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Mikael Mandron : “Je me sens comme un petit Anglais aujourd’hui”

Le temps est nuageux sur Gillingham. Des gouttes de pluie viennent même nous caresser le visage alors que nous nous dirigeons vers le Priestfield Stadium, l’antre des Gills. C’est ici que l’attaquant français nous a donné rendez-vous à 13 h. Après avoir été accueilli par le chargé de communication du club, l’attaquant longiligne de 26 ans s’installe dans une petite salle de réunion, avec vue sur le stade. Pendant une grosse heure et quelques éclats de rire, Mikael Mandron s’est confié avec passion sur son parcours anglais. Un chemin qui l’a mené de Sunderland à Gillingham. Rencontre. 

Les Black Cats à 16 ans 

J’ai commencé le foot à l’âge de 7 ans à l’ACBB, car je suis originaire de Boulogne-Billancourt. C’est un très bon club formateur et connu de la région parisienne. Beaucoup de joueurs professionnels d’aujourd’hui sont passés là-bas. J’ai fait toutes les catégories chez eux. Des débutants aux 16 ans nationaux. J’ai ensuite été faire quelques essais dans plusieurs clubs en France, mais aussi en Angleterre, à Sunderland et Newcastle. Les premiers tests se sont bien passés, je suis retourné dans les deux clubs et j’ai finalement opté pour Sunderland. J’avais alors 16 ans.

En fait, un recruteur, Momo Camara, regardait nos matchs à l’ACBB. Un des entraîneurs du club, Alassane, m’avait ensuite mis en contact avec lui. Il bossait pour Sunderland à l’époque. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Il m’a donc amené chez eux. Là-bas, je me suis vraiment bien senti car les gens m’ont accueilli à bras ouverts, que ce soit les membres de l’academy, le staff, les joueurs… C’était un monde différent de la France, où les gens dans les clubs sont beaucoup moins amicaux. Ils ne sont pas ouverts au premier abord. En Angleterre, c’est tout l’inverse. J’ai aimé le professionnalisme de l’academy dans les moindres détails. Les locaux étaient énormes, les terrains d’entraînement aussi. Je crois que chaque joueur de foot rêve de jouer en Angleterre et donc, une fois que le club m’a offert un contrat, je n’ai pas hésité un seul instant.

Je passais d’un club amateur en France où je m’entraînais trois par un semaine à un club anglais qui s’entraînait tous les jours, en plus de jouer le week-end

Il n’y a pas de centre de formation en Angleterre. À 16 ans, les joueurs sont mis dans des familles d’accueil. Tu vis donc avec eux et tu vas aux entraînements. Ma famille d’accueil était géniale. Je suis encore en contact avec elle. Au tout début, j’ai eu des difficultés à m’adapter sur le terrain. Je passais d’un club amateur en France où je m’entraînais trois fois par semaine, à un club qui s’entraînait tous les jours, en plus de jouer le week-end. Les joueurs ont aussi un niveau bien plus élevé. J’ai donc mis du temps à m’adapter au niveau sportif, mais également au niveau de la langue. C’est toujours difficile au début. J’avais malgré tout des facilités avec l’anglais, car mon père a des origines écossaises. Il me parlait en anglais quand j’étais tout petit et je lui répondais en français. Je n’étais pas forcément bilingue, mais j’avais des facilités.

Mikael Mandron est arrivé à l’academy de Sunderland à l’âge de 16 ans en provenance de la région parisienne. © Sunderland AFC

Quand je suis allé là-bas pour la première fois, je me suis dit que c’était vraiment là où je voulais jouer. Tout était fait pour développer l’academy et le club avait une vraie politique autour des jeunes joueurs. Ce n’était pas un choix difficile, bien au contraire. Je ne regrette pas de l’avoir fait.

De l’academy de Sunderland à la Premier League 

En Angleterre, dès que tu arrives dans les équipes de jeunes, tu signes un contrat de deux ans. Si tout se passe bien ensuite, tu peux signer un contrat stagiaire avec les pros. Ma première année s’était très bien passée et, lors de la deuxième saison, le club avait décidé de m’intégrer en U23. J’ai beaucoup joué et j’ai inscrit pas mal de buts. En fin de deuxième année, j’ai pu intégrer l’équipe pro. C’est le rêve pour n’importe quel joueur issu d’une academy anglaise. J’ai toutefois eu un peu de chance, car même si j’étais un des meilleurs jeunes de l’academy, j’ai intégré le groupe pro car des joueurs étaient blessés à ce moment-là. J’ai donc pu m’entraîner avec eux et être présent sur le banc pour les huit derniers matches de la saison en Premier League.

Au fond de toi, tu espères qu’en fin de partie, avec des circonstances favorables, tu puisses fouler le terrain quelques minutes 

Aujourd’hui encore, ce sont mes meilleurs souvenirs. Lorsque tu es sur le banc, tu n’attends qu’une seule chose : qu’il se passe un truc et que tu puisses rentrer. Même si j’imagine qu’à l’époque, compte tenu de notre situation sportive, l’objectif était de se maintenir. Le coach n’allait pas faire rentrer un jeune joueur pour sauver l’équipe. Mais au fond de toi, tu espères qu’en fin de partie, avec des circonstances favorables, tu puisses fouler le terrain quelques minutes. Ce fut le cas contre Aston Villa. On perdait, je crois, 5 ou 6-0, l’équipe jouait à dix et il devait rester environ quinze minutes. Là, le coach m’appelle pour me dire que je vais rentrer. Bizarrement, je n’avais pas vraiment de pression. Je suis alors entré en jeu et c’était tout simplement énorme (sourire).

Lors de mon premier match sur le banc contre Manchester United, Martin O’Neill était encore en poste. Il a été viré à l’issue de cette rencontre. Paolo Di Canio a ensuite pris sa place et c’est lui qui m’a donné la chance de faire mes débuts. On avait une très bonne relation. C’est un coach qui a une vision très technique du foot. Il fait attention à tous les détails, il est très pointu. Son style de management est propre à lui, mais cela n’a jamais empiété sur notre bonne relation.

Mikael Mandron a disputé ses premières minutes en Premier League à Villa Park, un souvenir impérissable pour l’attaquant. © BBC

Le Stadium of Light ? J’ai eu la chance de le fouler une seule fois avec l’équipe première, c’était contre Liverpool. J’ai peu de mots pour décrire l’ambiance de l’époque. Sunderland évoluait en plus en Premier League. Les fans chantaient pendant 90 minutes, les tribunes étaient remplies tout le temps, peu importe l’équipe que le club affrontait. Je n’ai pas eu la chance de jouer en France, mais quand je regarde des matches à la télé, certains clubs de Ligue 1 n’arrivent pas à remplir leurs stades tous les week-ends. Sunderland n’est pas un petit club en Angleterre, mais ce n’est pas non plus un “grand club” comme peuvent l’être Manchester United, Liverpool ou Arsenal. Et pourtant, il arrivait toujours à avoir un stade plein en Premier League.

La dure loi des prêts 

La saison suivante, les dirigeants de Sunderland ont souhaité que j’acquière de l’expérience en me confrontant avec des “adultes” entre guillemets. Ils ont alors décidé de m’envoyer en prêt à Fleetwood en League Two pour la saison 2013-2014. C’est complètement différent de jouer en réserve et de jouer dans une division inférieure. Tu peux faire d’excellentes performances avec les U23, le niveau est complètement différent d’une ligue professionnelle. Pour quelqu’un qui a été formé dans un club de Premier League, où on t’apprend à jouer “au beau football”, le changement est radical quand tu arrives dans un club de League Two. C’est même un choc. Le rythme va beaucoup plus vite, le jeu est beaucoup plus physique et moins technique. C’était vraiment une bonne expérience pour moi. Quand tu passes par ce niveau, tu vois qu’il y a une marge entre ce que tu fais avec les jeunes et ce que tu dois avoir pour jouer chez les pros.

Ce n’est pas facile de débarquer à 19 ans dans un niveau que tu ne connais pas

Je sortais de bonnes performances avec les U23 de Sunderland et j’étais même le premier joueur de mon équipe à partir en prêt. Mon objectif était donc de faire mes preuves et de jouer à Fleetwood. J’étais plus ou moins un jeune prometteur. J’avais déjà évolué en Premier League et du coup, quand tu vas là-bas, les gens s’attendent à ce que tu joues et que tu marques des buts. Moi aussi d’ailleurs. Or, il y a les rêves et la réalité du terrain qui te rattrape. Ce n’est pas facile de débarquer à 19 ans dans un niveau que tu ne connais pas. Je pense aussi que les attentes autour de moi étaient beaucoup trop grandes. J’ai débuté quelques matches, mais j’ai passé pas mal de temps sur le banc, sans forcément rentrer. Du coup, j’étais vraiment impatient.

J’étais venu à Fleetwood pour jouer. Cela ne m’intéressait pas d’être sur le banc des remplaçants. D’un commun accord avec les deux clubs, on a alors décidé de couper court le prêt. Sunderland préférait me faire jouer avec la réserve plutôt que de me voir cirer le banc en League Two. Mais avec le recul, j’aurais peut-être dû rester car ils sont montés en fin de saison, après avoir gagné les playoffs. À 19 ans, c’était quand même pas mal de jouer un peu titulaire et de rentrer. Même si, idéalement, tu préférerais débuter tous les matches. À mon âge, ce n’était pas forcément réaliste de penser tout ça.

La saison suivante, entre 2014 et 2015, le club a décidé de m’envoyer en prêt à Shrewsbury, encore en League Two. J’ai débuté les deux premiers matches là-bas et ça se passait plutôt bien, même si à mon goût, je n’avais pas réalisé de performances exceptionnelles. Concrètement, ce qui s’est passé, c’est que le lendemain ou le surlendemain de mon arrivée, le club a acheté un autre attaquant pour une certaine somme. Ils l’ont positionné directement titulaire. Tout le reste de la saison, j’étais sur le banc. C’était donc frustrant pour moi car les attentes étaient, encore une fois, assez importantes.

Entre 2013 et 2016, l’attaquant français a multiplié les prêts en Football League, notamment à Shrewsbury. © Shropshire Star

Mais contrairement au prêt à Fleetwood, j’avais envie d’apprendre et de travailler. Vers la fin de mon prêt, j’étais selon moi prêt à jouer. Mais je n’ai finalement pas eu ma chance. La vision de Sunderland était, en plus, différente de la première fois. Le club m’a fait comprendre que je devais rester à Shrewsbury. C’était bien, d’après eux, de rester, d’appartenir à une équipe qui jouait les premiers rôles en championnat. Je suis donc resté jusqu’au bout. Shrewsbury a été promu, j’ai reçu ma médaille (sourire), mais c’était malgré tout frustrant pour moi. L’année suivante, rebelote, le club voulait à nouveau que j’obtienne du temps du jeu. Je suis parti une nouvelle fois en League Two, à Hartlepool. À l’époque, tu pouvais encore faire des prêts courts. Au départ, je devais rester jusqu’en janvier. Mes débuts étaient plutôt intéressants, j’avais marqué un joli but en FA Cup. Sauf qu’encore une fois, j’ai passé pas mal de temps sur le banc. À la fin de mon prêt, je me suis aussi blessé et les deux clubs ont décidé de mettre fin à mon prêt pour que je puisse me soigner correctement.

Buteur en série en Vanarama National League 

J’étais en fin de contrat avec Sunderland en 2016 et le club ne voulait pas m’offrir un nouveau contrat car à ce moment-là, j’avais 21 ans et donc, je ne pouvais plus jouer avec la réserve. Personnellement, je ne voulais pas retourner en League Two. Je voulais trouver au minimum un club de League One. J’avais pu faire un essai à Bolton qui, à ce moment-là, se trouvait en League One. Il s’était bien passé et je pensais qu’ils allaient pouvoir m’offrir un contrat. Mais tout le staff qui me voulait a été viré et le nouveau ne voulait pas me signer. Les semaines ont passé et je ne recevais aucune proposition. C’était la première fois que je me retrouvais dans cette situation : celle de ne pas avoir un contrat alors que la reprise approchait. J’ai finalement eu l’opportunité d’aller à Eastleigh, près de Southampton. C’était un bon contrat pour moi, aussi bien financièrement que sportivement. J’avais l’opportunité de jouer et montrer l’étendue de mes qualités. C’est ce que j’ai fait, en marquant dix buts en vingt-huit matches disputés en championnat.

Mikael Mandron ne sera resté que six mois à Eastleigh, mais l’attaquant aura fait tremblé les filets à dix reprises en Vanarama National League. © Sky Sports

Il y a beaucoup de similitudes entre la League Two et la Vanarama National League. La différence notable, c’est que, contrairement à la League Two, les clubs de Vanarama National League ne sont pas tous à 100% professionnels. Des clubs sont à plein temps, d’autres ne le sont pas totalement. Sportivement, les clubs de League Two sont meilleurs techniquement, mais honnêtement, l’écart de niveau entre les deux divisions n’est pas énorme.

Quand je passe de Sunderland à Eastleigh, je sais plus ou moins à quoi m’attendre sur le terrain

J’étais plutôt agréablement surpris de la cinquième division. J’avais été plus choqué lors de mes prêts en League Two car je venais d’un club de Premier League où les structures sportives n’ont absolument rien à voir. Quand je passe de Sunderland à Eastleigh, je sais plus ou moins à quoi m’attendre sur le terrain. Les stades ? Je n’ai pas forcément de grosses anecdotes sur des terrains pourris ou des vieux stades. Il y a néanmoins certaines enceintes qui sont vraiment nazes dans cette division, mais elles ne sont pas nombreuses. Dans l’ensemble, les stades sont pas mal du tout. 

Une parenthèse désenchantée à Wigan

J’avais fait une très bonne première partie de saison avec Eastleigh en inscrivant quelques buts. L’équipe avait fait un beau parcours en FA Cup. Une offre de Wigan est alors arrivée et je n’ai pas hésité une seule seconde, car le club évoluait en Championship, soit trois divisions au-dessus. À l’époque, c’était Warren Joyce qui entraînait le club et je le connaissais bien car, auparavant, il avait entraîné les – de 21 ans de Manchester United alors que j’étais à Sunderland. Il avait eu la chance de me voir jouer plusieurs fois contre lui et son adjoint était mon coach à Sunderland en U21.

Six semaines après mon arrivée, Warren Joyce a été viré. Ça m’a tué

Quand ils m’ont fait venir, ils ont été francs avec moi : “Mika, on te connaît, on a un plan pour toi. On ne te fait pas signer pour faire seulement partie de l’équipe, on te fait signer pour que tu joues régulièrement”. Ils savaient malgré tout qu’il y avait un cap à passer entre la cinquième et la deuxième division. Au début, je n’étais pas sur la feuille de match, ou alors, j’étais sur le banc. Au fur et à mesure, le coach a commencé à me faire rentrer. Mais, six semaines après mon arrivée, Warren Joyce a été viré. Ça m’a tué. C’est lui qui m’avait fait venir à Wigan et il avait une vision à long terme pour moi. Il voulait me faire progresser. Le nouvel entraîneur, Graham Barrow, ne me faisait pas confiance et j’ai terminé la saison sur le banc. Puis, Paul Cook est arrivé à la place de Graham Barrow. Il m’a dit d’entrée de jeu que je ne faisais pas partie de ses plans et que je pouvais partir. J’ai donc quitté Wigan durant l’été 2017.

Deux saisons contrastées à Colchester 

J’avais eu une réunion avec le manager de Colchester et son assistant. Ils m’avaient alors expliqué que j’étais le premier attaquant sur leur liste et qu’ils me suivaient depuis un bout de temps. Ils me voulaient absolument. Je n’étais pas une solution de rechange car ils avaient manqué un autre attaquant. Ils me parlaient également de la façon dont se passaient les choses au club : l’organisation, le jeu sur le terrain. Moi ça me parlait. J’ai signé un contrat de deux ans. Ma première saison était super bonne. Je jouais tous les matches, je marquais beaucoup de buts… Dix si je ne me trompe pas. L’équipe se battait pour accéder aux playoffs après une première partie de saison excellente. Mais sur la phase retour, l’équipe tournait moins bien et moi aussi. J’avais mis huit buts en janvier et, de janvier à mai, je n’en avais mis que deux… Au final, l’équipe a manqué les playoffs pour trois points.

J’étais déçu de ne pas avoir mené Colchester jusqu’aux playoffs d’accession de League One 

Une déception ? Oui, car c’était vraiment l’objectif de la saison pour l’équipe. Même pour moi, c’était difficile à encaisser. Je suis quelqu’un qui souhaite toujours prendre des responsabilités, je ne rejette jamais la faute sur personne. Je suis un attaquant et forcément, j’ai la responsabilité de marquer. J’étais surtout déçu de ne pas avoir mené Colchester jusqu’aux playoffs d’accession de League One. J’avais une bonne relation avec le coach, John McGreal. Il savait que je venais d’une academy de Premier League où on t’apprend à bien jouer au foot et à avoir le monopole du ballon. Il savait donc de quoi j’étais capable. On jouait vraiment bien au football durant ma première saison à Colchester. Ça me plaisait énormément. On ne défendait pas, on voulait pratiquer un jeu attrayant. 

À Colchester, Mikael Mandron a vécu deux saisons contrastées, avec en point d’orgue, l’échec de ne pas atteindre les playoffs. © Eadt

En fin de saison, il vient me voir et me dit : “Je vais être honnête avec toi Mika, je vais ramener de la concurrence car on a manqué les playoffs d’un rien”. Ça ne me posait aucun souci, bien au contraire. Je n’avais peur de personne. En pré-saison, le club achète deux attaquants. Malgré ça, je réalise de bons matches amicaux, je suis même le meilleur buteur du club durant la préparation. Là, je me dis que je vais commencer titulaire et, finalement, non. J’ai débuté la saison sur le banc. J’étais assez déçu du comportement du coach. La première partie de saison s’est moyennement passée. Je ne rentrais pas tout le temps. J’avais même parlé de cette situation à mon agent. On avait imaginé un éventuel prêt, mais John McGreal voulait me conserver. Il me disait que j’allais avoir un rôle à jouer et que je devais prendre mon mal en patience. Au final, je n’ai pas joué énormément durant mes derniers mois là-bas.

Je n’étais pas parvenu à atteindre ses objectifs, il voulait passer à autre chose et bâtir une nouvelle équipe sans moi

En fin d’année, j’ai eu une entrevue avec le coach et il m’a dit que le club n’allait pas pouvoir me prolonger. Ils n’avaient pas les moyens financiers pour m’offrir un nouveau contrat. Mais je l’ai senti venir, car j’avais beaucoup moins joué lors de la deuxième partie de saison. On avait raté à nouveau les playoffs pour un point et c’était frustrant pour tout le monde. Je le voyais venir gros comme une maison quand il m’a annoncé qu’on allait se voir. Je n’étais pas parvenu à atteindre ses objectifs, il voulait donc passer à autre chose et bâtir une nouvelle équipe sans moi. Mais j’ai quitté le club en très bons termes. En plus, j’habite toujours à Colchester aujourd’hui. On s’y est installés avec ma copine. Elle est originaire de Newcastle et, honnêtement, elle n’était pas sûre de vouloir s’installer à Colchester. Moi non plus d’ailleurs. Maintenant, ça fait trois ans que nous y sommes et tout se passe pour le mieux. C’est vraiment un endroit agréable à vivre.

Un nouveau départ chez les Gills 

Dès les premières semaines de l’été, on a commencé à chercher avec mon agent un club de League One. Il y a eu des contacts assez rapides avec quelques clubs, mais rien ne s’est concrétisé. Je suis arrivé à Gillingham grâce à un camp d’entraînement que le club faisait en pré-saison à Colchester. Comme c’était à côté de chez moi, j’y suis allé pendant une semaine, je me suis bien entendu avec le staff et les joueurs et j’ai finalement signé un contrat avec Gillingham.

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Le Priestfield Stadium, l’antre des Gills de Gillingham © Thomas Bernier

J’ai réalisé une bonne première partie de saison. À partir de novembre, j’ai commencé à avoir régulièrement ma chance. L’équipe était sur une série de huit rencontres sans défaite en championnat. J’ai marqué, j’ai donné quelques passes décisives. Mais ces dernières semaines, je suis davantage resté sur le banc (NDRL : l’interview a été réalisée à Gillingham fin janvier). Voilà, il y a des hauts et des bas dans une saison. Mais, avec le recul, c’est normal. Dans les petites divisions anglaises, il y a peu de constance. Tu vois rarement des joueurs qui vont enchaîner les 40 matches dans la saison. Toutes les équipes peuvent se battre entre elles. En Premier League, c’est relativement rare de voir une équipe du bas de tableau battre une équipe de haut de tableau. En Football League, c’est souvent le cas. Tout peut arriver.

C’est un coach qui crie beaucoup (rires), peu importe ce qui se passe sur le terrain, tu vas toujours le voir pousser des cris 

Ma relation avec le coach Steve Evans ? Il avait déjà essayé de me faire signer à la fin de ma première année à Colchester. Il dirigeait Peterborough à ce moment-là. Finalement ça ne s’était pas fait car il voulait faire ça assez rapidement. Et moi j’étais en vacances. J’ai une excellente relation avec lui. C’est vrai qu’il peut être très impulsif au bord du terrain et être rentre-dedans. C’est un coach qui crie beaucoup (rires), peu importe ce qui se passe sur le terrain, tu vas toujours le voir pousser des cris. Mais en dehors du terrain, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour et qui est toujours décontracté. Il a deux visages : un sur le terrain, un autre en dehors.

Depuis cette saison, l’attaquant de 26 ans évolue sous les couleurs de Gillingham en League One. © Téva Vermel

L’atmosphère au Priestfield Stadium n’est pas mal du tout. En moyenne ici, on doit avoir 5 000 ou 6 000 personnes à chaque match, voire peut-être plus. On a une tribune (il montre du doigt celle vers la gauche) qui est très bruyante. En général, on attaque toujours en deuxième période de ce côté, pour mettre la pression à nos adversaires. Ce qui fait que lors des 45 dernières minutes, il y a encore plus d’ambiance.

L’intégration en Angleterre

Je n’ai eu aucun problème pour m’adapter en Angleterre. Après, c’est peut-être lié à ma personnalité. Je m’entendais bien avec les gens. À Sunderland, que ce soit ma famille d’accueil, les gens du club ou mes partenaires, tout le monde a fait en sorte que mon adaptation se passe le mieux possible. Je me suis fait des amis très rapidement et ils sont toujours mes amis aujourd’hui. En règle générale, les gens du Nord de l’Angleterre ont tendance à être amicaux et à accueillir les gens à bras ouverts. Je l’ai vraiment ressenti sur le moment.

Une fois que tu signes ton contrat, que tu t’installes dans un autre pays et que l’euphorie de tout ça est passée, tu te rends compte à quel point la vie de tous les jours est difficile. Tu te lèves pour jouer au foot et tu affrontes des gars qui veulent eux aussi une place dans le club. Au final, c’est dur. Tu ne vois pas tes amis d’enfance, ni ta famille. Quand tu as des moments difficiles, tu le ressens davantage car tu n’as personne avec qui parler. Je l’ai ressenti au bout de deux ou trois mois à Sunderland. Mais une fois que tu passes ce cap, tout va beaucoup mieux.

À chaque fois que je rencontre un Français dans mon équipe, il me dit : “Toi tu n’es pas Français, tu es un Anglais”

Quand j’ai fait le choix de venir en Angleterre, je me suis dit dans ma tête que je devais penser et réfléchir comme un Anglais. Non pas que je devais forcément oublier ma vie en France, mais je devais vraiment m’acclimater le plus rapidement possible. J’ai beaucoup d’amis ici, ma copine avec qui j’ai eu un enfant récemment est, elle aussi, Anglaise. Ma vie est en Angleterre désormais. Je suis Anglais à fond (rires). À chaque fois que je rencontre un Français dans mon équipe, il me dit : “Toi tu n’es pas Français, tu es un Anglais” (rires). C’est lié au fait que j’ai des facilités pour m’exprimer en anglais et que mon accent n’est plus vraiment français (sourire). En étant arrivé ici très jeune, je me suis vraiment adapté à la vie sociale de l’Angleterre et ses codes. Je me sens comme un petit Anglais aujourd’hui.

J’ai eu la chance d’habiter à Sunderland pendant plusieurs années. La ville est au Nord de l’Angleterre, à côté de Newcastle. Mais elle est vraiment loin de tout. Il n’empêche que ça reste une magnifique région. Toutes les personnes qui ont vécu là-bas diront la même chose. C’est une ville agréable où il fait bon vivre. Je ne suis pas Anglais, mais si je devais l’être, je serais un Anglais du Nord, de Sunderland ou de Newcastle (rires).

La ville a une plage, tu n’as pas l’impression d’être en Angleterre, mais de vivre en Espagne !

Ensuite, j’ai habité à Eastleigh, c’est juste à côté de Southampton, dans le Sud du pays. Il y a une forêt, New Forest National Park – si je ne dis pas de bêtises – tout autour de la ville. En été, le coin est magnifique. Tu as aussi Bournemouth qui n’est pas très loin. La ville a une plage, tu n’as pas l’impression d’être en Angleterre, mais de vivre en Espagne (rires). J’ai aussi habité à Manchester lors de mon passage à Wigan. La ville est super, vraiment. C’est la troisième ville d’Angleterre après Londres et Birmingham. Tu as tout. J’ai beaucoup aimé y vivre.

L’amour déraisonné des Anglais pour le football 

Ce sont des vrais passionnés, mais dans un sens bien particulier : au cœur des petites divisions. Ici, je joue en League One, l’équivalent de la troisième division. En France, la troisième division c’est le National, si je ne me trompe pas… Je ne connais pas bien cette division, mais ça m’étonnerait qu’il y ait des milliers de personnes qui viennent aux matches et que l’engouement soit aussi fort qu’en League One, League Two ou en Vanarama National League. J’ai également le sentiment qu’en Angleterre, les gens prêtent plus attention aux petites divisions, alors qu’en France, c’est sans doute moins le cas. Le football ici, c’est leur vie. Je prends un exemple : il n’y a quasiment aucun match qui passe à la télé ici à 15 h. Tout le monde, quelle que soit la division, joue à cette heure. Le but des ligues est de pousser les gens à aller dans les stades des divisions inférieures pour supporter les équipes locales. Par exemple, je le vois ici. Gillingham est une petite ville, il n’y a pas grand-chose à faire et les habitants vivent pour leur club. C’est leur fierté. J’en parle souvent à mes potes. Quand je leur raconte qu’il y a des milliers de personnes au stade, en troisième division, qui viennent nous voir et chanter, ils sont choqués. 

Je suis allé à Stamford Bridge. Tu n’entends rien du tout. C’est mort quoi. Les fans ne chantent pas, il n’y a aucun bruit dans le stade

Après, il y a aussi des stades incroyables en Premier League. J’ai eu l’opportunité d’évoluer à St James Park, le stade de Newcastle. L’ambiance était énorme. Sunderland aussi forcément. Je me souviens de l’atmosphère lors du derby. À ce moment-là, je ne jouais pas encore, j’étais dans les tribunes et je me suis pris une claque. En plus, on avait gagné 3-0. C’était fou. À l’inverse, je suis allé à Stamford Bridge (soupir). Tu n’entends rien du tout. C’est mort quoi. Les fans ne chantent pas, il n’y a aucun bruit dans le stade. Même chose à Arsenal, ça ne chante pas. Si c’est le cas, les chants durent dix secondes et s’arrêtent. Cette année, en tant que spectateur, je me suis rendu à Manchester City. Ils jouaient contre Tottenham. Je fais le même constat. Il n’y a pas un bruit… Tu n’as pas l’impression d’être au stade. Tu entends les gens qui parlent bruyamment à côté de toi, tu peux même entendre le téléphone sonner (rires). C’est pour ça que dans les petites divisions, il y a de meilleures ambiances. Les gens sont passionnés et investis dans leurs clubs locaux. Ça fait une grosse différence par rapport à certains stades de Premier League.

En Angleterre, il y a de ce stéréotype qui dit que les fans du Nord sont plus bruyants, dynamiques et actifs que dans le Sud 

Si je devais choisir les meilleures ambiances dans lesquelles j’ai joué ? (Il réfléchit)… Portsmouth ! Ils étaient en League Two à l’époque, au moment de mon prêt à Hartlepool. J’étais impressionné par Fratton Park. Les fans étaient bruyants et l’une des tribunes est immense. J’en garde un souvenir incroyable. Après, si on me demande les meilleurs fans, je vais forcément répondre Sunderland, de très loin. Mais en même temps, c’est facile (sourire). C’est un gros club. En Angleterre, il y a ce stéréotype qui dit que les fans du Nord sont plus bruyants, dynamiques et actifs que dans le Sud, où ils sont un peu plus mous et juste là pour regarder le foot en fait.

Formé à Sunderland, Mikael Mandron ne tarit pas d’éloges quand il s’agit de décrire les fans du club. © Football League World

Au niveau des anecdotes, je n’ai pas grand-chose d’intéressant à dire. Je me souviens quand même d’une histoire assez improbable. C’est un pote qui me l’avait racontée lorsque je jouais à Colchester. Il venait à peine de signer à Portsmouth. Deux mois après, il est prêté à Colchester. Il vient me voir et me raconte qu’un fan du club a tatoué son nom sur sa jambe (rires). Il m’avait même montré une photo du type. Je me suis dit que le mec était complètement taré car le gars venait à peine d’arriver au club !

Le niveau relevé de la Football League 

D’une manière générale, ce n’est pas facile de jouer dans les petites divisions comme la Football League ou la Vanarama National League. Mais il y a des gens qui vont te dire : “Tu joues en troisième ou quatrième division, tu dois être censé faire la différence par rapport à ton niveau intrinsèque”. Ce n’est pas du tout le cas. Les championnats sont difficiles, accrochés, physiques. Il y a du challenge et énormément de positif à en tirer. Surtout que j’ai eu la chance d’être formé dans ce pays. Ma formation, elle est ici en Angleterre. Même si Sunderland a une culture ancrée autour du football et du jeu, je ressens dans mon jeu cette culture d’aller vite vers l’avant. Physiquement, je suis préparé. Les gens ici s’attendent également, comme je suis grand et costaud, à ce que je joue à l’anglaise, c’est-à-dire en jouant en pivot, en déviation, ou en mettant des coups. Aujourd’hui, tous ces paramètres font partie de mon jeu. 

Entretien réalisé par Thomas Bernier et Téva Vermel à Gillingham le jeudi 30 janvier 2020

Mikael Mandron est à retrouver dans le webdocumentaire Outsiders : https://app.racontr.com/projects/outsiders/

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Thomas

Étudiant en journalisme, amoureux du football britannique et des divisions inférieures.