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Preview PL 2019/20 : Norwich City, parole à la jeunesse

Pour la reprise de la saison 2019/20 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Place au dernier promu et champion en titre, Norwich City. Emmenée par une génération prometteuse et un style de jeu bien affirmé, la formation du Norfolk fera tout pour se maintenir, elle qui reste sur deux échecs en 2014 et 2016. 

Une saison irrespirable

Il aura fallu attendre le samedi 27 avril pour valider l’accession en Premier League. Dans la nuit étoilée de Carrow Road, face à Blackburn, englué en milieu de tableau, Norwich s’imposa 2-1 au terme de plusieurs semaines irrespirables, où chaque point fut difficile à obtenir. La course à la montée n’a jamais semblé aussi difficile que la saison passée. Jusqu’au bout, les canaries ont dû attendre. Attendre le faux-pas du Leeds imprévisible de Marcelo Bielsa et du Sheffield United de Chris Wilder. Attendre, aussi, la dernière minute de certains matchs pour revenir à la marque ou même, s’imposer d’extrême justesse. D’un splendide coup franc de Mario Vrancic contre Sheffield Wednesday à la 97e minute, au sang-froid quasi clanique d’Onel Hernandez, à la 94e minute, face à Nottingham Forest, Norwich a souvent joué avec le feu et mis à mal le cœur de ses supporters, plus proches de la crise de tachycardie que de l’explosion de joie. 

Le fruit d’une équipe très talentueuse, portée vers le jeu et l’attaque, mais qui, dans certaines circonstances, a parfois manqué de vigilance. Les 57 buts encaissés en Championship la saison dernière viennent rappeler aux hommes de Daniel Farke que la meilleure des défenses n’est pas forcément l’attaque. La défaite inaugurale, vendredi, à Anfield, 4 buts à 1, est une nouvelle piqûre de rappel. En Premier League, les erreurs individuelles, l’absence de marquage et le manque de vigilance sur l’alignement, se payent le prix fort. Norwich va devoir s’y plier, sous peine de rapidement déchanter. Car l’objectif premier des jaunes et verts est de se maintenir dans l’élite du football anglais et de pérenniser un projet débuté, il y a maintenant deux saisons.

Un projet sportif sur la durée 

Depuis plusieurs années, Norwich s’était englué dans une stratégie sportive à court terme. Achats et prêts compulsifs, identité de jeu difficile à déterminer, succession d’entraîneurs, rien ne permettait au club d’avancer sur de bons rails et d’établir une ligne directrice claire. L’arrivée de Daniel Farke, en provenance de la réserve du Borussia Dortmund en 2017, a été le point de départ d’un virage pris à 180 degrés. Construire. Bâtir. Les garde-fous du renouveau. Pour cela, après une première saison contrastée, ponctuée à une mièvre 14e place en Championship, le technicien allemand et le directeur technique, Stuart Webber, nommé en avril 2017, ont décidé de tout changer à l’été 2018. D’abord, dégraisser la masse salariale avec les départs de James Maddison (Leicester), Josh Murphy (Cardiff), Marley Watkins (Bristol City), Nelson Oliveira (Reading), Wes Hoolahan (West Bromwich), Russell Martin (Glasgow Rangers). Au total, plus d’une dizaine de départs, dont des cadres présents au club depuis plusieurs années et contraints, inlassablement, de trouver un nouveau point de chute. Puis, recruter intelligemment à un faible coût. 

Véritables chefs de file des canaries la saison dernière, Teemu Pukki (Brondby), Emi Buendia (Getafe), Tim Krul (Brighton), Moritz Leitner (Augsburg) et Onel Hernandez (Braunschweig), ont été enrôlés pour seulement 6 millions d’euros à eux cinq. Ils venaient s’ajouter aux venues, plusieurs mois auparavant, de Tom Trybull (ADO Den Haag) et Marco Stiepermann (Bochum). En tout et pour tout, le club du Norfolk aura fait un bénéfice d’un peu plus de 30 millions de livres (5 millions d’achats et 37 millions de ventes). Cet été, bis repetita avec les venues – entre autres – pour une bouchée de pain, de Sam Byram (West Ham), Patrick Roberts (Manchester City) et Josip Drmic (Borussia Mönchengladbach). Dans ces achats, beaucoup de joueurs issus du giron allemand, passés notamment sous sa main à Dortmund. Une coïncidence parfaitement bien calculée par l’entraîneur des canaries : “L’Allemagne est un terrain fertile. Mais notre stratégie n’est pas de recruter uniquement des joueurs qui viennent de là-bas, même si, il est assez facile de trouver des joueurs de qualité à un prix bas en Allemagne.”, confiait-il au site dw.com, en avril.

 Chaque centime doit être dépensé judicieusement

Stuart Webber au Sunday Times

Une vision partagée par son homologue Stuart Webber, un brin persifleur, au Sunday Times il y a quelques jours :  “Nous ne voulons pas acheter des tonnes de joueurs comme le font certains clubs. Les experts à la télévision vont nous dire avant le match contre Liverpool que nous n’avons pas dépensé d’argent cet été, c’est une honte… Mais chaque centime doit être dépensé judicieusement. Si nous avions recruté dix joueurs, cela aurait été injuste vis-à-vis des joueurs actuels de l’effectif qui sont parvenus à monter en Premier League.” Dans une Premier League, souvent critiquée et chahutée pour son appétit pantagruélique sur le marché des transferts, Norwich fait figure de vilain petit canar(i). 

Emi Buendia et Onel Hernandez
Emi Buendia et Onel Hernandez ont réussi à devenir en quelques mois des titulaires incontournables. © canaries.co.uk

Mais ce choix parfaitement assumé, vient tordre le cou à la folie des grandeurs du club lors des deux dernières remontées où, à chaque fois, il a voulu s’offrir une “vedette” à un prix onéreux. L’exemple de Ricky Van Wolfswinkel est encore dans toutes les têtes. L’attaquant néerlandais, acheté pour 10 millions de livres en 2014, n’avait jamais pu s’acclimater à l’Angleterre, avec en prime, le costume d’un des joueurs les plus chers de l’histoire des canaries et une hygiène de vie volatile. Désormais, la boulimie est terminée. Norwich conserve la majeure partie de son effectif, sans recruter de manière dispendieuse, tout en s’appuyant sur une classe biberon florissante.  

Des bébés canaries qui veulent prendre leur envol 

La résurgence du club ces derniers mois vient aussi d’une academy qui n’a sans doute jamais eu de si beaux poulains dans son pré. Max Aarons, Todd Cantwell, Jamal Lewis et Ben Godfrey n’ont même pas dépassé la vingtaine qu’ils aiguisent déjà l’appétit des plus grands. Et surtout, ils ont faim. Faim de succès après une saison pleine en Championship où malgré leur âge et leur manque d’expérience, les quatre pépites de Norwich sont parvenues à montrer une certaine régularité dans une division marathon. Le symbole de leur réussite ? Sans doute Daniel Farke, du moins, ça ne fait aucun doute pour Max Aarons : “Si tu fais une erreur, il est toujours là pour t’aider et venir vers toi. Il te donne une confiance énorme lorsque tu rentres sur le terrain. Cela m’a beaucoup aidé pour progresser.” 

“Ils réalisent des performances de haut niveau. La chose la plus impressionnante chez eux est leur régularité. Ils ne font quasiment aucune erreur. C’est un signe de qualité et de classe”

Daniel farke

La réussite du latéral droit, âgé de seulement 18 ans, et élu meilleur jeune joueur des quatre divisions de Football League, est à mettre en grande partie au profit du technicien allemand qui n’a pas hésité, une seule seconde, à lancer dans le grand bain, l’ancien pensionnaire des jeunes de Luton, Jamal Lewis et Ben Godfrey. “Ils réalisent des performances de haut niveau. La chose la plus impressionnante chez eux est leur régularité. Ils ne font quasiment aucune erreur. C’est un signe de qualité et de classe”, expliquait Daniel Farke à la presse en février. Cette jeunesse n’a pas tardé à montrer l’étendue de ses qualités. 

À Anfield Road, théâtre à ciel ouvert des plus grandes heures du football anglais, la jeunesse de Norwich ne s’est pas dégonflée. Auteur d’une prestation XXL, malgré la cuisante défaite 4 buts à 1, Todd Cantwell a enthousiasmé les observateurs attentifs de la partie avec sa qualité technique et son sens du jeu. Une première réussie pour le gamin de Norwich. Un chouia en retrait, la faute à l’efficacité offensive de Liverpool, Jamal Lewis, Ben Godfrey et Max Aarons ont mis en perspective leurs qualités défensives, mais surtout offensives, parfois avec une envie démesurée et irrationnelle. Néanmoins, la saison est longue, et nul doute que l’academy de Norwich n’a pas fini d’épater son monde. Un avènement inéluctable. 

Football de possession  

Fidèle à sa philosophie et ses idées bien ancrées – qu’il ne souhaite déroger sous aucun prétexte – , Daniel Farke se considère comme un “méthodologiste convaincu. Je crois que la probabilité de succès est bien plus grande lorsque vous avez une idée précise de ce que vous faites. Changer constamment de plan ne donne aucun résultat. Il est toujours important de se demander : quelle est la prochaine étape ? Peut-on développer encore plus l’équipe ? Il faut cette énergie pour gravir la prochaine montagne.” Son recrutement ces derniers mois est consubstantiel à l’idéologie de jeu qu’il souhaite prôner. Le coach allemand veut des profils qui correspondent pleinement à ses envies et dont il souhaite tirer la substantifique moelle. “Je n’aime pas que mon équipe soit compacte. J’aime agir. Si je pouvais choisir, je souhaiterais avoir le ballon pendant 90 minutes. Ma tactique est de travailler avec pour obtenir la possession,” exprimait-il à l’Independant en juillet 2017.

Daniel Farke
Daniel Farke se décrit comme un “méthodologiste”. Il veut que son équipe ait la possession du ballon. © Sky Sports

Sur le terrain, l’objectif de Norwich, qui évolue majoritairement en 4-2-3-1, est de récupérer le ballon au cœur du jeu et d’alerter les joueurs de côté (Max Aarons, One Hernandez, Jamal Lewis et Emi Buendia), souvent positionnés très haut. La raison ? Un pressing de tous les instants, marque de fabrique des canaries en Championship. Une cadence infernale qui a fait vaciller de nombreux adversaires et les a récompensés de la meilleure attaque du championnat (93 buts). On est loin de l’ignominie footballistique que pouvait montrer Norwich il y a encore quelques années. 

Daniel Farke s’appuie également sur un XI de départ très stable. Ainsi, on retrouve dans les buts, l’expérimenté Tim Krul, en défense, la nouvelle vague Jamal Lewis, Ben Godfrey, Max Aarons accompagnée du capitaine d’un soir Grant Hanley, en attendant le retour de Christoph Zimmermann, blessé pour plusieurs mois. Au milieu, Tom Trybull et Kenny McLean forment le duo à la récupération. Tandis que le quatuor offensif, composé d’Onel Hernandez, Emi Buendia, Marco Stiepermann et Teemu Pukki, est chargé de faire la différence. Ces derniers ont d’ailleurs inscrit 54 des 93 buts de Norwich en championnat lors du dernier exercice. Le technicien allemand peut aussi compter sur des garçons besogneux comme Timm Klose, Mario Vrancic et Alex Tettey. Les nouvelles recrues : Sam Byram, Patrick Roberts, Ibrahim Amadou et Josip Dmric viennent compléter un effectif déjà fourni qui se connaît depuis deux saisons. 

Teemu Pukki, les doutes avant l’espoir  

Recruté gratuitement en provenance de Brondby, Teemu Pukki est rapidement devenu le chouchou des fans de Norwich. Pourtant, le dernier périple en Grande-Bretagne de l’international finlandais, au Celtic, entre 2013 et 2015 (37 matchs, 9 buts), laissait planer quelques doutes. Ils ont de suite été balayés, tant l’ancien buteur de Brondby a rapidement gagné ses galons de titulaire et surtout, marqué. Marqué oui, mais beaucoup. Au total 29 buts en Championship, le titre de meilleur buteur et de meilleur joueur à la clé. “Je n’avais pas trop d’attentes lors de ma signature. Je savais que je pouvais apporter quelque chose, mais je ne m’attendais pas à inscrire 29 buts en Championship, expliquait Pukki au Telegraph en début de semaine. Maintenant, j’évolue en Premier League, à 29 ans. La route a été longue. C’est beaucoup de travail et d’engagement. J’ai joué dans de nombreux pays et aujourd’hui, ça porte sans doute ses fruits.” 

Teemu Pukki avec son soulier d'or
Teemu Pukki, pour sa première saison en Angleterre, a inscrit 29 buts, lui permettant de remporter le titre de meilleur buteur de Championship. © EFL Championship

La carrière du Finlandais a longtemps été marquée par le sceau de l’instabilité. Formé au club de KooTeePee, au sud de la Finlande, Teemu Pukki a voyagé. Recruté très jeune au FC Séville, où il n’évoluera quasiment jamais avec l’équipe première : “Je vivais loin de chez moi. Le temps à Séville n’est pas le même qu’en Finlande. Pendant plusieurs semaines, sous la canicule, je n’ai pas eu la climatisation. C’était difficile de m’adapter”, le doute s’installe et le natif de Kotka ne réalise pas des performances susceptibles de l’intégrer au groupe professionnel. Il rentre alors au pays, réalise une saison pleine avec le HJK Helsinki (34 matchs, 18 buts), et repart vers d’autres horizons, escorté de grandes certitudes. Schalke 04 en Allemagne, puis le Celtic en Écosse. Deux nouveaux lieux de villégiature, deux nouvelles cultures footballistiques, à seulement 23 ans. “Physiquement, je n’étais pas assez fort pour jouer au Celtic. Ils s’attendaient à ce que je marque pas mal de buts, mais ça ne s’est pas passé comme prévu. Mais je pense que sans cette expérience, ce serait beaucoup plus difficile aujourd’hui.” 

“J’avais des réserves sur le championnat. Je pensais qu’on envoyait uniquement des longs ballons aux attaquants.” 

Teemu Pukki au Telegraph

À 25 ans, l’avenir du buteur finlandais s’inscrit alors en pointillés. On lui reproche son manque d’agressivité et son inefficacité. Le Celtic ne souhaite pas le conserver et l’attaquant va rebondir au Danemark, à Brondby. Le choix le plus important de sa carrière. “J’étais plus impliqué. J’attaquais, je défendais, j’étais en forme.” Pendant quatre ans, Pukki devient l’un des meilleurs joueurs du championnat et inscrit 70 buts en un peu plus de 150 matchs. De quoi susciter les convoitises, notamment celle de Norwich qui souhaite l’enrôler au terme de son contrat. L’intéressé est toutefois dubitatif : “J’avais des réserves sur le championnat. Je pensais qu’on envoyait uniquement des longs ballons aux attaquants et qu’il devait se débrouiller ensuite.” Dans le Norfolk, il retrouve le football qu’il aime, fait de passes courtes, de redoublements et d’échanges à une touche de balle. “Le style de jeu fait que je travaille pour l’équipe, mais j’aime ça. La rigueur allemande me convient (sourire).” Et les canaries ont trouvé en Pukki un buteur auquel il ne s’attendait pas à son arrivée. Une union inattendue, mais qui pourrait être le salut du club en fin de saison.

Le maintien en conservant son identité 

Au bord de la river Wensum, les objectifs seront clairs et forgés dans le marbre : obtenir son maintien coûte que coûte. Norwich n’arrive pas avec des envies faramineuses. Bien au contraire, le club préfère être lucide sur ses qualités et sait très bien où il met les pieds. Après deux années à l’échelon inférieur, l’heure est à la construction d’un projet solide. S’appuyer sur sa jeunesse est déjà un signe d’une stratégie claire et définie. Le recrutement, réfléchi, doit servir à combler les manques définis par Daniel Farke. Et si la défaite inaugurale face à Liverpool ne va pas tout remettre en cause, elle a eu le mérite de claironner aux oreilles des canaries que le niveau de la Premier League est bien supérieur au Championship. “Les équipes conservent mieux le ballon et sont préparées à nous contrer. Nous devons nous adapter et réfléchir comment progresser, argumentait le technicien allemand durant la pré-saison. Mais nous irons jusqu’au bout de nos idées de jeu.” De quoi rassurer les truculents fans du club.

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.