Tactically

Manchester United-Livepool, bataille des rouges

C’était LE match européen du week-end, le 203ème “North-West derby” de l’histoire, Manchester recevait à Old Trafford son ennemi historique, Liverpool. Sur le papier les hommes de J.Klopp font office de favoris avec 8 victoires en 8 matchs de championnat. Face à eux des Mancuniens en grande difficulté avec seulement 9 points pris sur 24 possibles. Analyse.

Composition inédite des mancuniens

Ole Gunnar Solskjaer devait à nouveau faire sans le français Paul Pogba pour ce match. À cela, il fallait également ajouter les blessures de Jesse Lingard, Phil Jones ainsi que celle de Tuanzebe à l’échauffement, lui qui devait débuter cette rencontre. Finalement, c’est Rojo qui fut choisi dans une défense à 5 avec un rôle de central gauche. À noter également la titularisation de Pereira, préféré à Anthony Martial ou encore Juan Mata. Côté Liverpool, pas de surprise, c’est Origi qui prend position dans le couloir gauche pour palier la blessure de Salah, avec Mané évoluant ailier droit.

Le match

Deux organisations défensives différentes

Les deux équipes ont rapidement mis leur jeu en place avec deux organisations défensives travaillées. Manchester lance son pressing lorsque l’un des deux latéraux des Reds touche le ballon – le piston vient alors cadrer son adversaire (Young sur TAA ou Wan-Bissaka sur Robertson); le milieu mancunien se calque parfaitement sur celui de Liverpool (Pereira/Fabinho, Mctominay/Wijnaldum, Fred/Henderson); tandis que Rashford et James empêchent le changement de coté vers l’arrière.

Le pressing des Reds Devils
Le pressing des Reds Devils.

Si le pressing mis en place par les hommes de Solskjær est une réussite, celui de Liverpool est, contrairement à d’habitude, peu efficace. Les Reds ne récupèrent pas le ballon dans le camp adversaire et n’arrivent donc pas à asphyxier les Reds Devils, qui, eux, parviennent à déployer leur jeu.

Cela est dû notamment à la grande densité de joueurs à la construction côté Manchester – on compte les trois défenseurs centraux et le double pivot, auxquels on peut ajouter les deux pistons sur certaines phases. Maguire et ses coéquipiers ne sont pas gênés, Liverpool hésite à lancer son pressing qui nécessiterait de monter très haut et donc de laisser des espaces dans le dos à Rashford ou James. Par conséquent, Manchester parvient assez régulièrement à s’approcher des buts d’Alisson.

Illustration du pressing hésitant de Liverpool : Origi, Firmino, et Mané sortent sur les trois centraux mais Henderson et Wijnaldum ne suivent pas sur le double pivot McTominay/Fred, par peur de laisser un 3 contre 3 derrière ( Pereira /Rashford/James vs Fabinho/Matip/VVD).

Cela se fait ressentir dans la continuité de l’action – Wan-bissaka se retrouvera seul car Origi était au marquage de Lindelöf tandis que Robertson n’avait pas suivi le pressing par éviter de laisser de l’espace à James.

Peu d’occasions

Dans l’ensemble, Liverpool a la maîtrise du ballon durant cette première mi-temps (56%), mais est étrangement incapable de se montrer réellement menaçant. Plus de 350 ballons touchés lors du premier acte contre 285 pour Manchester, mais seulement 6 dans la surface de De Gea contre 11 pour les coéquipiers du portier espagnol. Les champions d’Europe ne parviennent pas à exploiter les failles de la défense mancunienne pourtant présentes sur certaines phases.

Origi avec son appel attire Lindelöf le long de la ligne et créer un espace axial que ni Firmino, ni Wijnaldum n'ont l'initiative d'exploiter
Origi avec son appel attire Lindelöf le long de la ligne et crée un espace axial que ni Firmino, ni Wijnaldum n’ont l’initiative d’exploiter.

Manchester attaque principalement de deux manières différentes, mais à chaque fois en exploitant ce qui fait habituellement la force de Liverpool : ses latéraux. Solskjær, en décidant d’aligner deux attaquants rapides et capables de répéter les courses à la pointe de l’attaque, a voulu apporter de la folie et mettre la panique dans la défense de Liverpool. Quand le bloc des Reds est en place, l’un des deux 9 de Manchester crée de l’espace entre le défenseur central et le latéral (ou entre les deux centraux) en attirant ce dernier le long de la ligne.

Rashford libère un espace dans le dos de Van Dijk que James utilise
Rashford libère un espace dans le dos de Van Dijk que James utilise.

Les Reds Devils procèdent également en contre à chaque récupération, James et Rashford exploitent l’espace laissé dans le dos des latéraux. C’est exactement sur ce style d’action que Manchester ouvre le score à la 36ème minute. James prend la profondeur côté droit et délivre une merveille de centre pour Rashford qui termine de près. 1-0 pour les Mancuniens après utilisation de la VAR pour un contact entre Lindelöf et Origi au départ.

L'action du 1-0
L’action du 1-0.

James et Rashford sont des joueurs ayant l’habitude de jouer dans une position d’ailier, ce qui leur confère les qualités requises pour remplir la tâche que Solskjær leur a confiée. Comme le montre leur heatmap, ils sont souvent restés dans les couloirs, tout en multipliant les courses horizontales.

Sadio Mané inscrira le but – finalement refusé par la VAR – de l’égalisation juste avant la mi-temps, l’ailier sénégalais s’étant involontairement aidé de la main pour contrôler le ballon.

Des changements tactiques en deuxième période

Au retour des vestiaires, Jürgen Klopp abandonne son habituel 4-3-3 pour mettre en place un 4-2-3-1. Fabinho forme au coté de Wijnaldum un double pivot au milieu, Henderson prend position sur l’aile droite, tandis que Firmino se place dans un rôle de numéro 10 avec devant lui Origi et à sa gauche Mané. Manchester s’adapte en phase défensive avec un milieu à 3 pointe basse pour conserver son marquage individuel.

Manchester remet en place son pressing quand un latéral de Liverpool touche la balle. Sur cette image, AWB met la pression sur Robertson, James empêche la passe en retrait et les milieux de terrain mancuniens sont au marquage individuel. On observe parfaitement sur cette action le nouveau triangle des Reds Devils en phases défensives.

Cependant, Manchester va rapidement, dans ce deuxième acte, se mettre à reculer en laissant la possession (77% en deuxième période pour les visiteurs) à Liverpool et essayer de gérer ce résultat plus que favorable. Par l’intermédiaire de ses deux flèches offensives, les Reds Devils vont tenter de faire le break en contre attaques, mais ne vont pas se procurer d’occasions (0,14 xG en deuxième mi-temps).

Pour autant, Liverpool ne va pas se montrer beaucoup plus menaçant malgré le réajustement tactique de Klopp, à cause notamment de la difficulté des Reds à mettre du rythme et de leur incapacité a faire des différences individuelles (Mané transparent, tout comme Origi qui sera remplacé par un Oxlade-Chamberlain pas plus convainquant).

Finalement, Liverpool parviendra tout de même à se créer un décalage. Alexander-Arnold a la possibilité (grâce au déplacement d’Henderson qui attire Young), de trouver une passe verticale vers Origi, cassant toute une ligne mancunienne. Mais dans la continuité de l’action, Origi revient en arrière, ce qui détruit toute la construction.

Manchester résiste et termine le match en 5-4-1 avec un Martial entré a la place de Rashford comme unique attaquant, James à gauche et Pereira à droite. Le tout pour bloquer les couloirs et les montées des latéraux de Liverpool, étonnamment inoffensifs et symboles des difficultés des Reds dans ce match.

Liverpool arrache le nul

Les hôtes du soir finiront par ne plus du tout toucher la balle (19% de possession et seulement 49% de passes réussies lors du dernier quart d’heure), sans pour autant être inquiétés. Mais sur un des rares centres de Robertson, le ballon passe devant tout le monde et Lallana, seul au second poteau, égalise à la 84ème minute (10 minutes après avoir remplacé Henderson), lui qui n’avait plus marqué depuis près de deux ans en Premier League.

En fin de match, Liverpool tentera d’arracher la victoire mais perdra finalement les deux premiers points de sa saison. Un résultat plutôt logique statistiquement parlant (Manchester à 0,79 xG, contre Liverpool à 1,03 xG sur l’ensemble de la rencontre). Manchester City en profita pour regagner deux points sur les Reds, qui comptent toujours 7 longueurs d’avance. Les mancuniens, eux, surement déçus de ne pas avoir tenus ce résultat favorable, restent à la 14ème place.

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