FocusPL Preview

Preview PL 2018/19 : Manchester City, à l’aube d’une domination ?

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Place désormais au champion en titre, Manchester City, qui tentera de devenir le premier club depuis 10 ans à remporter deux titres consécutifs.

Manchester City, le jour d’après

Une saison quasi parfaite

Il faut dire une chose d’emblée, sur laquelle tout monde pourra s’accorder. Effectuer une seconde saison à de telles hauteurs sera impossible pour Manchester City. Atteindre 100 points dans le championnat le plus dense du monde relevait de l’exploit d’une vie collective. Tous les astres étaient alignés la saison passée pour que la bande à Pep aille décrocher le titre avec la manière. Il n’y a que peu de chances qu’un tel concours de circonstances arrive à nouveau. Jamais une équipe n’avait fracassé autant de records, rarement une équipe n’avait dominé autant tous ses adversaires, mis à part Liverpool, et rarement une équipe n’avait suscité tant d’admiration et de frustration mêlées face à une telle force collective. Aligner 18 victoires consécutives dans un championnat aussi relevé apparaît comme un exploit à inscrire dans les livres d’or du football anglais, juste en-dessous de la saison des Invincibles probablement. Un exploit qui ne doit cependant rien au hasard.

Sterling, de Bruyne et Silva célèbrant un but.
Sterling, De Bruyne et Silva, trois des principaux protagonistes de la saison passée (Crédits: Sky Sports).

Car la force des Citizens et de Guardiola aura été de trouver un équilibre très tôt dans la saison, dans la lignée du onze aligné lors de la saison 2016/2017. Mis à part Ederson et Kyle Walker, tous les autres cadres de cette saison avaient déjà foulé la pelouse de l’Etihad Stadium. Passé rapidement à un 4-3-3 suite à la grave blessure de Benjamin Mendy, Pep Guardiola a trouvé la recette avec une équipe modulable tactiquement, mais rarement sur la feuille de match. Walker et, à la surprise générale, Fabian Delph ont apporté l’équilibre d’équipe et la fiabilité défensive qui manquaient à Manchester City. Une fiabilité sur laquelle a pu s’appuyer une attaque plus libérée, plus complice également. En quelques mois, Raheem Sterling s’est révélé être un buteur insoupçonné. De Bruyne a longtemps été considéré comme le meilleur joueur du Royaume avant une tempête de sable venue d’Égypte. Quant à David Silva, il a profité des succès des siens pour entrer un peu plus dans la lumière et recevoir les louanges qu’il méritait depuis déjà plusieurs années.

La casa de Pep

Pep Guardiola à la recherche de solutions.
Pep Guardiola a conscience de la distance colossale qui sépare pour le moment Manchester City d’un second titre de rang (Crédits: Sky Sports).

Un manager tient généralement le rôle ingrat de louer les performances de ses joueurs en cas de victoire et de prendre la responsabilité des défaites. Ce rôle là, Pep Guardiola en a connu les deux facettes lors de ces deux premières saisons. En apprentissage à son arrivée en 2016, il encaisse les bévues défensives d’une équipe qui se cherche encore pour son baptême du feu. La saison passée, en revanche, il a connu les joies de se tapir dans l’ombre de ses joueurs, rayonnants tous les week-ends sur toutes les pelouses du Royaume. Pour autant, il reste le Professeur, le cerveau. Celui par qui toute cette dynamique presque machinale s’est enclenchée. Comme tout concepteur d’un plan quasi parfait, il ne cherche pas à être aimé, juste à voir son plan se réaliser comme il l’envisage. La bande-annonce du documentaire All or Nothing, qui plonge dans les coulisses du titre acquis, résume en quelques citations du Catalan l’impact qu’il a eu sur son équipe, ce rôle parfois difficile à assumer :

“Certains joueurs sont meilleurs quand ils sont en colère contre moi. Si vous devez me détester, détestez-moi. Mais, à chaque séance d’entraînement, à chaque match, vous devez être là et être prêts. La qualité est là. Vous êtes des joueurs talentueux. Mais pour être la meilleure équipe, vous devez apprendre à jouer au football avec courage”.

À la fois protecteur et exigeant, Pep Guardiola a tiré à son paroxysme le potentiel d’un groupe jeune, complémentaire et talentueux. Des caractéristiques qui correspondent au profil d’autres équipes sans qu’elles ne soient capables d’approcher la performance de ce qui a été réalisé la saison dernière. Néanmoins, le passé est derrière et la défense du titre se dévoile de plus en plus à l’horizon. L’erreur à commettre serait de comparer les résultats, les performances du City de la saison passée avec celles de la saison à venir. Et ça, Pep Guardiola l’a très bien compris : “Nous n’allons plus battre de records. C’est impossible, presque impossible. L’objectif est de gagner le match suivant et trouver le moyen de gagner ce match. Si nous comparons ce qu’on a fait en novembre, décembre, janvier, nous allons perdre toutes les comparaisons avec ce que nous avons accompli l’an dernier”. Se concentrer sur le jeu, uniquement sur le jeu, sera la clé des succès, plus prestigieux cette fois. Parce que conserver son titre permettra d’inscrire Manchester City dans les tablettes des meilleures équipes de l’histoire du Royaume.

Un effectif taillé pour durer

Une défense rarement aussi armée

Réputés pour leur fragilité défensive et des erreurs de casting mémorables, à l’image d’Eliaquim Mangala, les Citizens pourront cette fois s’appuyer sur une défense aussi solide que modulable au vu des 4 centraux à la disposition de Pep Guardiola. S’il est épargné par les blessures, Vincent Kompany possède les atouts physiques et l’expérience nécessaire pour faire durer le plaisir en championnat. Nicolas Otamendi sort d’une belle saison en club et voudra confirmer. Enfin, John Stones et Aymeric Laporte incarnent l’avenir du club dans la durée à ce poste, eux qui sont nés à un petit jour d’intervalle. Dans les couloirs, Kyle Walker, Danilo et Benjamin Mendy constituent les véritables adeptes du poste, tandis que Delph ou Zinchenko pourront entrer en scène à gauche en cas de pépins physiques. Nul besoin de recruter donc de la part de la direction des Skyblues. Les joueurs se connaissent bien et, dans cette zone du terrain, cela constitue déjà un avantage considérable. Les soucis défensifs de City, du moins sur le papier, semblent bien loin.

Le point d’interrogation : Fernandinho esseulé devant sa défense ?

Fernandinho
Fernandinho pourrait être bien esseulé si aucun renfort ne débarque dans un rôle de milieu défensif (Crédits: Manchester City).

S’il fallait trouver un point faible, sur le papier, à cette équipe de City, ce serait sans aucun doute le poste de sentinelle. Dévolu sans contestation possible à Fernandinho, le poste manque d’une solution de recours au milieu brésilien. En cas de suspension ou de blessure, Ilkay Gündogan s’est montré à son aise dans les phases de conservation de balle mais il ne dispose pas de la même science du placement et des mêmes capacités physiques à la récupération. D’autant que l’international allemand est généralement aligné comme milieu relayeur, poste auquel il sera encore amené à suppléer David Silva ou De Bruyne, aux côtés du tout jeune Phil Foden. Sur une saison, la fraîcheur est un élément important, et celle d’une sentinelle est primordiale quand vient le printemps.

D’autant que, dans sa quête d’un complément à Fernandinho au poste de numéro 6, la direction sportive a fait chou blanc. Jorginho et Fred, annoncés proches de Manchester City, ont finalement signé à Chelsea et Manchester United, deux clubs rivaux. Pep Guardiola, pas alarmiste en ce qui concerne la période des transferts, sait qu’il dispose de solutions à moyen-terme pour compenser un éventuel imprévu. Utilisé essentiellement au poste de latéral gauche pour remplacer numériquement Mendy, Fabian Delph s’avérera un couteau suisse précieux pour dépanner durant la saison.

 

Une attaque toujours plus menaçante

Liverpool et Manchester City vont, sans aucun doute, se disputer le statut d’attaque la plus impressionnante du championnat, que ce soit sur le papier ou sur les pelouses. En ajoutant Riyad Mahrez à une armada offensive considérablement fournie, Manchester City affiche d’ores et déjà une ambition dévorante, en Angleterre comme sur l’échiquier européen. L’international algérien devra toutefois cravacher pour se faire une place au soleil. Il part avec le désavantage de débarquer après un sacre écrasant. Qui va-t-il remplacer dans le onze de départ ? Leroy Sané apparaît comme indéboulonnable. Seul Raheem Sterling, décisif à de multiples reprises la saison dernière mais coupable de loupés souvent préjudiciables devant les cages, paraît à sa portée. Et encore, Bernardo Silva mériterait également d’enfiler une chasuble de titulaire à l’entraînement, lui qui a souvent joué et rarement déçu.

Gabriel Jésus face à Sergio Agüero
Agüero et Gabriel Jesus : la clé du succès en 2019 ? (Crédits: Manchester City).

Enfin, Manchester City, comparé aux autres attaques de Premier League, dispose de deux purs buteurs de classe mondiale. Gabriel Jesus et Sergio Agüero sont, sauf blessures, tous deux capables d’inscrire une vingtaine de buts par saison. Le premier cité constitue l’héritage du buteur argentin, mais il doit s’affermir encore un peu plus face à des défenses rugueuses. Le second, lui, n’est plus qu’à une petite unité des 200 buts en club, preuve de son impact énorme sur l’histoire du nouveau Manchester, celui de Sheikh Mansour. Reste à savoir si Pep Guardiola tentera de les aligner à nouveau ensemble, comme ce fût le cas contre Liverpool et Watford en début de saison dernière, avant l’absence de longue durée de Mendy. L’association avait marché à merveille. Ils n’ont plus vraiment eu la chance de s’exprimer seuls devant par la suite. L’occasion serait belle, alors que Manchester City devra se renouveler et surprendre ses adversaires cette saison.

Leroy Sané, gare à la bête blessée

Attention, bête blessée. Oublié de la liste définitive de Joachim Löw, Leroy Sané arrive frais et avec la rage au ventre à Manchester City. Après une seconde saison remarquable en tout point de vue, élu meilleur jeune du championnat, l’ailier allemand a mal vécu sa non-convocation, sans pour autant tourner le dos à sa sélection, à l’instar d’un certain Adrien Rabiot. Loin de là d’ailleurs. Il avait publié des messages d’encouragements à ses compatriotes avant la Coupe du monde et fait preuve de compréhension envers la décision de son sélectionner. Pour autant, Leroy est revanchard et trépigne d’impatience à l’aube d’une nouvelle saison. Lui qui avait pour le moment connu une progression linéaire, il fait face à un premier coup d’arrêt sérieux dans sa jeune carrière. Pas rancunier, il est convaincu que le meilleur est à venir pour lui :

Leroy Sané célébrant un but
En constante progression depuis son arrivée en Angleterre, Leroy Sané a les atouts pour devenir le meilleur joueur du Royaume (Crédits: Sky News).

“C’était vraiment difficile la première semaine. Cela m’a juste donné envie de revenir vraiment fort. C’était une surprise parce que je pensais avoir fait une bonne saison. Je ressens encore un peu (la déception) mais c’est une autre saison pour moi et je suis impatient d’y être.”

Au vu du fiasco allemand, tout porte à croire qu’il n’a pas loupé grand chose, si ce n’est une expérience unique dans une carrière de défendre son pays pour la plus grande compétition au monde. Sa force de caractère porte à croire qu’il se relèvera de ce contrecoup. Gare donc aux défenses de Premier League qui devront se charger de l’arrêter. L’arrivée de Mahrez ne met en aucun cas sa place de titulaire en danger. Il a placé le curseur très haut l’an passé avec ses 10 buts et 15 passes décisives. Pour autant, il semble capable de faire au moins aussi bien. D’autant qu’il arrivera affûté physiquement après un mois de juin plus calme que prévu. Ses qualités techniques, son sang-froid devant le but et ses courses tranchantes doivent lui permettre de s’élever encore un peu plus haut. Il a loupé le bon wagon cet été mais ne manquera pas de prendre le premier vol vers les sommets.

D’un sommet à un autre ?

Un effectif stable et solide, des joueurs qui se connaissent bien et sûrs de leur force, un renfort de poids en attaque, un coach qui a foi en ses concepts de jeu, tous les signaux sont au vert pour faire de Manchester City un candidat logique à sa propre succession. Néanmoins, la saison de la confirmation est souvent la plus dure. D’autant plus lorsqu’un club sort d’une saison historique en championnat en fracassant la barre des 100 points. La concurrence n’en sera que plus déterminée au moment de rencontrer l’équipe à battre. Manchester City s’apprête à jouer 38 finales, car même les équipes réputées plus faibles se feront la peau pour résister le plus possible à l’armada offensive des Citizens. Si une autre équipe, comme Liverpool, parvient à tenir la dragée haute aux mancuniens, la quête d’un second titre pourrait s’avérer compromise. Pep Guardiola est lui-même conscient de l’âpreté de la tâche qui attend ses joueurs :

“Je rejoins les personnes qui disent que, pour être considéré comme une des meilleures équipes de l’histoire du football anglais, vous devez gagner plus.”

Ainsi, pour s’inscrire dans la lignée des périodes dorées de Ferguson ou Wenger, Pep Guardiola et ses hommes devront témoigner de la même application et, surtout, du même état d’esprit qui les a animés la saison passée. Les Citizens ont en tout cas toutes les cartes en main pour conserver leur bien. Une lutte féroce les attend, dans laquelle ils partent évidemment favoris. Pour autant, le recrutement effectué par Liverpool et la qualité de jeu affichée par les Reds l’an passé en font un challenger redoutable. La rédaction voit les Citizens s’incliner d’une courte tête, la faute à un certain essoufflement et une concurrence accrue. Notre pronostic : une 2ème place.

L’auteur

Clément

Clément

Maladroit dans la vie comme Valère Germain devant le but, passionné du beau jeu de Bielsa en passant par Guardiola, fan de Manchester City depuis des années, jusqu'aux abords du fameux Emptyhad. Nostalgique de Leeds où il a vécu, dans une ville qui manque à la Premier League. Peut passer du calme et de l'impassibilité d'un Mourinho à la folie furieuse de Klopp en un quart de seconde au cours d'un match.