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Preview PL 2018/19 : Huddersfield, gare à la chute

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Au tour d’Huddersfield, dont le seul objectif cette saison est de ne pas connaître la relégation en Championship. 

L’aventure d’une vie

« Le style exact de notre football est assimilable à un terrier. Nous ne sommes pas les chiens les plus gros, nous sommes petits, mais nous sommes agressifs, nous n’avons peur de rien, et on aime se battre avec les plus gros chiens. On est rapides, mobiles et endurants. » Le franc-parler de David Wagner avait de quoi faire sourire à l’époque, tant la montée de son équipe fut un exploit considérable il y a plus d’un an. Mais force est de constater que sa méthode a été appliquée à la lettre par son groupe qui malgré de réelles faiblesses dans le jeu, a toujours compensé par l’état d’esprit. En prime, le soutien indéfectible du John Smith’s Stadium garni à chaque rencontre à domicile, grâce entre autres à une politique d’abonnement parfaitement ficelée par les dirigeants du club – les fans déboursaient en moyenne seulement 6 pounds pour assister au match de leur équipe – bien loin des comptes d’apothicaire de plusieurs clubs de l’élite. L’ascension d’Huddersfield est avant tout un alignement des planètes qui a débuté à l’été 2016.

David Wagner
Le travail de David Wagner est à saluer, tant son équipe lui ressemble à tous les niveaux – ©Guardian

À cette époque, le club végète en Championship et ne semble pas destiné à monter en Premier League. David Wagner, arrivé depuis un an décida alors de créer une union au sein de son groupe. Lors d’un voyage en Suède d’une semaine, ses joueurs vont devoir faire sans électricité, sans connexion internet, sans chambre d’hôtel et sans téléphone. Une immersion dans la nature pour confectionner ce qu’Huddersfield a montré la saison passée : la cohésion. Exit donc les stages sous le soleil de l’Espagne ou dans les alpages autrichiens. En n’ayant accordé aucun passe-droit, l’ancien coach de la réserve de Dortmund avait pris un risque – réfléchi – celui de voir sa troupe se liguer contre lui. Rien de tout cela n’arrivera. Le point de départ d’une aventure entre un entraîneur et ses joueurs qui continue une nouvelle fois en Premier League au terme d’un millésime 2017-2018 laborieux dans ses dernières journées. Le maintien du club a tenu sur un fil précaire et il le doit à une première partie de saison où il a été prendre des points.

Une récolte précieuse car si l’on regarde de plus près, les Terriers ont frôlé la correctionnelle. Pire attaque du championnat avec Swansea (28 buts inscrits), Huddersfield n’a glané que 9 succès en 38 journées, tout en chutant vertigineusement de journée en journée. Semaine après semaine, le « gegenpressing » – un pressing tout terrain selon Wagner – s’est effacé, les doutes sont nés, le football a été balbutié, seul l’instinct de survie a sauvé le club d’une descente en Championship. En somme, ce sauvetage a tout du petit miracle et le coach des Terries le sait très bien : “le maintien fut un véritable exploit. Cette saison, nous serons probablement parmi les favoris pour la relégation, a affirmé David Wagner auprès de Sky Sports mi-juillet. Mais nous avons prouvé plusieurs fois que les cotes et les pronostics ne comptaient pas. L’important c’est ce qui se passe sur le terrain et là nous donnerons le meilleur de nous-mêmes.”

David Wagner : “Cette saison, nous serons les favoris pour le relégation. Mais nous avons prouvé plusieurs fois que les cotes et les pronostics ne comptaient pas.”

Il faudra néanmoins gagner face aux concurrents directs, conséquence d’un maintien acquis à l’arrachée l’an passé, car Huddersfield avait lâché des points contre des futurs condamnés (Stoke, Swansea) ou même face à des équipes se battant pour s’en sortir comme Southampton, West Ham. Les Terriers, plus expérimentés, devront se montrer intraitables, au risque de voir le couperet tombé.

Un manque de profondeur de banc et un mercato quasi inexistant

Derrière l’état d’esprit, David Wagner sait qu’il peut compter sur plusieurs individualités. Aaron Mooy d’abord, véritable métronome de son équipe, mais aussi le puissant défenseur danois Zanka, auteur d’une belle Coupe du monde avec le Danemark. Ses pions sont essentiels dans l’équilibre des Terriers. Ils le seront encore davantage cette saison et devront élever leur niveau de jeu. Mais en perdant Tom Ince, qui a rejoint Stoke, Huddersfield a peut-être fait une erreur, celle de laisser partir un choix offensif déjà peu nombreux au sein de l’effectif, même si du côté de Wagner, on a préféré faire preuve de rationalité : « Je pense que ce transfert avait du sens car nous avons quelques alternatives à ce poste. C’est pourquoi j’ai pensé que c’était gagnant pour les deux clubs. » En fonction de l’animation, le technicien américano-allemand a du choix, certes, mais pas tellement car avec un Alex Pritchard souvent blessé, un Rajiv Van La Parra sur courant alternatif et Ramadan Sohbi qui doit encore s’intégrer, les solutions peuvent vite s’amenuiser. Même problème en défense, où seul Terrence Kongolo est venu renforcer un secteur déficient, après avoir été prêté par Monaco au mercato d’hiver. Bien que l’effectif n’ait pas vraiment bougé, de nombreuses inquiétudes subsistent à plusieurs postes et la profondeur de l’effectif s’en ressent. Huddersfield a joué la stabilité plutôt que de se renforcer à des postes clé. Un choix légitime pour le club d’un point de vue financier, mais qui comporte des risques tant la fin de saison dernière fut asphyxiante. En ce sens, les Terriers n’ont pas toutes les cartes en main et si les renforts n’arrivent pas, il sera difficile de croire en ses chances de maintien. Et les individualités ne seront pas l’arbre qui cache la forêt.

Aaron Moy, kangourou à maturité ?

À bientôt 28 ans, Aaron Mooy ne va connaître finalement qu’une deuxième saison au haut niveau. C’est ce qui fait le charme de ce milieu de terrain d’un mètre soixante-quatorze, véritable bulldog lorsqu’il arrive sur le rectangle vert. Avant sa première saison sous le maillot d’Huddersfield, l’Australien avait surtout écumé les pelouses de son pays avec Western Sidney et Melbourne City pendant quatre ans en prêt de Man City, dans le seul but de reprendre du plaisir. Un plaisir disparu sur le vieux continent où Mooy n’avait jamais eu la chance de prouver de quoi il était capable. A Manchester City d’une part, club filial de Melbourne, à Bolton lieu de sa formation et enfin en Ecosse à St-Mirren, où les blessures ne l’ont pas épargné. Des « temps difficiles mais ils servent à vous rendre plus fort » confiait-il au Daily Mail en février. En Australie, Mooy a un double objectif, jouer pour retrouver le niveau qu’était le sien avant ses blessures et espérer taper dans l’œil de l’Europe. Malgré des performances honorables, aucune offre n’intervient, sauf celle du club saoudien d’Al-Nassr en décembre 2015 qui voulait offrir 2 millions de dollars pour s’attacher les services du milieu de terrain, une somme encore jamais vue pour un joueur australien : « j’y pensais vraiment affirmait Mooy au Daily Mail j’avais 25 ans et vous commencez à douter. Les années passent et les chances d’aller en Europe sont de plus en plus petites car vous jouez en Australie et que vous vieillissez. Je savais que si je m’engageais là-bas, je n’aurais jamais évolué en Europe. Alors j’ai décidé d’attendre la fin de saison et de voir ce qui se passe. » 

Aaron Mooy
Chauve, petit, peu souriant, Aaron Mooy s’en moque, ce qui l’intéresse, c’est le terrain ! – ©PremierLeague

Alors que Manchester City n’a aucune envie de le voir revenir, Aaron Mooy s’engage avec Huddersfield pour 10 M £ en 2016, un des transferts de l’été en Championship. Le milieu de terrain devient alors rapidement un pilier des Terriers, ne manquant qu’un match de championnat face à Ipswich et inondant la division de ses délicieuses passes décisives. Complètement sous le charme, David Wagner n’hésitera pas à prendre le micro devant la foule lors des festivités d’accession pour chanter sur l’air de Boney M : « Aaron Mooy, Aaron Mooy, Aaron, Aaron Mooy, He’got no hair, but we don’t care. Aaron, Aaron… » (« Aaron Mooy, Aaron Mooy, Aaron, Aaron Mooy, Il n’a plus de cheveux, mais on s’en fout. Aaron, Aaron… » On s’en moque oui, car même sans ses cheveux, Aaron Mooy a enchaîné les excellents matchs en Premier League. Formidablement bien placé, terriblement intelligent dans la place, le petit Australien a distribué les caviars pour ses partenaires : « il est capable de distribuer des passes décisives comme il le veut » disait Steve Mounié à So Foot avant le mondial.

“Aaron Mooy, Aaron Mooy, he’got not hair, but we don’t care. Aaron, Aaron !”

À la Coupe du monde, Aaron Mooy a montré notamment face à la France que son talent n’était pas usurpé. Le duo Kanté-Pogba s’en souvient encore. Un talent qu’on redécouvrira dans quelques semaines, avec comme seule idée en tête, permettre à Huddersfield de se maintenir.

Huddersfield, boire le calice jusqu’à la lie ?

L’histoire d’Huddersfield cette saison ne se résumera qu’à un seul et unique scénario, le maintien en Premier League. Avec un effectif qui n’a pas bougé, le club peut souhaiter un heureux dénouement. Toutefois, la faiblesse du mercato estival au moment d’écrire ces lignes a tout d’un coup de poignard dans le nid des espoirs. David Wagner n’est pas un magicien et ses volontés de jeu, basées sur l’intensité physique ont besoin de renforts. L’heure est donc au pessimisme pour les Terriers et ce, malgré notre envie de les voir s’en sortir au mois de mai prochain. Notre pronostic sera sans appel, une 20ème et dernière place au classement.

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.