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Shrewsbury Town : la fleur des espoirs

Niché aux abords de la frontière galloise, la ville de Shrewsbury est connue aussi bien pour avoir vu naître l’un des révolutionnaires de la biologie Charles Darwin, que pour son équipe locale. Dans cette ville de 70 000 âmes, le football anime toutes les pensées. Encore plus cette saison, où les Salop, bousculent la hiérarchie établie en League One. Troisièmes en cette fin de mois de janvier, ils veulent croire à une accession en Championship, un niveau qu’ils n’ont jamais vu dans leur histoire.

« Depuis 20 ans, je n’ai jamais vu mon équipe avec un tel état d’esprit. Le groupe est soudé, les joueurs jouent les uns pour les autres et essaient de pratiquer un beau football », interrogé par le Guardian en septembre dernier, ce supporter médusé devant les performances de son équipe ne s’attendait sans doute pas à ce qu’elle tienne encore aujourd’hui la dragée haute aux mastodontes de la League One que sont Blackburn ou Wigan dont les budgets et effectifs sont bien supérieurs à ceux de Shrewsbury. Mais cette saison, les pensionnaires de New Meadow osent s’immiscer dans le peloton de tête. Pour contrecarrer les pronostics, les Salops s’appuient sur une défense de fer (20 buts encaissés) et sur leurs performances à domicile en caracolant en tête de ce classement. Mieux, la formation du Shrophshire a surfé sur une incroyable série en début de championnat, où durant les quinze premières journées, elle est restée invaincue.

Depuis 20 ans, je n’ai jamais vu mon équipe avec un tel état d’esprit. Le groupe est soudé, les joueurs jouent les uns pour les autres et essaient de pratiquer un beau football.

Tout cela, elle le doit à un collectif parfaitement huilé comme nous l’explique Laure, responsable du compte Shrewsbury France sur Twitter : « Le mélange entre jeunes joueurs prêtés (Ben Godfrey, Carlton Morris), joueurs venant de divisions inférieures (James Bolton, Arthur Gnahoua) et les joueurs d’expérience (Mat Sadler, Alex Rodman) est une belle réussite cette saison. L’importance du « club captain » Mat Sadler et du « team captain » Abu Ogogo est également capitale. On n’a pu noter que lorsqu’ils n’étaient pas là, l’équipe perdait des points en route. En effet, clin d’œil du destin, Shrewsbury a enregistré trois de ses quatre défaites cette saison quand Sadler ou Ogogo n’étaient pas présents sur la feuille de match (Peterborough, Bury et Bradford).

Une partition syncopée

Mais pas de quoi flancher, ni même de perdre pied. Au contraire, les hommes du séduisant Paul Hurst récitent leur partition sur le bout des ongles dans un 4-1-4-1 homogène. Si l’équipe n’est pas toujours efficace – seulement 36 buts ont été inscrits en 27 journées – elle a le mérite de produire un jeu rapide et agressif. Des notes que le coach de 43 ans élabore telle une symphonie. Une musique si entraînante que les supporters du club en sont charmés : « Pour l’anecdote, des supporters ont placé début janvier, pour célébrer les excellents résultats du club, un panneau « Paul Hurst Way » sur la route qui mène au stade » nous explique Laure. Un geste salué et apprécié par l’intéressé, sans pour autant sauter au plafond. Oui, Paul Hurst est un coach qui sème ses graines et sait que le chemin est encore très long.  Quand on lui parle d’entraîner un jour en Premier League, l’Anglais rétorque d’une main « Je devrais probablement développer mon ego pour y arriver » tout en dressant le constat que les jeunes coachs anglais doivent, semble-t-il, davantage prouver que leurs homologues étrangers : « On dit que la Premier League est un peu fermée aux jeunes managers britanniques. J’ai le sentiment qu’on doit être promu pour y arriver. Regardez des personnes comme Sean Dyche ou Eddie Howe, c’est comme ça qu’ils ont réussi. Si les coachs font du bon travail en League One, en League Two, pourquoi les grands clubs regardent-ils à l’étranger et pas chez nous ? »

Les Anglais <3
Un panneau avec le nom de leur coach, les fans de Shrewsbury sont géniaux

Après avoir passé plusieurs années à Grimsby, où il a laissé une jolie trace à son CV, Paul Hurst a rejoint Shrewsbury en 2016. Malgré une saison dernière extrêmement difficile avec un maintien acquis de justesse, l’ancienne gloire de Rotherham a gardé la confiance de son propriétaire Roland Wycherley au club depuis vingt ans. Les deux hommes entretiennent d’excellents rapports : « Je pense qu’il faut accorder du crédit à M.Wycherley louait Hurst au Shropshire Star en octobre  j’ai entendu des choses sur lui à mon arrivée. Il y a toujours des critiques sur la position dans laquelle il se trouve, mais le club est très bien géré. Nous avons un bon stade, un bon centre d’entraînement et c’est pour ça que nous voulons essayer de bâtir une équipe compétitive. » Pour y parvenir, Shrewsbury a revu ses plans dès cet été en passant d’une dizaine de prêts à seulement deux ou trois. Un choix judicieux puisque les venues de Ben Godfrey et de Carlton Morris en provenance de Norwich portent leurs fruits.

Ben Godfrey, chercheur d’or

Il est l’une des belles surprises en League One cette saison. Alors qu’il vient de fêter seulement ses 20 ans mi-janvier, Ben Godfrey a déjà conquis les fans et observateurs par ses performances convaincantes à chaque sortie. Sentinelle des Salop, le gamin de York s’est imposé en tant que titulaire indiscutable. Mieux encore, il a participé à toutes les rencontres en championnat, si bien que son prêt a été prolongé jusqu’en mai. Il était inconcevable pour Shrewsbury de voir repartir celui qui a (déjà) un chant à sa gloire dans les travées de New Meadow : « Lorsqu’un des représentants de Norwich est venu le voir en fin d’année, j’ai eu une discussion avec lui et j’ai tout fait pour garder Ben encore quelques mois » racontait Hurst.

Prêté par les canaries de Norwich, le milieu s'éclate sous le maillot de Shrewsbury
A même pas 20 ans, Ben Godfrey a éclaboussé la League One de son talent

Dans le trio magique des Salop, aux côtés d’Abu Agogo et de Jon Nolan, Ben Godfrey impressionne par sa sérénité et son intelligence de jeu : « Il a un grand avenir » insiste son coach malgré une petite baisse de régime pendant le Boxing-Day « Il n’a que 20 ans et de vrais atouts. C’est un joueur puissant, athlétique et technique. » Le joueur lui, continue de garder la tête froide, et ce malgré les nombreux compliments qui lui sont adressés : « C’est gratifiant. Mais j’essaie juste de faire ce qu’on me demande de faire. Je me donne à 110% à chaque match. » Des propos ténus et raisonnés. De quoi espérer pour le futur.

Une montée en Championship à attraper

Le milieu de terrain prêté par Norwich ne sera en effet pas de trop dans le sprint final. Troisième à égalité avec Blackburn deuxième, Shrewsbury est pour le moment la première équipe qualifiée pour les playoffs avec neuf points d’avance sur le septième Charlton : « On y croit sans trop y croire tant nous n’étions pas préparés à vivre une saison en haut de tableau. L’obtention des 50 points a permis de commencer à rêver à ce rêve qu’on croyait vraiment inaccessible expose Laure sur certains matchs, le scénario nous fait dire qu’une montée est plus que possible car les ingrédients sont réunis et qu’il faut aussi ce brin de chance pour y parvenir. Après, quand on regarde les deux grands favoris du début de saison, Wigan et Blackburn, on se dit qu’on ne joue pas dans la même cour. » Si l’une des deux premières places paraît – sans doute –  irréalisable, une montée par les playoffs ponctuerait plusieurs mois en grande pompe : « En 2017, le club a pris en tout 81 pts, c’est remarquable nous explique-t-elle le souhait est surtout de pouvoir rêver jusqu’à la fin du championnat. » Un rêve où les espoirs sont encore permis.

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.

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