Footoir

Au stade – AS Roma vs. Liverpool FC, un déplacement sous tension

Cette demie-finale retour de Ligue des Champions s’annonçait comme un déplacement compliqué pour les supporters cette année après les heurts du match aller. Hadrien y était et vous raconte tout.

Appréhension et passion

« Je n’irais pas voir Liverpool jouer à Rome même si vous me payez. »

Cette phrase, prononcée lors d’une interview accordée à la BBC par un supporter du Liverpool Football Club d’une quarantaine d’années semble vouée à ne pas sortir de ma tête alors que j’embarque depuis l’aéroport d’Orly direction Rome Fiumicino, entouré de touristes et hommes d’affaires profitant du pont du 1er mai. Et il y a de quoi. Cette interview fait suite à la tentative d’assassinat de Sean Cox, supporter de Liverpool de 53 ans par deux hooligans débarqués de Rome enivrés de haine et d’ultra-violence juvénile. Tout le monde a vu ces images de hooligans de l’AS Roma armés de marteaux et autres objets contondants, masquant leurs visages devant la mythique Paisley’s Gate. Dès lors, le ton était donné : se déplacer à Rome pour supporter le Liverpool Football Club était une pure folie. Des élucubrations fantaisistes de la médiocre presse italienne annonçant au peuple romain l’arrivée sur leurs terres d’animaux amateurs de fish and chips venus détruire leurs commerces et monuments avec le soutien des supporters de la Lazio à l’inquiétude des médias anglais de voir débarquer dans la capitale italienne des supporters de Liverpool livrés à une masse bien plus importante de hooligans assoiffés de sang, tout le monde semblait redouter ce déplacement. Mais comme toujours et pour la majorité des supporters du Liverpool Football Club, la passion s’est faite plus forte, et c’est avec un sentiment de naïveté et d’insouciance très juvénile que je franchis les portes d’embarquement de cet aéroport parisien. Naïveté, pas tant que cela. En effet, comme la grande majorité des supporters je me suis plié aux demandes relatives à la sécurité du club. Ne pas porter les couleurs des Reds en ville. Éviter le nord de Rome et surtout ne pas rejoindre le stade à pied en passant par le pont qui le relie au reste de la capitale. Tout semble en place pour éviter au maximum les troubles pour les romains comme pour les scouses. Et cela sera fructueux.

Arrivée à Rome et premiers contacts

Rome. Ville façonnée par le temps et l’Histoire, elle est l’un des berceaux de notre civilisation occidentale et d’une richesse inégalable. Mais aujourd’hui, c’est Liverpool qui a rendez-vous avec l’Histoire ici, et les supporters sont bien déterminés à enflammer la ville comme Néron. Si l’arrivée dans le centre de Rome se fait sans avoir rien à signaler, les trajets dans le centre sont plus tendus. Pour l’oeil aiguisé, cela ne fait aucun doute : des ultras de football rôdent, et il ne fait pas bon discuter en anglais avec un accent prononcé de la Mersey. Stone Island, Ellesse, Fred Perry, Adidas, Fila Classic; des marques qui n’attirent pas l’oeil du touriste mais qui fait rapidement comprendre au supporter de football qu’il n’est pas le seul, et qu’il vaut mieux faire profil bas. Malgré quelques regards appuyés, mon usage du français et mon sac au couleur du plus grand club de rugby parisien n’ont pas permis à mes camarades de l’AS Roma de m’identifier formellement comme supporter du LFC. Je quitte donc le métro pour rejoindre mon ami français m’hébergeant sur place, fervent amateur acquis à la cause du club de Bill Shankly. Après avoir pu attester de la piètre qualité de la bière italienne, mais de l’inégalable saveur de leur pizza, nous voici en route pour le Colisée. Mais cette journée tourisme prit rapidement un autre tournant. Devant le Colisée, le vent porta un murmure lointain, mais reconnaissable parmi tant d’autres : « Allez, allez, allez… ». Il n’en fallait pas plus pour comprendre ce qui se passait. Les garçons de Liverpool étaient en ville, et garder profil bas une veille de demie-finale de Ligue des Champions était tout bonnement impossible. Suivant cette clameur qui croissait petit à petit, nous retrouvons une dizaine de scouses, attablés devant de nombreuses pintes à moitié pleine. Nous sommes accueillis en triomphe, et ils nous invitent à les rejoindre à table. Pendant plus de trois heures, les alentours du Colisée furent remplis de nos chants, à la gloire des célébrités passées et présentes. Sous le regard amusé des touristes et effrayé des tenanciers de ce restaurant chic, les supporters du LFC ont montré une chose : ils seront présents, sans peur et déterminés à suivre leur équipe jusqu’au bout. Nous quittons la tablée afin de continuer notre petit tour de la ville, et après une soirée relativement courte devant une télévision avec la minorité estudiantine espagnole à Rome afin de connaître l’autre finaliste de cette saison, nous tombons dans les bras de Morphée jusqu’à se réveiller le jour du match.

Hadrien Colisée
Supporter du LFC devant le Colisée de Rome.

Avant-match et Liverpool French Branch

Si quelques supporters de Liverpool étaient présents la veille du match, nombreux sont ceux à avoir choisi des vols le matin, afin de limiter le coût des nuits d’hôtel sur place. C’est le cas de la plupart de mes compères, les membres de la Liverpool French Branch. Cette association reconnue par le club regroupe depuis maintenant plus de quinze ans les supporters de Liverpool français ou basés en France. Depuis plus de quinze ans sont organisés des rassemblements pour chaque match dans toutes les régions de France, des tournois de football nationaux et internationaux, deux équipes de football jouant des championnats de supporters et de nombreux événements ainsi que l’envoi de supporters à Anfield pour chaque match de la saison à domicile. Au delà du côté associatif, la French Branch est une véritable famille pour ses membres les plus actifs, c’est donc tout naturellement que nous nous retrouvons à Rome. Après avoir arpenté les rues de la ville quelques temps, nous nous rendons à l’évidence : nous ne voulons rien d’autre que chanter pour notre équipe avec les autres supporters. Les rendez-vous étaient nombreux en ville : Campo de Fiori tout d’abord, puis par sa difficulté d’accès plutôt Plaza de Spagna et Plaza del Popolo. Partout nous retrouvons des supporters, et à plus de six heures du coup d’envoi, la ville entière est envahie de chants anglais. Après avoir bien fêté nos retrouvailles, nous nous dirigeons vers Villa Borgheze, où sont sensés nous attendre des bus pour partir au Stadio Olympico. Mais sur place, les supporters se massent autour d’un goulot d’étranglement vers les bus maintenu fermement par la police italienne, en arme et semblant peu encline à montrer la moindre souplesse. Leur absence de maîtrise de la langue de Shakespeare ne nous empêchera pas d’arriver enfin dans ces bus, véritables théâtres roulants laissant médusés les piétons sur leur passage, tant la ferveur qui y règne est forte. Chants, danse et embrassades sont de mise. Après une vingtaine de minutes, nous entrons dans l’entrée fortement gardée des tribunes visiteurs du Stadio Olympico.

Sadio Olympico

Le Stadio Olympico est un stade somme toute très banal. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un stade olympique avec son horrible piste d’athlétisme, ultime rempart à la proximité entre joueurs et supporters. Après plusieurs fouilles minitieuse de la société napolitaine de sécurité puis de l’armée italienne, nous parvenons à entrer dans le parcage. Et là, un petit bout d’Anfield semble présent. À une heure du coup d’envoi, le parcage grouille déjà de supporters. Tout le monde est debout, le supporter en maillot de 1977 d’une soixantaine d’années côtoie le jeune ultra en Lyle&Scott, le supporter sikh enturbané discute du match aller avec le scouse bien portant au crâne rasé nourri à la bière brune. Tout ce qui fait de Liverpool ce qu’il est et a toujours été, un club populaire. « We don’t care what your name is boy, we’ll never turn you away » chantait déjà Gerry and the Pacemakers en 1965. Tous ces gens avaient traversé la mer, fait des kilomètres pour être ici à cet instant présent et chanter pour le Liverpool Football Club.

Billet Roma Liverpool
Le précieux sésame.

Cette union sacrée autour du liverbird se fit présente lors de l’hymne de la Roma. Un spectacle assez ahurissant de passion de la part des supporters romains que les supporters de Liverpool ont écouté avec respect et humilité. Mais dès la dernière note jouée, les Kopites ont montré ce qu’ils savent faire de mieux à l’extérieur : chanter pour leur club. Et le match débute. Et les chants se multiplient. Et là, Sadio Mané n’est pas hors-jeu, et à l’opposé complet du parcage, l’attaquant sénégalais déchaine une première fois la folie dans la tribune visiteurs. On s’embrasse, on s’enlace, on se jette les uns sur les autres dans un chaos indescriptible. Et le Liverpool Football Club mène un but à zéro. Joie de courte durée. Lovren dégage dans le visage de James Milner qui trompe Loris Karius. Le parcage est sonné quelques secondes, puis un chant repart d’une seule personne, repris par tous les supporters. Seconde explosion de joie dix minutes plus tard avec le but de Wijnaldum. Tout semble fait. Hélas, la seconde période sera ce que l’on a connu. Si le parcage n’a pas vraiment tremblé tant le dernier but est arrivé tard, la libération fut extraordinaire lors du coup de sifflet final. Les joueurs tombent à genoux, et pendant qu’ils se livrent aux salutations sportives traditionnelles, à nous de chambrer nos hôtes romains à base de chants pro-Lazio et de au revoir en italien. Leurs quelques timides lancers de gobelets ne nous ont pas heurtés outre-mesure, et nous avons pu chanter et célébrer avec nos joueurs pendant de longues minutes. Un plaisir indescriptible. Une difficulté à réaliser. Le Liverpool Football Club sera finaliste de la coupe aux grandes oreilles treize ans après son dernier titre. Puis le calme. Nous sommes bloqués pendant encore une bonne heure et demie dans le parcage. Seuls. Et là, revient de nul part l’homme providentiel. Jurgen Klopp. Il se jette vers les supporters, haranguant la foule pour notre plus grand plaisir. Enfin, vient le moment de sortir et de quitter ce Stadio Olympico. Attendant le bus auprès des présentateurs de l’émission The Redmen TV, les jambes commencent à se faire lourde, mais qu’importe. Le LFC l’a emporté dans la double confrontation et sera l’équipe qui affrontera l’ogre madrilène à Kiev. Le bus nous emmène enfin, loin de ce théâtre historique que fut le Stadio Olympico le temps d’une soirée, loin des émotions vécues pendant plusieures heures dans ce stade devenu si rapidement totalement silencieux. Nous rentrons rapidement récupérer nos affaires avant de cheminer vers l’aéroport après un repos de courte durée. Peut-être retournerais-je à Rome. Mais je ne retournerais jamais à Rome pour voir Liverpool se qualifier en finale de la Ligue des Champions, et cette saveur des matchs à l’extérieur à enjeu est aujourd’hui perdue à tout jamais dans cette confrontation. Jusqu’à l’année prochaine du moins.

Kopite allongé
Kopite sur le parking du Stadio Olympico. Dure soirée.

 

L’auteur

Hadrien

Hadrien

Liverpool Football Club par la naissance, souvent aperçu dans les bars parisiens louant les qualités intrinsèques de Dirk Kuyt et les coups de tête de Ian Rush. Très peu objectif envers Manchester United, rarement habillé après les buts de Salah. Pour le reste, il fait ses études à la Sorbonne et se passionne pour le football roumain.

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