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Preview PL 2019/20: Burnley, gare à la mauvaise surprise

Pour la reprise de la saison 2019/20 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Aujourd’hui, place à Burnley. En perte de vitesse la saison dernière, la formation de Sean Dyche doit retrouver les vertus qui lui avaient permis d’accrocher l’Europe il y a deux ans. Mais attention, la tactique “old school” a ses limites.

Une dernière saison catastrophique

Burnley a eu chaud, très chaud. Dix-huitièmes du classement au soir de la 31e journée, les Clarets ont longtemps navigué dans la zone rouge pour finalement s’en sortir in extremis à la quinzième place. Une fin de championnat compliquée qui doit rappeler aux hommes du trublion Sean Dyche que rien n’est acquis à l’avance et que dans une seconde partie de tableau où toutes les équipes sont sensiblement au même niveau, la chute peut être rude. Surtout quand, quelques mois auparavant, une qualification européenne, grande première depuis 1966, venait récompenser tout un travail né, en partie, dès 2012, le début de l’ère Dyche. 

Perdue au beau milieu du Lancashire, à une trentaine de kilomètres de Manchester, la ville de Burnley et ses 80 000 âmes sont loin de faire rêver les foules. Dans un contexte social morose, où le taux de chômage flirte avec les 5% depuis moult années, le club offre une parenthèse enchantée depuis son retour en Premier League. Surtout, il a conservé des valeurs quasiment disparues et un parfum de foot à l’ancienne. Un foot simple, rigide, passéiste et jusqu’au-boutiste dans les idées.

À Turf Moor, l’antre des Clarets, les supporters se sont résignés à voir du beau jeu et des gestes techniques à foison. Non, ici, la défense est le maître mot et l’attaque souvent en berne. Avec 45 buts au compteur la saison passée, dont seulement 24 inscrits à domicile, Burnley a été l’une des pires attaques de Premier League. Un poil à gratter que le club a du mal à effacer. Et si la recette a marché entre 2017 et 2018, le cru 2018-19 fut loin d’être aussi reluisant. Les valeurs expiatoires inculquées par Sean Dyche se sont effritées au fil du temps. Une formule désormais remise en cause.

Le modèle old school ne fait plus recette 

“La cohérence est essentielle pour gagner. Vous ne devez pas être exceptionnels chaque semaine, mais au minimum, vous devez être à un niveau qui puisse vous permettre d’avoir des points à l’issue d’un match moyen.” Des matchs moyens, Burnley en a souvent connu la saison passée. Pire, Sean Dyche, s’en est parfois contenté pour ne pas mettre en péril sa tactique, quasi dogmatique. Après plusieurs saisons à la tête du club, le futur quinquagénaire a peut-être touché ses limites footballistiques. Celles où, le bloc bas est valorisé et les longs ballons vers de grands échassiers, comme l’attaquant néo-zélandais Chris Wood, sont monnaie courante.

“On propose quelque chose de compact, basé avant tout sur la solidité et l’impact physique. En Premier League, c’est le meilleur moyen pour nous de gagner des matchs, de faire la différence.

Sean Dyche dans So Foot en février

Les Clarets ne font jamais dans la dentelle et savent défendre ensemble. La star c’est l’équipe, comme le confiait Dyche à So Foot en février dernier.  “On propose quelque chose de compact, basé avant tout sur la solidité et l’impact physique. En Premier League, c’est le meilleur moyen pour nous de gagner des matchs, de faire la différence. On a toujours eu cette approche. C’est de la logique et du réalisme.” 

Mais la logique a ses limites. Burnley l’a appris à ses dépens la saison dernière. Une piqûre de rappel dont le club doit se servir pour avancer dans le bon sens de la marche. Car même face aux petites écuries, la recette n’a pas fonctionné. En témoignent les défaites à Newcastle, Crystal Palace, les nuls arrachés d’un rien contre Southampton ou Huddersfield et les victoires, sur un fil, face à Bournemouth et Cardiff. Des adversaires, dans une course au maintien devenue âpre et incertaine pour Sean Dyche et ses hommes. Dégringoler de la 7e à la 15e place n’est pas le fruit du hasard. 

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Sean Dyche doit se creuser la tête pour trouver des solutions alternatives à son identité de jeu © PremierLeague.uk

L’entêtement ? Il y a sans doute de ça, mais pas seulement. Burnley est sans doute l’une des rares équipes de Premier League à passer les mercatos d’été en toute quiétude. Ces dernières saisons, peu de nouveaux joueurs ont franchi les portes de Gawthorpe, le centre d’entraînement du club, perdu au beau milieu de la campagne du Lancashire où se disputent grasses prairies et bois touffus. “L’équilibre est de plus en plus délicat à établir, remarquait le manager voilà quelques mois. Ce n’est pas facile de trouver le bon joueur au bon prix. Cela s’explique par le fait que la plupart des clubs n’ont plus à respecter le modèle financier du football, leurs propriétaires font simplement tout ce qu’ils veulent.”

”Notre club ne peut pas prendre un risque.”

Sean DYCHE AU SUJET DU MERCATO

Les Clarets ont rarement cassé leur tirelire, encore moins pour un joueur qui n’est pas de nationalité anglaise. “Il existe un mythe selon lequel on suppose qu’un joueur européen est meilleur que chaque joueur anglais. Et il est un peu mourant aujourd’hui avec la résurgence sportive de la sélection nationale, de la sélection espoirs et des moins de 19 ans.” La dernière folie sur le marché : le transfert de Chris Wood en juillet 2018 en provenance de Leeds, pour un peu plus de 16 millions de livres. Une somme record dans l’histoire de Burnley. “Notre club ne veut pas prendre un risque. On ne peut pas engager par exemple un joueur français âgé de 21 ans pour 15 millions de livres alors que celui-ci n’a jamais évolué en Angleterre, confiait Dyche en conférence de presse en mai, ce n’est pas facile de s’adapter au rythme de la Premier League. On ne peut pas se permettre d’attendre dans notre situation.” Et c’est là que le bât blesse. 

Une équipe en quête de renouvellement 

À Burnley, vous l’aurez compris, il est rare de trouver autre chose qu’un des membres du Royaume-Uni, de l’Irlande ou de la Nouvelle-Zélande. L’effectif actuel le prouve. Sur les vingt-cinq  joueurs qui le composent, seulement quatre d’entre eux ont une autre nationalité : Erik Pieters (Pays-Bas), Steven Defour (Belgique), Johan Berg Gudmundsson (Islande) et Matej Vydra (République Tchèque). Mais tous ces joueurs ont aussi une particularité, ils évoluent en Angleterre depuis au moins quatre ans et connaissent les particularités de son football. Certains d’entre eux sont également des Clarets de longue date. Globalement, l’équipe n’a pas évolué depuis trois ans et, quasiment, la montée en Premier League. 

Alors, bonne ou mauvaise idée ? Tout comme Bournemouth, qui possèdent dans ses rangs de nombreux joueurs issus du parcours en Football League, le club a choisi de conserver ses pions. Mais contrairement aux Cherries, le temps a peut-être eu raison de ce choix. En effet, Burnley dispose d’un des effectifs les plus âgés de l’élite avec 29 ans de moyenne d’âge. L’expérience a du bon, mais les derniers mois pour beaucoup ont été chaotiques. Joe Hart, venu remplacer au pied levé Nick Pope et Tom Heaton blessés, n’a pas convaincu, Steven Defour a connu une saison blanche, Robbie Brady, Stephen Ward (parti à Stoke), Aaron Lennon ont été touchés eux aussi par des pépins physiques. Et avec à peine plus de vingt joueurs sous contrat, les solutions n’ont pas été légion. 

Les Clarets ont tiré la langue. Beaucoup même. Pour y remédier, le club a injecté un peu de sang neuf à l’intersaison, mais toujours avec parcimonie. Ainsi, Bailey Peacock-Farrell (Leeds), Erik Pieters (Stoke), Danny Drinkwater (Chelsea) et Jay Rodriguez (West Bromwich) sont arrivés pour redynamiser un groupe en quête de renouvellement. Si le jeune et prometteur gardien nord-irlandais, Bailey Peacock-Farrell devra patienter avant de concurrencer Nick Pope et Joe Hart, Erik Pieters, Danny Drinkwater et Jay Rodriguez sont amenés à apporter leur expérience très rapidement. Notamment le dernier, auteur de 22 buts en Championship la saison dernière et très en vue lors de la préparation estivale grâce à son profil plus dynamiteur que Woods et Barnes.

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Après une saison de Championship réussie sur le plan personnel, Jay Rodriguez arrive pour apporter du tonus à l’attaque en berne de Burnley © www.burnleyfootballclub.com

Objectif, retrouver des couleurs sur le plan offensif : “Il y a beaucoup de concurrence en attaque à l’heure actuelle. L’idée est de stimuler le groupe et que chacun soit prêt à rentrer en cours de match”, expliquait Sean Dyche après la défaite à Arsenal. Cette reviviscence passera aussi par l’un des talents bruts de Burnley. 

Dwight McNeill, la jeunesse insouciante 

Le talent n’a pas d’âge et Dwight McNeill, 19 ans tout juste, épouse à merveille la formule. Lancé dans le grand bain par Sean Dyche en août 2018, face à Aberdeen en Europa League, le milieu offensif gauche a impressionné d’entrée. Percutant, capable d’éliminer facilement ses adversaires, et souvent intéressant dans les vingt-cinq derniers mètres, le natif de Rochdale a su saisir sa chance à un poste loin de faire l’unanimité, la faute aux blessures récurrentes de Robbie Brady et d’Aaron Lennon. Après avoir sagement patienté jusqu’en décembre, McNeill, le couteau entre les dents et l’insouciance en guise de moteur, est devenu incontournable. “Dwight est un ailier moderne. Il peut aussi bien déborder que proposer des solutions dans l’axe. Il me fait beaucoup penser à Ashley Young que j’ai coaché à l’époque où j’étais à Watford, expliquait Sean Dyche au Lancashire Telegraph en février. Il est très intelligent dans son jeu et il sait s’adapter aux exigences du collectif.” 

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Dwight McNeill est l’une des grandes promesses du foot anglais © SkySports

En un éclair, McNeill a fait l’unanimité par sa sérénité et son calme olympien, selon les propos de son manager : “Ce que j’aime chez lui, c’est son assurance. Il est très calme et sûr de sa force. Quand tu lui donnes le ballon, tu sais qu’il peut faire quelque chose.”

“J’espère poursuivre ma progression cette saison et devenir encore meilleur.”

Dwight McNeill sur le site du club

Appelé très rapidement chez les U20 anglais, l’intéressé reste tout de même conscient du chemin à encore parcourir : “Je n’ai fait que six bons mois (3 buts, 5 passes décisives en 21 matchs disputés). J’espère poursuivre ma progression cette saison et devenir meilleur, confiait-il au site du club en juillet, pour moi cela passe par jouer le plus de matchs et surtout, avoir encore plus d’impact sur le jeu de l’équipe.” Sollicité durant le mercato, par la Juventus, Arsenal et Newcastle, McNeill, qui a prolongé en janvier son bail à Burnley jusqu’en juin 2023, reste un homme courtisé. Et ses futures prestations seront davantage épiées. À 19 ans, il fait partie de cette nouvelle vague anglaise assez déroutante par sa précocité et son talent. Mais le Clarets ne veut pas être qu’un simple espoir comme d’autres avant lui. Il veut arriver au sommet, sans griller les étapes. 

Retrouver l’étincelle 

Si Dwight McNeill aura un rôle essentiel dans les résultats sportifs de Burnley, le club doit surtout retrouver ce qui avait fait le sel de sa saison 2017-2018, ponctuée à la 7e place au classement. Sécuriser sa défense est une chose, mais marquer des buts en est une autre. Et si Sean Dyche a désormais des choix intéressants en attaque, avec Chris Wood, Ashley Barnes, Matej Vydra, Jay Rodriguez, le manager anglais va devoir sortir de son schéma tactique. Car à force de jouer avec le feu, les Clarets pourraient bien se brûler les ailes. 

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.