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Tottenham, le grand bon en avant ?

“Être qualifié en Ligue des Champions”, on se souvient tous que ce refrain était celui-ci qu’on entendait souvent dans le Nord de Londres depuis l’arrivée de Daniel Levy en 2001. Tottenham l’a fait et peut le faire pour une 3ème saison consécutive et on le sent, depuis la seconde partie de notre décennie, les Spurs grandissent et se font un nom en Europe. Cependant, il reste du chemin à parcourir avant de pouvoir jouer dans la cour des grands, on va tenter de vous montrer pourquoi Tottenham peut le faire.

The Pochettino effect

Avant l’arrivée de Mauricio Pochettino à Tottenham, on avait l’impression d’une équipe qui stagnait, bloquée aux portes de la Ligue des Champions sans pour autant montrer une capacité à s’immiscer dans le Big Four et ce, malgré une qualification pour l’édition 2010-11 de la C1 et une 4ème place en 2011-12 mais que les rivaux de Chelsea ont récupéré en remportant la Ligue des Champions, les Blues ayant terminé 5ème cette saison. Mauricio Pochettino, bien qu’en terminant 5ème lors de sa première saison à Tottenham, montrait déjà des signes de progrès, on se souvient de la très belle victoire 2-1 face aux voisins du Nord de Londres mais surtout cette formidable bataille remportée 5-3 sur Chelsea, match où Harry Kane se révélait aux yeux du Royaume.

L'évolution du classement de Tottenham en Premier League. (Source : Football Manager 2018, oui c'est amusant non ?)
L’évolution du classement de Tottenham en Premier League. (Source : Football Manager 2018, oui c’est amusant non ?)

Depuis cette saison, Mauricio Pochettino a marqué de son empreinte ce club, par sa philosophie de jeu mais également de vie, le 4-2-3-1 repris et amélioré selon les principes du football moderne, pressing haut, contrôle sur le match en décidant du rythme selon les passes et le jeu sans ballon des joueurs, jeu large afin d’écarter les lignes pour mieux entrer dans l’axe et les petits espaces. Mais ce qui est tout aussi remarquable à Tottenham ce sont les joueurs qui se sont révélés aux yeux du monde, Harry Kane, Dele Alli, Harry Winks, Eric Dier, Christian Eriksen, Mousa Dembele et plus récemment Davinson Sanchez qui est entrain de vivre sa meilleure saison. Il y a la volonté de Mauricio Pochettino de construire une équipe jeune, et cela est expliqué par Daniel Levy qui déclare avoir des joueurs “Spurs in blood”, des joueurs formés ou arrivés jeunes, ayant l’identité du club ancrée en eux. On le voit également avec la chance donnée à des jeunes joueurs et la présence du technicien argentin lors des renouvellements de contrat.

Cette jeunesse inspire une vitalité à l’équipe et au club de Tottenham, le futur semble radieux, surtout après ces deux qualifications successives en Ligue des Champions, et une troisième qui pointe le bout de son nez. Les Spurs ne sont plus dans l’ombre de leur voisin du Nord de Londres, Arsenal, en terminant pour la première fois en 21 ans devant les hommes d’Arsène Wenger et en cours d’empêcher les Gooners de fêter une deuxième fois d’affilée cette St. Totteringham’s Day. Pas mal Mauricio.

La fondation d’une institution

Dans le football moderne les résultats sportifs ne sont pas uniquement pris en compte pour mesurer la santé d’un club, il y également l’image du club, sa manne financière mais aussi ses infrastructures. Tottenham est un club qui s’exporte sur plusieurs continents ; d’une part en Asie, par son sponsor maillot qui est l’American Insurance Assurance (AIA Group) une compagnie d’assurance pan-asiatique basée à Hong-Kong et en Amérique du Nord, grâce partenariat avec la NFL, championnat de football américain, désireux de s’exporter en Europe par ce biais. Tottenham apparait sur ces deux marchés qui commencent à consommer du football et qui sont en pleine effervescence, sans oublier les entrées financières induites qui vont grossir le CA du club.

Parlons argent, selon le dernier classement du cabinet d’audit Deloitte, Tottenham est le 11ème club le plus riche au monde et en progrès par rapport aux années précédentes. Vous pouvez retrouver sur le site internet de Tottenham les rapports annuels de chaque saison sur le bilan du club depuis 2006 que les entrées financières sont en constante augmentation et ce principalement via l’augmentation des droits TV en Angleterre. Mais ce qui va faire la différence et ce qui va jouer pour Tottenham c’est la construction du nouveau stade sur les ruines de White Hart Lane qui sera livré pour la saison 2018-19. Un stade ultra-moderne, coûtant une somme astronomique où le club a emprunté à différents organismes, qui sera une vitrine pour le football avec différentes expériences proposées. Un stade de 62000 places financé en partie par la NFL qui sera apte à accueillir des matchs de NFL et aussi des évènements comme des concerts. Un bijou que Daniel Levy était fier de présenter lors un reportage diffusé par SFR Sport où il expliquait que ce stade sera la rampe de lancement d’une équipe de Tottenham prête à devenir un grand d’Europe. Celle qui va amener Tottenham vers la gloire.

https://twitter.com/SpursFR/status/955942762758762497

Mais ce qui manque encore aux Spurs, par rapport aux autres du Big Six, c’est cette masse salariale -élevée certes- qui ne peut pas rivaliser avec ce que proposait Man City à Kyle Walker l’été dernier. La grille des salaires est une chose qui ne peut pas être brisée à Tottenham, prenons l’exemple d’une possible revalorisation salariale demandée par l’agent de Toby Alderweireld qui veut voir son client augmenté à 150.000£/semaine, soit un salaire plus élevé que celui d’Harry Kane le plus gros salaire du club, alors que l’international Belge tout comme la goal machine pourraient être payés le double dans un club du Big Six. Cela ne devra pas être arrangé dans les prochains temps, au vu du coût du stade qui met les finances dans une situation périlleuse, sans pour autant mettre le club en danger, puisque depuis son arrivée à Tottenham, Pochettino est l’entraîneur qui a le meilleur indice de performances en Premier League. Pas de quoi s’inquiéter donc ?

https://twitter.com/SpursOfficial/status/970675510425587712

Pour la postérité !

“Il vaut mieux échouer en visant haut plutôt que de réussir sans ambition. Et nous, à Tottenham, avons placé nos objectifs très haut, si haut qu’en réalité même nos échecs auront des échos de la gloire.” Cette maxime vient de Bill Nicholson, entraîneur légendaire de Tottenham en fonction entre 1958 et 1974, qui a apporté la gloire dans le Nord de Londres avec 1 titre de champion (le dernier en date, 1961), 3 Cups, 1 Coupe de l’UEFA et 1 Coupe des Coupes… On pourrait croire que ces paroles pourraient venir de Mauricio Pochettino tant elle sied à la situation actuelle de Tottenham avec ces 2 fins de championnat “embouteillées”, cette finale de League Cup en 2015 ou encore la demi-finale de Cup la saison dernière. Tottenham n’est jamais loin lorsqu’on parle de prétendant à une victoire finale en Premier League, seulement, c’est peut-être cela qui manque aux Spurs afin d’être reconnus comme une équipe de calibre européen, appréciés à leur juste valeur. Il va falloir conserver les joueurs et cela passe par un coach qui connait et pourra garder les joueur-clés de l’effectif, on se souvient de cette anecdote dans l’ouvrage de Guillem Balagué, Brave New World (2017), où on peut voir comment Mauricio Pochettino a réussi à convaincre Eric Dier de reste à Tottenham alors qu’il était attiré par le Manchester United de José Mourinho, Pochettino a réussi à ce qu’il reste à Tottenham en lui donnant tout son soutien et en le concernant à nouveau dans le projet. Tottenham tient de sa force actuelle par le fait que l’ossature actuelle de l’équipe est composée de joueurs présents depuis 3 ans pour la plupart, cela offre une stabilité qui permet de voir un avenir radieux.

Mais cela ne se fera pas à chaque fois, et certains joueurs désireux de trophées ou d’une revalorisation salariale auront du mal à rester, bien que certains n’aient aucune envie de partir. Peut-être que remporter un trophée majeur permettrait à Tottenham de les dissuader de partir pour d’autres destinations, mais cela sera surtout un moyen pour que l’équipe soit reconnue, pour que la patte Pochettino soit une style qu’on reconnait facilement, pour faire entrer ce club dans le cercle très fermé des gros d’Europe. Avant cela, il reste du chemin pour qu’un club devienne une institution reconnue à travers la planète et on le sait, que tout est fait dans le Nord de Londres afin que la bande d’Harry Kane perce la voute céleste pour rejoindre les dieux, Tottenham nous donne l’image d’un club plein de vitalité, l’exuviation se fera lors de la finalisation du stade. Avant cela, le jeune Cockerel doit affronter la Vieille Dame, afin de faire parler de lui à travers le Vieux-Continent, ce coq pimpant est prêt à en découdre.

L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.