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Réforme du mercato d’été : bonne idée ?

Le 7 Septembre dernier, les clubs de Premier League ont adopté le projet de raccourcissement du mercato a une large majorité.

Le marché des transferts se fermera donc la veille de la première journée du championnat. Une décision inédite, qui a suscité la controverse parmi les journalistes et supporters, tant les avantages et inconvénients sont nombreux. God Save The Foot revient sur les enjeux de l’initiative anglaise.

Une Réforme à première vue intelligente…

L’idée de clore le mercato le jeudi de la reprise de la Premier League, peut paraître audacieuse. En effet, la Premier League voit chaque année ses clubs se précipiter lors du fameux Deadline Day, ce qui a pour effet de rendre son marché totalement fou et dérégulé avec un manque flagrant de cohérence sportive… Acheter dans la précipitation rime rarement avec acheter intelligemment.

Cette réforme prend ainsi tout son sens : imposer une date limite en début Août obligera les clubs anglais à anticiper, à travailler en amont, à changer leurs structures de recrutement. Les dirigeants et entraîneurs, seront obligés de cibler les manques de leur effectif de façon objective, afin d’établir une shortlist de cibles et agir directement. De nombreux grands clubs d’Europe comme le Bayern Munich, la Juventus ou le Real Madrid, même s’ils possèdent un « monopole » et font de la concurrence « déloyale » au sein de leurs championnats respectifs, ont tous travaillé efficacement et constituent un modèle de gestion là où des clubs britanniques comme Arsenal (après l’habituelle déconvenue du début de saison) ou Tottenham s’activent souvent dans les derniers instants du mercato. La pré-saison, avec un effectif au complet et qui ne changera quasiment pas, serait alors une période encore plus charnière, pour créer des automatismes et intégrer les recrues. Cette réforme aurait aussi un impact psychologique dans la mesure où, dès les premiers matchs, les clubs pourront se soucier du terrain et uniquement du terrain.

Leonardo Jardim : « Le mercato c’est 20% pour acheter et vendre, et 80% pour mettre le bordel chez les adversaires »

Des feuilletons comme ceux d’Alexis Sanchez ou de Virgil Van Dijk n’auraient peut-être pas lieu et les joueurs voulant partir (en particulier chez un rival direct) seraient plus impliqués lors des premiers matchs, puisqu’il ne le pourrait plus. Comme le dit si bien Leonardo Jardim, le mercato c’est « 20% pour acheter et vendre, et 80% pour mettre le bordel chez les adversaires. » Les clubs anglais seraient donc « immunisés » d’une déstabilisation rivale mais cependant pas d’une déstabilisation venant de l’étranger, car la réforme ne s’applique qu’aux arrivées. Un FC Barcelone aura donc toujours la possibilité de courtiser un Philippe Coutinho même si le club concerné pourrait fermer la porte, faute de remplacement.

… mais pas tant que cela

Fermer le mercato plus tôt signifie qu’il faut être prêts dès la reprise. Or, la pratique nous montre que même les clubs les mieux organisés, sont dans l’obligation parfois, d’effectuer des ajustements. Ces ajustements, plus ou moins grands, ont un impact considérable sur la saison, tant un sous-effectif à un poste peut être fatal. Les compétitions estivales tous les 1-2 ans, comme la Coupe du Monde, l’Euro, la Copa America mobilisent de nombreux joueurs de Premier League. Par conséquent, les clubs doivent faire sans eux en pré-saison (ils ont bien le droit à des vacances) et ne peuvent logiquement pas évaluer leur effectif totalement. De plus, la Coupe d’Afrique des Nations a été déplacé en été alors qu’elle se déroulait traditionnellement en hiver, ce qui va toucher d’autant plus de joueurs. L’exigence physique du championnat ainsi que la reprise rapide et intense ont un impact indéniable sur la condition des joueurs et des blessures (graves) ne pourront plus être palliées par des panic-buy.

De nombreux dossiers se résolvent dans les derniers instants avec le jeu des chaises musicales… Cette réforme privera les anglais de ce phénomène et les écartera d’une certaine façon du fonctionnement global du mercato. Au niveau des dépenses astronomiques, la réforme n’aura, à priori, aucun effet sur le marché. Le risque que la situation empire est d’ailleurs présent. Les clubs de Premier League ayant moins de temps pour recruter devront parfois surpayer le joueur par manque de temps, et inversement, les clubs étrangers profiteront de cela pour monter leurs prix. Toutefois, d’une façon optimiste, l’on pourrait penser que les clubs étrangers accepteront directement les premières offres venant de PL sachant que le deadline anglaise passée aucun club ne leur pourrait leur proposer des montants équivalents. En poussant la réflexion plus loin, on peut s’apercevoir que cette réforme pourrait potentiellement accroître les inégalités du championnat. Les clubs aux finances « illimitées » comme Manchester City, United ou Chelsea ont les moyens de boucler leurs emplettes rapidement, alors que des clubs plus modestes prennent plus de temps en raison de leur marge de manoeuvre bien plus réduite. L’inflation due à cette réforme risquerait donc d’affecter principalement les clubs « au bout de la chaîne alimentaire. »

Quid des clubs jouant les qualifications européennes ? Actuellement, en fonction de leur performances, ces clubs soit se renforcent pour être plus compétitifs en phase de poules et bénéficient d’un argument supplémentaire pour les transferts (ces clubs sont « bloqués » avant la fin des qualifications), soit vendent des joueurs en cas d’échec. Ils seront donc pénalisés dans les deux sens, ne pouvant plus recruter ou remplacer les joueurs partis.

Encore du chemin à parcourir

Les limites de la réforme du marché estivale anglais résident surtout dans l’onde de choc que cela va créer sur le football européen. Cette décision prise par les clubs anglais est pour le moins isolée du reste de l’Europe. Dans le cas de figure probable où la Premier League ne sera pas suivi par les autres grands championnats, cette dernière sera grande perdante car elle se sera elle-même imposé une contrainte. Après tout, pour quelles raisons la Liga devrait-elle se réformer, renoncer à un marché plus long et ne pas profiter de la décision de la Premier League pour se renforcer ? Le président de la Liga, Javier Tebas, a d’ailleurs témoigné de son opposition à toute réforme : «Je ne pense pas que cela sera forcément bénéfique pour les clubs, de fermer le marché plus tôt » aurait-il déclaré à la Soccerex Global Convention.

Javier Tebas « Je ne pense pas que fermer le marché plus tôt, sera forcément bénéfique pour les clubs »

Néanmoins, il semblerait que l’idée soit assez bien perçue en dehors du Royaume. La Juventus et l’Inter Milan ont témoigné leur volonté de faire de même en Serie A. la LFP française se dit aussi d’accord, en principe, pour suivre la Premier League et examinera la question avant la fin de l’année. En Belgique, Pierre François milite pour que cette réforme entre en vigueur, bien qu’harmoniser toute l’Europe sera plus que difficile. La Suisse et Israël bénéficient de quelques jours de plus mais leur influence sur le marché est somme toute négligeable. Les soutiens les plus forts pour l’uniformisation se trouvent en Allemagne et à l’UEFA. Dans un entretien avec le Times, le patron de l’UEFA Aleksander Ceferin a approuvé l’idée de raccourcir le mercato, tandis qu’en Allemagne, les grands clubs vont encore plus loin, en proposant de fermer le marché encore plus tôt (fin Juillet) car les dates de reprise diffèrent d’un championnat à l’autre.

Hanz-Joachim Watzke (Borussia Dortmund) : « De mon point de vue, ce serait un avantage élémentaire que de raccourcir le mercato (…) La période des transferts est beaucoup trop longue. »

En somme cette réforme, bien que prometteuse, ne serait réellement productive que si les autres pays d’Europe y adhèrent. C’est pour cette raison que des grands clubs comme Manchester City et Manchester United ont voté contre. L’harmonisation du mercato à l’échelle européenne est un long chemin semé d’embûches et ce processus prendra du temps. En attendant, de nombreux autres sujets touchant au mercato méritent d’être abordés : un renforcement de la formation et de l’utilisation des jeunes joueurs, une limitation en nombre des transferts, un cadre solide (autre que le Fair-Play Financier) pour éviter la dérégulation et l’introduction d’un joker après la fermeture du marché (dans l’hypothèse ou celui-ci ferme avant la reprise) seraient des solutions possibles. La suppression du mercato d’hiver est aussi évoquée et soutenue. Une chose est sûre donc, ce n’est pas demain la veille.

Le Détail des Votes

  • Arsenal FC : OUI
  • AFC Bournemouth : OUI
  • Brighton and Hove Albion FC : OUI
  • Burnley FC : NSP
  • Chelsea FC : OUI
  • Crystal Palace FC : NON
  • Everton FC : OUI
  • Huddersfield Town FC : OUI
  • Leicester City FC : OUI
  • Liverpool FC : OUI
  • Manchester City FC : NON
  • Manchester United FC : NON
  • Newcastle United FC : OUI
  • Southampton FC : OUI
  • Stoke City FC : OUI
  • Swansea City FC : NON
  • Tottenham Hotspur : OUI
  • Watford FC : NON
  • West Bromwich Albion FC : OUI
  • West Ham United FC : OUI
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L’auteur

William

William

Etudiant et grand romantique du Arsenal FA Cup & Community Shield Club, à ses heures perdues. Ballon au pied, se croit être Little Einstein, alors qu'il est plutôt Theodore James Walcott. A réussi dans sa vie à mettre un sombrero à un piquet de 50cm. Espère voir ses petits préférés soulever la Premier League avant sa mort, mais en vrai Gunner, il n'oubliera jamais Henry, Bergkamp, Mesut, Chamakh ou André Santos. Futur scientifique, il rêve de trouver un remède au syndrome de SaNoGoal, et de séparer Jack Wilchèvre de la belle infirmière... Made in Europe de l'Est, lui aussi a des problèmes avec sa fermeture-éclair de parka Wengerienne l'hiver.

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