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Preview PL 2018/19 : Fulham, retour vers le passé

Pour la reprise de la saison 2018/19 de Premier League, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Aujourd’hui, retour à Londres, au bord de la Tamise, avec Fulham qui fait son retour dans l’élite du football anglais quatre ans après. 

La régénérescence par la formation

26 mai 2018, 18h45, après une rencontre âpre, intense, Fulham voyait enfin le bout du tunnel. Victorieux face à Aston Villa en finale des playoffs à Wembley, avec le soutien indéfectible de milliers de fans, les Cottagers obtenaient leur ticket pour la Premier League au terme de plusieurs saisons galères à l’étage inférieur. Tout ne fut pas rose à Craven Cottage. En premier, l’exode d’une majeure partie de l’effectif à la suite de la descente du club en 2014, en second des soucis financiers qui ont contraint Fulham à faire confiance à son academy verdoyante. C’est de là où est venu son salut. Sous la coupe du mythique Huw Jennings qui a poli les jeunes Bale, Walcott, Lallana lorsqu’il était en charge de l’academy de Southampton, le club londonien a pu durant quatre ans préparer l’avenir et surtout, sortir le diamant brut. Ryan Sessegnon n’a que 18 ans mais a déjà plus d’une saison pleine en Championship à son actif. Courtisé par les grosses écuries de Premier League, le natif du quartier de Roehampton dans la banlieue sud de Londres a fait toutes ses classes à Fulham.

Slavisa Jokanovic en pleine célébration
Slavisa Jokanovic a redonné de l’élan à un club moribond il y a trois ans – ©TheIndependant

Le fruit du hasard ? Non, l’éloge de l’éducation, du temps et du travail, selon le gardien Marcus Bettinelli, 26 ans, lui aussi formé au club : « Vous jouez à l’académie, où tout est super bien organisé, mais chaque équipe essaye de jouer avec le même esprit. Parfois, vous allez en prêt en Conference et vous vous retrouvez avec des mecs qui ont des femmes, des enfants, des familles, des mecs qui jouent pour quelques centaines de livres en plus seulement. Là, tu grandis aussi. » Derrière ce travail de formation se cache également la détection. En Angleterre, Malcom Elias est connu comme le loup blanc. Il a rencontré Jennings au milieu des 80’s et depuis, ce duo emprunte les longs chemins de la campagne anglaise à la recherche de la perle rare. Si Sessegnon symbolise pleinement cette réussite, le club ne souhaite pas s’arrêter en si bonne route car d’autres joueurs tapent à la porte de l’équipe première. C’est le cas du jeune attaquant de 18 ans Cameron Thompson, auteur de 15 buts en U18 Premier League la saison passée et du défenseur central Jaydn Mundle-Smith, également 18 ans.

Slavisa Jokanovic : “avec les joueurs que j’ai dans mon effectif, j’ai décidé de jouer de cette manière. Nous sommes plus en sécurité avec le ballon que sans le ballon. Nous croyons que nous pouvons dominer notre adversaire avec le ballon.”

D’autres signes annonciateurs viennent confirmer la reviviscence des Cottagers, comme le retour de la légende Scott Parker qui va intégrer le staff technique de Slavisa Jokanovic après avoir justement entraîné l’équipe U18 de l’academy. L’ancien milieu de terrain avait été l’un des rares joueurs de l’époque à être resté en Championship quand le club est descendu. En ce sens, Fulham remonte le temps pour retrouver un avenir prometteur avec à sa tête, Slavisa Jokanovic, son coach depuis un peu moins de trois ans. Le serbe de 48 ans a redonné un coup de fouet à une équipe qui en avait cruellement besoin. Porteur d’idées de jeu, Jokanovic a déjà bourlingué aux quatre coins du monde : la Thaïlande, la Bulgarie, l’Espagne, Israël, la Serbie et l’Angleterre. C’est lui qui avait permis à Watford de remonter en Premier League il y a quelques saisons, toujours en prônant la possession du ballon : « avec les joueurs que j’ai dans mon effectif, j’ai décidé de jouer de cette manière. Nous sommes plus en sécurité avec le ballon que sans le ballon. Nous croyons que nous pouvons dominer notre adversaire avec le ballon » confiait-il à l’Independant au début du mois de mars. Le manager Serbe n’avait pas non plus hésité à écarter plusieurs joueurs qui ne correspondaient pas aux profils recherchés en août 2017, au cœur d’une préparation houleuse avec son board : « nous avions acheté des joueurs qui n’avaient aucune préparation physique, qui ne comprenaient pas nos intentions de jeu et je ne savais pas ce qu’ils pouvaient nous offrir, dans son viseur, des garçons comme Yohan Mollo, Rafa Soares et Marcelo Djalo, si le club me prend des joueurs que je n’utilise pas, il y a deux raisons à cela : premièrement, il ne sont pas assez bons, deuxièmement, on me prend pour un homme complètement fou. »  Lors du mercato d’hiver, Jokanovic fut beaucoup plus écouté et l’arrivée de Mitrovic allait donner la dernière pièce manquante au puzzle des Cottagers. Une période qui coïncide avec la montée en puissance du club vers les sommets du Championship.

Une chevauchée fantastique

Car Fulham est monté crescendo tout au long de la saison. Coincée entre la 10 et 12e place après le Boxing Day, à une dizaine de points des playoffs, la bande à Jokanovic va réaliser une exceptionnelle seconde partie de saison en prenant 59 points sur 67 possibles, restant invaincu de la 23e à la 45e journée. Cette régularité a permis au club de titiller les hauteurs du classement jusqu’aux barrages d’accession, d’abord en demies face à Derby County, puis en finale face à Aston Villa. À chaque fois, malgré un effectif très jeune – 25 ans de moyenne d’âge – Fulham a montré des vertus pour contrôler des situations qui lui étaient défavorables. Lors de la confrontation contre Derby, les Cottagers avaient réalisé un piteux match chez les Rams (défaite 0-1), quelques jours plus tard, ils s’imposaient 2-0 au terme de 90 minutes où ils auraient pu en coller 4 ou 5 à leur adversaire.

Ryan Sessegnon
Ryan Sessegnon, symbole d’une academy de Fulham qui commence à voir son travail porter ses fruits – ©AsEnglish

La jeunesse est à la fois une qualité et un défaut. Celle de Fulham est forcément incarnée par Ryan Sessegnon, titulaire à 45 reprises et auteur de 15 buts, à seulement 18 ans : « au début (NDRL : en 2016), je l’avais emmené pour voir ce qu’il pouvait nous offrir à l’avenir racontait Slavisa Jokanovic à l’Independant après un mois avec les pros, il a été fantastique. Il a ensuite marqué un magnifique but contre Brighton. C’est à ce moment précis que j’ai su que je pouvais lui faire confiance. Que vous ayez 16 ou 36 ans, vous devez travailler. Il le fait et encore plus que les autres. Je me souviens que certains joueurs pensaient que j’avais fait une erreur en le titularisant la semaine suivante contre Newcastle. Mais ils se trompaient. Il n’avait pas remarqué ses qualités. Maintenant, il a disputé 80 matchs de championnat, il est spécial. » 

Un mercato XXL, mais des maux offensifs à panser

Réputée jeune et intrépide, cette formation de Fulham a aussi en son sein de l’expérience qui lui sera indispensable pour prétendre au maintien. Au total, ils sont une petite dizaine à avoir dépassé la barre des 27 ans. Des signaux rassurants, mais qui devront être confortés par la prise en main de ces joueurs face à la fougue de la jeunesse. Beaucoup vont découvrir l’élite du football anglais sans y avoir goûté et c’est le risque de rapidement déchanter : « nous savons que nous devons investir dans des joueurs expérimentés pour aider nos jeunes joueurs à être plus compétitifs » affirmait Jokanovic à Marca cette semaine. Pour ce faire, le board des Cottagers a décidé de s’activer sur le marché des transferts et plutôt de belle manière. Les fans ont ainsi vu débarquer tour à tour Maxime Le Marchand (OGC Nice), Jean-Mika Seri (Nice) et surtout, la tête de gondole de ce début de mercato, André Schurrle prêté par le Borussia Dortmund. L’Allemand va retrouver un championnat qu’il avait quitté avec des regrets en 2015, où à Chelsea, son talent ne s’était jamais exprimé. L’ailier de 27 ans aura un rôle fondamental à jouer, aussi bien sur le plan du jeu que dans l’efficacité, un dernier aspect loin d’être la première qualité du champion du monde 2014.

Slavisa Jokanovic : “nous savons que nous devons investir dans des joueurs expérimentés pour aider nos jeunes joueurs à être plus compétitifs.”

C’est d’ailleurs là aussi que le bât blesse du côté de Craven Cottage. Pour une équipe réputée joueuse et offensive, Fulham ne possède pas pléthore de solutions sur la ligne des avants. En Championship, elle a pu compter uniquement sur le retour en grâce d’Aleksandar Mitrovic, buteur à 12 reprises en 20 matchs, reparti depuis à Newcastle*. Car sans lui, difficile de dire si le club aurait accédé à la Premier League avec Aboubakar Kamara (7 buts) et Rui Fonte (3 buts), les deux attaquants axiaux pour cette saison. Sur le papier, rien de bien folichon. Vous l’aurez compris, la venue d’André Schurrle est donc indispensable et devra être imitée. Sous peine de manquer clairement de choix offensifs.

Tom Cairney, pour le plaisir du jeu

Il en faut beaucoup pour impressionner Tom Cairney. Même énormément. A 27 ans, le milieu Ecossais est devenu au fil du temps le pilier du vestiaire des Cottagers. Hermétique à la pression, toujours vaillant, l’ancien de Blackburn impressionne par sa sérénité : « quand nous sommes en danger, c’est lui qui va calmer ses partenaires. Il n’a pas peur de jouer. Sans lui, il y aurait peut-être une toute autre histoire » souligne son coach Slavisa Jokanovic. Cairney est un amoureux du jeu, un esthète de la passe parfaite : « si vous regardez les équipes qui ont dominé ces cinq ou dix dernières années, ce sont celles qui ont gagné par le jeu. J’aime regarder ce type de football car les joueurs sont intelligents et très techniques » confessait-il au Telegraph en mai dernier. Avec Jokanovic, le capitaine de Fulham a trouvé chaussure à son pied. Le technicien serbe prône un football de possession, rapide, alerte. Ce football inspiré de l’Espagne qui a permis au club londonien de retrouver la Premier League. Tom Cairney en est l’un des moteurs, mais l’international écossais n’aurait pas eu un tel rayonnement sans le travail de ses compères du milieu de terrain, Stefan Johansen et Kevin McDonald.

Tom Cairney : “J’aime regarder les équipes qui pratiquent un beau football. Les joueurs sont techniques et intelligents.”

Tom Cairney
Tom Cairney incarne les valeurs du jeu prônées par Fulham depuis maintenant trois saisons – ©PremierLeague

Ce trio a illuminé le Championship de sa créativité, même dans les moments difficiles en début de championnat où la machine n’était pas parfaitement huilée : « il s’agit de croire en ses capacités et de croire en la bonne façon de gagner des matchs. Il faut s’en tenir à cela, peu importe le match. Le coach n’a jamais paniqué, nous avons toujours joué de la même manière. Il doit s’en féliciter car le football que nous produisons n’est pas facile dans cette division. » Continuer sur la voie du jeu a certifié les intentions de Fulham, celles de produire inlassablement un football chatoyant contre vents et marées. Cairney le symbolise pleinement et le revendique. Le jeu sera l’adage de Fulham en Premier League et si défaite il y a, elle n’entachera en rien ses velléités. Après tout, (re)découvrir l’élite est une chance inouïe pour montrer l’étendue de sa palette. Parmi les couleurs, le bleu foncé de l’Ecosse, celui de Tom Cairney, le capitaine courage de Craven Cottage, buteur en finale des playoffs, mais surtout amoureux du jeu.

Le maintien sans renoncer à ses idées

Au bord de la Tamise, les objectifs seront nets : le maintien sinon rien. Fulham n’arrive pas avec des envies faramineuses. Bien au contraire, le club préfère être lucide sur ses qualités. Après quatre années à l’échelon inférieur, l’heure est à la reconstruction malgré la folie qui entoure le marché. S’appuyer sur sa jeunesse est déjà un signe d’une stratégie claire et définie, l’entourer par une expérience du haut niveau en est une autre. Slavisa Jokanovic sait où il va mettre les pieds. Mais il ne renoncera pas à ses idées de jeu qui ont emmené les Cottagers là où ils sont aujourd’hui. Comme pour témoigner du virage pris il y a trois ans. Fuir le jeu serait un véritable camouflet pour le club. En clair, voir Fulham produire du jeu n’est pas un doux rêve. Alors certes, cela ne suffira peut-être pas, mais il vaut mieux descendre avec les honneurs, qu’en renonçant pour ne pas l’être. Pour le jeu pratiqué et pour voir encore quelques années Sessegnon, Cairney & consorts, nous voyons Fulham finir 17e.

*NB : l’international serbe a signé depuis un contrat de cinq ans avec Fulham

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.