Footoir

Arsenal, la casa de papel

Après la défaite d’Arsenal contre Bournemouth le dimanche 14 janvier dernier (1-2), toujours cette même sensation, cette routine d’espoir déchu, « same old story » pour reprendre le titre d’un article du site, un an quasi jour pour jour après. Une histoire qui se répète depuis des années malgré les titres en FA Cup, des déceptions, parfois des colères chez les supporters des Gunners. Du côté du club, pas d’affolement, une routine qui n’a pas l’air de déranger les dirigeants. La première personne du singulier est de rigueur, ce billet d’humeur tentera de mettre en exergue le pourquoi du comment, les causes des conséquences, toujours avec cette sensation d’incompréhension et de frustration d’un supporter. Mais toujours avec cet espoir, toujours.

Incohérences sur le terrain

Partons du terrain. Arsène a décidé depuis quelques temps d’aligner un système en 3-4-3 avec des pistons latéraux qui doivent avoir trois poumons pour couvrir la totalité du couloir. La première incohérence réside probablement sur ces côtés. Ces joueurs censés couvrir le couloir sont constamment aspirés vers le milieu, de même pour les milieux offensifs de côtés (Alexis/Iwobi). Or, le système en question est intéressant pour étirer le bloc adverse et se créer des espaces. Résultat, l’équipe est constamment regroupée vers l’axe où il y a donc peu d’espaces et peu d’animation autour du porteur, une aubaine pour l’adversaire. En effet, peu de solutions s’offrent au porteur avec si peu de mouvements autour de lui, les Gunners sont trop souvent stéréotypés dans leurs déplacements ou trop souvent à l’arrêt. Egalement, Arsenal est incapable de se sortir d’un pressing adverse, et le milieu affiché (Xhaka-Wilshere/Ramsey) est peu dense et loin d’être vif en phase de maîtrise adverse. On déplore très souvent les erreurs du suisse, mais force est de constater que devant les trois défenseurs, c’est souvent un no man’s land.

Je regarde les matchs d’Arsenal, et je m’aperçois que les joueurs ont une totale liberté sur le terrain, dans les déplacements, dans les décisions. On ne remarque pas forcément un plan de jeu précis et adapté à l’adversaire. Avec des joueurs en méforme pour certains, des blessés, un manque de cohérence du bloc équipe et des individualités peu compatibles, l’équipe se retrouve avec de grandes difficultés. Les une-deux ne fonctionnent pas toujours, les joueurs apparaissent perdus et indisciplinés. Vision personnelle, mais la tactique d’Arsenal ne paraît pas efficace, si elle existe, et les joueurs ne sont pas forcément tous à la hauteur.

Néanmoins, Arsène Wenger semble revenir à une défense à 4, avec au milieu un dilemme : Wilshere ou Ramsey ? Deux joueurs en forme cette année mais a priori incompatibles selon les dernières tentatives, et finalement ne présentant pas de réel apport défensif assez solide et digne d’un numéro 6. Quid de Xhaka en méforme et mal utilisé ? Quid d’Elneny ? De réelles énigmes se posent et le mercato hivernal que dirige Arsenal cette année fait poser d’énormes questions sur le dispositif que va adopter l’effectif et quels joueurs Wenger va aligner.

Wilshere, la renaissance (crédit : premierleague.com)

Mercato contre productif ?

Les résultats sur le terrain sont conditionnés par les joueurs, eux-mêmes recrutés à un moment donné. Or, les joueurs paraissent en méforme, loin du niveau attendu. On donne des noms ? Iwobi, Mustafi, Alexis (transféré à Man Utd), Welbeck, Xhaka, Bellerin … Ce mercato hivernal est un tournant majeur pour les Gunners, avec l’échange Alexis-Mkhitaryan entre Arsenal et Man Utd en point d’orgue. Egalement, Arsenal s’attache cet hiver les services de l’attaquant du Borussia Dortmund P-E Aubameyang pour un montant de 63M€. Mais une chose m’interpelle : pourquoi Aubameyang ? Pourquoi ce profil de joueur ? Rappelons que le Gabonais est un attaquant central au même titre que Lacazette. Il a ses qualités, mais son profil est-il vital pour l’équipe ? N’est-il pas plutôt nécessaire de recruter un ailier notamment ? La question peut se poser. Comment aligner Aubameyang-Lacazette-Ozil-Mkhitaryan-Wilshere-Ramsey ? Hâte de voir ce que cela peut donner, mais on peut tout de même douter de la cohérence.

Au delà des besoins spécifiques de l’équipe, la politique du club peut être remise en question. Ce principe selon lequel « on recrute pour remplacer un joueur en partance » est incohérent. Recruter après avoir vendu un joueur paraît très délicat. L’exemple concret est le feuilleton de l’été dernier, Lemar (Monaco). En juin 2017, Arsenal était tout proche de signer le joueur, ayant un accord avec ce dernier mais sans rien avoir conclu avec le club. L’attentisme régnant, Arsenal décide en toute fin de mercato d’accélérer le dossier, en panique avec la possibilité de vendre Sanchez à Manchester City. Sans avoir trouvé d’accord et ayant accéléré trop tard, ni Sanchez, ni Lemar n’ont bougé. Aujourd’hui, beaucoup de regrets pour les supporters, sachant que le chilien posait des problèmes au sein du vestiaire et que Lemar aurait été une addition très intéressante.

Pour pallier cette inefficacité, Arsenal a signé de nouvelles têtes au sein de l’organigramme du club, tels que Sven Mislintat (ex Borussia Dortmund) et Raul Sanllehi (ex Barça). Des changements sont engagés par le directeur sportif Gazidis, l’avenir nous dira si les effets sont positifs. Les recrutements d’Ozil et Sanchez préfiguraient un changement de paradigme, mais depuis les déceptions s’enchaînent. Cet hiver, de fortes attentes sont sur les épaules des dirigeants et nous voyons dernièrement une certaine ambition avec le recrutement de l’ancien duo phénoménal de Dortmund, Mkhitaryan et Aubameyang, en réponse de la vente conjuguée d’Alexis Sanchez et Theo Walcott. Ici, on sent très fortement le fait qu’Arsène Wenger n’est plus le seul maître à bord pour le recrutement. Une bonne chose ? Possiblement.

Time for change ?

« Il ne faut pas oublier ce que Wenger a fait pour le club« , une phrase type que sortent les anciens joueurs des Gunners. C’est un fait, le français a fait quelque chose d’incroyable au club, mais la passation de pouvoir est-elle nécessaire aujourd’hui ? Ces dernières années, les supporters se révoltent contre le manager alsacien et ses choix controversés sur le terrain et sur le marché des transferts. « Time for change« , « Same Old Story« , « Wenger Out » se retrouvent en tête des mots clés employés par les supporters des Gunners. Aujourd’hui, il y a les « pro » et les « anti » Wenger. Je suis certain d’une chose : Wenger doit partir. Il a fait son temps, ce temps qui le dépasse aujourd’hui dans ses choix tactiques, dans cette posture adoptée sur le mercato. Au delà de ça, le changement provoquerait un nouveau souffle pour le club, et pour lui. Rester autant de temps dans un club est exceptionnel, mais est-ce au service du club aujourd’hui ? J’en doute fort. Son contrat se termine en juin 2019, et il l’affirme à haute voix, il va finir son contrat, c’est lui seul qui décide de son départ finalement. Manque-t-il de pression d’en haut ? Les dirigeants lui accordent énormément de confiance, en témoigne les propos de l’actionnaire principal Kroenke qui se satisfait pleinement des retombées économiques de cette entreprise qu’est Arsenal. Outre un championnat compliqué et hors de portée des Gunners, le parcours en Europa League et la nouvelle finale à Wembley en Carabao Cup sont des enjeux majeurs pour Arsenal ; et pour Arsène Wenger, de plus en plus concerné par les rumeurs de départ dès cet été si la qualification en Champions League ne se réalise pas. La question « Wenger » divise au sein des fans.

Bref, le débat continuera encore et encore. Ce billet d’humeur suscitera forcément des désaccords. Mais aujourd’hui, le besoin d’écrire sur mon club de coeur prend le dessus sur le plaisir de regarder les matchs des Gunners. Ce plaisir qui se perd au fil du temps où l’attente perdure, où la frustration persiste, où les déceptions s’accumulent. Alors oui, l’avenir nous dira si Wenger est encore l’homme de la situation, mais l’impatience depuis des années devient pesante aujourd’hui. Je préfère avoir tord dans mon pessimisme, ayant pris le dessus sur un optimisme né du temps des Baby Gunners. Arsenal, c’est la casa de papel : une mine de ressources, mais un lieu de panique où tout peut s’effondrer du jour au lendemain, une certaine fragilité entremêlée d’un potentiel monstrueux, un colosse aux pieds d’argile en quelque sorte.

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.

Aucun commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *