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Preview PL 2018/19 : Burnley, carrefour du old school

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Aujourd’hui, partez à la découverte d’un club passéiste et fier de son jeu old school, Burnley.

La victoire du pragmatisme 

Inimaginable. Impensable. Ce sont sans doute les mots qui sont venus à l’esprit de Sean Dyche et de ses hommes lorsqu’ils ont appris à quelques journées de la fin qu’ils se qualifiaient pour l’Europa League. Une juste récompense pour un club en perpétuelle progression. En effet, les Clarets avancent pas à pas avec toujours un parfum d’ancestralité qui inonde Turf Moor les jours de match. Plus petite ville à abriter un club de Premier League avec environ 75 000 âmes, Burnley ne jouit pourtant pas d’une attractivité reluisante. Dans ce décor de misère sociale où la pauvreté, le chômage, la drogue sont des soubresauts qui collent à la peau des habitants, le club offre une parenthèse enchantée depuis son retour en Premier League.

Le tout, avec une idéologie de jeu bien imprégnée par Sean Dyche. On ne présente plus vraiment ce coach « boute-en-train », capable de plaisanter avec les journalistes en conférence de presse : «J’essaye de leur rendre une belle copie et de donner des réponses justes. D’être le plus honnête possible. Mais tout en faisant ça, s’ils posent une question idiote ou que je sens que je peux m’amuser un peu, je ne me prive pas (sourire). Ce n’est pas parce que le métier d’entraîneur est sérieux que toutes les parties du job doivent être sérieuses. Tu peux avoir des moments fun de temps en temps. J’essaye de ne pas être irrespectueux, même si je suis parfois sarcastique. Ce n’est souvent qu’un jeu de mots ou un trait d’humour qui est probablement naturel chez moi ! » Mais aussi de défendre bec et ongles sa philosophie : « la mentalité de l’ensemble de l’équipe est très importante parce que ceux qui ne jouent pas sont aussi importants que ceux qui sont sur le terrain. Les joueurs doivent être tous préparés. La cohérence est essentielle pour gagner. Vous ne devez pas être exceptionnels chaque semaine, mais au minimum, vous devez être à un niveau qui vous permette d’avoir des points à l’issue d’un match moyen. »

Et ça paye. Le coach des Clarets, en place depuis 2012, a inculqué ses valeurs expiatoires à un groupe réceptif. A Turf Moor, les observateurs ne verront sans doute jamais un jeu attirant à l’œil. Au contraire, ils verront du combat, de l’agressivité et des joueurs solidaires dans l’adversité. C’est d’ailleurs peut-être ça la recette du succès pour le club. Accepter d’être l’antithèse du beau football pour atteindre les objectifs fixés. Le pragmatisme à toute épreuve.

Sean Dyche : “la mentalité de l’ensemble de l’équipe est très importante parce que ceux qui ne jouent pas sont aussi importants que ceux qui sont sur le terrain. Les joueurs doivent être tous préparés. La cohérence est essentielle pour gagner.”

Sean Dyche
Jusqu’au-boutiste affirmé, Sean Dyche a permis à son club de progresser année après année, le tout avec une identité de jeu à son image – ©Guardian

Burnley est sans doute l’un des derniers bastions d’un football passéiste à ce niveau. Quand des clubs de sa stature, comme Bournemouth ou Brighton, tentent d’évoluer avec leur époque, Burnley revient lui plusieurs années en arrière : de longs ballons vers de grands et solides échassiers, un impact physique redoutable sur les coups de pied arrêtés et un bloc replié aux abords de sa surface pour mieux ressurgir en contre-attaque. On frôle sans doute l’ignominie footballistique, mais la recette marche. Pourquoi devraient-ils la substituer ? Contrairement à certains de ses confrères plus disposés à vouloir proposer du jeu, Sean Dyche campe sur ses positions : « notre défi est d’avoir une reconnaissance en Premier League pour ce que nous sommes, pour notre identité, très peu de clubs y arrivent, hormis les six premiers du championnat. Nous souhaitons faire grandir le club saison après saison » expliquait-il au Telegraph ce week-end. Le classement de son équipe l’an dernier lui donne forcément raison. Finir 7ème en marquant – uniquement – 36 buts en 38 journées a offert à Burnley un ticket pour les qualifications de l’Europa League, dont le premier adversaire sera Aberdeen cette semaine, une première depuis 1966, pour le plus grand bonheur de ses fans.

Commencer par une victoire 3-2 sur la pelouse du champion en titre Chelsea avait tout du rêve pour Burnley et laissait augurer de belles promesses. Par la suite, le club du Lancashire a avancé vers les hauteurs sans jamais sortir du top 8 pendant 30 journées. La rigueur, la discipline, la sérénité, ont été les vertus de cette réussite collective qui, les saisons précédentes, avait eu la fâcheuse tendance à s’étioler en fin de championnat. Les Clarets sont parvenus à être réguliers, se débarrassant aussi rapidement des coupes avec une élimination en EFL Cup contre Leeds aux tirs au but, puis au 3e tour de la FA Cup face à Manchester City (1-4). Avec un effectif rachitique d’environ 25 joueurs, il ne valait mieux pas s’aventurer sur plusieurs tableaux pour Burnley, au risque de tout perdre lors du sprint final. Cette septième place finale a pu ouvrir la voie d’une possible aventure aux quatre coins de l’Europe pendant quelques mois. Pour ce faire, il faudra franchir les tours les uns après les autres avec toujours à l’esprit, un football solide, sans le moindre artifice.

Jack Cork
Infatigable travailleur, Jack Cork symbolise parfaitement les valeurs inculquées par son entraîneur – ©BeSport

Le collectif avant tout

On l’a compris, le point fort de Burnley réside dans l’expression de produire un football simple et rigide. Un football lui ayant permis de retrouver l’Europe. Mais pas seulement. Le club peut aussi s’appuyer sur des joueurs besogneux particulièrement mésestimés. Jack Cork est l’un d’entre eux. L’ancien joueur de Southampton est devenu rapidement le cerveau du milieu des Clarets, point de départ à la relance du cuir et toujours le premier homme à se sacrifier lorsque l’édifice est à la limite de s’effondrer. A ses côtés, d’autres lames prêtes à surgir comme les Irlandais Jeff Hendrick et Stephen Ward, l’Anglais Ben Mee ou encore l’Islandais Johan Berg Gudmundsson. A Burnley, la star est l’équipe. Rien d’autre. Un collectif qui se donne jusqu’à l’asphyxie pour répondre aux exigences de Sean Dyche qui en tire le maximum. Les joueurs brillent grâce au groupe. Les avènements conjoints de Nick Pope et James Tarkowski n’auraient sans doute jamais pu se faire si le groupe avait dérogé à ses principes. Peu académique certes, mais en phase avec les idées de jeu de son coach.

“Les résultats passent avant le jeu pour Burnley. Cette philosophie a permis au club d’atteindre ses objectifs.”

Des idées qui pourraient être nuancées sur le poil à gratter des Clarets depuis plusieurs saisons : marquer des buts. La saison passée, Turf Moor a vrombi à seulement… 16 reprises. Soit moins d’un but par match et ce malgré la venue du buteur néo-zélandais Chris Wood – transfert le plus cher de l’histoire du club – escorté d’une carte de visite extrêmement flatteuse : 44 buts sous le maillot de Leeds en 88 rencontres. Sean Dyche semble préconiser la patience avec le capitaine des All White, mais ce n’est pas le vieillissant Jonathan Walters, ni les irréguliers Sam Vokes et Ashley Barnes qui feront trembler les filets. Des recrues offensives ne sont pas non plus à l’ordre du jour. En somme, voir Burnley avec l’une des meilleures attaques de la Premier League relève de l’utopisme. Mais ça, Sean Dyche s’en moque, tant que les résultats lui donnent raison. Prime à la défense.

James Tarkowski, le roc défensif des Clarets

Il fait partie de ceux qui montent les échelons patiemment, en toute discrétion, pour mieux frapper à la porte des rêves. A bientôt 26 ans, James Tarkowski a connu une ascension linéaire avant de se poser en Premier League. D’abord, la League One, sous le maillot d’Oldham entre 2011 et 2014, à seulement un quart d’heure de son domicile familial. Une période où le défenseur a connu une ascension vertigineuse chez les pros, puis une grave blessure. Son coach de l’époque, Tony Philliskirk ne tarissait pas d’éloges sur « Tarsky » au journal l’Independant en mars dernier : « Tarsky parlait aux jeunes défenseurs centraux comme s’il avait dix ans de métier derrière lui. Ils riaient, mais ils l’écoutaient, il fut une figure paternaliste en qui le jeune James pouvait faire entièrement confiance je me souviens lui avoir dit : peu importe ce qui peut se passer, ne t’inquiète pas, tu seras toujours dans mon XI de départ tant que je serais là. » Cette relation de confiance entre les deux hommes a permis à Tarkowski de progresser, le tout en étant entouré des siens. Ce cocon familial qui se déchira en 2014, où après trois saisons fructueuses, Brentford vient le chercher pour former un duo solide avec le capitaine et aboyeur des Bees Tony Craig.

James Tarkowski
À 26 ans, le défenseur de Burnley est l’une des figures montantes du football anglais – ©Independant

Pendant deux saisons, le défenseur central trace son chemin en Championship avec des performances unanimement saluées. Agressif, rapide, fort dans le duel, James Tarkowski parvient à devenir indéboulonnable dans le système de Mark Warburton puis celui de Dean Smith. Mais alors que l’idylle perdure, une offre va tout bouleverser. En janvier 2016, Burnley qui cherche un homme pour épauler Michael Keane en charnière centrale, souhaite enrôler le défenseur de Brentford. Problème, les deux formations doivent s’affronter en championnat le 15 janvier. Titulaire indiscutable des Bees, James Tarkowski refuse alors de jouer cette rencontre pour rejoindre Burnley à la surprise de son club. Un choix non pas financier, mais familial : « je souhaitais être plus proche de Manchester car ma mère était malade. Ce n’était pas uniquement un choix sportif, ni une envie financière, ma mère n’allait pas bien. J’ai eu deux belles années à Brentford, mais je devais prendre cette décision. J’aurais aimé que cela ne se termine pas ainsi. »

Tony Philliskirk : “à Oldham, Tarsky parlait aux jeunes défenseurs du club comme s’il avait débuté sa carrière il y a dix ans. Ils en riaient, mais il était écouté.”

Ce choix forcé fût le début d’un chapitre avec les Clarets. Après le départ de Michael Keane pour Everton, James Tarkowski devient un des hommes de base de Sean Dyche. Sous la coupe du « Ginger Mourinho », le défenseur de 26 apprend, en toute simplicité : « les choses sont très basiques avec le coach. Il n’y a pas de complication. On n’essaie pas de proposer un football spectaculaire avec des joueurs qui bougent de tous les côtés. Nous savons ce nous valons et ce dans quoi nous sommes bons. » Ses excellentes performances lui ont d’ailleurs permis la saison dernière de toquer à la porte des Three Lions de Gareth Southgate. Une cape plus tard, le voilà présent dans la liste des réservistes pour la Coupe du monde. En l’espace de quelques mois, l’enfant de la banlieue de Manchester est passé d’un certain anonymat à une possible participation pour le plus grand tournoi de la planète. Une juste récompense pour l’un des joueurs les moins côtés de Premier League.

Faire aussi bien que l’exercice précédent

James Tarkoswki sera également un atout indispensable pour confirmer la progression du club. En terminant septième, Burnley s’est immiscé dans la première partie de tableau, ce qui n’était pas arrivé depuis des lustres. Un temps que les moins de quarante ans n’ont jamais connu. Un temps où le génial Harry Potts donnait aux Clarets un rayonnement européen. Désormais, c’est à la nouvelle génération d’essaimer les épisodes de son destin, dans un football moderne qui ne ressemble plus vraiment à celui des 60’s. Toutefois,  il sera difficile pour Burnley de réitérer sa performance de la saison passée. Encore plus si le club arrive à construire une aventure européenne, ce qui leur est souhaitable forcément. C’est pourquoi nous les voyons terminer en fin de première partie de tableau, à une jolie place tout de même, compte tenu de leurs qualités : 10e

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.