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Preview PL 2018/19 : Bournemouth, autel du jeu

Pour la reprise de la saison 2018/2019 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Après Londres et Arsenal, cap au sud de l’Angleterre pour découvrir les Cherries de Bournemouth.

À Dean Court plus qu’ailleurs, le jeu a la part belle. Les Cherries sont adeptes d’un football attrayant à l’œil et si possible avec efficacité. Si les résultats ne sont pas toujours au beau fixe depuis son accession en Premier League, Bournemouth peut se targuer de ne jamais avoir dérogé à ses principes footballistiques. Le jeu, la vitesse, des ingrédients aussi savoureux que les idées de son chef d’orchestre, Eddie Howe.

Une ligne directrice portée par le jeu

Entamer une quatrième saison consécutive dans l’élite du football anglais n’est pas anodin, encore plus si cette équipe se nomme Bournemouth. Avec un budget rachitique en comparaison aux mastodontes qui vampirisent la Premier League, les Cherries font office de « petit poucet » en matière de mercato, de stade – Dean Court étant l’enceinte qui peut accueillir le moins de fans ; 11 464 places précisément – et d’expérience historique. En clair, voir les hommes d’Eddie Howe toujours au banquet des rois d’Angleterre est un vrai conte de fées quand on sait qu’il y a moins de dix ans, le club alors en League Two, avait été placé sous redressement judiciaire en raison d’un déficit de 4 millions de livres après avoir débuté la saison 2008-2009 avec un déficit de 17 points. Sauvé in extremis par un consortium d’hommes d’affaires réunissant Eddie Mitchell et Jeff Mostyn, le club connaissait alors un nouveau souffle. Une décennie plus tard, Bournemouth continue son ascension avec une politique interne extrêmement bien ficelée et un coach qui entame sa sixième saison consécutive au club – mais sa neuvième au total – puisque après sa carrière de joueur, Eddie Howe avait pris les rênes de son amour éternel avant une brève excursion de quelques mois à Burnley.

A seulement 40 ans, Eddie Howe possède – déjà – une solide expérience en tant que coach et incarne le renouveau des entraîneurs britanniques – ©PremierLeague

Sportivement, les Cherries continuent de stabiliser leur effectif. Pour l’heure, un seul transfert est à signaler, celui du jeune milieu gallois David Brooks qui sort d’une magnifique saison avec Sheffield United en Championship à seulement 21 ans. Derrière cet achat à prix défiant toute concurrence, une vraie stratégie : la cohérence. A Bournemouth, on privilégie l’avenir et la qualité à la quantité. Eddie Howe cherche une alchimie et celle-ci ne peut se faire en achetant à tout-va dans un marché compulsif et boursicoté financièrement pour le club. Autre preuve d’une logique sportive, celle de conserver les maillons d’une chaîne dont l’origine prend sa source en League One, puis en Championship. Sur les vingt-six joueurs composant l’effectif professionnel, ils sont onze à avoir ferraillé dans les divisions inférieures sous la tunique rouge et noire : Steve Cook, Charlie Daniels, Simon Francis, Adam Smith, Harry Arter, Dan Gosling, Andrew Surman, Ryan Fraser, Junior Stanislas, Marc Pugh et Callum Wilson. Ces joueurs ont tous un attachement fort à Bournemouth et à leur coach. Cette union viscérale est importante dans l’incorporation d’une identité de jeu qui s’inscrit sur le long terme. Pour assimiler une partition, les notes doivent être toujours les mêmes et s’assembler.

Au temple des Cherries, le jeu reste une équation fondamentale : du mouvement avec et sans ballon, de la vitesse sur les côtés, des lignes cassées par des appels incessants. La patte Eddie Howe. Un manager dont l’idéologie footballistique est bien arrêtée. En effet, le quadragénaire fait partie d’une nouvelle vague de coachs britanniques à des années-lumière de leurs prédécesseurs qui vouaient un culte dogmatique pour le kick and rush ou pour l’incompétence, au choix. En 2015, tout juste promu en Premier League, Howe s’était fendu d’un discours quasi rigoriste au Guardian : « Je ne dis pas que nous allons marquer 98 buts. Mais nous n’allons certainement pas dévier de notre ligne de conduite, en ce qui concerne la façon dont nous aborderons les matchs. Nous savons que ça va être difficile, nous savons qu’il y aura des obstacles sur notre route, mais je pense que nous sommes prêts pour cela. » Depuis, trois années se sont écoulées et le quadragénaire anglais n’a pas dévié de sa ligne de conduite malgré des résultats chaotiques, mais logiques tant le club ne peut – pour l’instant – viser autre chose que le milieu de tableau.

Eddie Howe : “je ne dis pas que nous allons marquer 98 buts. Mais nous n’allons certainement pas dévier de notre ligne de conduite, en ce qui concerne la façon dont nous aborderons les matchs.”

La collection 2017-2018 de Bournemouth fut celle d’une certaine solidité dans les résultats avec pourtant un départ catastrophique, le club n’ayant glané que quatre petits points après neuf journées. La suite fut beaucoup plus reluisante pour Eddie Howe et ses hommes. Des victoires face aux prétendants pour le maintien et surtout, des coups d’éclat retentissants. Les Cherries se sont offert le scalp de Chelsea sur ses terres (0-3), mais aussi celui d’Arsenal à Dean Court (2-1). Le tout, dans un mois de janvier souvent difficile pour les équipes manquant de profondeur d’effectif après un Boxing Day éreintant. C’est pourtant à cette période que Bournemouth a empoché de précieux points. Du 26 décembre 2017 au 3 février 2018, le club est resté invaincu (4 victoires, 3 nuls). Une série importante car à la suite d’un mois et demi frénétique, les Cherries finiront la saison en dents de scie, ne remportant que trois matchs sur les douze dernières journées. Néanmoins, ils ont montré par séquences une vraie constance, le tout en ayant un effectif peu fourni. De quoi voir plus haut cette saison ? Eddie Howe l’assurait encore il y a une dizaine de jours : « Je suis vraiment heureux de cette préparation estivale pour l’instant. Je dois dire que j’ai de meilleures sensations que l’été dernier sur le groupe. Individuellement, il y a des joueurs qui produisent un football de très haut niveau, chose qu’ils ne faisaient pas tous il y a encore quelques mois. »

Au-delà d’un meilleur classement en championnat, le club devra aussi s’enhardir sur les coupes nationales. La saison dernière, le parcours en FA Cup s’était brusquement arrêté au 3e tour lors d’une double confrontation face à Wigan (League One). En EFL Cup, Bournemouth avait à l’inverse réussi un joli bout de chemin, mais les Blues de Chelsea étaient venus mettre fin aux espoirs de dernier carré des Cherries en ¼ de finale. Une aventure en coupe pourrait être profitable et conditionnerait qui sait, de beaux moments.

Un groupe à l’unisson

A Bournemouth, la cohésion de groupe est plus que jamais évidente. C’est véritablement la force majeure de cette formation. Les joueurs se connaissent sur le bout des ongles et intègrent parfaitement les nouveaux venus, pour la plupart très jeunes. Le travail peut donc se faire en toute quiétude. Les titulaires ne sont pas tous indéboulonnables et les remplaçants ont leur mot à dire. C’est sur cet axe de travail qu’Eddie Howe a bâti son schéma de jeu/tactique. Le quatuor défensif, ou trio face aux grosses écuries – Bournemouth a évolué à trois défenseurs contre les membres du Big Four/Five -, est composé des piliers du club : Steve Cook, Simon Francis, Adam Smith, Charlie Daniels et l’excellent Nathan Aké arrivé la saison passée de Chelsea. Au milieu, quatre récupérateurs sont interchangeables : Andrew Surman, Dan Gosling, Harry Arter et Lewis Cook. Leur abattage et leur sens du jeu sont primordiaux dans l’équilibre instauré par Howe. Sur les ailes et à la pointe de l’attaque, les solutions varient en fonction de l’adversaire pour apporter vitesse et percussion. De fait, on a pu aussi bien voir Callum Wilson seul qu’être accompagné par Jermaine Defoe, Lys Mousset, Joshua King, avec sur les ailes/ou en position de meneur de jeu, des garçons comme Ryan Fraser, Marc Pugh, Jordon Ibe et Junior Stanislas. A cette force de plusieurs alternatives, il faut malgré tout rappeler que plusieurs éléments du champ offensif ont été blessés sur de plus ou moins longues périodes. Néanmoins, Eddie Howe le répète : il compte sur tout son effectif pour apporter une pierre à l’édifice. Aucun joueur n’est laissé sur le flanc.

A l’image du milieu besogneux Lewis Cook, Bournemouth est une équipe qui au-delà de ses principes de jeu, se connaît sur le bout des ongles – ©Guardian

A l’inverse, le manque de profondeur du banc est rédhibitoire. Le coach de Bournemouth n’a pas des solutions illimitées à tous les postes. Si le recrutement est à louer, tant les joueurs qui rejoignent le club apportent un véritable plus, on peut se demander si parfois, le recrutement ne devrait pas être élargi pour compenser une blessure de plusieurs mois d’un cadre. Eddie Howe a une main de fer sur le mercato, il privilégie la qualité à la quantité, mais dans un football moderne physiquement exigeant, ne faudrait-il pas mieux récupérer un ou deux hommes supplémentaires pour compléter un effectif périclite ? C’est par cette réflexion que se mettra en place une évolution positive ou négative sur la durée des Cherries. Sans pour autant balayer d’une main tout le mécanisme stratégique huilé depuis de nombreuses saisons.

Callum Wilson, enfin une saison pleine ?

« Callum a été très malheureux ses dernières saisons car il s’est rompu deux fois les ligaments alors qu’il avait si bien commencé en Premier League. Mais il ne sert à rien de regarder en arrière et de repenser à tout cela. Il a un très bel âge et il est en très bonne forme maintenant. Cela va être une autre année très importante dans sa carrière. » A 26 ans, Callum Wilson sait que son coach l’attend désormais au tournant. Pas épargné par les blessures, qui l’ont mis à terre, l’avant-centre des Cherries a toujours gardé le cap, même dans les moments difficiles : « un soir alors que je rentrais chez moi après une séance de rééducation, je me suis énervé dans la voiture » confessait-il au Guardian en janvier. « Ma femme n’était pas à la maison à ce moment-là, j’ai jeté mes clés à travers la fenêtre et j’ai frappé violemment la porte. Je suis monté à l’étage, je me suis étendu sur le lit et je me suis endormi. Je sanglotais. Il y avait des larmes, beaucoup de larmes car je me demandais combien de temps cela allait prendre. »

Malgré ses graves blessures, Callum Wilson est toujours revenu au haut niveau. L’objectif est de maintenant réaliser une saison pleine – ©TheSUN

A chaque fois, le môme de Coventry est revenu encore plus fort. Au total, 15 buts inscrits en 40 matchs sur les deux dernières saisons. Un chiffre plutôt honorable tant il est difficile pour un joueur de football de revenir au pic de sa forme physique après une si longue indisponibilité. Mais le buteur des Cherries est un dur au mal, lui qui s’est écharpé quelques années en Football League. D’ailleurs, ses adversaires s’en souviennent encore, Wilson étant à l’époque une des terreurs des divisions inférieures : 21 buts en League One avec Coventry en 2013-2014, puis 20 buts l’année suivante en Championship avec cette fois-ci Bournemouth. De quoi aiguiser l’appétit des fans et susciter la curiosité des observateurs. La suite, on la connaît, deux graves blessures, et une progression freinée en plein vol. Tout Bournemouth espère voir désormais son buteur vedette réaliser une saison pleine, pour effacer définitivement les fantômes du passé.

Callum Wilson : “Je sanglotais. Il y avait des larmes, beaucoup de larmes car je me demandais combien de temps cela allait prendre.”

Avec un Callum Wilson tout feu, tout flamme, Bournemouth pourrait mener à bien ses objectifs, ceux de progresser dans le jeu et comptablement parlant. Après une douzième place encourageante la saison passée, le club souhaite franchir un palier supplémentaire et tutoyer, pourquoi pas, le top 10. Pour ce faire, elle comptera donc sur son collectif, sur la patte de son coach et sur ses fans, dans une des jolies ambiances du sud de l’Angleterre. À la cour des rois, les Cherries voudraient bien montrer qu’ils ne sont plus seulement des faire-valoir mais bel et bien des adversaires redoutables

Pour cette quatrième saison en Premier League, Bournemouth doit faire aussi bien – voire mieux – que sa 12e place acquise en mai dernier. Un objectif réalisable, mais les Cherries devront être plus solides défensivement et réguliers en matière de résultats. Nous les voyons descendre malgré tout d’un rang : 13e.

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.