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Preview PL 2018/19 : Wolverhampton, bas les masques

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Aujourd’hui, ultime épisode avec Wolverhampton qui fait son retour en Premier League avec un recrutement made in Jorge Mendes.

Derrière le mirage, Jorge Mendes

Il est celui dont on ne doit pas forcément prononcer le nom aux abords du Molineux, ni dans les gradins. Pourtant, si Wolverhampton en est là désormais, il le doit majoritairement aux tribulations du super agent portugais. Depuis plusieurs mois, la griffe de Jorge Mendes sur le recrutement des loups ne peut pas être niée, même si nom n’apparaît pas dans les statuts officiels de Wolverhampton. Il est un personnage capital pour Fosun qui détient les Wolves, ayant aidé le conglomérat chinois à investir dans le football après l’appel du président Xi Jinping en 2015, qui souhaitait voir s’étendre l’influence de la Chine au football européen. Dans cette affaire, Mendes s’est ouvert de nombreuses portes sur le continent asiatique.

Jorge Mendes
Depuis plus d’un an maintenant, Jorge Mendes a posé sa griffe sur le mercato de Wolverhampton. – ©BirminghamMail

Fondé en 1992, Fosun est divisé en trois grands domaines d’activité : la santé, la finance et le divertissement. Le groupe chinois est d’ailleurs entré sur le marché français en 2015 en contrôlant à 100% le Club Med, mais aussi Thomas Cook, le Cirque du soleil. Le tout en étant une holding basée aux Îles Vierges Britanniques, un paradis fiscal, selon les documents du club, alors que le siège social est censé être à Shanghai. Mendes, avec l’aide de Peter Kenyon, un vieux compère, ancien directeur général de Man United et Chelsea au milieu des années 2000, a permis au groupe Fosun d’obtenir Wolverhampton en juillet 2016. En contrepartie, Guo Guangchang propriétaire du conglomérat chinois aurait acheté il y a de cela quelques mois des parts – à hauteur de 20% – de la Start, holding qui contrôle Gestifute selon le Guardian basée elle, à Dublin. Alertée par plusieurs clubs de Championship dont Leeds et Aston Villa sur un éventuel conflit d’intérêts, la England Football League avait enquêté sans ne finalement rien trouver d’anormal. Elle s’était même fendue d’un communiqué lunaire le 25 avril dernier où elle affirmait que Jorge Mendes n’avait « aucun rôle » à Wolverhampton. Ce communiqué n’apparaît plus désormais sur leur site, alors que des gros doutes subsistent sur la tierce propriété et le blanchiment d’argent. Plus c’est gros, mieux ça passe.

Une enquête de la England Football League en avril sur les possibles liens entre Jorge Mendes et Wolverhampton n’avait rien trouvé d’anormal alors que le super agent tisse de très solides liens depuis plusieurs mois avec le propriétaire chinois du club. 

Aussi, comment ne pas imaginer que Mendes n’ait pas eu un impact sur les derniers mercatos du club ? Sur les 30 joueurs qui composent l’effectif actuel, 11 joueurs, ainsi que Nuno le coach, appartiennent de près ou de loin à la Gestifute, la société de gestion de carrière créée en 1996 et dirigée par le super agent : Ruben Neves, Ruben Vinagre, Willy Boly, Leo Bonatini, Ivan Cavaleiro, Diogo Jota, Helder Costa arrivés lors des deux dernières saisons, ainsi que ceux de ce mercato d’été, Joao Moutinho, Rui Patricio, Jonny Castro et Raul Jimenez.  Difficile alors de nier l’influence grandissante qu’a pu prendre Jorge Mendes ces derniers mois du côté de Wolverhampton en plaçant une petite dizaine de ses actifs. Même si le directeur général du club, Laurie Dalrymphe tente désespérément de le masquer à chaque question des journalistes : « il a plutôt un rôle de conseiller, ce serait contre les règles éthiques si un agent était chargé du recrutement d’un club de football professionnelCertains fans sont sans doute inquiets, mais pensent-ils vraiment que Jorge Mendes a besoin de l’argent de Wolverhampton ? » L’argent sans doute pas, mais des ouvertures sur un possible marché fructueux, oui. La norme de beaucoup d’agents, Mendes est un pionnier en la matière. Mais comme d’autres compères, Kia Joorabchian, Pini Zahavi et Mino Raiola, il crée l’offre et la demande.

Une couronne acquise d’une main de maître

Sportivement, Wolverhampton sort d’une saison fantastique où les Loups sont parvenus sans le moindre mal à glaner le titre de Championship en restant leaders de la 15e à la 46e journée. Son dauphin Cardiff, n’a jamais pu contester sa supériorité, finissant à 9 points. Meilleure attaque, meilleure défense, meilleure équipe à domicile, meilleure équipe à l’extérieur, deuxième record de points dans l’histoire du championnat (99), le club a montré sa supériorité dans tous les domaines, y compris en plaçant trois de ses poulains dans le XI type de Championship (Ruddy, Boly et Ruben Neves). Son recrutement clinquant sur le papier a vite pris et les promesses sont devenues finalement des valeurs sûres au bout de quelques semaines. Diogo Jota a enfilé les perles (19 buts inscrits), Ruben Neves a été le métronome du milieu, Wilfried Boly a montré sa solidité. À leurs côtés, d’autres pions essentiels se sont invités à la fête comme le latéral Irlandais Matt Doherty ou le très bon Romain Saïss au cœur de la défense. En clair, Wolverhampton arrive avec des certitudes, autant dans le jeu qu’à certains postes charnières. L’objectif fixé du top 10 n’a rien de fantaisiste, mais pour l’atteindre, il faudra élever son niveau de jeu tout en gardant l’osmose qui s’est construite en Championship. Dans un 3-4-3 ou un 3-5-2, les Loups ont de quoi embêter leurs adversaires avec à l’esprit, le monopole du cuir et une efficacité redoutable devant les filets.

La saison passée, Wolverhampton a tout écrasé sur son passage. Les loups n'ont pas laissé une miette à leurs adversaires
La saison passée, Wolverhampton a tout écrasé sur son passage. Les loups n’ont pas laissé une miette à leurs adversaires. – ©SkyBetChampionship

Pépites en pagaille

« Nous voulons emmener Wolverhampton le plus rapidement possible en Premier League et y rester. Nous pensons que le club sera très bientôt au sommet du football anglais. » Des mots à l’acte, il y a parfois un décalage réel qui existe. Mais force est de constater qu’à l’aube d’un nouveau championnat et d’une nouvelle saison, les mots de Jeff Shi, représentant de Fosun International à Wolverhampton, prennent du sens. Sur le papier du moins. Rui Patricio, Matt Doherty, Ruben Vinagre, Joao Moutinho, Ruben Neves, Leander Dendoncker, Adama Traore, Helder Costa, Diogo Jota la garde-robe des loups est copieusement remplie et déjà prétorienne. Parmi ces noms, des joueurs talentueux, ayant moins de 25 ans pour la grande majorité d’entre eux. En montant en Premier League, Wolverhampton ne souhaite pas jouer uniquement le maintien. Non, le club voit grand, très grand. Objectif annoncé : approcher ou finir dans le top 10 pour son retour au festin des rois.  Un objectif peut-être trop grand ? Présomptueux oui, mais pas forcément irréalisable. Encore faut-il que le mélange des talents se fasse. C’est le travail de Nuno, qui a prolongé jusqu’en 2021 en fin de saison passée.

“Nuno : c’est comme ça que je vois le football. Si vous avez plus la balle que votre adversaire, que vous êtes organisés, que vous savez comment défendre, vous aurez toujours le contrôle du jeu. Je veux créer une identité de jeu qui soit immédiatement reconnaissable et je ne pense pas qu’elle doit être sacrifiée.”

L’ancien coach de Porto a l’appétit pantagruélique et sait que son board peut répondre à ses désirs : « nous avons un an d’avance sur nos temps de passage. Ce n’est pas à moi de limiter les attentes. Si nous pouvons acheter et renforcer notre groupe, nous le ferons. » Le quadragénaire a impressionné pour sa première saison à la tête de Wolverhampton. Rapidement dans le bain du Championship, ses connaissances et sa faculté à s’adapter à chaque scénario ont permis au club d’avancer plus rapidement que les autres formations. Le tout, en chapeautant un football de possession comme il le confessait au journal local Express & Star après la fin de la saison : « c’est comme ça que je vois le football. Je n’ai rien inventé, d’autres équipes pratiquent elles aussi du football. Mais c’est comme ça que je vois le football. Si vous avez plus la balle que votre adversaire, que vous êtes organisés, que vous savez comment défendre, vous aurez toujours le contrôle du jeu. Je veux créer une identité de jeu qui soit immédiatement reconnaissable et je ne pense pas qu’elle doit être sacrifiée. » Obsessionnel sur les bords, Nuno est un perfectionniste et un coach, à l’instar de ses homologues portugais, qui prêchent eux aussi le jeu comme ils prêchent leur amour de la religion. Parfois à la limite de la paranoïa : « une demi-heure avant le match, lorsque les joueurs s’échauffent, c’est le pire moment pour un entraîneur. C’est le moment où tu penses : est-ce que j’ai tout dit ? Est-ce qu’ils savent qu’ils doivent jouer comme ça ? Aurais-je dû leur dire d’une autre manière ? Sur le terrain, vous partagez toutes les émotions avec vos joueurs. S’il y a un but, comment ne pas le célébrer ? Si l’équipe passe un mauvais moment, comment ne pas être contrarié ? » Avec les joueurs qu’il a sous la main, pas sûr que le coach soit si souvent contrarié cette saison, d’autant qu’ils lui rendent bien : « j’ai une confiance totale envers le coach confiait Léo Bonatini au mois de juillet la saison dernière, il a montré ce qu’il savait faire. Il connaît tous les joueurs parfaitement, comment chacun peut jouer et progresser. » En bon chercheur d’or qu’il est, Nuno sait en effet, comment transformer ses pépites en joyaux.

Ruben Neves, l’empereur du jeu

Le talent n’a pas d’âge et cette citation est encore plus alimentée par Ruben Neves. À seulement 21 ans, le milieu portugais a enchanté les pupilles des observateurs de Championship la saison dernière. Indéboulonnable dans l’entrejeu de Nuno, l’ancienne pépite du FC Porto est devenue au fil des semaines la pierre angulaire de son entraîneur. Transféré pour environ £16M de pounds, Ruben Neves était attendu comme la tête de gondole du recrutement de Wolverhampton, issu lui aussi de Gestifute, l’écurie de Jorge Mendes. Et il a répondu aux attentes, dans un championnat pourtant réputé marathonien et physique. Son élégance sur le terrain et son efficacité redoutable lorsqu’il s’agissait d’orienter le jeu, ou de l’accélérer, étaient les atouts principaux d’une formation de Wolverhampton qui, eu égard à ses adversaires, a écrasé le championnat dès les premières semaines. « cette équipe est d’un autre niveau. Les joueurs qui sont arrivés comme Ruben Neves, Diogo Jota, Leo Bonatini, Willy Boly ont été exceptionnels. Mais cela démontre leur détermination et leur mentalité. Leur volonté de s’améliorer tous les jours à l’entraînement est contagieuse et elle nous a poussé à arriver là où nous sommes aujourd’hui » racontait le gardien des Wolves John Ruddy à la presse en avril lui qui a déjà connu la montée en Premier League avec Norwich. Une vision partagée par l’excellent latéral droit Matt Doherty au Sportsman il y a quelques semaines : « la qualité des joueurs que nous avons cette saison est incroyable. Le jeu de passes de Neves est le meilleur que j’ai connu tout au long de ma carrière. C’est une joie de jouer avec des joueurs ayant cette vision du jeu. »

“Matt Doherty : la qualité des joueurs que nous avons est incroyable. Le jeu de passes de Neves est le meilleur que j’ai connu tout au long de ma carrière.”

Ruben Neves
Ruben Neves est devenu en l’espace de quelques mois le dépositaire du jeu des Wolves. Un vrai métronome. – ©Guardian

Surtout, Ruben Neves a su se montrer régulier durant tout le championnat avec 42 matchs de Championship au compteur, une grande première pour lui « j’ai la chance d’avoir beaucoup de temps de jeu ici, ce qui n’était plus le cas à Porto » confessait l’intéressé en début d’année 2018. Ses rares absences, il les doit à des suspensions liées aux cartons jaunes qu’il a reçus, 11 au total sur la saison, de quoi aussi montrer qu’au-delà du technicien hors pair qu’il est, c’est également un joueur agressif, viril et parfois même méchant sur les bords. Malgré quelques écarts de conduite, le milieu de 21 ans a rapidement tapé dans l’œil de la sélection portugaise. S’il ne compte aujourd’hui que cinq sélections à son tableau de chasse, nul doute qu’il enfilera à nouveau le maillot lusitanien à l’avenir. Avant cela, il devra réitérer les performances de Championship en Premier League. Présent dans le XI type du championnat la saison passée, Ruben Neves sait que l’Europe a les yeux rivés sur lui et que de grosses formations sont prêtes à l’enrôler. Mais pour l’heure, c’est Wolverhampton qui profite du spectacle donné.

 Le top 10 comme seul objectif 

Wolverhampton veut monter les marches plus rapidement que les autres promus. Le tableau de marche est clair : le top 10 avant beaucoup plus haut. Sur le papier, cette folie des grandeurs n’a rien d’irrationnel, bien au contraire. Derrière le sportif, le club possède une manne financière vertigineuse et peut, comme les grosses écuries de Premier League, s’offrir quelques privilèges. Pour atteindre les rêves les plus fous de ses propriétaires, Wolverhampton n’hésitera pas à passer à la caisse. Et si les résultats ne sont pas satisfaisants après le Boxing-Day, les Wolves continueront à renforcer leur meute. Sous la houlette forcément de Jorge Mendes qui fait la pluie et le beau temps dans les entraves du Molineux, diligente les arrivées et les départs, tout cela avec la bienveillance des propriétaires. Il ne faudrait pas non plus se fâcher avec ses amis… Si dans les coursives du club, de nombreuses affaires nébuleuses se trament, le terrain pourrait être une belle éclaircie pour les fans. C’est pourquoi nous voyons Wolverhampton finir à la 11e place.

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.