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Preview PL 2019/20: Bournemouth, grandir encore et toujours

Pour la reprise de la saison 2019/20 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Honneur aujourd’hui à l’une des équipes les plus talentueuses collectivement, Bournemouth. En Premier League depuis maintenant cinq saisons, les Cherries gravissent les marches une par une. Objectif cette saison :  le top 10. 

Le petit poucet aux dents longues 

Les saisons passent, les matchs se terminent, les minutes s’égrènent, les secondes défilent et Bournemouth, ville nichée dans le sud de Angleterre, continue de résister. Le club du Dorset a entamé sa cinquième saison consécutive dans l’élite alors que personne, lors de l’accession en 2015, ne lui prédisait une telle longévité. Il y a dix ans, les Cherries auraient même pu disparaître. La faute à un déficit de 4 millions de livres dans les caisses. Une décennie plus tard, les fantômes du passé ont visiblement disparu et le club connaît ses meilleures années. De quoi voir venir. Surtout quand le projet est réfléchi et porté par Eddie Howe, véritable icône des rouges et noirs. À 41 ans, on ne présente plus la nouvelle coqueluche des entraîneurs anglais. Désiré par les uns ou adoubés par les autres, le quadragénaire sait où il veut emmener son club. Et vite. Car oui, dans les coursives du Vitality Stadium, ou Dean Court pour les puristes, le discours du maintien n’est plus à l’ordre du jour. 

“Nous devrons trouver différents moyens d’obtenir de bons résultats.”

Eddie Howe, après le match contre Aston Villa lors de la deuxième journée de Premier League.

Désormais, Bournemouth veut voir plus haut, bien plus haut. Si le club fait toujours office de “petit poucet” de Premier League – de par la capacité de son enceinte (à peine 11 000 places) et ses moyens financiers “rachitiques” en comparaison avec les grosses écuries du plateau -, il souhaite se montrer à la hauteur des ambitions de son coach. L’appétit vient en mangeant. Quatorzième la saison dernière, après avoir longtemps posé ses cartons dans le top 10, Bournemouth souhaite réitérer pareille performance, tout en restant mesuré . “La Premier League est très dure, nous le sentons. Cette année, elle est l’encore davantage, confessait Howe à l’issue de la victoire 2 buts à 1 à Aston Villa ce week-end, nous allons nous adapter à chaque adversaire. Nous n’évoluerons pas toujours dans le même système et nous devrons trouver différents moyens d’obtenir de bons résultats.” Et la clé du succès, l’entraîneur de Bournemouth pourrait très bien l’avoir entre ses mains. 

Eddie Howe, l’ambition au service d’une seule philosophie

Considéré par ses pairs, Eddie Howe n’est plus un jeune premier à qui on pourrait passer de la pommade en cas d’échec. Aujourd’hui, le manager et coach des Cherries doit confirmer et il le sait plus que quiconque, avec toujours en tête, sa philosophie bien établie : “Je maintiens toujours, que lorsque vous ne remportez pas un match, votre méthode en tant que telle n’est pas fausse. Si elle vous a bien servi, c’est juste son exécution qui doit être améliorée, racontait-il au site sportjoe il y a un an. Mais changer de philosophie ne doit être jamais considérée comme une option.”

“La réaction négative peut être immédiate et tout ce que vous avez construit pendant des années peut être oublié et effacé en un seul instant.” 

Eddie Howe

Un esprit qu’il a savamment inculqué à un effectif réceptif et qu’il connaît sur le bout des ongles : “Je suis fier de voir que les joueurs sont restés fidèles à cette philosophie. Il est très facile de tomber dans de mauvaises habitudes quand les choses vont mal, en particulier lorsqu’on entend les avis extérieurs ou lorsqu’on lit des messages sur les réseaux sociaux. La réaction négative peut être immédiate et tout ce que vous avez construit pendant des années peut être oublié et effacé en un seul instant.” 

Un esprit club 

Cette marque de fabrique, désormais reconnue, prend de l’ampleur à mesure que les années passent, sans se corroder. La force de Bournemouth, depuis son accession en Premier League, a été de conserver son identité et surtout, pérenniser un projet dont les origines remontent à la Football League. Un temps où Eddie Howe était déjà présent, mais pas seulement. Au sein de l’effectif actuel des Cherries, neuf joueurs ont connu l’épopée du club de la League Two, à la League One, puis pour finir, le Championship : Steve Cook, Charlie Daniels, Adam Smith, Simon Francis, Dan Gosling, Andrew Surman, Ryan Fraser, Junior Stanislas et Callum Wilson. Un esprit club – voire une famille – que l’on retrouve difficilement aujourd’hui dans le football moderne et plus particulièrement en Angleterre où le marché des transferts est rarement contrôlable et assiégé par les équipes, été comme hiver.

Quand je vois l’équipe qui joue cette année en Premier League, beaucoup d’entre eux étaient avec moi quand on est montés. Il y a eu une progression des joueurs assez extraordinaire.

Yann Kermorgant À FRANCE FOOTBALL en janvier 2019

Les Cherries ont su mettre en porte-à-faux leurs préjugés et c’est sans doute la recette de leur succès en Premier League : garder une ossature et progresser. “La qualité de notre travail doit toujours grimper. Et, je dirais, le plus important encore, la culture de notre travail dans tous les aspects déterminera notre succès. Essayer de tout mettre en oeuvre vous donne la chance de réussir, expliquait Howe, toujours au site sportjoe, et le désir de s’améliorer doit être énorme tous les jours, qu’il s’agisse de moi-même, d’un joueur, de mon équipe entière, de mon staff, du service médical.”

 Eddie Howe mène sa barque à Bournemouth depuis maintenant dix ans © foottheball.com
Eddie Howe mène sa barque à Bournemouth depuis maintenant dix ans © foottheball.com

L’attaquant français Yann Kermorgant, passé par le club entre 2014 et 2016, confirmait ce discours à France Football en début d’année : “Je n’ai jamais rencontré un groupe aussi à l’écoute de son entraîneur, aussi déterminé à vouloir progresser que ce soit individuellement ou collectivement. Quand je vois l’équipe qui joue cette année en PL, beaucoup d’entre eux étaient avec moi quand on est montés. Il y a eu une progression des joueurs assez extraordinaire. Il veut que son équipe joue au ballon, hors de question de jouer à l’anglaise, avec un target man devant, ce n’est pas sa philosophie. Tout le monde est intégré, il faut toujours jouer à terre, ne pas chercher long. Il n’est jamais dans la simplicité. Il cherche toujours à innover et à s’améliorer.’’

Au club depuis maintenant une dizaine d’années, avec un bref interlude de quelques mois à Burnley entre 2011 et 2012, Eddie Howe a su édifier autour de sa personne un projet ambitieux, malgré une pression de plus en plus grande sur ses épaules, de la presse notamment, qui l’affuble du sobriquet “The English Special One.” Chacune des sorties de son équipe est donc scrutée avec une délicate attention. Mais l’intéressé lui-même, n’a aucune intention de changer : “Je ne me suis jamais dit : ça, je dois le faire à cet âge, affirmait-il, un brin courroucé à la BBC cet été, quand j’ai commencé à entraîner Bournemouth, je ne savais même pas si j’allais rester plus d’une saison. Et encore aujourd’hui, je dois prouver que je mérite bel et bien ce poste. Si un jour, les choses changent, qu’il en soit ainsi, mais je n’ai pas à me mettre une pression pour cela se produise.” L’Angleterre est prévenue, Eddie Howe est un garçon ambitieux sportivement, mais il reste avant tout un homme de parole. La preuve, cela fait dix ans qu’il entraîne le club et pour le moment, rien ne semble promis à un éventuel départ, car à Bournemouth, il est l’homme incontournable. 

Pépites en pagaille 

La jeunesse a souvent fait partie des plans de Bournemouth. Fidèle amoureux des divisions inférieures, Eddie Howe attire, depuis maintenant plusieurs saisons des joueurs issus de Championship, de League One ou de League Two. Le mercato estival n’a pas dérogé à la règle avec les arrivées conjointes de Lloyd Kelly (20 ans/Bristol City), Jack Stacey (23 ans/Luton Town), Harry Wilson (22 ans/Derby-Liverpool), Philip Billing (23 ans/Huddersfield). Avant eux, Lewis Cook (Leeds), Chris Mepham (Brentford) et David Brooks (Sheffield) avaient déjà cédé aux sirènes des Cherries. Des jeunes joueurs talentueux et désireux de rejoindre une équipe leur faisant confiance. En témoigne l’excellente saison de David Brooks, titulaire indéboulonnable dans le système du technicien anglais (7 buts, 5 passes en 30 matchs disputés) : “David a réalisé une grande saison et tout le monde a pu voir son incroyable potentiel. Il s’est parfaitement au style de jeu et à nos attentes,” confiait Howe durant la pré-saison.

Après un prêt réussi en Championship à Derby County la saison passée, Harry Wilson va devoir confirmer toutes ses qualités sous le maillot des Cherries © PremierLeague
Après un prêt réussi en Championship à Derby County la saison passée, Harry Wilson va devoir confirmer toutes ses qualités sous le maillot des Cherries © PremierLeague

Dans le XI de départ des Cherries, cette jeunesse prend tout sens, bien encadrée par l’expérience des vieux de la vieille comme Steve Cook, Charlie Daniels, Simon Francis, Andrew Surman et même Callum Wilson. Ainsi, lors des deux premières rencontres disputées, face aux deux promus Sheffield United et Aston Villa, Chris Mepham, Philip Billing, Harry Wilson ont été au moins une fois titulaire et buteur pour le dernier. David Brooks, Jack Stacey, Lloyd Kelly et Lewis Cook sont quant à eux blessés ou en phase de reprise, mais ils sont attendus pied au plancher par leur entraîneur qui saura les intégrer à un système déjà évolutif, en 3-4-2-1 ou 4-4-1-1 pour les deux premières rencontres de championnat. 

Ryan Fraser, l’année de la consécration ? 

Deuxième meilleur passeur de Premier League, derrière Eden Hazard, la saison passée, l’été de Ryan Fraser a été agité. Courtisé par de nombreux clubs anglais, dont Arsenal, l’international écossais a pour l’heure, décidé de rester à Bournemouth. Pour le plus grand bonheur de son coach Eddie Howe. Il faut dire que les hommes se connaissent depuis maintenant six ans et ont gravi les échelons ensemble, le tout, avec une confiance mutuelle qui s’est créé au fil des années, comme le racontait Fraser au Guardian en janvier 2017 : “Lorsque je ne lui apportais pas satisfaction, il aurait très bien pu me vendre ou ne pas me proposer une prolongation. Mais il n’y a pas que le foot avec le coach. Je pense que nous nous aimons en tant que personne. Il me prend très souvent dans ses bras.” L’instinct paternaliste d’Eddie Howe se traduit autant par les gestes que par le discours avec l’ailier de 25 ans, devenu désormais incontournable dans son système de jeu. “Il m’appelle ‘petit gars’, et quand il est agacé par ce que je montre sur le terrain, il m’appelle Ryan.

“Quand je suis arrivé à Bournemouth, je sortais beaucoup car je ne savais pas cuisiner. Un jour, le coach l’a appris et j’ai dû participer à un mini-camp d’entraînement en pleine saison pour perdre du poids.

Ryan fraser au guardian en 2017

Pour autant, l’idylle incestueuse entre les deux hommes aurait pu tourner au vinaigre à l’arrivée du jeune écossais, “quand je suis arrivé à Bournemouth, je sortais beaucoup car je ne savais pas cuisiner. Un jour, le coach l’a appris et j’ai dû participer à un mini-camp d’entraînement en pleine saison pour perdre du poids. Il m’a aussi dit de suivre des cours de cuisine.” Des paroles et des actes qui ont permis à Ryan Fraser de franchir un palier psychologique et surtout, de perdre une bonne quinzaine de kilos en surveillant scrupuleusement son alimentation. 

Désormais épanoui, Ryan Fraser est une des armes offensives de Bournemouth © PlanetFootball
Désormais épanoui, Ryan Fraser est une des armes offensives de Bournemouth © PlanetFootball

Après avoir modifié son train de vie et sa nutrition, le gamin d’Aberdeen a répondu aux exigences de son entraîneur en apportant ce qu’il sait faire de mieux : de la percussion sur son aile, une capacité à enchaîner les accélérations et les dribbles et surtout, une justesse dans le dernier geste et le travail d’Eddie Howe n’y est pas étranger : “Il m’a fait travailler certains gestes à l’entraînement, expliquait l’international écossais à la BBC en avril, cela a duré plusieurs semaines et pendant cette période, j’ai inscrit quatre buts en championnat. Il pourrait faire progresser n’importe quel joueur, même le meilleur du monde.” Car ce qu’on pouvait reprocher à Ryan Fraser lors de ces premières saisons, c’est son incapacité à terminer les actions ou donner le dernier ballon. Chose réparée, avec un exercice 2018-2019 tout feu tout flamme, ponctué de 7 buts, 14 passes décisives et surtout, une complicité forte avec le chef de file de l’attaque, Callum Wilson. Un duo que les fans des Cherries espèrent voir à l’oeuvre pendant encore plusieurs mois, avant peut-être de s’envoler vers d’autres contrées, mais d’ici là, pour Ryan Fraser, il faudra définitivement confirmer. 

Top 10 en vue

Tout comme pour Bournemouth. Attendu par de nombreux observateurs, le club entend bien remplir son objectif et ambitionner le top 10. Pour cela, Eddie Howe comptera sur son jeu, qui a souvent fait des miracles lors des dernières saisons, et sur un collectif qui se connaît parfaitement. Du jeu, des jeunes prometteurs et une attaque virevoltante, voici les raisons qui pourraient permettre aux Cherries d’arriver à leurs fins. La cerise sur le gâteau ?

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L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.