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Preview PL 2018/19 : Arsenal, un nouveau départ

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. La première équipe à l’honneur n’est autre que les Gunners d’Arsenal.

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Le 20 Avril dernier, Arsène Wenger décidait dans la stupeur et la tristesse générale de quitter son poste de Manager d’Arsenal. Ce moment était inéluctable, proche, voire souhaité par certains supporters, et pourtant, il fut difficile de réaliser que cette légende, n’allait plus être là. Gloire, décadence, joies, déceptions, espoir, fatalité… ces 22 années passées sur le banc resteront à jamais dans les mémoires des fans, et auront bouleversé un club dans son jeu, sa structure, son histoire. Comme toute histoire d’amour intense, la relation Arsenal-Arsène, dont les noms sont si proches, avait une fin. Après plusieurs semaines de recherche, le nouveau trio décisionnel d’Arsenal – composé d’Ivan Gazidis, de Sven Mislintat et de Raúl Sanllehi – décida de faire d’Unai Emery, le successeur d’Arsène Wenger. Après moult entretiens avec les candidats au poste, analyses, rapports, l’ex-entraîneur de Sevilla et du Paris Saint-Germain avait impressionné la direction de par sa connaissance approfondie du club et sa vision du foot. Arsenal espère avec lui avancer, à la fois en s’appuyant sur l’héritage laissé par Wenger, tout en étant en rupture avec ce dernier.

Diego Costa marquant le but qualifiant l'Atletico Madrid en finale d'Europa League
Diego Costa, détruisant les espoirs d’un titre d’adieu pour Arsène Wenger (Crédit : Mirror.co.uk)

En effet, les résultats récents d’Arsenal appelaient à des changements. Alors que la saison 2016/17 s’était achevée par une victoire en FA Cup contre Chelsea, et une 5ème place inédite (première sortie du Big Four pour Wenger), la saison 2017/18 fut d’autant plus décevante. Outre le fait que la qualité de jeu d’Arsenal ne faisait que s’estomper depuis plusieurs années, avec une possession de plus en plus stérile, des joueurs statiques, un milieu de terrain et une défense de plus en plus perméables, Arsenal a fini pour la deuxième fois consécutive hors du Big Four.

Cette fois-ci, la qualification en Champions League ne tenait pas qu’à un petit point, mais à 12. Avec 63 points, Arsenal terminait à 37 points d’un champion record, en plein milieu d’un no man’s land entre Chelsea (à 7 points) et Burnley (à 9 points). Éliminés d’entrée en FA Cup par Nottingham Forest (défaite 4-2), vaincus largement par Manchester City en finale de Carabao Cup (3-0), seule l’Europa League pouvait apporter quelque chose de positif dans cette terne saison. Sortis du groupe H (composé de l’Étoile Rouge de Belgrade, de Cologne et du BATE Borisov) tout en gestion, les Gunners ont tour à tour éliminé Östersund, l’AC Milan, et le CSKA Moscou. En demis-finale, face à l’Atlético Madrid d’El Cholo Simeone, ils se sont heurtés au pire adversaire possible. Avec un bloc bas, une forte solidité défensive, un pressing, des transitions rapides et un gardien de classe mondiale, les Madrilènes ont réussi à faire déjouer 1-1 une équipe conquérante et préparée tactiquement à l’aller, et à gagner 1-0 au retour, contre une équipe sans panache et au plus bas, perdant au passage son capitaine, Laurent Koscielny sur blessure.

À ces résultats sportifs décevants, s’ajoute un changement radical de l’effectif. En l’espace de 3 mercatos, Sanchez, Gibbs, Gabriel, Coquelin, Szczesny, Giroud, Walcott, Chamberlain, Cazorla et Wilshere ont quitté le navire, tandis que Mertesacker a pris sa retraite ainsi que les rênes de l’académie du club. De nouveaux cadres – Lacazette, Aubameyang, Mkhitaryan, Sokratis, Leno, Torreira – ainsi que Lichtsteiner, Kolasinac, Guendouzi, et Mavropanos ont rejoint le club. Autant de changements majeurs avec lesquels Emery devra composer.

Des changements sur toutes les lignes

Une défense aux abois

Avec 73 buts encaissés toutes compétitions confondues, Arsenal présente une défense des plus fébriles. Sa charnière, composée en temps normal, de Shkodran Mustafi et de Laurent Koscielny a montré ses faiblesses. Le premier, par certains placements aléatoires et des gestes défensifs peu judicieux, a souvent offert des possibilités à l’adversaire, tandis que le capitaine Koscielny, a souffert dans son jeu de sa blessure, de longue durée, au tendon d’Achille (tendon qui finalement l’a lâché contre Madrid). Alors que sur le côté gauche Nacho Monreal réalise une très bonne saison malgré quelques errements, à l’opposé Bellerin n’a pas été performant offensivement, ni même défensivement avec des espaces laissés dans son dos qui furent – trop souvent – exploités.

Sokratis Papastathopoulos, tout juste recruté en provenance du Borussia Dortmund, aura à jouer un rôle majeur dans la défense avec un rôle de leader. Son léger déclin sur les dernières saisons peut poser des problèmes à Emery et son adjoint Juan Carlos Carcedo (qui s’occupe beaucoup de la partie défensive de l’entraînement). Néanmoins, associé à de jeunes joueurs comme Chambers – prolongé en 2022 récemment -, Holding ou Mavropanos, ou à un Mustafi “canalisé”, son expérience peut être décisive. Stephan Lichtsteiner aussi, peut apporter un supplément d’âme et de l’expérience, dans un couloir droit manquant de turn-over. Au poste de gardien, Leno devra apporter dans le jeu au pied et dans les arrêts, là où Cech et Ospina déçoivent en partie.

Le chantier du milieu

Une des problématiques majeures du dispositif d’Arsène Wenger ces dernières années, est un milieu qui puisse apporter un équilibre.

Torreira, recrue phare de l'été
Torreira, recrue phare de l’été (Crédits : @Arsenal)

En effet, là où le milieu était une force d’Arsenal il y a quelques années, il est aujourd’hui perméable et présente des limites offensivement. Une des clés pour remédier à cela est l’utilisation de Granit Xhaka. Comment mettre en usage sa qualité de passe, tout en évitant qu’il soit mis en difficulté défensivement car la zone à couvrir est trop grande, et la vitesse n’est pas son atout ? Alors qu’il a connu un début de saison catastrophique en tout point, un milieu à 3 avec Ramsey et Elneny/Wilshere lui a permis de mieux terminer la saison. Ainsi l’arrivée de Torreira, et son adaptation dans l’effectif d’Emery, pourrait aider à cela. L’Uruguayen (auquel nous consacrerons un Focus), par son profil atypique pourra apporter à la relance avec sa qualité de passe, de mouvement et sa vision de jeu, mais surtout effectuer un travail de récupération, et couper les lignes de passes adverses.

Quid d’Aaron Ramsey Le Gallois, qui n’a toujours pas prolongé pour les canonniers, et n’a su performer sous Wenger que lorsqu’il était tactiquement encadré. Ses appels, ses mouvements étaient la saison dernière bénéfiques, dans un système trop statique. Son irrégularité technique, et son irrégularité dans le jeu avec ballon doivent être minimisées par le nouveau manager. Ramsey s’apparente à un joueur Emery-compatible, en témoignent les récentes déclarations de ce dernier :

“Je suis très satisfait de lui. Chacun de ses entraînements est avec l’ambition, la qualité et l’esprit de compétiteur que je veux de lui. Je souhaite travailler avec lui (…) C’est un joueur très important pour moi” – Unai Emery

À ce trio, rajoutez Mohammed Elneny qui offre une alternative au milieu avec la fluidité qu’il apporte dans le jeu avec des mouvements intelligents. Le jeune français Matteo Guendouzi arrivé en provenance de Lorient, ainsi que les jeunes formés au club Emile Smith-Rowe et Ainsley Maitland-Niles semblent faire partie des plans d’Emery.

Un fort potentiel offensif

Malgré les carences dans l’arrière-garde, et l’entre-jeu, l’attaque des Gunners, elle, reste séduisante avec au total, 113 buts cette saison.

Lacazette et Aubameyang
Lacazette-Aubameyang. Duo de feu (Crédit : Yahoo Sport)

Cette attaque repose notamment sur un duo francophone recruté il y a peu : Alexandre Lacazette – Pierre-Emerick Aubameyang. L’un compte 129 buts et 43 assists, en 275 matchs à Lyon, 17 buts et 5 assists en 39 matchs avec Arsenal. L’autre, 141 buts et 36 assists en 213 matchs avec Dortmund, 10 buts et 4 assist en 14 matchs avec Arsenal. Au delà des statistiques de buteurs, leur complémentarité et leur entente sur le terrain, sont une arme pour Arsenal. Lacazette occupant un rôle de 9 moderne, pouvant décrocher, combiner, dé-zoner, apporter au jeu et créer des espaces, et Aubameyang, profitant de son travail en prenant la profondeur et en utilisant sa finition.

Cependant, la clé de voûte offensive demeure Mesut Özil, sans qui, l’équipe souffre d’un manque de créativité. Certes, Özil pose des problèmes tactiques par son manque flagrant d’efforts défensifs, et n’est pas le leader qu’on veut qu’il soit, mais la face d’Arsenal change complètement en son absence. Unai Emery, qui aime jouer avec un numéro 10 (il avait tenté d’incorporer Pastore à son système parisien, en vain), devrait s’appuyer sur l’Allemand. Reste à mettre en place des mouvements, de la part des latéraux – et des ailiers, s’il y en a – afin que l’équipe ne soit pas statique et offre des solutions de passe à son métronome. Mkhitaryan, en tant que milieu excentré peut aussi apporter un profil différent. Au niveaux de la rotation, l’avenir est incertain pour Welbeck et Lucas Perez, alors que Nelson, Iwobi et Nketiah seront scrutés dans leur développement. Le Nigérian doit aussi confirmer son statut, acquis sous Wenger. Une arrivée au poste d’ailier n’est pas à exclure.

Le travail

Une phrase résume l’ambition du “Head Coach” espagnol à la tête d’Arsenal :

“Je ne vous promet pas que l’on va gagner, mais que l’on va travailler dur” – Unai Emery

Après l’ère Wenger, et en raison des résultats récents d’Arsenal, la mission consiste ainsi à redresser en quelque sorte la barre. La réorganisation totale de la hiérarchie au club, les nombreux changements dans le staff, ont été mis en oeuvre justement dans le but d’optimiser le travail sur le terrain d’Emery. D’un point de vue financier, et en matière d’attractivité, retrouver la Ligue des Champions serait une première étape à franchir, connaissant la concurrence féroce de la Premier League. Les bouleversements dans les méthodes d’entraînement nécessiteront du temps, comme toujours, pour porter leurs fruits. Dans sa lettre d’adieu, Arsène Wenger demandait “à tous les amoureux d’Arsenal, de prendre soin des valeurs de ce club”. L’ambition d’Arsenal réside donc aussi dans la conservation, ou plutôt la redécouverte, de ces valeurs, et d’une identité de jeu qu’Emery partage. À base de possession et de pressing intense, le nouvel Arsenal veut renouer avec ses fans par le jeu et ses émotions.

Notre pronostic pour ce très attendu Arsenal d’Unai Emery est une 4e place, sésame pour la C1. Au delà du classement final, Arsenal doit suivre sa devise pour avancer : Victoria Concordia Crescit.

L’auteur

William

William