FocusPL Preview

Preview PL 2018/19 : West Ham, le regard tourné vers le haut

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Focus aujourd’hui sur West Ham, qui retrouve de l’ambition dans le sillage de son nouveau coach, Manuel Pellegrini. 

West Ham, retrouver le goût du jeu

Une saison insipide

Les amoureux des Hammers et les passionnés de la Premier League se souviendront longtemps de la saison dernière. Pas forcément en bien. Un départ, toujours pas digéré, du Boleyn Ground pour le London Olympic Stadium et un mauvais début de saison des hommes de Slaven Bilic, ont déjà provoqué le départ du coach croate et une montée des tensions chez les supporters. L’arrivée de David Moyes n’arrangera rien. Avec un jeu insipide, un manque de créativité sur le plan offensif et la pire défense de Premier League sur la saison (68 buts encaissés), c’en était trop pour certains fans des Hammers qui ont tapé du poing sur la table.

Une pancarte brandie par quelques supporters des Hammers.
Des pancartes assassines visaient les propriétaires du club par certains “fans” (Crédits: Eurosport).

En mars dernier, lors d’une rencontre face à Burnley, des fans avaient fait irruption sur la pelouse d’un stade qui n’a rien à voir avec l’histoire du club. L’un avait planté le poteau de corner au niveau du rond central tandis que d’autres s’étaient invités aux abords de la pelouse. Quant aux co-propriétaires, David Sullivan et David Gold, ils étaient clairement visés, physiquement ou par le biais de pancartes assassines, par les fans du club. C’était le fruit d’une colère qui n’avait cessé de monter, le cri du cœur de fans qui ne se sont plus identifiés au projet porté par leur club de toujours. Si West Ham termine finalement à une trompeuse treizième place, le club se trouve à un moment charnière dans son histoire, auquel la direction a mûrement réfléchi au moment d’engager Manuel Pellegrini à la fin de la saison. Ceci dans le but de redonner une dynamique au club, de recréer ce lien indispensable avec les supporters et, pourquoi pas, tutoyer à nouveau les places européennes, comme en 2016 où les Hammers avaient atteint la 7ème place.

Manuel Pellegrini, le retour du “charming man”

Après une saison sans reliefs, il fallait pour la direction du club retrouver un certain allant offensif à l’aube d’une nouvelle saison. Manuel Pellegrini, au Hebei China Fortune depuis son départ de Manchester City en 2016, est apparu comme le choix évident. Présenté comme un faiseur de miracles pour ses excellentes saisons avec des clubs tels que Villareal et Malaga en Espagne, c’est en Angleterre qu’il récite ses gammes d’un jeu de possession alléchant et ambitieux. Avec les Citizens, il décrochera un titre de champion en 2014, ainsi que deux League Cup. Le “charming man”, son surnom acquis du côté de l’Etihad Stadium, dispose donc d’un crédit important en Premier League, lui qui avait dû céder sa place à Pep Guardiola. Ce dernier ne cachait pourtant pas son admiration pour le coach chilien :

“Je suis un grand fan de Pellegrini. J’ai beaucoup appris de lui et de ses concepts. On peut regarder une de ses équipes sans savoir qui en est l’entraîneur et on reconnaît immédiatement que c’est une équipe de Pellegrini, juste à leur façon de jouer.”

Manuel Pellegrini lors de sa présentation.
L’arrivée de Pellegrini devrait être suivie d’une petite révolution dans le jeu des Hammers (Crédits: WestHam United).

Ses concepts de jeu, basés sur la maîtrise technique et la tenue du ballon avec des joueurs techniques, devraient sans aucun doute ravir le public du London Stadium. Le principal intéressé le reconnaissait lui-même : “Les fans de West Ham aiment un football offensif. C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles les propriétaires m’ont fait venir.” S’il y a évidemment une grande part de vérité dans cette déclaration, elle ne traduit pas complètement la réflexion du club. Le Chilien a l’avantage d’incarner une figure paternaliste, protectrice qui va faire du bien à un collectif en quête de repères et de confiance en vue de cette saison. Il apportera aussi autour du club un certain climat d’apaisement, du moins pour un temps. Car son arrivée s’ensuivra d’une certaine attente en terme de résultats. Le tout est de savoir si la direction lui laissera le temps de mettre en place sa philosophie de jeu et accoutumer des nouvelles recrues à un nouvel environnement.

Un mercato ambitieux

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Hammers se sont donnés les moyens de leurs ambitions pour ne pas revivre le marasme de la saison dernière.  En prospectant un peu partout, le club a mis la main sur des profils assez hétéroclites à des postes clés. En défense centrale, l’arrivée de Issa Diop, international espoirs tricolore, apportera une densité physique précieuse à ce poste en Angleterre. Pour 25 millions d’euros, ce transfert s’apparente à un cap important dans la carrière de l’ancien toulousain, à désormais 21 ans. C’est surtout dans l’entrejeu que se situe le principal chantier des Hammers. Manuel Pellegrini a probablement déniché le meilleur joueur libre dans cette zone du terrain en la personne de Jack Wilshere. D’autant que l’ex-Gunner s’était présenté à son avantage en début de saison dernière, quand Arsène Wenger lui avait donné du temps de jeu. Non retenu pour la Coupe du monde, laissé libre par son club de coeur (qui ne lui garantissait pas une place majeure dans l’effectif), le voici dans une étape charnière de sa carrière, auprès d’un coach propice à le remettre sur le devant de la scène, si toutefois sa condition physique lui permet.

Jack Wilshere et Felipe Anderson.
Avec Jack Wilshere et Felipe Anderson, West Ham s’est donné les moyens de ses ambitions (Crédits: AFP).

Dans le secteur offensif, West Ham n’a pas chômé non plus. En recrutant des profils différents comme Felipe Anderson et Andriy Yarmolenko, Manuel Pellegrini s’est donné le choix des armes dans un secteur qui n’était pas le plus dépourvu avec Andy Caroll, Javier Hernandez ou encore Arnautovic. Peu de chances que les trois derniers joueurs cités soient de la partie, d’autant que les dernières rumeurs envoient le buteur espagnol Lucas Pérez, qui n’a jamais vraiment eu sa chance du côté d’Arsenal, chez les Hammers. Une petite révolution offensive semble donc en perspective, surtout quand on connait la pensée de Pellegrini en terme de jeu offensif. Une pensée qu’il revendique clairement et qui justifie son mercato tourné vers des joueurs doués avec leurs pieds et capables de porter le ballon. “Jack, Felipe et Yarmolenko ont les qualités dont nous avons besoin pour jouer un beau football offensif, assure leur coach, qui veut visiblement bâtir en s’appuyant sur eux. Felipe et Yarmolenko pourront prouver que leur réputation n’est pas usurpée. Jack Wilshere est un joueur très important, par son expérience et son talent. Il arrive d’un club qui a l’habitude de jouer la Ligue des champions et de se battre pour le titre. Cela va nous aider à changer la mentalité à West Ham.” Les mots sont forts et ne demandent qu’à être concrétisés par des actes.

Felipe Anderson, le joyau inachevé

Pour truster à nouveau la première partie de tableau, West Ham avait besoin de profils plus créatifs, capables de faire des différences. Pour cela, les Hammers n’ont pas hésité à miser gros sur Felipe Anderson. Le désormais ex-joueur de la Lazio Rome est en effet devenu, à 25 ans, la recrue la plus chère de l’histoire du club, à hauteur de 40 millions d’euros. Un pari tentant, au vu des capacités du joueur brésilien, mais également risqué au vu de son irrégularité, et de ses difficultés à s’imposer comme un titulaire depuis son arrivée dans la capitale italienne. Le joueur anime les débats, notamment parmi les anciens joueurs du club romain. Roberto Rambaudi, ancien milieu du club dans les années 90, retient surtout de la pépite brésilienne son incapacité à sublimer son équipe dans la durée :

“Felipe a démontré qu’il pouvait être décisif […] mais seulement pendant un nombre de matchs limité. C’est dommage car cela ressemble à une promesse incomplète, un talent qui n’a jamais explosé définitivement.”

Felipe Anderson célébrant un but.
Felipe Anderson a les atouts pour s’imposer comme la clé du voûte du système Pellegrini (Crédits: WestHam United).

Des propos qui s’opposent à ceux tenus par Vincenzo d’Amico en 2015, à l’arrivée du jeune prodige. “Pour moi, il progresse actuellement autant que Neymar, qui a cependant plus de talent. Mais Felipe Anderson est plus puissant. C’est un joueur qui a beaucoup de force dans les jambes, qui a des idées claires lorsqu’il tire au but et aide le milieu de terrain”. Alors oui, l’eau a coulé sous les ponts et le crack n’a pas toujours confirmé les espoirs placés en lui. Il peine à se présenter, tout au long de ces 4 saisons, comme un titulaire indiscutable dans un championnat très tactique dans lequel il est parfois difficile de s’exprimer. Cette saison reflète bien la tendance, avec 21 matchs joués pour 4 buts inscrits et 7 passes décisives. Il possède toutefois toutes les qualités pour briller outre-Manche. Il n’est peut-être pas le plus rapide, mais ses dribbles déroutants, sa polyvalence sur le plan offensif et sa bonne conservation de balle le rendent imprévisible. S’il dispose des clés du jeu et d’une liberté similaire à celle qu’il a pu avoir en Italie, il fera un bon complément à un joueur comme Lanzini dans un registre tout aussi créatif, mais plus technique. Sous la houlette de Pellegrini, l’occasion est belle de s’imposer comme l’élément offensif clé au sein d’un club ambitieux. Un club qui n’a pas retrouvé un leader offensif digne de ce nom depuis le départ de Dimitri Payet en janvier 2017. La relève est peut-être là.

De l’argent et des idées, mais combien de temps ?

L’arrivée de Manuel Pellegrini est la meilleure nouvelle qui pouvait arriver à West Ham au cours de l’intersaison. Son expérience et son savoir-faire ne seront pas de trop pour redresser une équipe en perdition la saison passée. Pour autant, faire venir un coach reconnu et des joueurs de renom n’est pas un gage de résultats. Reste à savoir combien de temps le club est prêt à accorder à un entraîneur capable de tirer le meilleur de son effectif, pour peu qu’on lui laisse du temps. Cette variable dépendra aussi de la réaction et de la propre patience des supporters, sur les nerfs la saison dernière. Les 52.000 abonnements vendus semblent être un premier signal positif envoyé à la direction et à son entraîneur. Ce dernier sait que son passé ne suffira pas à l’entame de la saison et se veut prudent. “Quand vous amenez autant de joueurs, il vous faut sans doute un peu de temps pour trouver le meilleur onze. Mais du temps, le football ne vous en donne pas.” déclarait-il récemment. Même un faiseur de miracles affiche ses propres limites. Car la Premier League n’est pas un championnat à part, et le Chilien ne bénéficiera pas d’un effectif aussi fourni que celui dont il avait la charge à Manchester City. Pour toutes ces raisons, West Ham présente des atouts et des joueurs talentueux qui doivent redorer le blason du club. Cela devrait se traduire par un meilleur classement saison que la saison passée. Pour autant, la transition ne se fera pas en claquant des doigts et l’assimilation du jeu de Pellegrini pourrait demander un certain temps d’adaptation aux joueurs. Notre pronostic : une 8ème place.

L’auteur

Clément

Clément

Maladroit dans la vie comme Valère Germain devant le but, passionné du beau jeu de Bielsa en passant par Guardiola, fan de Manchester City depuis des années, jusqu'aux abords du fameux Emptyhad. Nostalgique de Leeds où il a vécu, dans une ville qui manque à la Premier League. Peut passer du calme et de l'impassibilité d'un Mourinho à la folie furieuse de Klopp en un quart de seconde au cours d'un match.