’étaient montrés imprécis devant les buts d’un Hugo Lloris des grands soirs.

Lors de ce match retour en Saxe, les hommes de Mourinho avait abandonné le 4-4-2 du match aller au profit d’un 3-4-3. Formation qui, selon le portugais, pouvait contourner le problème des absences d’Harry Kane, Heung-Min Son, Moussa Sissoko et de Ben Davies, en plus d’ajouter celles de Steven Bergwijn et de Davinson Sanchez par rapport au match aller. Eric Dier se trouvait en défense avec Toby Alderweireld et Japhet Tanganga, Ryan Sessegnon et Serge Aurier en pistons. Un double-pivot Giovanni Lo Celso-Harry Winks et une attaque menée par Lucas Moura en raumdeter soutenu de Dele Alli et d’Erik Lamela.

Du côté du RBL, on a eu droit au même système avec un seul changement, Dayot Upamecano reprenant son poste au profit d’Ethan Ampadu en défense dans ce 3-4-3. Emil Forsberg ou encore Yussuf Poulsen étaient toujours remplaçants. 

La bagarre du milieu de terrain

Avec deux systèmes miroirs, on a eu droit à une véritable bataille dans l’entre-jeu. Tottenham a tout de même été la meilleure équipe à créer du surnombre, quand Lamela et Alli descendait sur le double-pivot adverse composé de Marcel Sabitzer et de Konrad Laimer, Lo Celso et Winks jouaient plus bas afin de contrôler le ballon et de s’assurer du temps lors de la préparation des actions sous pressing allemand. Le problème majeur de Tottenham fut le manque de créativité dans le dernier tiers. La plupart du temps, les attaquants se retrouvaient dos au but sans aucune solution, redonnant le ballon facilement aux joueurs du RBL. L’autre plan, aussi simple qu’il fut, était de trouver Aurier côté droit, ce dernier n’avait plus qu’à tenter de balancer un centre devant la défense des locaux.

Il y a eu de duels remportés de chaque côté, mais ceux du RBL étaient plus efficaces et constants. Leipzig avait bien un système miroir, mais déformant, ayant un plan et des circuits bien établis. Le côté droit était bien celui le plus utilisé par les locaux, afin d’attirer les adversaires sur ce côtés et ainsi laisser Angelino et Nkunku libres de l’autre côté face à un Aurier fébrile défensivement.

Dans l'étau allemand. (Photo :Roland Krivec/DeFodi Images via Getty Images)
Dans l’étau allemand. (Photo :Roland Krivec/DeFodi Images via Getty Images)

Nagelsmann a également trouvé un moyen d’annuler le pressing de Tottenham. Lors des remises en jeu de Gulàcsi, Upamecano se mettait au niveau de Laimer afin de créer un double-pivot et faisant passer le RBL dans un 4-2-4, Sabitzer venant se placer dans le dos de Winks. Cela a coupé la défense de Tottenham de son milieu, entraînant un 4 contre 4 systématique.

C’est ainsi que le RBL a inscrit son premier but (10′). Schick remise sur Sabitzer et lance Laimer côté droit, il décale pour Werner qui tire. Sabitzer reprend le ballon contré par la défense et ouvre le score d’un joli tir croisé. Même principe dix minutes plus tard, sauf que cette fois c’est Laimer qui joue long en direction d’Angelino. Ce dernier profite d’une maladresse d’Aurier sur sa tête qui lui met dans sa course avant de centre pour Sabitzer au premier poteau.

Tottenham n’a ensuite jamais réussi à renverse la vapeur, se trouvant confronté constamment à une forteresse. Quand les visiteurs parvenaient à se trouver aux abords de la surface adverse, un tacle aussi propre que bien placé venait annihiler l’occasion ou un joueur balle au pied se trouvait esseulé dans une marée humaine. Face a une telle impuissance, Sabitzer pouvait s’offrir le luxe de jouer plus haut dans un 3-5-1-1 peu avant la mi-temps.

Pas de match

Au retour des vestiaires, Tottenham a cru refaire l’exploit d’Amsterdam. Seulement, l’équipe du RB Leipzig était toujours aussi cruelle et implacable alors que Tottenham était tout aussi apathique et léthargique.

La principale différence fut bien celle au niveau du positionnement des deux double-pivots. Un duo paraissait uni et synchrone quand ils étaient sur la même ligne alors que l’autre était distendu et chaotique. Ce dernier permettant d’être facilement dépassé par les adversaires.

Un Tottenham désespéré tentait ainsi de jouer sur les côtés, particulièrement sur le flanc gauche. Le problème fut la couverture parfaite du RBL et le peu d’espace alloué pour jouer.

Solitude. (Photo : @ChampionsLeague)
Solitude. (Photo : @ChampionsLeague)

On peut relever une action qui a réussi, à l’heure de jeu, quand Alli recevait le ballon mais rapidement pris dans la toile de l’essaim de défenseurs. Cet embouteillage a permis à Lo Celso d’avoir un peu d’espace pour jouer et lancer Sessegnon qui se joue d’un Mukiele seul, le centre qui a suivi n’a rien donné, aucun joueur n’était là pour le reprendre.

Le troisième et dernier but de la partie est un remake des deux premiers. Amadou Haidara, tout juste entré en jeu, trouve Werner qui lance Angelino côté gauche. Il centre en direction du quatuor d’attaquants, et après un moment de flottement, Emil Forsberg y va se son but d’une jolie frappe croisée à droite. 

Sans se créer d’importantes occasions, Leipzig a dominé et contrôlé le match et son adversaire. Tottenham, bien que souffrant de l’absence de certains cadres, n’a jamais montré de la combativité et de l’idée, rendant les choses faciles pour les joueurs du RBL. Le finaliste de la dernière Ligue des Champions est éliminé.

Les xG de la rencontre. (Source : @Caley_Graphics)
Les xG de la rencontre. (Source : @Caley_Graphics)

Un avenir en péril ?

Pour Tottenham, cette élimination et cette saison dans son ensemble est sans aucun doute le fruit d’un management trop minimaliste. Sans véritable transformation de son effectif au cours des deux dernières années, le club en récolte les conséquences aujourd’hui. Un effectif qui ne s’est pas renouvelé et des nouveaux joueurs trop justes dans leur adaptation au jeu anglais, Tottenham se trouve dans une phase de transition qui pourrait être plus longue et difficiles qu’annoncé. Le seul point positif, s’il y en a, c’est que la direction va devoir entreprendre des chantiers de grande ampleur afin de renouveler un effectif vieillissant. Souvenez-vous des mots de Mauricio Pochettino l’été dernier…

Liverpool FC 2-3 Atlético Madrid

Bienvenue à Anfield“, c’était la message d’accueil de Jürgen Klopp lors de la conférence d’après-match lors de la phase aller à Madrid. Il promettait que le 4-4-2 de Diego Simeone qui avait fermé le match et coincé les joueurs de Liverpool serait inefficace et qu’on assisterait à une soirée mémorable à Anfield.

Par rapport à l’aller, Liverpool avait conservé son 4-3-3 habituel en remplaçant Fabinho par Alex Oxlade-Chamberlain entouré de Georginio Wijnaldum et de Jordan Henderson en retrait. L’autre remplaçant était Adrian, Alisson étant blessé. Du côté des visiteurs, toujours dans la même formation, on a vu le retour de Kieran Trippier, préféré à Sime Vrsaljko, sur le sol anglais pour la première fois depuis son départ de Tottenham l’été dernier. Joao Felix prenait la place d’un Thomar Lemar blessé à gauche, Angel Correa se déplaçant sur l’aile droite. Diego Costa revenait lui aussi en Angleterre, lui aussi choisi à la place d’Alvaro Morata.

De la nécessité de jouer sur les ailes

Le 4-4-2 à plat, axial et positionné très bas de l’Atletico a permis aux Reds de dominer logiquement la possession du ballon. Tout aussi logique, et certainement souhaité par Simeone, cela a permis aux locaux de jouer sur les côtés et surtout à droite, grâce à la percussion de Trent Alexander-Arnold et aux mouvements d’Oxlade-Chamberlain et de Mohamed Salah. D’ailleurs, afin d’accentuer cette pression sur les côtés, on voyait un Henderson redescendre alors que Wijnaldum et Oxlade alternaient entre demi-espaces et ligne médiane selon la position de l’autre. La plupart du temps, on voyait Alexander-Arnold centrer ou Salah être dangereux par les dribbles. Oxlade-Chamberlain s’occupait de courir dans le dos de Renan Lodi, et grâce à sa vitesse, il parvenait rapidement à se défaire du marquage de Saul Niguez puis Koke. 

Trent Alexander-Arnold, centres
Andrew Robertson, centres

La plupart du temps, on a vu le ballon évoluer au sein de la défense de Liverpool sans aucune pression, Felix et Costa plus occupés à bloquer une passe potentielle en direction d’Henderson. Les rares possessions de balle de l’Atletico étaient rapidement stoppées par le gegenpressing. Cependant, c’est en transitions qu’ils étaient le plus dangereux. Lors des récupérations, le bloc restait tout aussi compact, Koke et Partez étaient très proches et donc cela offrait une solution de relance courte immédiate grâce au surnombre, avant de jouer dans le dos de la défense de Liverpool. Défense menée par un Henderson qui n’a rien laissé passer lors de cette première mi-temps.

Les Reds ont tiré 11 fois (contre 2 pour les Colchoneros) lors cette période, cela a mené à l’ouverture du score de Wijnaldum de la tête grâce à un mouvement d’Oxlade expliqué plus haut. Avantage au score tout aussi logique et rationnel que le plan de jeu de Diego Simeone et la promesse de prolongations paradoxalement folles et surprenantes. 

L’Atletico tient bon et prolonge le plaisir

Quand Jürgen Klopp parlait d’un retour “différent” à Anfield, il faisant référence à celui de la saison dernière face au Barça. Cette nuit magique où l’impossible était devenu une évidence, où ce qui devait arriver était tout sauf inattendu.

Ce qui a conforté cela, c’est l’emprise qu’avait Liverpool sur le match, surtout en termes de possession et d’occasions crées. Bien que l’Atletico pressait un peu plus haut, en envoyant les deux attaquants un peu plus haut et un axial monter sur Henderson lors des phases de pressing, on sentait Liverpool gérer ce match.

Les Reds ont continué de procéder par les ailes afin de centrer en direction de penalty et de se procurer des occasions. Il aura fallu un très grand Jan Oblak ou de très solides Stefan Savic et Felipe pour éviter d’encaisser un but, quand la tête d’Andrew Robertson ne s’écrasait pas sur la barre.

Les seuls changements tactiques étaient autour de ce 4-3-1-2 en pressing de l’Atletico, de positionnement de Correa en attaque lorsque Marcos Llorente est entré à place de Diego Costa peu avant l’heure de jeu. Klopp a effectué son premier changement dix minutes avant la fin, en faisant sortir Oxlade au profit de James Milner.

On a tout de même senti que l’Atletico pouvait inscrire un but, celui de l’élimination, surtout lorsque Lodi déposait un ballon sur la tête de Saul à quelques secondes de la fin du match… Hors-jeu, le match filait en prolongations.

La magie d’Anfield, même aujourd’hui

Le temps de faire entrer Vrsaljko à la place de Trippier, Liverpool menait grâce à un déboulé perçant de Wijnaldum côté droit et un centre en direction de Firmino qui a du s’y prendre à deux reprises pour marquer. Liverpool était devant.

L’Atletico qui a paru inoffensif tout au long de la soirée, se devait de marquer un but afin d’espérer inverser la tendance. Cela a été possible grâce à une offrande d’Adrian voulant relancer en première intention, passe insensée comme s’il avait pensé -comme nous tous- que rien ne pouvait aller à l’encontre de Liverpool. C’est en direction de Felix que le ballon se dirige et le jeune prodige portugais se retrouve rapidement aux abords de la surface et fixe son défenseur, il trouve Llorente qui fusille Adrian d’un tir parfaitement enroulé.

A ce stade, Liverpool avait besoin d’un but pour se qualifier. Naturellement, les Reds ont poussé et laissé beaucoup d’espaces derrière. C’est à ce moment que Morata fraîchement entré en jeu, avance balle au pied et trouve un Llorente qui a sprinté depuis son camp afin de réitérer le geste et le but. 2-2, 2-3 en score cumulé, c’était devenu impossible pour Liverpool, surtout en voyant un Atletico passer à 5 derrière afin d’assurer ses arrières.

Attention aux coups bas de l’Atletico Madrid, on l’a répété plusieurs fois aux Reds et pourtant l’inconscient collectif croyait en la qualification. Liverpool a pourtant réussi à capturer la forteresse Simeone et cela aurait réussi sans un coup du sort fatal.

Une grande saison ?

Avec 3 défaites en 4 matchs dont deux éliminations en Ligue des Champions ainsi qu’en FA Cup face à Chelsea, Liverpool devrait se contenter du titre de champion. Aucun doute que cela contentera tous les fans puisque c’est un titre attendu depuis 30 ans, longue attente qui devrait s’éterniser un peu plus selon la fin de l’épidémie du Covid-19.

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L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.