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Rémy Clerima : “C’est un réel privilège de jouer à York Road”

“Ne vous en faites pas, j’ai l’habitude de voir passer le train pendant les matches”. Un brin moqueur, Rémy Clerima vient de prendre place sur l’un des sièges de la tribune officielle de York Road, l’antre de Maidenhead, au moment où l’un des nombreux trains partant de la gare vient de dévaler à toute berzingue les rails construits au-dessus de la tribune. Pendant une petite heure, malgré un léger rhume et un vent glacial, le latéral droit des Magpies s’est confié en longueur sur sa vie de football semi-professionnel, mais aussi sur son autre vie, celle de mannequin. Un récit chargé en anecdotes, avec en guest, Kim Kardashian. 

L’apprentissage au Blanc-Mesnil et les essais en Bretagne  

J’ai commencé le foot à l’âge de 11 ans à Blanc-Mesnil, là où j’ai grandi, dans le 93. Au début, je ne jouais pas défenseur, mais attaquant. Par la suite, j’ai évolué au milieu, ailier, et à l’âge de 15 ans, mes entraîneurs m’ont positionné en défense, d’abord en tant que défenseur central, puis au poste de latéral droit. La première fois que j’ai commencé le foot, c’était avec mon meilleur ami. On jouait dans notre quartier et on a débuté le foot en club ensemble. Au bout de deux saisons, je n’avais qu’une idée en tête, devenir footballeur professionnel.

J’ai fait toutes mes classes au Blanc-Mesnil. J’ai toujours joué en équipe première, quelle que soit la catégorie d’âge. À l’âge de 15 ans, mes entraîneurs ont décidé de me faire jouer en défense centrale avant que je ne sois définitivement positionné au poste de latéral droit. À 17 ans, je suis parti ensuite à Lorient et c’est là que tout a vraiment commencé.

Il m’a dit que des personnes de l’Inter Milan voulaient me voir, mais que je devais le garder pour moi

On avait une génération de moins de 18 ans très forte au Blanc Mesnil, à l’époque. L’équipe est arrivée en 32e ou 16e de finale de la Gambardella et on a joué contre Le Mans. Beaucoup de clubs nous regardaient. J’ai d’abord effectué un essai à Rennes et l’année d’après, je me suis retrouvé à Lorient. Ils me suivaient depuis un bon moment. J’ai été faire un essai là-bas et j’ai même participé à un tournoi avec le club. Je suis revenu ensuite au Blanc-Mesnil, ils m’ont recontacté quatre mois plus tard pour refaire un tournoi et puis j’ai signé chez eux.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que j’aurais aussi pu signer à l’Inter Milan, entre Rennes et Lorient. Mon ancien entraîneur en – de 15 ans était venu me voir. Il connaissait un recruteur de l’Inter Milan car un joueur de Blanc-Mesnil avait été envoyé là-bas en essai. Il m’a dit que des personnes de l’Inter Milan voulaient me voir, mais que je devais le garder pour moi. J’étais super content. Je venais tous les jours 30 minutes avant l’entraînement pour m’entraîner et malheureusement, je ne sais pas ce qui s’est passé, mais je n’ai jamais pu aller en Italie au final. J’étais vraiment dégoûté parce que c’était peut-être une opportunité qui aurait changé beaucoup de choses, mais on ne peut pas vivre sur les regrets. La proposition de Lorient est arrivé quelques mois après et j’ai décidé de partir là-bas.

Rémy Clerima
Rémy Clerima ne va rester qu’un an à Lorient malgré un dernier tournoi encourageant où le directeur du centre avait loué ses qualités © FC Lorient

J’y suis resté un an. Le recruteur qui m’avait emmené à Lorient a dit aux dirigeants de me donner un an d’adaptation pour prouver. Le club était assez réticent. Toute l’année, j’ai joué en 18 ans nationaux, je me suis entraîné avec la réserve en CFA et l’objectif, bien sûr, était de jouer à ce niveau. Malheureusement, ils m’ont jamais donné ma chance. À la fin de la saison, on a eu un tournoi avec la CFA, ils m’ont fait jouer, je me suis très bien comporté et le directeur du club m’a dit à la fin du tournoi : “Tu es très bon, pourquoi ne restes-tu pas ici ?” Mais finalement, ils étaient un peu fautifs car s’ils m’avaient donné une chance avant ce tournoi, peut-être que j’aurais pu leur montrer toutes mes qualités. Cela ne changeait rien qu’ils me disent : “Tu as super bien joué” alors qu’ils savaient très bien qu’ils ne me conserveraient pas. Au final, je ne me suis pas démoralisé, j’ai continué, je me suis dit : si un club ne te donne pas une chance, un autre peut te la donner.

La quête de l’Angleterre 

Après Lorient, je suis revenu au Blanc Mesnil. J’ai joué ma première année de senior avec eux. À l’époque, l’Équipe TV nous suivait. Les journalistes m’appelaient ‘le Messi de la défense’, c’était marrant à entendre (rires). Un jour, je discute avec un gars de l’équipe qui me dit qu’il va se rendre à une journée de détection grâce à un agent. Je lui demande si je peux venir, mais il me dit que sans un agent, c’est impossible. Je lui ai répondu : “Tu peux dire à ton agent que je vais venir”. Je me suis incrusté (sourire). On avait rendez-vous à 9 h du matin, mais le tournoi se déroulait en plusieurs catégories. Il y avait les moins de 14, les moins de 16, les moins de 17, les moins de 18 et les seniors en fin de tournoi. On a attendu jusqu’à 15 h ou 16 h.

J’ai dit à ma mère que je partais pour deux semaines et au final, je suis resté un mois et demi là-bas 

Plein de joueurs en ont eu marre d’attendre et sont partis. Je suis resté avec mon pote. Notre tour est arrivé. On avait que deux fois vingt minutes pour prouver ce qu’on savait faire. Les mecs voulaient tous garder la balle et faire des grigris. De mon côté, j’ai joué sobrement. À la mi-temps, un agent m’a demandé mon numéro de téléphone, je lui ai donné. Le match s’est terminé et un entraîneur est venu me voir. Il ne s’exprimait qu’en anglais et je ne comprenais pas vraiment tout ce qu’il me disait (rires). Il me proposait de venir faire un essai à Histon en Vanarama National League. Je lui ai répondu qu’il n’y avait aucun souci et que j’étais ouvert à cette proposition. Trois jours après, l’entraîneur et l’agent m’ont appelé et demandé si je pouvais venir en Angleterre le plus vite possible. J’ai pris mes valises et je suis allé faire essai. J’ai dit à ma mère que je partais pour deux semaines et au final, je suis resté un mois et demi là-bas (sourire).

Pour être honnête, c’était l’une des rares propositions que j’avais à l’époque. Je ne connaissais même pas l’agent en question. Je l’avais uniquement rencontré lors de la journée de détection. Noisy-le-Sec m’avait aussi contacté. Mais l’entraîneur privilégiait les joueurs plus expérimentés et je n’étais pas forcément intéressé par le challenge. J’avais donc uniquement l’essai à Histon. Je suis allé là-bas avec cinq autres joueurs français. Trois ont signé chez eux, dont moi, mais ils ont viré les deux autres un mois après. Je me suis retrouvé seul (rires).

Rémy Clerima
L’histoire entre Rémy Clerima et Histon s’est mal terminée. Mais le Français ne regrette pas son passage au nord de Cambridge © BBC Sport

Quand je suis arrivé à Histon, on m’a directement placé dans une famille d’accueil avec des Anglais. Ça s’est super bien passé et aujourd’hui encore, je suis en contact avec eux, c’est comme une deuxième famille pour moi. Ils m’ont super bien aidé à apprendre l’anglais. Je n’ai jamais pris de cours ici. À l’entraînement, je me suis familiarisé avec les mots qu’ils utilisaient : pour avancer, pour reculer, avertir qu’un joueur arrive dans ton dos. Ma première saison a été bonne. Je jouais en tant que défenseur central et j’ai inscrit cinq buts. Plusieurs clubs clubs se sont renseignés pour me recruter, mais moi je n’étais pas vraiment au courant. En fait, c’était l’un des directeurs du club qui m’avait annoncé que j’aurais une bonne surprise en janvier. C’est à ce moment-là que j’ai su que des clubs s’intéressaient à moi.

Je ne voulais pas revenir au club puisque pour moi, les dirigeants ne voulaient pas me laisser partir 

En janvier, je n’ai finalement pas eu de nouvelles. À la fin de la saison, mon entraîneur, David Livermore, qui a joué à Millwall, vient me voir et m’annonce que le club a refusé une offre au mercato hivernal. J’étais un peu énervé sur le coup. Quand la pré-saison a repris au mois de juillet, je ne suis pas revenu pendant les deux premières semaines. Je ne voulais pas revenir au club puisque pour moi, les dirigeants ne voulaient pas me laisser partir. Mon entraîneur m’a appelé et m’a demandé : “Tu es où ?” Je lui ai répondu que j’étais à Paris et je ne voulais pas retourner à Histon car le club ne m’avait pas informé en janvier que Colchester, alors en League One, avait pris des renseignements et même formulé une offre. Il m’a alors expliqué qu’il n’était pas au courant de tout ça et que la seule chose dont il était au courant, c’était un vif intérêt de Norwich qui me suivait beaucoup à l’époque. Même ça, ils ne me l’ont pas dit… Mais vu que j’étais sous contrat, je ne pouvais pas aller autre part et je suis finalement revenu. J’ai joué ma deuxième saison, puis ma troisième en étant de temps en temps capitaine et je suis ensuite parti.

Travailler avec des gens  qui étaient en dehors du monde du foot m’a beaucoup aidé pour progresser en anglais 

Au début, je faisais que du foot, mais je me suis vite rendu compte que mes revenus n’étaient pas suffisants pour vivre correctement en Angleterre. Histon avait l’un des plus petits budgets de la division. J’avais assez pour vivre, mais j’ai eu de la chance que ma famille d’accueil où j’étais ne me demande pas de lui verser quelque chose tous les mois. Elle avait même refusé que je lui verse quoi que ce soit car elle savait combien je touchais. Les gens de la famille d’accueil me disaient même : “Tu nous donneras de l’argent quand tu seras riche” (sourire).

Un jour, on est venu me demander si je voulais travailler en tant que vendeur dans un magasin qui s’appelle Hollister. Au début, je leur avais répondu que je ne pouvais pas bosser chez eux car je m’entraînais tous les jours de la semaine. Ils m’ont répondu qu’on pouvait s’arranger au niveau des horaires. Finalement, j’ai accepté et j’ai commencé à travailler pour eux tous les après-midis. Au début, j’avais ma routine. Je me rendais à l’entraînement, puis, j’allais à la salle de muscu et après le travail, je rentrais à la maison. Une fois chez moi, je jouais à la Playstation. Travailler avec des gens qui étaient en dehors du monde du foot m’a beaucoup aidé à progresser anglais avec le recul, ne serait-ce qu’au niveau du vocabulaire.

“Le coach pensait que j’allais avoir peur de mettre la tête ou d’aller au contact

Après Histon, j’ai signé à Brackley Town (D6), mais je n’y suis resté que cinq ou six mois. Malgré tout, j’en garde un bon souvenir. L’entraîneur était vraiment cool et gentil avec moi. Il m’a fait confiance directement. J’ai joué quasiment tous les matches en tant que titulaire. On a manqué les playoffs d’un rien après une bonne saison. Ensuite, j’ai eu une opportunité d’aller jouer dans une division au-dessus, à Braintree. Je suis parti là-bas sans hésiter.

J’avais déjà évolué par le passé en Vanarama National League avec Histon. Mais cela faisait trois ans que je jouais à un niveau inférieur. Mon arrivée à Braintree est d’ailleurs assez drôle. Il y avait un tournoi qui se déroulait près de chez moi et avec des amis, on y a participé. Tout se passe bien et on arrive en finale. Moi je portais mes équipements de club. Dans l’équipe adverse, il y avait un anglais qui parlait parfaitement français car il était allé dans une école française. À un moment donné, il me regarde et dit : “C’est qui lui ? Il se prend pour un bon joueur !” Une fois le match terminé, il vient me voir et me dit qu’il joue pour Braintree. Son coach, qui est aujourd’hui mon coach à Maidenhead, cherchait un défenseur et donc, il lui a parlé de moi.

Au début, il ne voulait pas trop me prendre car le mec lui avait expliqué que je faisais du mannequinat depuis peu à côté (sourire). Mais on avoir le temps d’en reparler un peu plus tard. En fait, le coach pensait que j’allais avoir peur de mettre la tête ou d’aller au contact (sourire). Je n’étais pas sa priorité. Finalement, après avoir vu quatre ou cinq défenseurs qui ne lui plaisaient pas, mon pote est revenu à la charge et lui a demandé si je pouvais avoir une chance. Il ne restait qu’une semaine avant que la saison ne commence. Je joue le dernier match amical de la pré-saison avec eux et à la fin du match, il me vient me voir pour me proposer un contrat. On a terminé la saison à la sixième place, ce qui est pas mal car Braintree n’est pas non plus un grand club à ce niveau. L’année suivante, deux nouveaux coachs sont arrivés et nous ont permis de finir à la troisième place.

Rémy Clerima
À Braintree, Rémy Clerima a connu la dureté des matches de Vanarama National League où l’impact physique prend le dessus sur le jeu © Braintree Town

Le niveau de la cinquième division est intense et rapide. Il n’y a aucun temps de repos pour moi. Des amis à moi qui jouent en CFA2 ou en DH et qui sont venus ici étaient surpris de l’intensité. Il y a beaucoup de contacts, ça ne s’arrête jamais, tu attaques, tu défends à chaque fois. Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de supporters dans cette division. Dans certains clubs, ils sont vraiment nombreux. Ils vivent le foot pleinement ici. 

Les pelouses ? (Il sourit) Braintree c’était un bourbier oui (rires), mais pas uniquement à Braintree, il y en avait d’autres ailleurs. Après, certains terrains étaient vraiment bons comme Crawley et Luton Town qui évoluent aujourd’hui en League Two et en Championship. Cambridge avait également un bon terrain. Ce qui m’a surtout marqué, ce sont les terrains en pente comme à Maidenhead (sourire).

Magpie jusqu’au bout des ongles  

Lors de ma dernière saison avec Braintree, on a terminé 3e du championnat, malgré le fait que je sois blessé. Pour pouvoir jouer, même si je ne le recommande pas, mon coach m’avait mis en contact avec un spécialiste afin qu’il me fasse des injections au niveau des adducteurs. J’avais une vive douleur. Après avoir reçu ces injections, je suis resté sur le flanc pendant six mois. Ce n’était pas l’idéal pour retrouver une équipe. Je ne voulais pas retourner à Braintree car le coach s’en allait et je ne savais pas qui allait le remplacer.

J’étais toujours en contact avec mon coach de la première année. Il venait de finir sa première saison à Maidenhead. Il m’a dit qu’une fois que je serais complètement guéri, je pouvais venir ici sans problème. Les semaines se sont écoulées, je me suis rétabli et je suis allé le voir directement à Maidenhead. De suite, le club m’a fait signer et l’année où j’arrive, on arrive à monter en Vanarama National League. Je suis ici depuis plus de trois ans désormais.

Quand je suis arrivé ici, le coach savait à quoi s’attendre car il m’avait eu à Braintree et connaissait mon emploi du temps 

Maidenhead est le bon endroit pour pouvoir concilier ma vie professionnelle et le foot. Je ne pense pas qu’il y ait un seul coach dans la division qui accepterait que je fasse du mannequinat et du foot en même temps. La plupart des clubs en Vanarama National League sont “full time” et s’entraînent tous les jours. Nous, on s’entraîne uniquement trois fois par semaine. Mais j’ai une bonne relation avec mon entraîneur. Quand je suis arrivé à ici, il savait à quoi s’attendre car il m’avait eu à Braintree et connaissait mon emploi du temps. Une relation de confiance s’était installée entre lui et moi. Si je jouais bien tous les week-ends, malgré le fait que je loupe des entraînements à cause de mon travail, il ne pouvait pas me dire quoi que ce soit (sourire). Il préfère m’avoir 30 matches dans la saison que 0. Donc si je dois louper 15 matches, c’est mieux que rien.

Rémy Clerima en action
Le latéral droit de 30 ans évolue à Maidenhead depuis 2016 après être passé par Histon, Brackley Town et Braintree © Maidenhead United

Les entraînements ? Cette année, il y a eu un changement. L’année dernière on s’entraînait deux fois par semaine. C’était le mardi soir et le jeudi soir. Cette année, ils essaient de progresser: c’est le lundi matin, le mardi matin et le jeudi soir. Les conditions d’entraînements sont meilleures cette année aussi. On s’entraîne à Bisham Abbey, à quelques kilomètres de Maidenhead, deux fois sur un terrain en herbe et le jeudi sur un terrain synthétique. Mais pas aujourd’hui (NDRL : l’interview a été réalisée à York Road, le stade de Maidenhead). Avant on s’entraînait dans la cage là-bas (il montre une sorte d’enclos à gauche du terrain) On faisait parfois des 5 contre 5 (sourire), donc ce n’était pas idéal. C’est beaucoup mieux cette saison. Il y a beaucoup plus d’intensité aux entraînements car les conditions sont bien meilleures.

On faisait des échauffements à l’intérieur de la cage, puis on finissait par entamer des matches à cinq contre cinq

Il n’y a pas beaucoup de gens qui peuvent y croire (rires). On a des joueurs de Football League qui sont venus en prêt ici et ils hallucinaient (sourire). Ils s’entraînaient en herbe tous les jours et quand ils arrivaient en prêt ici, les conditions n’étaient pas du tout les mêmes. L’année dernière, on a changé plusieurs fois d’endroit. De juillet à décembre, on ne s’entraînait pas à York Road, mais ailleurs. À partir du mois de décembre, les conditions au niveau du terrain ont commencé à se dégrader. On jouait sur un bourbier (rires). Donc, on est venu ici et à chaque début d’entraînement, on faisait des échauffements à l’intérieur de la cage, puis on finissait par entamer des matches à cinq contre cinq avec une bonne intensité et l’entraînement se terminait. Ce qui est drôle dans cette histoire, c’est qu’au final, on s’est maintenu assez facilement la saison dernière en s’entraînant tout le temps de cette manière (sourire).

L’atmosphère ici est vraiment sympa. Je ne savais pas que c’était l’un des plus vieux stades au monde en arrivant à Maidenhead. C’est un réel privilège de jouer à York Road. Je pense que c’est un des clubs où j’ai joué qui a la meilleure ambiance. Les fans sont toujours derrière nous, quoi qu’il arrive. On peut perdre quatre matches d’affilé, ils vont toujours être là à nous applaudir, à rester, à nous motiver. Quand on joue à l’extérieur, il peut y avoir 50 supporters qui viennent, même si on perd ils vont rester, à nous supporter jusqu’à la fin. À York Road, on les entend toujours chanter et ça donne envie de se battre sur le terrain pour aller chercher la victoire.

York Road
York Road, l’antre de Maidenhead United depuis 1873. Le stade est situé en plein cœur de la ville, à quelques centaines de mètres de la gare © Thomas Bernier

Aujourd’hui, quand je dis à des anglais que je joue pour ce club, ils me disent : “Ah oui, je connais Maidenhead”. Il est quand même assez connu dans toute l’Angleterre. Lorsque je vais faire un shooting dans le Nord du pays pour le travail, ils me demandent si je joue au foot et je leur réponds que je joue à Maidenhead. Ils me répondent qu’ils connaissent également le club. Il est encore petit, mais il va continuer de progresser.

Je pense que tout le monde m’aime bien dans ce club. J’ai déjà eu des retours favorables et des bons échos au niveau des supporters. lls m’envoient souvent des messages sur Instagram et Twitter. À chaque fois que je joue à York Road, il y a toujours un drapeau français (sourire). Parfois, ils chantent même mon nom (rires). 

Le premier match des joueurs de Maidenhead à York Road date du 16 février 1871. Une autre époque © Thomas Bernier

Les vidéos du club où je me marre ? C’est juste ma personnalité et ma manière d’être. J’aime bien sourire et rigoler en général. À chaque match, dès que j’ai de la musique dans les oreilles ou dans les vestiaires je danse, je suis comme ça. Tu as le temps de te concentrer sur le match une fois que tu arrives dans les vestiaires. Mais avant ça, je me détends (sourire).

L’intégration en Angleterre

Au début, ça allait car j’étais avec deux autres français. Mais quand ils sont partis, et assez vite d’ailleurs, c’était vraiment difficile pour moi de me faire comprendre et de comprendre ce qu’on me disait. Tous les soirs j’avais les mêmes questions… La famille d’accueil qui était avec moi me posait les mêmes questions. Comment était ta journée ? Qu’est-ce que tu as fait ? Mais je ne comprenais pas vraiment au début. J’avais seulement les bases comme : “hello”, “good afternoon”. Mais pas vraiment de phrases complètes. Je ne pouvais pas faire de vraies conversations, ce n’était pas facile. Tous les soirs, j’allais sur Google Translate et je traduisais des mots. Je ne me forçais à de ne pas mettre de phrases complètes car parfois, le sens n’est pas le même. Au final, j’ai mis trois mois à comprendre complètement ce qu’on me disait, 6 mois à pour échanger avec une personne quelques phrases et au bout d’un an, je pouvais parler parfaitement.

Je me suis vraiment adapté rapidement et ils m’ont considéré assez vite comme un fils adoptif 

Je suis une personne qui s’adapte assez rapidement, et quand tu vas dans un pays que tu ne connais pas, c’est important. Un de mes coéquipiers, qui était dans une autre famille, ne s’est pas adapté à ses conditions de vie. Pourtant, le meilleur moyen, c’est de s’adapter à la routine de la famille. Tu as toujours tes petites routines qui te sont propres, mais il ne faut pas imposer ta routine dans une autre routine. Je me suis vraiment adapté assez rapidement et ils m’ont considéré assez vite comme un fils adoptif. Par exemple, quand je me réveillais le matin d’un match, il y avait mon petit déjeuner qui était prêt sur le côté. Ils faisaient tout pour moi. Les gens de ma famille d’accueil étaient comme une deuxième mère et un deuxième père pour moi.

Je suis resté seulement un an dans ma famille d’accueil. Lors de ma deuxième saison, je devais y retourner, mais comme je l’ai dit, je suis arrivé en retard à cause de mes soucis sportifs à Histon (sourire). Pendant que je n’étais pas là, des étudiants sont arrivés chez eux et sont restés ensuite. Je suis donc parti dans une autre famille d’accueil qui ne vivait pas très loin et je suis resté dans cette famille pendant deux ans. Les gens avaient deux fils, c’était l’idéal pour moi. Je me suis très bien entendu avec eux et ils m’ont adoré.

Quand tu ne connais personne et que tu ne parles pas bien anglais, tu te sens rapidement isolé

L’isolement ? Ce n’était pas facile au début parce que tu ne connais personne et tu ne parles pas la langue. Heureusement pour moi, je m’entrainais tous les jours et j’avais l’habitude d’aller à la salle de muscu. Mais s’il n’y avait pas eu tout ça, je ne pense pas que ça aurait été facile. Quand tu ne connais personne et que tu ne parles pas bien anglais, tu te sens rapidement isolé. J’ai commencé à me faire des amis pas loin de chez moi. Je les voyais de temps en temps. En travaillant, j’ai rencontré quelques personnes et j’ai commencé à m’adapter. J’étais invité dans des soirées (sourire). Au fur et à mesure, tu agrandis ton entourage. Au bout de ma troisième année, je connaissais pratiquement toute la ville. C’était l’idéal.

Dans tous les clubs par lesquels je suis passé, je n’ai jamais côtoyé un seul joueur français ou même francophone, hormis quelques semaines à Histon, mais les mecs sont vite partis comme je l’ai expliqué. Je me suis intégré tout seul. Ça m’a aidé à grandir aussi rapidement. En revanche, J’ai eu des joueurs qui m’ont contacté en France pour avoir des informations, savoir comment ça se passait et si je pouvais les aider. Au début, j’ai essayé d’en aider quelques-uns. Je leur ai donné des informations et il y en a deux ou trois qui sont venus faire des essais dans mon club.

Rémy Clerima en action
Contrairement à d’autres joueurs français, Rémy Clerima n’a jamais eu la chance d’évoluer avec des compatriotes © Maidenhead Advertiser

Ils se sont vite rendus compte que l’intensité n’est pas la même qu’en France. En arrivant ici, ils pensaient être prêts, mais une fois sur place, ils ont réalisé qu’ils ne l’étaient pas. Forcément, j’en ai pâti car j’avais fait venir ces mecs et finalement, ils n’étaient pas très bons. Derrière, l’entraîneur me l’a fait comprendre (sourire). Je ne peux pas non plus aider tout le monde. Mais si jamais on me contacte, pour savoir comment ça se passe, il n’y a pas de problème, je peux échanger avec un joueur et lui expliquer le fonctionnement mais je ne peux pas lui garantir un essai.

English or not english ? 

On me pose souvent la question : “Est-ce que tu rêves en Anglais ?” Je réponds que je ne contrôle pas mes rêves, mais je pense que oui, je rêve en anglais et je rêve également en français. Il m’arrive à certains moments d’oublier mon français (rires). Je pense vraiment m’être adapté à la culture anglaise. D’ailleurs, je suis en train de demander la double nationalité. En France, là où j’ai grandi, ils me disent tout le temps : “ T’es un Anglais maintenant”. Même les Anglais ici, je leur dis que je ne suis pas anglais et ils me répondent : “Si, tu es un Anglais maintenant et plus un Français”.

Aujourd’hui, je réalise que c’est important de parler anglais car je voyage beaucoup par rapport à ce que je fais aussi en parallèle du foot

Je suis très content d’avoir appris l’anglais. Je pense que si je n’étais jamais venu en Angleterre, je n’aurais jamais appris l’anglais comme je le parle maintenant. C’est ma deuxième langue, mais je la parle couramment. Je ne réfléchis pas avant de parler en anglais. Quand j’étais au lycée, à Paris, je n’écoutais rien en anglais (rires). Aujourd’hui, je réalise que c’est important de parler anglais car je voyage beaucoup par rapport à ce que je fais aussi en parallèle du foot. Aller dans un autre pays en ne sachant pas le parler, ce n’est pas facile. Les gens ont tendance à avoir beaucoup plus de notions en anglais qu’en français. Je le dis assez souvent à mes amis, quand on part une semaine en vacances. Les gens parlent quasiment tous en anglais. Je suis très souvent obligé de traduire à chaque fois pour tout le monde (sourire). C’est important de savoir parler plusieurs langues et d’être bilingue, quel que soit le métier que l’on fait. C’est une valeur ajoutée.

La vie de mannequin 

Cela fait six ans que j’ai commencé le mannequinat. Quand je travaillais pour Hollister, à Cambridge, la marque a fait de la pub pour plusieurs magasins de la franchise qui allaient ouvrir sur Londres. Puis, ils ont fait un recrutement de 99 personnes afin de les promouvoir. Majoritairement, les mecs travaillaient pour des magasins Hollister en Europe. Les candidats choisis devaient être torse nu et attirer la clientèle pour faire la promotion du magasin. Ils m’ont sélectionné. À ce moment-là, j’ai rencontré une personne qui faisait du mannequinat. Beaucoup de personnes de mon entourage m’avaient dit que j’avais le physique pour travailler dans ce domaine.

Honnêtement, je n’y avais jamais vraiment pensé mais, je me suis dit: pourquoi pas? Je n’avais rien à perdre, autant essayer. Je suis donc parti dans l’agence où je travaille actuellement , je leur ai dit : “Écoutez, on m’a dit de faire du mannequinat, on m’a dit de venir vers vous puisque vous êtes une des meilleures agences à Londres et je voudrais connaître votre avis sur moi”. Ils m’ont regardé, pris des photos et ensuite, puis m’ont demandé ce que je faisais dans la vie. Je leur ai répondu que je faisais du foot, que je vivais à Cambridge et non à Londres. À ce moment-là, ils m’ont demandé s’ils pouvaient voir mon corps et être torse nu. J’ai dit qu’il n’y avait pas de souci. J’étais en bonne condition physique à cette période-là, donc ils étaient surpris. Ils m’ont dit de ne pas changer, qu’ils m’aimaient comme j’étais et ils m’ont pris directement. Tout a commencé à partir de ce moment-là.

Ma carrière de mannequinait aurait pu prendre une autre tournure si j’avais eu ce shooting avec elle 

J’ai déménagé à Londres puisque je devais être souvent sur place pour aller faire des castings et d’autres choses. Après deux semaines de travail avec l’agence de mannequinat, je suis rentré à Paris pour des vacances, la saison étant terminée. J’ai reçu à ce moment-là une proposition d’un magazine qui collaborait avec Kim Kardashian. Mais le rendez-vous a été annulé 24 h avant. En rentrant de mes vacances, je suis allé voir mon booker à Londres et je lui ai demandé : “Que s’est-il passé ?” Il me répond alors : “Tu devais shooter avec Kim Kardashian”. J’étais assez surpris sur le coup. J’ai su ensuite par mon booker que Kanye West avait annulé le shooting 24h avant car Kim Kardashian était enceinte à cette période.

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Depuis six ans, Rémy Clerima a eu l’occasion de collaborer avec de nombreuses marques, tout en voyageant aux quatre coins du globe © Brook Taverner

Ma carrière de mannequinat aurait pu prendre une autre tournure si j’avais eu ce shooting avec elle (sourire)! Je ne pense pas que je serais à Maidenhead aujourd’hui (rires). Par la suite, j’ai reçu des propositions pour aller faire des shootings aux États-Unis, notamment à Miami, mais ça ne s’est fait pas non plus. Un mois après avoir débuté, j’ai commencé à faire des campagnes pour deux marques : Abercrombie et Nautica. J’ai shooté pour eux en Écosse et aux États-Unis. Derrière, je n’ai eu aucune proposition de shooting pendant deux mois et ensuite, tout s’est enchaîné à partir du mois d’août. Depuis, je n’arrête pas. Je travaille toutes les semaines.

J’ai bossé très longtemps avec Mark & Spencer, Moss Bros, pour des compagnies américaines comme Macy’s et Commercial. J’ai collaboré une fois avec Dolce & Gabbana, mais je n’ai pas trop aimé le shooting… Timberland aussi. Au final, j’ai travaillé avec beaucoup de marques, mais certaines d’entre elles ne sont pas très connues. En revanche, elles sont de bonnes clientes. Je n’ai pas le profil pour faire “High Fashion”, je suis plus un profil commercial pour des marques qui bossent dans cette branche. J’ai collaboré pendant 5 ans avec Mark & Spencer, ce qui m’a permis de faire beaucoup de voyages, notamment à Cap Town, en Afrique du Sud. Je collabore actuellement avec Crew Clothing Company. Ils m’ont permis d’aller aux Bahamas en début d’année.

Ce qui me rend le plus heureux, c’est de voir ma famille et mes proches contents de regarder mes photos et d’en être fiers

La première fois que je me suis vu, c’était sur internet. J’étais plutôt content du résultat. Puis, j’ai commencé à me voir devant les magasins, dans les stations de métro aussi, c’était surprenant (sourire). J’étais content de moi, mais je savais que ce n’était qu’un début et qu’il y avait de belles choses à venir. Je suis quelqu’un qui veut toujours plus, c’est ce qui me rend heureux. Aujourd’hui, c’est devenu normal pour moi de me voir. Mais ce qui me rend le plus heureux, c’est de voir ma famille et mes proches contents de regarder mes photos, et d’en être fiers. Certains d’entre eux m’ont même vu à l’étranger ! J’ai une cousine qui m’a vu au Canada sur un bus, j’ai également un pote à moi qui m’a vu en Asie dans un Mark & Spencer. Entendre qu’on peut te voir partout dans le monde, c’est un privilège (sourire).

Mais je ne compte pas faire ça toute ma vie. suis en train de travailler sur plusieurs projets en ce moment. Je peux faire du mannequinat jusqu’à 45 ou 50 ans environ, si je continue bien évidemment. Mais je ne pense pas que j’ai envie de le faire jusqu’à cet âge là. Je prends actuellement des cours d’acting pour faire du cinéma, ce serait pas mal. C’est quelque chose que j’avais déjà fait il y a quatre ans, mais j’avais arrêté car j’étais trop occupé avec le foot et le mannequinat. Je voyageais beaucoup à l’étranger et ça me fatiguait. J’ai quand même plusieurs choses en tête. 

Une passion footballistique exacerbée 

Les Anglais sont des inconditionnels. La plupart du temps, si tu grandis dans une ville, tu vas supporter le club local. En France, ce n’est pas comme ça. Il y a beaucoup de personnes qui supportent des clubs en dehors de la région où ils habitent. En cinquième division anglaise, il y a largement plus de fans qu’en National, en CFA ou en CFA2. Nous avons 1300 personnes en moyenne qui viennent nous voir jouer ici, à York Road. C’est pas mal du tout. À l’extérieur, j’ai eu la chance de jouer parfois dans des stades avec 6000 personnes. Les Anglais sont vraiment des passionnés. Je ne dis pas qu’en France, les gens ne le sont pas, ils adorent le foot, mais la passion n’est pas aussi forte qu’en Angleterre.

Quelle que soit la division, les gens vont vivre ce sport de la même manière. Il n’y a pas de gros changements entre les divisions inférieures, hormis au niveau des structures. Les pelouses ou la taille des stades ne vont pas forcément être les mêmes. Le niveau n’est pas forcément le même non plus, mais la sixième division n’est pas très loin de la cinquième division d’un point de vue sportif. Mais ici, dans notre division, il y a un meilleur niveau, une meilleure intensité et un peu plus de qualité.

À Maidenhead, on entend toujours les fans chanter, crier et être derrière nous. Donc, forcément, ça te galvanise et tu as envie de donner le maximum

Quand j’évoluais au Blanc-Mesnil, on jouait devant 50 supporters et encore (sourire). À Maidenhead, il y a 1200 supporters en moyenne comme je l’ai dit précédemment. J’ai également eu l’opportunité de jouer devant plus de monde, notamment à Luton. La fois où j’ai joué devant 6000 personnes ? Je crois que c’était Tranmere si je me souviens bien. À chaque fois qu’on avait la balle, on entendait les supporters crier ou faire des ‘ouuuuuh’. Mais c’est hyper motivant (rires). Quand tu joues devant 50 supporters, tu n’entends rien. Il n’y a aucun chant. Ici, à Maidenhead, on entend toujours les fans chanter, crier et être derrière nous. Forcément, ça te galvanise et tu as envie de donner le maximum. J’adore jouer devant beaucoup de monde personnellement.

Clerima on target as Maidenhead United beat Gateshead to move out ...
Rémy Clerima évolue en Vanarama National League depuis plusieurs années et considère que le niveau de la division n’a rien à envier à la National 1 et 2 en France © Maidenhead United

Des fans de Maidenhead ont déjà scandé mon nom de famille plusieurs fois. Cette année, après mon doublé à Dagenham, ils étaient étaient en train de chanter : “He scores when he wants” (sourire). Ça donne le moral. J’ai souvent des petits qui viennent me demander mon maillot à la fin d’un match, ça m’arrive de leur donner. On me demande aussi des protèges-tibias, de signer sur un maillot, des choses classiques, mais rien d’improbable. C’est important de faire plaisir aux jeunes. Pour eux, c’est le très haut niveau. Si je peux leur donner un peu de force pour qu’ils atteignent eux aussi ce niveau, ça me fait plaisir.

Entretien réalisé par Thomas Bernier et Téva Vermel le mardi 28 janvier 2020 à Maidenhead

Rémy Clerima est à retrouver dans le webdocumentaire Outsiders : https://app.racontr.com/projects/outsiders/

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Thomas

Thomas

Étudiant en journalisme, amoureux du football britannique et des divisions inférieures.