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Tottenham, enfin à bon Conte ?

Avec le licenciement de Nuno Espirito Santo suivi de l’arrivée d’Antonio Conte, Tottenham continue à se chercher dans sa transition enclenchée en 2019 qui semble prendre une éternité. Entre volonté de conserver son identité et désir de garnir un palmarès aux odeurs de naphtaline, il y a un club et une équipe qui se demande où tout cela va se terminer.

Quand l’histoire bégaie

21 novembre 2019, je me souviens parfaitement de ce début de soirée. Je me trouvais dans la salle d’attente du médecin de ma copine de l’époque qui était en consultation. Je reçois une notification push, Poch’ est licencié après cinq années au club. L’homme qui avait redoré le blason du cockerel, offert nos meilleurs moments en tant que yid et (surtout) m’avait appris plusieurs choses dans la vie comme tout est bon à tenter afin de parvenir à ses objectifs, quittait le club par la petite porte. Un véritable choc, quand on a appris à aimer cet homme qui s’était immiscé dans nos vies. Finalement, la consultation était pour moi…

Bizarrement, cela fait penser à la situation actuelle où Nuno Espirito Santo a été licencié et remplacé en 24 heures, mais aussi à cet épisode d’octobre 2007 où Juande Ramos prenait la place de Martin Jol, un moment humiliant pour le technicien néerlandais.

Ce tweet a un peu plus d’un mois, une autre époque.

24 heures plus tard, il était déjà remplacé par José Mourinho, une action étrange mais compréhensible au vu de la situation du club depuis l’été 2018. Une équipe ne parvenant plus à jouer son football, des cadres qui ne donnaient plus satisfaction, des résultats mitigés en Premier League (où Tottenham parvient à accrocher la 4ème place sur le fil avec 3 victoires sur les 12 derniers matchs) alors que le club parvenait à sa finale historique en Ligue des Champions après un parcours fou. Le club du Nord de Londres était arrivé tout près d’un trophée prestigieux à mettre dans son nouveau stade, mais était également passé tout près d’une éventuelle non-qualification en Ligue des Champions et surtout de la perte des revenus substantiels qui en découle.

All or Nothing – le titre de la série Amazon qui va bien au club -, Daniel Levy a décidé de sacrifier la philosophie de jeu et de se concentrer sur la gloire du titre. Engager un entraîneur qui sait gagner et qui a gagné partout où il est passé. 17 mois plus tard, le portugais est remercié quelques jours avant la finale de la Coupe de la Ligue, une décision assez surprenante et qui n’a donc pas rencontré de succès. Cependant, le club du Nord de Londres se donnait du temps pour choisir un nouveau coach avec un Ryan Mason assurant un intérim assez correct.

Dans sa traditionnelle lettre ouverte de fin de saison destinée aux fans, Levy a reconnu s’être trompé en sacrifiant l’ADN du club sur le terrain et promettait de retrouver le football « offensif, fluide et divertissant » qui a propulsé le club dans le Big Four.

La gestion de Daniel Levy en question

Dans cette même lettre, Daniel Levy reconnaît timidement avoir commis des erreurs. Il a certes réussi à sauver les meubles financièrement, bien que le club ait raflé le titre de club le plus endetté au monde en 2021, devant le FC Barcelone. Une abysse qui est à mettre sur le compte du coût du stade, de la dévaluation de la Livre Sterling suite au Brexit, ainsi que de la pandémie.

Put that in your trophy cabinet!

Daniel Levy a donc préféré le résultat au contenu des matchs en nommant le Special One. Cela s’inscrit dans une énième erreur stratégique depuis l’arrivée dans le nouveau stade en 2019 et les rapporter transformerait cet article en roman balzacien. Prenons une bonne et une mauvaise, entre l’utilisation du stade comme centre de vaccination et la participation du club à l’abjection qu’est la Super League.

Il faudrait sûrement parler de la multiplicité des rôles que cet homme a : prenant part à l’administratif, à la technique, au sportif (les transferts), à la représentation du club dans les instances, etc… Daniel Levy laisse peu de place à la réflexion et à la prudence dans une vie qui semble bien remplie. Levy avait déjà engagé Jonathan Turner en juin 2020, pour s’occuper du volet financier, juste après avoir contracté un prêt de 200M€ auprès de la Banque d’Angleterre.

C’est dans cette optique de déléguer des pouvoirs, que le club a annoncé en juin dernier, l’arrivée de Fabio Paratici comme « directeur général du football », titre assez nébuleux pour un rôle tentaculaire. Le nouvel homme fort de Tottenham a comme tâches de cibler les recrues, vendre les joueurs, suivre les jeunes et décider du staff. Fait assez remarquable, c’est l’ex-directeur sportif de la Juve qui a annoncé l’éviction de Nuno alors que c’était jadis le rôle de Levy.

L’homme est un « travailleur incroyable » et qui n’a même pas le temps de dormir selon Javier Ribalta, qui a travaillé sous les ordres de Paratici à la Juve entre 2012 et 2017. Levy voit sûrement en lui l’homme qui peut l’aider à choisir la bonne direction à suivre.

L’été précédent a été une démonstration des prouesses de Paratici mais aussi de l’étendue de son réseau. Il a réussi à faire un doublé de prêts de joueurs de l’Atalanta Bergame avec Pierluigi Gollini et surtout Cristian Romero. Les arrivées de Bryan Gil (FC Séville) et Emerson Royal (FC Barcelone) sont également de son initiative. Seul Pape Matar Sarr, acheté puis re-prêté au FC Metz, est l’œuvre de la cellule de recrutement du club. Les contrats et les annonces ont également été gérés par le manitou transalpin.

Il avait la lourde tâche de trouver un nouvel entraîneur, et son premier choix fut un ancien collègue de la Vieille Dame, Antonio Conte. Après le refus de ce dernier, l’italien est ensuite venu draguer des noms comme Julian Nagelsmann, Erik ten Hag, le magicien Graham Potter... Finalement, c’est Nuno Espirito Santo, 7ème sur la liste, qui a répondu à l’offre d’emploi. Paratici aurait sûrement trouvé quelqu’un de son réseau si le temps ne lui avait pas fait défaut, or, il fallait agir dans l’urgence d’une pré-saison qui approchait.

La logique aurait dû être de nominer directement Conte mais selon ce dernier, il était encore « émotionnellement » attaché à l’Inter lauréat du dernier Scudetto. Il faut donc reconnaître que Nuno n’était pas arrivé dans les meilleures conditions, en héritant d’entrée d’une situation complexe. Rajoutons à cela la saga du non-transfert d’Harry Kane qui a pollué Hotspur Way tout l’été, les transferts qu’il n’avait pas lui-même choisi et une tactique hasardeuse qui oscillait entre volonté propre et devoir de répondre aux attentes de jeu de la direction. 17 matchs et quatre mois plus tard, le technicien portugais faisait ses bagages.

Antonio Conte, enfin la nouvelle ère ?

La nouvelle ère à Tottenham, celle où le club du Nord de Londres se propulse dans les tops clubs européens se fait attendre depuis 2019. Pochettino, alors entraîneur, avait annoncé une « reconstruction douloureuse » qui devait se faire afin d’au moins maintenir le club à son rang. Cela n’a pas véritablement été le cas, puisque le remaniement de l’effectif s’est opéré progressivement sur les quatre fenêtres de transferts suivantes avec les départs de Christian Eriksen, Jan Vertonghen, Moussa Sissoko, Toby Alderweireld ou encore d’Erik Lamela. La mue n’a pas été vraiment efficace puisque les nouvelles arrivées n’ont pas réellement donné satisfaction dans l’ensemble, sauf une : Pierre-Emile Højbjerg. La raison est sûrement que l’entraîneur n’est pas véritablement au coeur des décisions sur le marché des transferts et que le président n’a peut-être pas envie de prendre des risques.

Les rumeurs de transferts ont accompagné l’arrivée du parrain italien Conte. Peu importe les arrivées, la direction va devoir écouter les doléances de son entraîneur, pour ne pas reproduire les échecs avec Pochettino, Mourinho et Espirito Santo. Lorsqu’Edinson Cavani a inscrit le deuxième but de Manchester United à la 64ème minute lors de la victoire 3-0 des visiteurs, Paratici a quitté furieusement son siège pour ne plus revenir, on devine qu’il a terminé la rencontre au téléphone avec Conte. La véritable raison de son arrivée est sûrement la volonté de dépenser beaucoup lors des deux prochaines fenêtres, en plus du contrat de l’entraîneur estimé à 15M€. Paratici a d’ailleurs éludé timidement cette question lors de sa conférence de presse de mercredi dernier.

Sur la volte-face de Conte, Paratici déclare que l’ancien technicien de Chelsea n’était pas prêt et que désormais il l’est en invoquant l’émotionnel du technicien. Il ajoute également : « je n’ai pas donné de garantie, l’été dernier n’était pas le bon moment pour Antonio. » Un journaliste évoque le mercato hivernal et Paratici répond : « nous n’avons pas encore parlé de joueurs […] nous avons de bons joueurs donc nous ne parlons pas de nouveaux joueurs, ce n’est pas le bon moment. » Difficile de croire qu’un entraîneur comme Conte puisse arriver dans un club les mains vides, sans la volonté d’y ajouter son assaisonnement personnel.

Tottenham fêtait son 5000ème jour sans trophée, le jour de la nomination de Conte à la tête de l’effectif, un signe ?

Langue de bois ou non, il va falloir mettre la main au portefeuille dès cet hiver. Certes le club ne peut pas en parler, mais il va falloir recruter des joueurs pouvant jouer dans le système de Conte et surtout ne pas répéter les mêmes erreurs que ces deux dernières années. Il y a certes cette disette de trophées qui caractérise bien ce Tottenham qui doit presser Daniel Levy et Joe Lewis, propriétaire du club, à investir dans l’équipe pour y mettre fin. Plus important et un peu plus trivial, le succès et la qualification en Ligue des Champions doivent aider le club à colmater le trou dans les caisses.

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L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.