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Nigel Atangana : “À Portsmouth, on devait gagner toutes les rencontres, c’était une obligation”

La carrière de Nigel Atangana a été semée d’embûches. Passé par l’Espagne, la CFA2 en France, puis la sixième division anglaise à son arrivée, le milieu de terrain aujourd’hui à Exeter City en League Two a bien galéré avant de rejoindre les rangs professionnels anglais. Entretien.

Une erreur de jeunesse  

J’ai été formé au Stade Malherbe de Caen. Ça s’est très bien déroulé. À la fin de ma formation, j’ai décidé de partir. Ce n’est pas le club qui m’a viré, c’est moi qui ai eu une opportunité d’aller en Angleterre. J’ai signé mon contrat là-bas et j’ai décidé de quitter le centre de formation à ce moment précis. C’était malgré tout une erreur. Je suis parti à 19 ans. De là, je suis allé en Angleterre pendant 2 mois. J’y ai fait des essais dans différents clubs et à la fin, l’agent qui m’avait envoyé là-bas m’a dit que j’avais été retenu pour faire la préparation avec West Bromwich Albion qui, à l’époque, venait d’être promu en Premier League. Il m’avait dit qu’il allait m’envoyer des billets d’avion la semaine prochaine pour que je revienne et il ne m’a plus jamais rappelé en fait. Quelques semaines plus tard, j’ai appris que l’agent demandait trop d’argent. 

Du coup, je suis retourné en France. J’avais un pote qui avait signé à Avranches, Simon Lugier, un gardien, qui joue actuellement à Boulogne-sur-Mer, en National. Il avait été au centre de formation de Caen avec moi et il m’avait dit de venir faire un essai là-bas. À l’époque, Caen ne voulait pas me reprendre car les effectifs étaient finalisés pour la prochaine saison et car j’avais aussi quitté le club de mon plein gré quelques mois auparavant. Le directeur du centre de formation ne voulait pas me reprendre. Je suis donc allé à Avranches pour mon essai et il a été concluant. ils m’ont ensuite fait signer un contrat fédéral et de là j’ai entamé la saison avec eux. Puis, j’ai pas mal bourlingué. Je suis également allé à Dives. je n’avais pas un contrat fédéral il me semble. Ensuite, j’ai rejoint Gravelines, à côté de Dunkerque. Mais tout cela, c’était à mon retour d’Espagne car entre-temps, je suis parti là-bas, dans la réserve du club de Gérone.

Parenthèse espagnole 

J’avais rencontré un agent qui vivait à Marseille, mais qui était également basé en Espagne. Il m’avait parlé d’une détection pour rejoindre le club du Gimnastic Tarragone. Je me rends alors sur place, tout se passe très bien, mais au moment de tout finaliser, il y a eu un problème. Je sais plus si c’était lié à l’argent ou autre chose. Au final, je n’ai pas pu signer pour ce club. J’allais encore me retrouver sans rien et là, j’ai dit à l’agent que je ne voulais surtout pas me retrouver dans cette situation. Il m’a alors dit qu’il pouvait m’emmener à Gérone pour faire un essai avec la réserve. Je suis allé faire un essai là-bas, je me suis bien débrouillé et ils m’ont engagé.

Stade municipal de Montilivi
En Espagne, Nigel Atangana a évolué à Gérone, où se trouve le fameux stade de Montilivi connu pour son ambiance chaude © Wikipédia

J’ai intégré la réserve tout de suite, puis l’équipe professionnelle. J’ai fait des entraînements avec eux pendant six mois. On devait jouer un match amical contre l’Olympique de Marseille, télévisé en plus. Malheureusement, il avait été annulé parce que beaucoup trop de joueurs africains de l’OM étaient partis à la Coupe d’Afrique des Nations en janvier. Les dirigeants de l’OM avaient été obligés d’annuler le match. Quelques semaines après, l’entraîneur de Gérone a été viré et son successeur m’a renvoyé avec la réserve. Je n’ai plus intégré ensuite l’équipe professionnelle alors que je devais signer pro en décembre… À la fin de l’année, j’ai demandé à nouveau ce contrat pro et ils m’ont répondu non. Je devais à nouveau jouer une année avec la réserve et le club aviserait ensuite.

De mon côté, je ne pouvais pas accepter cette situation et je ne leur ai pas répondu favorablement. Je ne voulais pas, car tout simplement, en Espagne, la politique des contrats est différente. Tu peux évoluer en réserve jusqu’à l’âge de 23 ans, et seulement après cet âge, tu intègres l’équipe première, hormis des cas exceptionnels ou si le joueur est un vrai phénomène, mais cela n’arrive pas tout le temps. J’ai donc quitté l’Espagne en fin de saison pour revenir en France et notamment à Gravelines en CFA2.

Lorsque j’arrivais dans un club, c’était toujours via des agents ou des potes qui me présentaient quelqu’un. La seule opportunité concrète que j’avais pu avoir, c’était Gravelines. J’avais néanmoins fait des petits essais à droite et à gauche, mais ce n’était pas des trucs que je voulais forcément. Il y avait des touches en Belgique, mais à l’époque j’étais un peu réticent sur ce pays. Je ne voulais pas trop m’éloigner et je ne connaissais pas non plus le contexte. J’ai préféré choisir Gravelines. Le club m’avait proposé un bon petit salaire, un bel appartement. Les conditions étaient idéales. j’ai fait mon année là-bas et tout s’est bien déroulé. Une fois la saison terminée, je me suis dit que c’était le moment ou jamais d’aller en Angleterre.

La découverte de la sixième division anglaise 

J’avais 23 ans à l’époque. Je ne pouvais plus attendre. Je voulais à tout prix me rendre en Angleterre, mon cousin habitait là-bas en plus. Je suis allé chez lui durant l’été 2013. J’ai essayé de rencontrer un peu de monde, pour me connecter avec des gens. On m’a présenté à un agent et j’ai fait un essai à Bury, qui était en League One il me semble. Problème, l’agent en question avait dit au club que j’étais un numéro 10 alors que je suis un milieu “box-to-box”. Je me rends sur place et le coach, forcément, me positionne à ce poste. Je n’arrêtais pas de récupérer les ballons et tacler (rires). L’entraîneur s’est un peu énervé sur moi : “Arrête de tacler, si tu veux tacler, change de poste, mets-toi défenseur central”. Il me positionne alors en tant que défenseur central et je réalise un sacré match. À la fin, il vient me voir et me dit : “Mais tu joues à quel poste en réalité ?” Moi je lui réponds que je suis un milieu défensif. Il me demande à nouveau : “Tu n’es donc pas numéro 10 ?” Je lui réponds que non. Il m’explique ensuite que ça s’était vu, j’étais plus à l’aise au poste de défenseur central. “Mais l’agent qui t’a ramené nous a dit que tu étais numéro 10 et nous on en cherche un. Je suis désolé, mais nous n’avons pas de place pour un milieu défensif ou un défenseur central. Nous ne pouvons pas te conserver. En revanche, si nous avons un blessé durant la pré-saison, je t’appelle”.

J’ai un club de National League South (D6) pour toi, il s’agit de Havant & Waterlooville à côté de Portsmouth. Est-ce que ça t’intéresse ?

Je leur avais dit qu’il n’y avait aucun de problème. J’ai coupé ensuite les ponts avec l’agent en question parce qu’il n’était pas très sérieux… Quelques semaines plus tard, je retrouve un joueur français que j’avais rencontré peu après mon départ de Caen : Claude Ngakpa. C’était une légende à Luton Town. Il connaissait bien un agent et il me l’a présenté. “Il gère la carrière beaucoup de joueurs africains, je pense qu’il va pouvoir s’occuper de toi”. J’appelle l’agent et il me dit : “Ok, va t’entraîner dans le sud de Londres avec des joueurs sans club, je veux voir ce que tu sais faire”. Je vais donc m’entraîner, ça se passe bien, il me répond : “Tu peux retourner en France, dès que j’ai quelque chose pour toi, je t’appelle”. Il me rappelle quelque temps après et me fait une proposition : “J’ai un club de National League South (D6) pour toi, il s’agit de Havant & Waterlooville à côté de Portsmouth. Est-ce que ça t’intéresse ? Je connais l’entraîneur, c’est un ancien professionnel, tu vas pouvoir bien apprendre avec lui”.

Nigel Atangana en action
À Havant & Waterlooville, le milieu de terrain formé au SM Caen a découvert un univers footballistique différent de la France et l’Espagne © DJ Stotty

Au début, ça ne m’intéresserait pas trop parce que je ne connaissais pas du tout le système anglais, et puis, la sixième division, c’est comme la CFA2 en France… Pourquoi me forcer à aller en Angleterre en fait ? Il m’a alors expliqué que le niveau était vachement différent là-bas. “Si tu fais bien les choses, tu peux monter et tu signes pro directement. Ce n’est pas comme en France”. J’en ai parlé avec des membres ma famille, ils m’ont dit que c’était mon rêve et qu’il fallait tenter cette expérience. Je me suis rendu dans ce club et ça a été la surprise de ma vie… Le club était hyper bien géré. Il y avait deux kinés à disposition. Tu arrivais, on te donnait ton short, tes chaussettes, tout ce qu’il te fallait en réalité. Je n’avais pas l’habitude de ça ! En CFA2, il n’y avait pas tout ça. Sans parler des fans… Quand je marchais dans la rue, les personnes qui suivaient le club me reconnaissaient et ils venaient me parler. On faisait 400-500 personnes en moyenne. C’était vraiment impressionnant.

Individuellement, j’étais au top. Au bout de trois mois, j’avais tous les clubs de League One et League Two à mes pieds. Ils voulaient tous me faire signer. J’avais eu aussi une proposition de Charlton en Championship. Le club voulait me prendre à l’essai. Mais l’agent m’a dit : “Tu ne dois pas y aller. Si tu rates ton essai, ils vont considérer que tu n’es pas fait pour la Championship. Il vaut mieux commencer plus bas et grimper les échelons”. Peterborough, en League One m’avait proposé un contrat dès décembre. Le club voulait à tout prix m’acheter et il était connu pour recruter des joueurs de divisions inférieures à des prix défiant toute concurrence. Mon entraîneur de Havant a refusé que je parte : “Écoute, tu dois rester ici. Fais ta saison et tu verras à la fin, tu recevras de meilleures offres”. Donc, je l’ai écouté. J’ai fini la saison et j’ai été élu meilleur joueur du club. Puis, pendant les vacances, j’ai reçu un coup de fil du coach de Portsmouth…

Au pays de la blue army 

J’avais eu des offres d’autres clubs reconnus en Angleterre : Luton Town, Peterborough, Wimbledon. C’est le coach de Portsmouth qui avait fait pencher la balance en sa faveur. La ville était aussi située à côté de Havant, à environ un quart d’heure. C’était préférable pour moi. Je restais dans la même zone et je continuais de voir mes amis. En plus, comme mon club était situé non loin de Portsmouth, le coach était venu me voir au moins dix ou douze fois dans la saison. Il m’avait observé de nombreuses fois et il m’avait dit plusieurs fois au téléphone, que mon profil correspondait à ses attentes. Je vais être honnête, le gars m’a harcelé tout l’été au téléphone (rires). En revanche, les autres clubs ne m’ont pas forcément appelé, c’était plutôt mon agent qui discutait avec les directeurs sportifs. En fait, il n’y a que l’entraîneur de Portsmouth qui m’a appelé de vive voix. Je n’ai donc pas hésité une seule seconde.

Nigel Atangana sous les couleurs de Portsmouth
Entre 2014 et 2016, Nigel Atangana a évolué dans l’un des clubs mythiques du foot anglais : Portsmouth et ses fans bouillants © Portsmouth FC

Je me suis bien acclimaté, ce n’était pas dur, après, tu joues avec des joueurs qui ont des meilleures qualités sportives. On va dire qu’en National League South, j’étais un peu frustré parce que le niveau du championnat n’était pas forcément celui que je recherchais. Je me trouvais au-dessus et, forcément, je voulais aller voir plus haut. À Portsmouth, je me retrouvais avec des joueurs qui avaient mon niveau, voire plus élevé que le mien. J’étais plus à l’aise et je voyais mon niveau augmenter au fil des semaines. La seule différence notable entre la League Two et la National League South, c’était le rythme qui était plus élevé pendant les matches. Mais je m’y suis fait assez rapidement.

Les fans m’aimaient beaucoup. J’avais le droit à ma chanson

Là-bas, tu as l’impression d’appartenir à un club de Premier League. En France, c’est comme si tu jouais pour Lens ou d’autres équipes de ce standing. Ce sont des clubs mythiques, tu as en moyenne, 18 000 à 20 000 spectateurs à chaque match. Quand tu te balades dans la rue, on te demande des autographes tout le temps. Les fans apprécient beaucoup les joueurs français car quelques-uns ont joué avant moi dans le club. Je dois dire qu’ils m’aimaient beaucoup et j’avais le droit à ma chanson. Non franchement, je ne garde que des bons souvenirs de cette période. En plus, les terrains d’entraînement étaient franchement chouettes. Ils ont construit les infrastructures juste à côté d’une salle de sport avec notamment jacuzzi, sauna, piscine. On y avait accès en fait. Il arrivait qu’à la fin de l’entraînement, j’aille à la piscine, au sauna, c’était très bien.

Le coach s’est ramené avec l’intégralité de son son staff et il a fait signer dix joueurs. Puis, il a commencé à virer tous les anciens qui étaient là

Ma première saison s’est super bien passée. Je jouais beaucoup. Puis, au début de ma deuxième saison, tout le staff a été viré. Un autre est arrivé avec à sa tête, Paul Cook. C’est un entraîneur connu en Angleterre pour faire monter les équipes des divisions inférieures comme Shrewsbury. Aujourd’hui, il est à Wigan en Championship. Il s’est donc ramené avec l’intégralité de son staff et il a fait signer dix joueurs il me semble. Puis, il a commencé à virer quasiment tous les joueurs qui étaient là. Il est ensuite venu me voir : “Je ne te connais pas du tout et je ne t’ai jamais vu jouer. Par contre, les dirigeants du club m’ont dit de te conserver, donc moi je vais le faire, mais sache que tu vas commencer sur le banc. J’ai recruté des joueurs, ce sont eux qui vont jouer. C’est à toi de décider si tu veux partir ou non”. Je lui ai répondu : “Écoutez, je vais jouer”. Il était un peu surpris et étonné de ma réponse (sourire).

La pré-saison débute alors. je suis en pleine possession de mes moyens et je réalise des bons matches. C’est sans doute la meilleure pré-saison que j’ai pu faire depuis mon arrivée en Angleterre. Une semaine avant le début du championnat, le coach me convoque dans son bureau et il se met à gueuler sur moi : “Putain, tu me fais chier, tu es en train de me créer des problèmes”. De mon côté, je pensais avoir fait une bêtise ou un truc qu’il ne fallait pas et les médias du coin l’avaient su… Je lui demande alors ce que j’ai fait et il me répond : “T’es trop bon, je peux pas te mettre sur le banc, tout le monde, te réclame. J’ai signé plusieurs joueurs avec un gros salaire et je suis obligé de les faire jouer. Mais c’est toi qui vas commencer le premier match de championnat”. Je commence le premier match de championnat, puis j’enchaîne jusqu’à la douzième journée, ça se passe super bien et à ce moment-là, on me parle d’un possible renouvellement de contrat et j’ai des gros agents qui viennent me voir pour aller jouer en Championship. J’étais dans le bon âge en plus. Je décide donc de prendre un préparateur physique pour me préparer encore mieux. Mais lors d’une séance, je me bloque le dos.

Il m’a fait rentrer à tout casser deux ou trois fois en l’espace de quatre mois et à chaque fois, je jouais seulement un quart d’heure

J’arrive à l’entraînement le lendemain, j’ai toujours le dos bloqué et je ne peux pas m’entraîner. Le médecin me met 10 jours d’arrêt et c’est là que le coach en a profité pour me mettre à la cave. Je n’ai plus jamais rejoué… Il m’a fait rentrer à tout casser deux ou trois fois en quatre mois et à chaque fois, je jouais seulement un quart d’heure. Ça m’arrivait aussi de ne pas être dans le groupe et quand je lui demandais des explications, il me disait : “Le groupe tourne bien, mais ne t’en fais pas, tu es un bon joueur. Tu vas rejouer”. Au mercato hivernal, je lui dis que je ne pouvais pas rester dans cette situation. Je devais jouer tout le temps et je lui ai demandé de partir. Il m’a dit qu’il n’y avait aucun souci et le club allait m’envoyer en prêt à Crawley. Plusieurs jours après, il me rappelle de mon prêt et me convoque dans son bureau : “Je te mets titulaire ce week-end contre Accrington Stanley”. Le match est alors annulé à cause des intempéries. Je reviens donc à Portsmouth et le coach me répond que je vais jouer le match suivant contre Derby County en Carling Cup. 

Finalement, je suis sur le banc tout le match alors qu’il m’avait dit plusieurs heures auparavant que j’allais débuter la rencontre… Le lendemain, je vais le voir et je lui dis : “Je veux partir” et il me répond qu’il n’y a aucun souci. J’appelle mon agent je lui explique que j’ai mon bon de sortie. Il commence à appeler les clubs et à se renseigner. Il reçoit une proposition de Northampton, 3e du championnat à ce moment-là. J’appelle l’entraîneur de Portsmouth, je lui explique que j’ai une offre et qu’il va la recevoir. Il me répond alors “On l’a déjà, mais on refuse. Tu ne vas pas dans les clubs qui sont positionnés en haut de tableau”. Complètement surpris, je lui réponds : “Comment ça, vous ne voulez pas que je parte ? Vous me donnez un bon de sortie et vous ne voulez pas que je signe dans un club du haut de tableau ?” Il me dit : “Non, si tu signes dans un club, c’est en bas de tableau, en dessous de nous en fait, je ne veux pas que tu sois dans un club concurrent”. La pilule avait du mal à passer.

Finalement, il me dit oui en s’excusant de son comportement désagréable à mon égard. Le gars était bipolaire 

J’appelle à nouveau mon agent qui m’explique que Leyton Orient est intéressé pour me faire signer. Le club était classé 7e, un truc comme ça. J’explique la situation au coach écoute et il dit : “Non, c’est pareil, c’est un club qui vise la montée”. Puis, finalement, il me dit oui en s’excusant de son comportement désagréable à mon égard. Le gars devait être bipolaire…

Un passage contrasté à Leyton Orient 

À ce moment précis, Je suis heureux car le président de Leyton Orient, un italien, donnait de bons salaires (sourire). En prime, j’arrivais là-bas comme un vrai espoir pour le club. En sortant de Portsmouth, tu as une certaine étiquette. Tout le monde m’attendait au tournant. J’ai fait un an et demi là-bas et il s’est passé ce qui s’est passé avec la descente aux enfers du club et les problèmes sportifs… Les salaires ont été gelés. Ça fait partie du football. J’ai aimé mon temps à Leyton Orient. Ça m’a permis de faire un certain nombre de rencontres et d’être vu comme un titulaire en puissance. Donc, ça m’a fait grandir, c’est sûr. J’en garde des bons souvenirs, après il s’est passé ce qui s’est passé avec la descente mais je ne regrette rien.

Nigel Atangana sous le maillot de Leyton Orient
Malgré les efforts de Nigel Atangana, Leyton Orient va connaître une descente aux enfers, aussi bien sportivement qu’économiquement © Simon O’Connor

Ah Brisbane Road… Tu pouvais voir des gens qui regardaient les matchs de leur balcon et qui faisaient des barbecues l’été (sourire). Il y avait une bonne atmosphère. C’est un très bon stade avec des fans bruyants. Je suis très heureux qu’ils soient de retour en Football League. C’est la place que le club mérite. 

“J’ai eu un coup de foudre pour la ville”

Après mon passage à Leyton Orient, j’ai reçu plusieurs offres, dont celle de Cheltenham. Leur coach me suivait depuis quelques années. Mais honnêtement, je ne voulais pas forcément signer pour ce club. Il jouait le bas de tableau en League Two et je ne voulais plus revivre ce que j’avais vécu avec Leyton Orient. Je voulais continuer sur ma lancée et jouer dans des clubs prestigieux de Football League. Coventry me voulait, mais le problème, lorsque tu descends avec une équipe, c’est que tu n’es pas en position de force pour négocier.

Tu es un peu obligé d’accepter ce qu’on te propose et tu ne peux pas trop imposer tes conditions. Mais c’est normal après tout. Le salaire que Coventry me proposait n’était pas à ma convenance. Finalement, à ma grande surprise, c’est Cheltenham qui a fait de gros efforts financiers avec des primes à la signature pour me faire venir. Le coach m’a appelé, m’a expliqué son projet et m’a annoncé qu’il voulait construire l’équipe autour de moi. J’ai bien aimé son discours, je me suis rendu sur place, visité le centre d’entraînement, la ville et franchement, j’ai eu coup de foudre. Elle avait du charme. Le centre d’entraînement était bien mieux que celui de Leyton Orient. C’était stable, vraiment stable. Un président, des actionnaires. Il n’y avait pas de problème. Ils avaient leur petit budget, tout était respecté. J’ai donc signé chez eux sans aucune hésitation.

Le Français avec Cheltenham
Le natif de la région parisienne va disputer 58 rencontres sous le maillot de Cheltenham en deux saisons © Cheltenham Town FC

À Cheltenham, j’ai rencontré de belles personnes et pris du plaisir, surtout lors de ma deuxième saison. On avait eu un nouveau coach, Mikaël Deff, un ancien joueur de Premier League et sa philosophie était de jouer au football : poser le jeu par terre, avoir la possession, aller de l’avant. Malheureusement, je me suis blessé grièvement le 5 janvier 2019 face à Crawley et ma saison s’est terminée plus rapidement que prévu.

L’accession en League One comme seul objectif 

Quelques mois après ma grave blessure, je signe à Exeter City. À ce moment-là, j’étais en pleine période de convalescence. Lors de ma signature, je devais être à quatre ou cinq mois. Juste avant de me blesser, j’ai reçu une offre de Plymouth qui était en League One et Cheltenham a refusé. Le club voulait me refaire signer un contrat, j’ai dit que je voulais pas en entendre parler pour l’instant. Je me concentrais sur ma rééducation et je ne me suis pas dit qu’un autre club allait m’appeler. Je me disais : “Ok, tu es blessé. L’objectif est de prolonger et de refaire une année”. Je savais qu’ils voulaient me prolonger. Donc, au fond, j’étais tranquille dans ma tête. Puis, un matin, mon agent m’appelle et il me dit : “J’ai reçu un coup de fil d’Exeter, ils veulent te prendre pour l’année prochaine”.

Je me suis dit que j’avais fait beaucoup d’erreurs dans la vie et de mauvais choix. C’était peut-être le moment de tout changer, de prendre des décisions radicales

Et ça, c’était bien avant la fin du championnat. Je les contacte et ils me disent que peu importe le résultat final à la fin de la saison, qu’ils montent ou non en League One, le coach veut me faire signer, même blessé. Je demande à mon agent si tout cela est bien sérieux. Il me dit : “Oui oui, tout ça, c’est sérieux”. Je lui dis que je vais réfléchir. Finalement, Exeter rate les playoffs lors du dernier match. Comme convenu, ils reviennent à la charge auprès de mon agent. Je lui dis que je réfléchis encore car pour être honnête, je me sentais bien à Cheltenham. J’avais fait toute ma rééducation au club et j’avais vraiment créé des liens.

Nigel Atangana avec une écharpe du club
Cheltenham est un club qui a profondément marqué Nigel Atangana. Le milieu français y a tissé de nombreux liens d’amitié © Cheltenham Town FC

Je ne savais pas si ça valait le coup de partir en étant blessé. J’allais arriver dans un club ambitieux où des joueurs sont déjà en place et moi j’étais en pleine convalescence. Est-ce que j’allais jouer à mon retour ? Est-ce que j’allais retrouver mon niveau physique ? Tu commences bien évidemment à doute. Et après une longue réflexion, je me suis dit que j’avais beaucoup d’erreurs dans la vie et de mauvais choix. C’était peut-être le moment de tout changer, de prendre des décisions radicales. Je ne devais pas être trop loyal envers Cheltenham, j’avais fait mon temps ici. J’ai dit ok à mon agent et j’ai signé à Exeter.

Aujourd’hui, ça se passe super bien. Je joue tout le temps, ma blessure est du passé et on est 2e du championnat (1er ex aequo), donc tout va bien. Nous sommes sur une série de onze rencontres sans défaite (NDRL : l’interview a été réalisée en janvier), et en début de saison, nous avions réalisé une autre série de dix-huit rencontres sans défaite. Tout va bien sportivement. J’espère vraiment avoir une montée à mon palmarès en fin de saison. Ce serait super. Après, sur un plan personnel, j’ai eu des hauts et des bas depuis mon retour à la compétition. Notamment contre Forest Green le 1er janvier où je marque. J’étais content d’inscrire mon premier but face à eux car ce sont les rivaux de mon ancien club Cheltenham. C’était donc un petit clin d’oeil à mes anciens fans (rires). Ensuite, j’ai pris ce carton rouge (soupir). Pour moi, il n’était pas vraiment justifié… Mais avec le recul, j’ai pris cette suspension comme une période de repos car après ma blessure, j’ai beaucoup joué.

Nigel Atangana sous le maillot d'Exeter
Avant l’arrêt de la saison, Exeter était en course pour la montée directe en League Two avec notamment Swindon Town © The Football League Paper

Le club est franchement bien structuré. Il y a des beaux terrains et le board a investi dans un terrain synthétique tout neuf pour pouvoir jouer dessus pendant la période hivernale. C’est important d’avoir des pelouses de qualité. À Cheltenham par exemple, le centre d’entraînement était sympa, mais les terrains ne l’étaient pas… Par contre, le terrain de notre stade, ici, à Exeter, est pas top (rires). Il y a beaucoup de trous, de la boue. Mais on s’y fait !

La ville ? Je m’y sens bien. C’est une ville étudiante et plutôt sympa. Il y a tout ce qu’il faut. Elle est aussi située à côté de la mer. Personnellement, ça me change des cadres que j’ai pu connaître par le passé. J’ai vécu à Londres et Cheltenham qui sont des villes loin de l’océan. J’ai retrouvé la mer comme à Portsmouth. C’est reposant. J’ai du mal à vivre dans les grandes villes. Je préfère avoir du calme et pour le foot, c’est mieux d’en avoir. En ville, tu es tenté de sortir et t’amuser.

L’intégration en Angleterre

Lors de mon arrivée à Havant & Waterlooville, le club m’avait mis dans une maison avec un Italien. Comme j’avais appris un peu l’espagnol et que les deux langues sont similaires, je parlais avec lui. Il comprenait aussi l’espagnol. C’était plus facile pour nous deux d’échanger. Il me parlait également en anglais. C’est grâce à lui que j’ai pu progresser à ce niveau. À Havant, il n’y avait pas de Français. Je devais donc forcément apprendre l’anglais sur le tas. J’avais des petites bases de l’école, mais rien d’incroyable. Au bout d’un an, je pouvais faire une interview et comprendre ce qu’on me disait.

En réalité, mon intégration s’est surtout faite lorsque j’ai joué à Portsmouth. C’était la première fois où j’étais seul dans mon appartement et livré à moi-même

Après, je ne voyais pas grand monde la journée, hormis mes coéquipiers et l’Italien qui vivait avec moi. J’allais à l’entraînement, je me rendais à la salle de sport et je rentrais chez moi. Je discutais aussi de temps en temps avec le monsieur qui nous avait passé la maison car c’était un fan du club. Il m’avait pris sous son aile. Je pouvais tout lui demander et il m’invitait à manger chez lui. En réalité, mon intégration s’est surtout faite lorsque j’ai joué à Portsmouth. C’était la première où j’étais seul en Angleterre. Je devais tout faire seul. Au final, cette période de transition avait été bénéfique pour moi. Je ne devais rien prendre en charge à Havant. L’isolement ? Cela n’a pas été un problème. J’avais déjà vécu seul en France. En Espagne pareil. Comme je parlais en plus anglais, ce n’était pas difficile de vivre en autonomie. Après, forcément, je ne connaissais pas totalement certaines choses, notamment au niveau des taxes. Mais le monsieur que j’avais connu à Havant m’avait donné pas mal de conseils à ce sujet. Puis, Portsmouth m’a également bien aidé.

Aujourd’hui, j’ai très bonne relation avec les Anglais. C’est vraiment un pays que j’affectionne tout particulièrement. J’aimerais y vivre après la fin de ma carrière. Les gens sont très serviables et ont une excellente mentalité. Quand tu es footballeur et que tu joues pour leur équipe de cœur, tu peux tout leur demander. Ils vont tout te donner. Ils sont adorables. C’est ça qui me plaît le plus chez eux. Après, même si je suis en Angleterre depuis plusieurs années,  j’ai gardé un petit côté français, notamment pour la nourriture (rires). Je ne mange pas comme les Anglais à 18 h 30, mais bien plus tard. Je regarde la télé française car j’ai le câble. En revanche, côté foot, j’ai évolué. Les Anglais m’ont inculqué la gagne. À l’entraînement, je veux toujours gagner. Je mets énormément d’intensité et de rythme quand je m’entraîne. Je fais attention à mon professionnalisme. Ici, on joue deux matches par semaine en moyenne, c’est totalement différent par rapport à la France. J’ai appris la rigueur anglaise.

En fait, quand tu as joué en région parisienne et que tu viens en Angleterre, tout le monde se connaît

Ici, il y a beaucoup de joueurs français. C’est impossible de ne pas croiser au moins un joueur sur une saison, même quand tu ne le connais pas forcément. J’ai tissé des liens d’amitié avec certains : Mathieu Baudry (Swindon Town) qui a joué avec moi à Leyton Orient, Armand Gnanduillet (Blackpool), Maxime Biamou (Coventry City) Jean-Yves Koue Niaté (Aldershot), Kalvin Lubombo-Kalala (Torquay) car il est aussi passé par Cheltenham. Je connais également un peu Stéphane Ngamvoulou (Maldon & Tiptree), Reda Johnson (ex Eastleigh). Ce sont des mecs que je côtoie et à qui je parle régulièrement. En fait, quand tu as joué en région parisienne et que tu viens en Angleterre, tout le monde se connaît. C’est simple de rencontrer du monde. Il suffit que tu joues contre un Français, tu vas le voir à la fin du match et il va te dire qu’il connaît un de tes potes.

Nigel Atangana et Mathieu Baudry
À Leyton Orient, Nigel Atangana a évolué avec Mathieu Baudry, aujourd’hui défenseur central et capitaine de Swindon Town © East London Advertiser

La vie en Angleterre ? À Londres, par exemple, tu vas retrouver de tout. Il y a beaucoup de communautés. Tu rencontres aussi pas mal de Français. À Portsmouth, il y a des étudiants forcément, mais ils viennent de tous les horizons, même du Qatar ou des Émirats arabes unis. Cheltenham, c’est une ville riche, très riche. Enfin, Exeter, comme Portsmouth, est une ville très étudiante avec une immense université. Personnellement, j’ai aimé toutes les villes. Tu retrouves des choses dans certaines que tu n’as pas ailleurs. À Londres, tout est quasiment ouvert 24 h/24 comme à Paris. Il y a de la vie. Mais je me répète, j’ai aimé toutes les villes par lesquelles je suis passé. Si je devais en choisir une, peut-être que mon choix se porterait sur Cheltenham. La qualité de vie est exceptionnelle car comme je l’ai dit, la ville est très riche. Il y a des petits restaurants sympas, de l’espace dans le centre-ville. Je n’avais pas besoin de prendre ma voiture.

“Les gens hurlaient : Nigel, une photo, un autographe s’il te plaît” 

L’engouement est incroyable dans les divisions inférieures anglaises. Pour eux, le foot est une religion. Comme le rugby et le cricket qui sont aussi des sports nationaux en Angleterre. Mais le foot reste le sport phare. Les gens sont fous avec ça (rires). C’est incroyable. Quand j’ai débarqué, je ne m’attendais pas à ce qu’ils me demandent tout le temps des autographes, des photos, surtout en sixième division. En France, personne ne va te demander des autographes en CFA2 ! À Havant, les gens hurlaient : “Nigel, une photo, un autographe”.

Même en sixième division, tu as vraiment l’impression d’être un footballeur professionnel. C’est un vrai métier. Tu n’es plus dans l’amateurisme. Il ne manque que le nom sur ton maillot. Une fois que tu grimpes d’une ou deux divisions, tu le ressens encore plus. Ici, j’ai vu une femme de 60-65 ans pleurer devant moi. Forcément, ça te touche. Tu te dis aussi que tu joues pour les fans. En France, peu importe si tu perds ou si tu gagnes, les gens s’en foutent et rentrent chez eux. Ils ne diront rien en National. Tandis qu’en Angleterre, si tu perds, les gens sont vraiment fâchés. Tu as même honte de sortir en ville car tu peux croiser des fans (rires).

Je trouve ça dommage qu’en France, les gens ne suivent pas les clubs à l’échelle locale 

J’ai eu la chance de jouer pour des gros clubs de League Two, comme Portsmouth, Leyton Orient. J’ai senti l’engouement et la pression. À Portsmouth, on devait gagner toutes les rencontres, c’était une obligation. Si on ne gagnait pas, la pression était encore plus forte au match suivant. Honnêtement, je devais avoir la même pression qu’un joueur évoluant pour l’Olympique de Marseille, l’Olympique Lyonnais ou le Paris Saint-Germain. Pourtant, Portsmouth n’a rien à voir sur le plan sportif. Sauf qu’on jouait devant 18 000 fans à chaque match à Fratton Park. Mais je suis content d’avoir vécu de telles émotions car peut-être que je ne pourrais jamais jouer en Championship ou en Premier League.

Les fans de Portsmouth
Le public de Fratton Park est réputé pour être l’un des plus volcaniques d’Angleterre depuis plusieurs décennies © Portsmouth News

Si je devais choisir entre Portsmouth et Leyton Orient, mon choix se porterait plus sur Portsmouth que Leyton, même si les deux clubs sont ancrés en moi. Quant aux autres, ils ne m’ont pas forcément autant marqué. Ils avaient moins de fans et les ambiances étaient différentes. Exeter ressemble à Leyton Orient, mais les fans d’Exeter n’ont sans doute pas pu connaître ce qu’ont vécu les fans des O’s. Leyton est un club hyper connu à Londres et en Angleterre. C’est sans doute ça la différence. Tu fais du foot pour vivre tout ça : donner des émotions aux fans, être encouragé pendant toute une rencontre… C’est la beauté du sport.  Je me souviens qu’en League Two, on allait dans des stades où parfois, il y avait 10 000 spectateurs, à Luton Town, Lincoln City… Sans parler forcément de Portsmouth encore une fois. Je trouve ça dommage qu’en France, les gens ne suivent pas les clubs à l’échelle locale comme en Angleterre.

Quand tu vas dans une ville, Rouen ou ailleurs, les fans ne te diront pas qu’ils supportent Rouen ou je ne sais quel autre club. Non, ils vont te dire qu’ils supportent le PSG, l’OM ou l’OL. En Angleterre, les fans supportent d’abord leur ville avant de supporter éventuellement un club de Premier League. Ici, les gens supportent d’abord Exeter et ensuite, ils supportent Arsenal, Aston Villa, Manchester City ou Liverpool. Ce qui est fort aussi, c’est qu’ils étrennent fièrement le maillot de leur club. À Rouen, les fans du club ne porteront pas le maillot de Rouen hein (sourire). Je ne sais même pas s’ils ont une boutique officielle (rires).

Des fans impliqués dans leur club

Parfois les fans adverses m’appellent Mo Farah (rires), le célèbre coureur britannique de 5000 et 10 000 m en Angleterre car je cours partout sur le terrain et qu’en plus physiquement, j’ai la boule à zéro. Je lui ressemble pas mal paraît-il (sourire). Les Anglais sont assez provocateurs, sans être méchants. Ce sont des blagues assez bien trouvées. Selon les histoires qu’ils peuvent avoir sur un joueur, ils vont créer une chanson. Si un gars est roux, bah forcément, ils vont chanter “Ginger”. Dans tous les clubs par où je suis passé, j’ai toujours eu une chance des fans. C’est vraiment une chance car ce n’est pas le cas pour tout le monde et surtout pour des joueurs français. J’en ai eu une à Havant, Portsmouth, Leyton Orient, Cheltenham et à Exeter actuellement, j’en ai également une. Les fans chantent : “Tu n’es pas Paul Pogba, tu es Nigel Atangana”.

Nigel Atangana sous le maillot de Cheltenham
En Angleterre, Nigel Atangana a eu des chants à sa gloire, mais aussi des remarques des fans adverses sur son physique © BBC

Tu te dis que tous les efforts réalisés sur le terrain sont récompensés par les fans. Ils apprécient ton travail et donc, en retour, ils créent un chant à ta gloire. C’est une fierté pour toi et ta famille. Les meilleurs fans ? Forcément, je suis obligé de mettre Portsmouth en numéro 1. Mais en numéro 2, je pense que mon choix va se porter vers Exeter. Il faut savoir, à l’instar de Portsmouth, que le club d’Exeter est aussi tenu intégralement par les fans. Ils sont totalement impliqués. Pendant les matches, l’ambiance est incroyable. Ils chantent, ils crient… Il y a un kop comme à Portsmouth. C’est vraiment la différence par rapport à Leyton Orient ou Cheltenham qui n’avaient pas de kop. À domicile, tu as cette force supplémentaire et elle te permet de gagner des matches. Après, si je dois citer des clubs dans lesquels je n’ai pas évolué : Luton Town, Lincoln City et Wycombe. J’en oublie peut-être. Il y en a tellement (rires). 

Tu dois être prêt physiquement à chaque match. J’aime cette intensité. Quand tu vas mettre un tacle, tout le public va crier. Les Anglais sont des guerriers. Ils détestent perdre

Au niveau du jeu pratiqué, il y a de nettes différences entre la France, l’Espagne et l’Angleterre. En France, tu as souvent du beau jeu, mais cela varie en fonction des équipes et de la tactique qu’elles peuvent mettre en place. Malgré tout, le jeu reste bien meilleur qu’en Angleterre. En Espagne par contre, c’est le beau jeu et rien que le beau jeu. Le gardien n’a pas le droit de dégager loin le ballon. Puis, l’Angleterre, c’est forcément le kick and rush qui est plébiscité, surtout en League Two ou en Vanarama National League.

C’est rare de voir des équipes de ce niveau faire du beau football et avoir la possession du ballon sur 90 minutes. Il y a beaucoup de duels, d’intensité, ça va d’un but à l’autre en un éclair. Pour moi, ce championnat est le plus dur que j’ai pu connaître. Tu dois être prêt physiquement. J’aime cette intensité. Quand tu vas mettre un tacle, tout le public va crier (rires). Les Anglais sont des guerriers. Ils détestent perdre. À l’entraînement, les joueurs vont gueuler tout le temps et mettre des coups. Pendant 1 h 15, tu vas avoir une vraie intensité. Tu dois te donner à fond pour prouver ton niveau. En France, les entraînements sont plus légers. Tu vas prendre ton temps pour faire des passes ou faire des frappes. Tu vas aussi beaucoup rire. Par contre, si on me demande de choisir quel championnat je préfère, mon cœur penchait plus pour le championnat espagnol car il correspond à mes qualités techniques.

Un regard sur sa carrière 

Toutes mes galères m’ont forgé. Dans la vie, tu fais des choix importants. Avec le recul, peut-être que j’aurais fait d’autres choix et qu’aujourd’hui, je jouerais à un niveau supérieur. Peut-être qu’aussi, je ne jouerais pas en Angleterre. J’ai eu la carrière que je méritais d’avoir pour le moment, mais elle m’ouvre des portes pour la suite. Je ne regrette rien, j’ai rencontré des personnes formidables. J’ai toujours cru en moi et su que j’allais y arriver. Je voulais toujours aller voir le niveau au-dessus car je pensais être à chaque fois meilleur que la division dans laquelle je jouais. Tant que j’avais cette sensation, je n’allais pas lâcher le foot.

Certains joueurs ne sont pas heureux de leur carrière car ils avaient des rêves de grandeur, comme jouer la Coupe d’Europe ou de jouer une compétition internationale. Moi, je suis déjà très heureux d’être un joueur professionnel. C’est un accomplissement personnel. Je porte mon nom derrière le maillot et mes proches sont fiers de moi. Il y a tellement de gamins qui rêveraient d’être à ma place dans ce monde. Je n’ai pas le droit de me plaindre.

Entretien réalisé par Thomas Bernier et Téva Vermel le mercredi 22 janvier 2020

Nigel Atangana est à retrouver dans le webdocumentaire Outsiders : https://app.racontr.com/projects/outsiders/

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L’auteur

Thomas

Thomas

Étudiant en journalisme, amoureux du football britannique et des divisions inférieures.