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Preview PL 2018/19: Southampton, repartir sur des bases saines

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Direction le comté du Hampshire, où Southampton apparaît en danger dans l’élite du football anglais et cherche à se relancer, après une saison des plus âpres.

Un parcours en montagnes russes

Depuis sa victoire en FA Cup et la première montée en D1 Anglaise de son histoire, en 1966, le Southampton FC avait réussi à se stabiliser durablement au plus haut niveau du football Outre-Manche (avec seulement un passage éclair à l’échelon inférieur en 1974-77). Le club a cependant connu une période des plus difficiles après sa relégation en 2005. Le vice-champion d’Angleterre 84 derrière Liverpool, sur fond de problèmes financiers, a d’ailleurs, le temps d’une saison, connu la League One. Le salut du club, est venu par l’arrivée en 2009 de Markus Liebherr, homme d’affaires suisse, accompagné de son associé Nicola Cortese. Par les nominations d’Alan Pardew, puis de Nigel Adkins, le recrutement de joueurs comme Ricky Lambert, et l’appui sur l’académie, les Saints sont revenus dans la si convoitée Premier League en 2012.

Le travail effectué a permis à Southampton de devenir une écurie solide du championnat. Tour à tour, les managers ont réussi à obtenir des résultats encourageants : Mauricio Pochettino, qui fait aujourd’hui les beaux jours de Tottenham, a amené le club à une 14e place puis une 8e place. Koeman qualifia les Saints en Europa League deux fois de suite avec une 7e et 6e place, avant de partir pour Everton.  Claude Puel lui, classa les Saints 8e tout en atteignant une finale d’EFL Cup perdue contre Manchester United. Une régularité qui laissait entrevoir une bonne saison 2017/18, malgré l’éviction – pour des différends internes – du manager français et l’arrivée de Mauricio Pellegrino, l’Argentin ayant à l’époque une bonne cote, après une saison réussie sur le banc d’Alavès. Lemina, Hoedt, Bernardek étaient venus renforcer les rangs, alors que Martina, Cáceres, Gardos, et Jay Rodrigues les avaient quittés.

Mauricio Pellegrino
Mauricio Pellegrino, démis de ses fonctions à Southampton (Crédits : ITV)

Cependant, de toute évidence, rien ne s’est passé comme prévu. Le manager argentin voit son équipe débuter le championnat dans le ventre mou, mais c’est après le Boxing Day que Southampton commença à flirter avec la zone de relégation. Avec en plus le départ au mercato d’hiver de Virgil Van Dijk, les Saints ne pouvaient prétendre qu’au maintien. Après une écrasante défaite 3-0 contre Newcastle à la 30e, Pellegrino est – enfin – démis de ses fonctions, laissant sa place à Mark Hughes, un ancien de la maison. Grâce à de précieux points engrangés contre Bournemouth, Swansea, concurrents au maintien, ainsi qu’Everton et Leicester, l’objectif est atteint : la 17e place assure le maintien avec un bilan de 37 buts marqués et 56 encaissés.

En dehors des terrains, Southampton s’est vu céder, comme bien d’autres clubs, face aux offres de rachat venant de Chine. Lander Holdings, avec à sa tête Gao Jisheng, a racheté pour la modique somme de £200M, environ 80% des parts du club – en laissant donc 20% à la famille Liebherr -, néanmoins, les objectifs des acheteurs, semblent pour l’instant assez flous.

Une équipe et des doutes

Une défense orpheline…

Une des décisions fortes de cette saison du côté de Southampton, est la mise à l’écart de Fraser Forster au poste de gardien de but. Après un début de saison en titulaire dans les cages, le natif de Hexham longtemps courtisé par les grands clubs du Royaume, a été relégué sur le banc par Alex McCarthy. Pour cause, le nombre important de buts encaissés et une irrégularité notable dans ses performances. Il faut ajouter à ce poste Angus Gunn. Le jeune gardien de 22 ans arrivé pour une dizaine de millions en provenance de Manchester City (prêté la saison dernière au Celtic Glasgow), a pris part activement à la pré-saison, ne laissant à Forster qu’une place de 3ème homme… et le poussant vers la sortie si l’opportunité se présente.

Mais s’il y a bien un poste où les Saints se voient considérablement affaiblis, c’est la défense centrale. En effet, remplacer un défenseur tel que Virgil Van Dijk n’est pas une mince affaire. Pellegrino et sa direction avaient fait venir l’an dernier un autre batave, Wesley Hoedt, qui malgré un potentiel certain et des prestations intéressantes, a pris du temps à s’adapter au jeu anglais. Ce dernier devra donc prendre le rôle de patron de la défense, épaulé d’un Vestergaard, international danois, tout juste arrivé du Borussia Mönchengladbach. En soutien, Bednarek, Yoshida et Stephens. Southampton jouit aussi de latéraux talentueux, en les personnes de Cedric Soares et de Ryan Bertrand qui peuvent, si utilisés à bon escient, redevenir un point fort.

… une attaque aussi orpheline, mais prometteuse

Mohammed Elyounoussi
Mohammed Elyounoussi, une recrue prometteuse (Crédits: SouthamptonFC)

Alors que Van Dijk a rejoint Liverpool, un autre composant de la colonne vertébrale des rouges et blancs a quitté la formation : Dusan Tadic. Cerveau offensif de l’équipe ces dernières années, le Serbe ne représente pas qu’une perte sportive, mais bien plus. Sa mentalité de guerrier, et son apport au vestiaire seront à combler. Avec les échecs au club de Sofiane Boufal, et Guido Carillo – transfert le plus onéreux de leur histoire -, un nouveau visage sera attendu au tournant : celui de Mohammed Elyounoussi.

Le joueur norvégien, repéré par pléthore de clubs à Molde, sort de deux belles saisons à Bâle. En 84 matchs, il a inscrit 23 buts et donné 30 passes décisives. Avec une palette très complète, il peut, en cas de réussite dans ce nouveau cadre, offrir des solutions aux Saints. Pouvant jouer milieu offensif, ailier droit et majoritairement ailier gauche, il dispose d’une très bonne vision du jeu, d’un volume, d’une bonne vitesse avec des qualités techniques évidentes (dribbles, frappe de balle, qualité de passe). Hughes devra exploiter ses qualités, sa capacité à se déplacer, ses appels, mais pourra également compter sur lui pour les tâches défensives et le pressing. Elyounoussi a tout d’un bon joueur de ballon.

La pré-saison de Southampton quant à elle, laisse envisager une association en pointe de Manolo Gabbiadini aux côtés de de Charlie Austin, pouvant être complémentaire. La présence de ce dernier dépend notamment de sa condition physique, lui qui a longtemps été blessé cette saison. Nathan Redmond, en toute vraisemblance, sera lui aussi un élément majeur de Southampton. Sur le banc, peu de mouvement avec la présence de Long, Gallager et Sims.

Dans l’entrejeu, hormis l’arrivée de Stuart Armstrong du Celtic et un nouveau prêt de Clasie, la tendance est à la stabilité. Mario Lemina arrivé l’an dernier, et Oriol Romeu ont joué un rôle important cette saison. Pierre-Emile Hojberg, lui, est fortement apprécié par Mark Hughes qui en a fait un titulaire régulier en fin de saison. Sans oublier James Ward-Prowse, l’étendard de l’académie de Staplewood, et le capitaine nord-irlandais Steven Davis. Reed et McQueen auront quant à eux un rôle dans la rotation.

Staplewood, joyau des Saints

Matt Le Tissier
Matt Le Tissier, enfant du club devenu légende (Crédits : Planet Football)

S’il y a bien une chose immuable dans le club du Sud de l’Angleterre, c’est l’Academy de Staplewood. Pierre angulaire de son identité, notamment depuis l’arrivée de la famille Liebherr qui a considérablement investi dans le centre (les ventes de joueurs l’ont permis), ce lieu surnommé l’Oxford du Football a contribué aux gloires passées de l’équipe, permis un retour en Premier League et a fait de Southampton un club rentable. Des légendes du football anglais comme Alan Shearer ou Matthew Le Tissier, ainsi que des joueurs recrutés par les grandes écuries tels que Bale, Walcott, Oxlade-Chamberlain, Shaw, Lallana (parmi d’autres) ont fait le succès de cette formation de jeunes, pour le plus grand bonheur des fans et du porte-monnaie.

Un club, loin d’avoir les moyens des mastodontes de Premier League, a su tout de même développer une stratégie fructueuse, comme l’expliquait Matt Hale, dirigeant de l’académie des Saints au Journal Le Temps“Nous n’avons pas les moyens de Manchester City, qui recrute très agressivement, et notre bassin régional est coupé par la mer et les forêts. Notre chance est de pouvoir compter sur 25 centres satellites répartis entre le sud du pays, le Grand Londres et le pays de Galles”. Rien n’est laissé au hasard, que ce soit dans la détection des jeunes, ou dans l’instauration d’une identité de jeu propre au club.

“Nous regardons moins les performances que le potentiel. Chaque sélection est parée d’incertitudes, mais nous suivons une systématique. Tout ce qui est analysable est analysé: la croissance musculaire, la taille potentielle, les années d’entraînement au moment de la sélection”

“Toutes nos équipes jouent en 4-3-3. Nous sommes l’une des seules académies anglaises à prêcher une circulation du ballon depuis l’arrière. C’est la meilleure façon de progresser”. – Matt Hale

Ce contexte de travail précis, millimétré, adapté, et stricte, avec néanmoins un aspect humain, continuera donc à fournir à l’équipe première de nombreux joueurs (après un fort écrémage) et à assurer une certaine stabilité, comme dans tout club formateur. Cette saison, ils seront 7 dans l’équipe première à être issus de Staplewood : Matt Target, Jack Stephens, James Ward-Prowse, Harrison Reed, Sam McQueen, Josh Sims et Sam Gallagher.

Le maintien avant tout

Southampton a su, avec Mauricio Pochettino puis Ronald Koeman, s’installer dans la première partie de tableau en PL, dans la course à une place européenne. Le tout avec un football attrayant, moderne, et un équilibre entre jeunesse et expérience. La saison dernière et la 17e place décevante viennent donc stopper net les ambitions du club. L’objectif des Saints est le maintien, sous la houlette de Mark Hughes, entraîneur britannique plus “à l’ancienne”, moins innovant. Le Gallois, reconduit pour 3 ans, laisse transparaitre un certain optimisme dans ses déclarations :

“Beaucoup de changements ont eu lieu, pour de bonnes raisons. Je pense qu’il faut avoir une attitude progressive, à la fois en tant qu’équipe et club. Un gros travail a été effectué pour nous faire avancer, avec un peu de chance nous bénéficieront des progrès réalisés.” – Mark Hughes

Tout dépendra donc de l’adaptation des recrues estivales, mais surtout de la manière dont les joueurs seront réceptifs au travail de Mark Hughes. En cette saison de transition, assurer le maintien est l’objectif premier du club, avant de chercher à s’installer dans le milieu de tableau. Notre pronostic : une 16e place.

L’auteur

William

William