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Preview PL 2018/19 : Chelsea, en transition offensive

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Place désormais aux Blues de Chelsea, en pleine transition offensive après le remplacement d’Antonio Conte par Maurizio Sarri cet été. 

De Conte à Sarri : rupture de style annoncée 

Conte et Chelsea, une séparation attendue mais houleuse

Le feuilleton fut long et a tenu en haleine les supporters de Chelsea une bonne partie du printemps. Mais comme attendu depuis plusieurs mois, Antonio Conte n’est plus le manager de Chelsea depuis maintenant une bonne semaine. Le désormais ex-manager des Blues, licencié pour ” faute grave”, ne recevra pas la moindre indemnité ni pour lui, ni pour son staff (la classe). Sous contrat jusqu’en juin 2019, Conte avait pourtant pris en charge les premiers entrainements de la pré-saison. L’affaire devrait tout de même se régler devant justice. Une chose est sure : ce n’est pas cet épisode qui redorera l’image du club, connu pour son traitement particulièrement difficile envers ses entraîneurs..

Toujours est-il que Conte n’est plus en poste. Le tacticien avait rejoint les Blues il y a deux ans après un Euro 2016 très réussi avec la sélection italienne. Chelsea sortait alors de sa pire saison sur ces vingt dernières années, avec une piteuse dixième place. Après un mercato peu riche, avec essentiellement l’arrivée de N’Golo Kanté, Conte connait des débuts difficiles. Il est même très rapidement remis en question, dès la première trêve internationale, après une lourde défaite sur la pelouse d’Arsenal (3-0). Mais fort de son sens tactique, l’italien réagit en passant d’un 4-3-2-1 à un 3-4-3, “révolution” à l’époque en Premier League, mais aussi en prenant la décision d’écarter certains joueurs, parfois cadres. Ainsi, Conte renverse subitement et totalement la situation, puis réalise l’exploit de remporter la Premier League, avec notamment une série de treize victoires consécutives.

Antonio Conte
Antonio Conte licencié après deux saisons passées sur le banc des Blues. (Crédits : Stu Forster/Getty Images)

Cependant, alors que contre toute attente, Chelsea réalise une magnifique saison, de premières tensions apparaissent entre Conte, les joueurs et les dirigeants. Principalement sur le cas Diego Costa. Tensions, qui, on ne le sait pas encore à l’époque, seront déterminantes dans la chute de l’ancien entraîneur de la Juventus.

Chelsea termine donc champion. Mais déjà des rumeurs sur un départ de Conte font surface, un an seulement après son arrivée au club. La fissure est déjà palpable. S’en suit un mercato tout bonnement catastrophique, symbole de l’incompréhension grandissante entre Conte et le board. Les cadres du titre sur le départ (Diego Costa, Matic) ne sont pas bien remplacés et l’effectif manque cruellement de profondeur et de qualité, alors que la Ligue des Champions s’ajoute au programme. C’est déjà le début de la fin et sans surprise pour la plupart des supporters, la saison devient par moment insupportable. La frustration quant au style de jeu gagne les supporters, et même une partie importante des joueurs dont Eden Hazard qui s’en plaint ouvertement à plusieurs reprises. De son côté, Antonio Conte pointe publiquement du doigt la direction, notamment sur les mercatos qu’il considère insuffisants. La saison dernière, les satisfactions sont quasiment inexistantes malgré une victoire finale en FA Cup.

Le départ de Conte devient donc inévitable. Ce dernier ayant une partie très importante du vestiaire à dos et n’arrivant plus à communiquer avec ses dirigeants. Son bilan à la tête de l’équipe ne reste pas pour autant négatif avec une Premier League et une FA Cup glânées en deux saisons, et le deuxième meilleur ratio de victoires de l’histoire de la Premier League derrière Pep Guardiola. Pour cela, Conte restera certainement dans la mémoire des supporters des Blues.

Maurizio Sarri, une inédite nomination aux multiples défis

Chelsea semblait avoir anticipé le départ d’Antonio Conte depuis déjà quelques mois. Dès janvier en effet, les rumeurs de successeurs surgissaient dans les médias. Les noms de Tuchel ou Allegri étaient alors évoqués. Mais celui qui pendant des semaines fut le grand favori n’est autre que Luis Enrique. Après diverses négociations avortées (certainement une trop grosse demande salariale de l’actuel sélectionneur espagnol), le nom de Maurizio Sarri a fait son apparition dans la short-list des Blues. Les négociations entre le Napoli et Chelsea seront longues et douloureuses mais finalement fructueuses. Sarri rejoignant le club londonien dans le cadre d’un deal avec Jorginho, coup double pour les Blues.

Par ce choix, Chelsea souhaite clairement tourner la page d’un certain style “boring” lui collant à la peau depuis des années et se tourne donc vers d’autres horizons, plus attirants, au moment où le Manchester City de Pep Guardiola et le Liverpool de Jürgen Klopp rayonnent. Le club prend aussi conscience que des entraîneurs comme Mourinho ou Conte ne peuvent pas mener un projet de longue durée, pour diverses raisons, alors que Chelsea cherche depuis un certain temps un manager capable de rester plus de deux saisons et ne se mettant pas automatiquement à dos la moitié du vestiaire en un rien de temps.

Les enjeux de cette nomination sautent donc de suite aux yeux des observateurs avisés du club. Comme nous l’avions déjà évoqué dans un article, le défi de l’Italien s’annonce immense et cela pour plusieurs raisons.

Maurizio Sarri
Maurizio Sarri est devenu le douzième entraîneur de l’ère Roman Abramovitch (Crédits : Steve Paston/PA Images)

Sarri devra tout d’abord avoir la capacité d’imposer sa patte à un club, à un effectif, qui n’a jamais connu pareille philosophie de jeu.

L’idée de jeu et de football de l’ancien technicien napolitain, proche de celle de Pep Guardiola, étant parfaitement opposée au Chelsea de ces dernières années et notamment au football de Conte ou Mourinho, pour ne citer qu’eux. Sarri prônant une possession et un pressing haut, un jeu pensé par des combinaisons travaillées. Un jeu de position structuré et schématisé opposé à l’idée des derniers coachs de Chelsea selon laquelle l’entraîneur doit d’abord travailler son organisation défensive et laisser libres ses joueurs offensifs.

En plus du passage de la Série A à la Premier League impliquant une adaptation tactique face aux plus grands coachs de la planète, mais aussi une nouvelle gestion d’effectif vu l’exigence physique du championnat anglais, Maurizio Sarri devra également s’adapter aux dirigeants de Chelsea réputés pour être particulièrement exigeants vis-à-vis de leurs entraîneurs. Pour rappel, Sarri est devenu récemment le douzième coach de l’ère Roman Abramovitch. La direction sera donc elle aussi attendue au tournant et devra faire certains efforts. L’effort de patience sera primordial. Pour développer au mieux son projet, Sarri aura besoin de temps, certainement plus que les autres du fait de son idée du football inédite pour Chelsea. Mais à Chelsea peut être plus qu’ailleurs, un mauvais début de saison pourrait rapidement mener à une situation ingérable.

Je préfère me divertir et ne pas gagner que l’inverse. Nous, entraîneurs, on est là pour faire grandir les joueurs. Bien jouer ne fait pas toujours gagner, mais ça plait aux supporters. S’amuser en faisant son travail, c’est la plus belle des choses.” – Maurizio Sarri

A première vue, le mariage entre Sarri et les dirigeants de Chelsea suscite même plusieurs interrogations. Difficile en effet de ne pas voir une sorte de décalage entre Sarri, annonçant faire prévaloir le jeu des résultats, et un club hyper exigeant, assoiffé de victoires, qui limoge parfois des entraîneurs venant juste de remporter un titre. En ce sens, Sarri déclarait récemment : “Je préfère me divertir et ne pas gagner que l’inverse. Nous, entraîneurs, on est là pour faire grandir les joueurs. Bien jouer ne fait pas toujours gagner, mais ça plait aux supporters. S’amuser en faisant son travail, c’est la plus belle des choses.”  Difficile d’imaginer les dirigeants de Chelsea, tels qu’on les connait, accepter un tel discours sur la durée. Néanmoins, Sarri rassure et semble lui aussi vouloir s’accommoder à son nouveau club en remportant ses premiers titres, lui qui détient pour le moment un palmarès vierge. “Dans un premier temps je veux faire jouer mon football, essayer de prendre du plaisir et probablement aussi gagner quelque chose.”

Quelle équipe pour le “Sarriball” ? 

Un mercato à peaufiner

Pour lancer le projet Sarri, Chelsea devra faire d’autres sacrifices. L’effort de patience étant évidement un élément nécessaire mais insuffisant, il faudra donner à Sarri les moyens de travailler dans des conditions qui lui permettront d’installer son idéal de jeu. L’italien en est d’ailleurs lui même parfaitement conscient “Je pense que Chelsea est une bonne équipe. Le problème est qu’en Angleterre il y a cinq ou six autres très bonnes équipes. Avec un ou deux ajustements on pourra essayer de jouer mon football.”

L’arrivée de Jorginho pour la somme de 57 millions d’euros (+ 8 de bonus), le plaçant dans le top 3 des arrivées les plus onéreuses du côté de Chelsea, semble en ce sens être un signe encourageant. Ce dernier étant parfaitement adapté au style de Sarri, ayant évolué sous ses ordres au Napoli, le club montre sa volonté d’épauler Sarri, en faisant aussi un gros effort financier. Mais depuis ce premier transfert et à seulement deux semaines de la fin du mercato estival pour les clubs anglais, Chelsea se montre plutôt inactif. L’arrivée de Sarri remplaçant de Conte imbriquant pourtant des changements naturels. Le passage d’un 3-4-3 (ou 3-5-2) à un 4-3-3 rabattant forcément les cartes, plusieurs secteurs de jeu et postes se retrouvent sujets à interrogations, tant les incertitudes sont nombreuses.

Chelsea devra tout d’abord se mettre à la rechercher d’un gardien, Thibaut Courtois se rapprochant fortement du Real Madrid. Malgré une saison bien en deçà de son vrai niveau, il sera difficile de trouver un remplaçant supérieur au belge, qui lors du Mondial a  montré qu’il faisait bel et bien partie du gratin mondial à son poste. Depuis le départ d’Alisson Becker (pressenti chez les Blues) à Liverpool, d’autres noms moins clinquants sont évoqués, ce qui sonnerait comme le premier bémol du mercato des Blues.

Eden Hazard et N'Golo Kanté
Pour clamer ses ambitions, Chelsea devra absolument faire l’effort de garder ses deux meilleurs joueurs (Crédits: chelseaseason.com)

Chelsea devra aussi résister aux intérêts des plus grands clubs de la planète, et absolument conserver ses deux meilleurs joueurs – N’Golo Kanté et Eden Hazard. Les garder serait pour Chelsea le meilleur moyen d’affirmer ses ambitions. Mais ce ne sera pas tâche facile, surtout pour le prodige belge qui a certainement l’occasion de sa carrière de signer au Real Madrid.

Les avenirs d’Alvaro Morata et de Willian sont plus qu’incertains alors que Chelsea se renseigne sur la possibilité de faire venir Gonzalo Higuain, Daniele Rugani ou encore Aleksandr Golovin (très proche quant à lui de Monaco). Il convient tout de même de préciser que l’effectif de Chelsea est à l’heure actuelle, à défaut d’être ultra qualitatif, très quantitatif. Avec un menaçant fair-play financier, il est fortement probable que les prochaines arrivées soient liées aux départs. Il faudra donc dégraisser avant de se renforcer, compliquant un chantier déjà vaste. En imaginant que Chelsea arrive à retenir Hazard et Kanté, l’arrivée d’un ou deux joueur(s) d’ici la fin du mercato semble plus réaliste.

En tout cas, Sarri ne semble pas vraiment liquider ses paquets de cigarettes au sujet du mercato, au contraire d’un Antonio Conte plus sensible à ce sujet. Chose qui pourrait séduire les dirigeants de Chelsea, habitués depuis quelques années à limiter l’ influence des entraîneurs sur le recrutement :

“Je me considère beaucoup plus comme un entraîneur de terrain qu’un manager général. Je pense que je suis l’un des rares managers à s’ennuyer lors du marché des transferts, ça ne m’intéresse pas du tout. Notre boulot de manager, est de faire progresser les joueurs qui sont à notre disposition.” – Maurizio Sarri

Pourtant, la fin du mercato de Chelsea dessinera très vraisemblablement saison prochaine et ses objectifs, par conséquent, le futur de Sarri. Une chose est sûre, le moyen préconisé par Sarri pour arriver aux résultats souhaités, quels qu’ils soient, sera forcément le beau jeu, rien que le beau jeu.

Si on devait se risquer à un éventuel pronostic, Chelsea visera certainement le Top Four pour retrouver la Ligue des Champions, mais nous pensons que les nombreux changements pourraient être un fardeau en cours de saison. Nous les voyons donc finir 5e. De fait, gagner le titre n’est pour le moment pas d’actualité, alors que Manchester City et Liverpool par exemple, semblent bien plus complets et rodés.

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L’auteur

Célestin

Célestin

Célestin pour les uns, Hazpi pour les siens. Par filiation paternelle, fan d'un club bleu de l'ouest londonien instable (donc drôle et attachant) en conflit avec le gouvernement anglais. Habitué du Bridge depuis l'adolescence et bercé par les Lampard, Terry et Drogba, je cherche désormais à ne pas faire d'AVC à chaque contrôle de Bakayoko.