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Three Lions, l’inconnue au milieu de terrain

Renaissante au Mondial 2018, l’Angleterre espère remporter un Euro 2020 dont elle accueillera la finale. Avec un effectif rajeuni par Gareth Southgate, les Three Lions sont libérés de la rivalité inter-club qui opposait leurs aînés, mais une question perdure au milieu de terrain. Bien fourni, ce secteur n’a cela dit jamais pleinement satisfait au 21ème siècle. A quatre mois du grand challenge, quelle figure affiche l’entre-jeu anglais ? Quelles sont ses forces, comment en tirer le meilleur ?

Lampard, Gerrard, Scholes, Beckham, ou même Rooney, redescendu d’un étage en 2016…. L’Angleterre s’est toujours présentée au championnat d’Europe de football, avec des milieux de terrains des plus convaincants sur le papier. Pourtant, ce secteur n’a jamais trouvé son équilibre. Icônes en clubs, rivals en Premier League. Pas toujours complémentaires en sélection, les astres du milieu de terrain anglais ne se sont jamais alignées. 2020 verra t-elle les rouages s’enclencher ?

Alli, comment utiliser le créateur ?

Si l’on se fie aux éliminatoires de l’Euro 2020 et à la phase finale de la Ligue des Nations, Jordan Henderson, Declan Rice, Ross Barkley (7 matches), Mason Mount (6), Dele Alli (5) et Harry Winks (3), sont les six milieux les plus utilisés par Southgate.

Titulaire en sélection depuis 2016, Alli enfile difficilement le costume de maître à jouer. Placé autour de Kane lors de ses deux premières saisons à Tottenham, le natif de Milton Keynes n’a jamais été plus décisif que quand il tournait autour du buteur anglais. Lors de sa première année en Premier League, il signe 10 buts et 9 passes décisives en 33 matches, puis monte à 18 buts pour 9 passes décisives en 37 matches en 2016-2017. Sa saison la plus prolifique. Mais le départ de Moussa Dembélé, conjugué au déclin d’Eric Dier, effaça le double-pivot qui permettait à Alli de se porter vers l’attaque. Et l’obligea à rejoindre le cœur du jeu, près de Winks et Sissoko.

En sélection, “Dele” intègre le même système. Dans le 4-3-3 de Roy Hodgson en 2016, il s’est retrouvé en numéro 8, entre Dier et Rooney. Loin de Kane, autour duquel il avait explosé cette année là en Premier League. Avec aucun but ni passe décisive, travers l’Euro 2016 comme le détonateur éteint, du canon mal huilé de l’entre-jeu anglais.

Aligné devant Henderson dans le 3-5-2 de Southgate au Mondial russe, le 20 des Spurs tient encore le rôle de relayeur aux côtés de Jesse Lingard, pour nourrir une attaque Sterling – Kane. Au final, 1 but et aucune passe décisive pour Alli. Dans un tournoi où sa créativité est étouffée, et où les matches à élimination directe l’obligent à défendre. Essoufflé, l’entre-jeu anglais est croqué par le trio croate Modric-Rakitic-Brozovic, dans les prolongations de la demi-finale.

Comme au Mondial 2018, Alli partirait donc titulaire aux côtés de Henderson. Mais pour alléger le Londonien des tâches défensives et lui permettre de jouer en orbite autour de Kane, il faut composer un milieu solide et équilibré. Capitaine ayant brandi la Ligue des Champions et bientôt la Premier League avec Liverpool, Jordan Henderson (55 sélections depuis 2010), s’avance comme le point d’ancrage dans cette zone. On ne saurait douter de son apport défensif chez les Three Lions, dont il dynamitera l’entre-jeu. Mais comme avec Fabinho à Liverpool, “Hendo” doit être suppléé d’une sentinelle. Un homme devant la défense, qui lui permet de couvrir d’autres zones du terrain, et de nourrir les offensives de son équipe.

Dele Alli Three Lions
(Crédits: Newspix / Icon Sport)

Declan Rice, le facteur X ?

Sur quel récupérateur l’Angleterre se reposera t-elle ? Celui que Steven Gerrard, plus passeur que ratisseur, a dû être de 2004 à 2014. Ce rôle à responsabilités qu’a rempli Eric Dier en 2016, avant de glisser sur le banc en Russie. Compte tenu de la campagne qualificative, Declan Rice (7 matches) tient le poste. Révélé la saison dernière avec West Ham (34 matches, 2 buts), le garçon de 21 ans s’illustre parmi les récupérateurs et sentinelles de Premier League.

Du haut de son mètre 85, il tourne à 3,1 tacles et 2,1 interceptions par matches en Premier League cette saison. C’est plus que N’Golo Kanté (3 tacles et 1,7 interception en moyenne), Fabinho (2,7 et 1,2), Rodrigo (1,4 et 0,8), Norwood (2 et 1,3) et Mc Tominay (2,1 et 1,3). Besogneux et à l’aise, l’Anglais ne perd le ballon que 0,7 fois par match. C’est mieux que Ndidi et Rodrigo (dépossédés 0,8 fois par match), Mc Tominay (1,4), et Kanté (1,6). Comme Rodrigo, il ne rate que 0,7 contrôle par match. C’est autant que Ndidi, Fabinho et Norwood (0,6), et bien moins que Kanté (1,7) ou Mc Tominay (1,7). Pas mal, pour le récupérateur du 18ème de Premier League.

Probable titulaire avec les Three Lions à l'Euro, Declan Rice est déjà apparu trois fois sous le maillot des Boys in Green. (Crédits : Icon Sport)
Probable titulaire avec les Three Lions à l’Euro, Declan Rice est déjà apparu trois fois sous le maillot des Boys in Green. (Crédits : Icon Sport)

Dans un football où le numéro 6 brille également par sa créativité, Declan Rice est aussi propre que ses confrères du haut de classement. Alors que West Ham tourne à 46,4% de possession de balle par match, Rice donne 47,2 passes en moyenne. C’est autant que Kanté (47,7) et Mc Tominay (45,3), alors que Chelsea et Manchester United ont le ballon 57 et 54% du temps. A l’aise dans les petits espaces, Rice réussit 1,2 dribbles par match, comme Kanté et Mc Tominay. Un score supérieur à ceux de Norwood (0,3), Fabinho (0,4), Ndidi (0,7) et Rodrigo (0,9).

Alexander-Arnold, un apport inestimable

Le joueur de Liverpool représente l’archétype du latéral moderne. Deuxième meilleur passeur décisif de Premier League avec 12 unités, Alexander-Arnold donne 2,6 passes clés (qui amènent un tir) par match. Seuls De Bruyne et Grealish font mieux en championnat. Alors qu’un latéral centre plus qu’il ne joue court, “TAA” réussit 46,2 passes courtes par match.

Parmi les sentinelles citées ci-dessus, seul Rodrigo en fait plus. Au delà des statistiques, le latéral de Liverpool imprime un style qui soutiendra naturellement l’entre-jeu de la sélection. A l’instar de Dani Alves avec la Juventus Turin en 2016-2017, ou de Philip Lahm avec l’Allemagne au Mondial 2014, Alexander-Arnold intègre aisément l’axe. Quand il ne prend pas position sur l’aile en club, et que Liverpool construit depuis l’arrière, la mobilité de son numéro 66 soutient Fabinho. Ce qui permet au duo Henderson-Wijnaldum de monter près de Firmino, avant de lancer Mané et Salah au but. Ou de décaler Alexander-Arnold, revenu sur l’aile.

De multiples options dans la palette technique du latéral anglais, qui sont d’autant plus de solutions pour l’animation du milieu Gareth Southgate. Pour aligner un Kyle Walker, très performant à droite, il est même envisageable de titulariser Alexander-Arnold au milieu de terrain, aux côtés d’Henderson.

Maddison, Grealish et Barkley en ambuscade

Ils ne sont pas tous les trois garantis de participer à l’Euro. Peut être prendront-ils la place d’un attaquant, surtout après l’annonce du forfait de Marcus Rashford. Pourtant, tous trois peuvent revendiquer la place de titulaire de Dele Alli.

C’est ce qu’a déjà fait Barkley durant les phases éliminatoires, disputant deux matches de plus que son vis-à-vis de Tottenham, et inscrivant quatre buts. Mais à 26 ans, le joueur de Chelsea est victime d’une concurrence rude dans le milieu de terrain des Blues, où Franck Lampard privilégie tantôt des milieux relayeurs, tantôt Mason Mount. Résultat, 559 minutes de jeu en Premier League cette saison pour Barkley. Alors que Grealish, Maddison et Alli sont des pièces maîtresses de leurs équipes. Sinon l’âme vivante de leur club, pour Grealish avec Aston Villa.

Barkley propose pourtant un rendement digne de celui d’Alli et consorts. S’il n’a pas marqué cette saison, il tire 2,1 fois au but par match. C’est autant que Maddison (2,3) et Grealish (2,2), et plus que Alli, pourtant redoutable finisseur (1,7). Avec 2,8 dribbles réussis par match, Barkley fait mieux que ses trois compères (Grealish est deuxième avec 2,3). En revanche, il est celui qui perd le plus de ballons (2,1 par match).

Rivaux en Premier League, James Maddison et Jack Grealish revendiqueront le poste de meneur à l'Euro. (Crédits : Spi/Icon Sport)
Rivaux en Premier League, James Maddison et Jack Grealish revendiqueront le poste de meneur à l’Euro. (Crédits : Spi/Icon Sport)

Dans la créativité, ce sont Maddison (2,6) et Grealish (2,8) qui donnent le plus de passes clés. Les statistiques favorisent Grealish. Membre de l’équipe type de Premier League selon Who Scorred cette saison, le capitaine des Villans (7 buts et 6 passes décisives) ne compte pourtant aucune sélection avec les Three Lions. Southgate est l’entraîneur qui l’a fait débuter avec les espoirs anglais en 2016 (7 matches et 2 buts), après que Grealish ait compté 18 capes avec les jeunes sélections irlandaises.

Malgré un temps de jeu déjà menu l’an dernier (1 241 minutes en Premier League), Barkley semble avoir les faveurs du sélectionneur. Dans un système à trois milieux visant à nourrir une attaque prometteuse (Sancho-Kane-Sterling), Jordan Henderson et Declan Rice semblent ancrés. Mais Dele Alli est menacé. Le caractère et l’élégance de Grealish, la fraîcheur et le talent de Maddison, ou encore la faveur de Southgate pour Barkley, sont autant des solutions de remplacement que de possibles premiers choix. Reste à voir lesquels seront effectués pour le prochain rassemblement, fin mars. Les Three Lions recevront l’Italie le 27 à Wembley, et se déplaceront au Danemark le 31.

Les écartés : Indiscutable et premier buteur de la sélection à l’Euro 2016, Eric Dier n’est plus titulaire à Tottenham (712 minutes de jeu en championnat cette saison). Utilisé une fois à la Coupe du monde et deux fois aux éliminatoires, il est perdant pour la course à l’Euro. Idem pour Jesse Lingard. Titulaire en Russie pour six matches et un but, le Mancunien a traversé 2019 comme un fantôme (0 but et 0 passe décisive). Il n’est apparu que deux fois lors de la campagne qualificative à l’Euro.

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Mathieu

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