FocusPL Preview

Preview PL 2018/19 : Cardiff City, le maintien avant tout

Pour la reprise de la saison de Premier League 2018/19, God Save The Foot vous présente chaque jour une de ses équipes. Pendant 24 heures, embarquement pour le Pays de Galles et Cardiff City.

Vincent Tan, un illuminé au pays de la couronne

À Cardiff, l’ombre de l’ancien propriétaire et mégalomane Vincent Tan plane toujours, même si sa présence s’est raréfiée depuis de nombreux mois. Coïncidence avec la montée du club en Premier League ? Peut-être. Deuxième de Championship, les Bluebirds seront de retour après quatre années passées à l’échelon inférieur, emmenés par Neil Warnock et ses trente-sept années de management. À soixante-neuf ans, l’ancien coach de Sheffield United, de Leeds, de QPR est toujours présent sur un banc et a réussi un joli tour de force en faisant accéder Cardiff à l’élite, malgré il est vrai, un jeu loin de faire l’unanimité, y compris chez les fans. Néanmoins, sportivement parlant, le résultat est là, le club gallois va s’inviter pendant plusieurs mois au gratin du foot anglais. Objectif, se maintenir et ne pas faire comme en 2014 où le club avait fini lanterne rouge au classement, avec en prime, des inimitiés entre les fans et Vincent Tan.

Souvenez-vous, l’homme d’affaires malais était arrivé comme le sauveur en 2010, achetant 51% des parts du club à l’ancien propriétaire Peter Risdale. Mais ne connaissant rien au football, c’est lui-même qui l’avait affirmé à maintes reprises, le businessman s’était empressé de rajeunir l’image d’un club qu’il jugeait « vieillissant ».  En 2013, de nombreux changements furent amorcés. Exit le bleu et blanc historique, place au rouge et noir sur les maillots. Le logo ? Pareil. L’oiseau bleu présent aujourd’hui avait dû laisser sa place à un dragon rouge pendant plusieurs mois. Mieux encore, Vincent Tan s’était fait un malin plaisir de congédier le recruteur en chef du club Iain Moody pour le remplacer par le meilleur ami de son fils, âgé de seulement 23 ans, Alisher Apsalyanov. À son actif ? Pas grand-chose ou presque. Il aurait été quelques semaines sous la houlette de Moody, selon les dires… Derrière, les fans s’étaient empressés de contester les tribulations fantaisistes du propriétaire malais. Vincent Tan lui, arguait dans la presse qu’il achèterait un autre club anglais s’il vendait Cardiff, ou invectivait tour à tour Russell Slade, Malky Mackay et Ole Gunnar Solsjkaer, les anciens coachs des Bluebirds sur « leurs idées footballistiques ». Clou du spectacle, Il avait aussi sommé son board qu’il voulait uniquement des recrues avec le chiffre 8 dans leur date de naissance.

Changement du logo, des couleurs du club, des joueurs uniquement avec le chiffre 8 dans leur date de naissance. Vincent Tan a multiplié les coups de folie durant son mandat.

Un vrai aliéné… Mais après des mois de colère, le Malais avait été contraint de lâcher du lest à l’un de ses associés Mehmet Dalman, un banquier turc né à Chypre. Depuis, Tan se fait plus discret, même si on l’a vu se pavaner dans les tribunes du Cardiff Stadium lors du premier et ultime match de la saison passée tout en prenant des photos avec les fans, pas – tous – rancuniers à priori. Seule note positive de son mandat, être parvenu à éponger une grande partie des dettes du club. Désormais, Cardiff avance plus sereinement malgré des saisons compliquées avant cette accession. Il faut dire que la cité galloise a vu défiler une multitude de joueurs ces dernières années, dont la plupart n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Pire, on se demandait parfois si certains étaient heureux d’être là. De fait, revoir le club en Premier League a surpris. Mais Neil Warnock aurait trouvé, selon toute vraisemblance, la formule magique ces derniers mois.

Vincent Tan
Vincent Tan aura pendant plusieurs années fait grincer les dents des fans de Cardiff – ©TheFootballLeaguePaper

Car Cardiff est parvenu à montrer une vraie régularité durant toute la saison derrière un Wolverhampton intouchable et son armée de joueurs made in Jorge Mendes. Intraitables à domicile – seulement trois défaites enregistrées au Cardiff Stadium – les Bluebirds ont toujours été dans la course à la montée, tenant la dragée haute à une formation de Fulham en pleine reviviscence jusqu’au bout. Meilleure défense à égalité avec les Wolves (39 buts encaissés), Cardiff a aussi montré des vertus qu’on ne lui prêtait pas depuis longtemps : de la solidité et un gardien extrêmement rassurant. La venue de l’international philippin Neil Etheridge en provenance de Walsall a porté ses fruits, puisqu’il peut se targuer d’avoir gardé ses cages inviolées à dix-neuf reprises l’an passé : « ce fut une saison fantastique pour moi, soulignait-il au Guardian en mai, mais j’apprends encore, je ne suis pas un produit fini» Celui qui se payait soi-même pour aller s’entraîner avec Charlton lors de sa période sans club en 2014, sera un des hommes forts de Neil Warnock dans la quête du maintien

Un recrutement tourné vers la jeunesse

Cardiff s’est montré très actif sur le marché des transferts depuis son ouverture. Au compteur des arrivées, trois hommes, tous venus de Championship : l’arrière gauche de Preston Greg Cunningham, l’ailier de Norwich Josh Murphy – le frère jumeau de Jacob – et l’attaquant/meneur de jeu de Bristol Bobby Reid. Un recrutement pertinent tant ces joueurs sortent d’une bonne saison avec leurs anciens clubs. Aussi, Murphy (23 ans) et Reid (25 ans) représentent l’avenir à long terme et disposent déjà d’une grosse expérience du haut niveau : « je les regarde tous les deux depuis longtemps. Ce sont des joueurs qui m’excitent. S’ils mûrissent encore un peu plus dans le jeu, ils seront de grands atouts pour nous » expliquait Neil Warnock aux médias lors de leur arrivée. Cardiff avait sans doute besoin aussi de bousculer un effectif qui s’enfermait dans la monotonie. En Premier League, il n’y a pas de place à l’expectative, l’équipe doit être prête chaque week-end. Offensivement, les Bluebirds auraient peut-être été un poil court avec un Nathaniel Mendez-Laig qui évoluait encore en League One il y a un an et demi, et les irréguliers Kenneth Zohore et Junior Hoilett. Cardiff s’appuiera surtout sur son collectif, avec comme tête de gondole le capitaine islandais Aaron Gunnarsson et ses touches de 30 mètres dans la surface adverse. Le milieu de 29 ans est le catalyseur du vestiaire.

Bobby Reid
Bobby Reid est l’une des principales attractions du mercato à Cardiff – ©PremierLeague

Vestiaire sous les ordres de Neil Warnock qu’on ne présente plus vraiment. Le bientôt septuagénaire occupe son rôle d’entraîneur/manager depuis près de 40 ans. Et durant tout ce temps, il s’est construit une certaine réputation, variant d’un joueur à l’autre. En effet, Warnock est le genre de coach à avoir plus de joueurs le décrédibilisant que l’adoubant. Demandez à Jason Puncheon ce qu’il pense de lui… En 2014, le joueur de Crystal Palace avait fracassé Neil Warnock – qu’il avait eu sous ses ordres à QPR – sur Twitter avant d’effacer quelques minutes après ses tweets : « ce que je n’accepterai pas, c’est d’avoir l’opinion d’un homme qui est complètement tordu et qui ruine le jeu. Le fait qu’il puisse même parler d’entraînement est choquant, il n’était jamais aux entraînements. » Oui, Neil Warnock est de cette race ancestrale d’entraîneurs ayant des passe-droits dans tous les clubs qu’ils prennent en main, avec la bienveillance des médias qui pour certains, n’hésitent pas à leur offrir des chroniques annuelles ou mieux, écrire des bouquins sur leur carrière. Le tout, avec pourtant d’innombrables casseroles au derrière. Sam Allardyce likes it.

Callum Paterson, l’avenir doré du football écossais

Pur produit des Heart of Midlothian, Callum Paterson fait partie de ces joueurs polyvalents. Formé au poste de latéral droit, l’Ecossais a écumé les postes : milieu droit, ailier droit, attaquant de pointe, latéral gauche et plus récemment en tant que milieu central à Cardiff avec le prometteur Joe Ralls. Une polyvalence qui le gratifie de statistiques intéressantes depuis le début de sa carrière : 49 buts et 27 passes décisives en 197 matchs disputés. : « je crois avoir fait tous les postes, sauf gardien de but confiait-il au Wales Online en septembre 2017, quand j’étais plus jeune, mon club (Tynecastle FC) a eu des soucis, nous nous sommes retrouvés avec trois joueurs au poste d’arrière droit, je me suis retrouvé à ce moment-là attaquant pour la saison. » Surtout, l’ancien Jambo fait partie de cette nouvelle vague écossaise en pleine ascension : Andy Robertson (Liverpool), Ryan Christie (Celtic), Scott McTominay (Manchester United), Graeme Shinnie (Aberdeen), Ryan Fraser (Bournemouth), Stuart Armstrong (Southampton).

Callum Paterson : “Je crois avoir évolué à tous les postes, sauf gardien de but.”

Callum Paterson célébrant un but
A 23 ans, Callum Paterson a le vent en poupe et sait qu’il n’est qu’au début de sa carrière – ©EdinburgNews

Une génération dorée s’immisçant peu à peu dans les bons clubs anglais, après plusieurs années à s’écharper en Scottish Premiership, mais aussi au sein des divisions inférieures. Paterson lui, va découvrir la Premier League, avec une saison pleine de Championship dans la musette : « le Championship est une division homogène. Il est difficile d’enchaîner les matchs semaine après semaine. Je suis parvenu à me frayer un chemin jusqu’au XI de départ à un poste qui me convient. L’équipe se comporte bien et je suis heureux d’en faire partie » racontait-il à l’édition du soir du Edinburg News au mois de mars. En prime, l’international écossais s’est confectionné une jolie réputation auprès des fans du club, friands de ses célébrations et pitreries lorsqu’il fait trembler les filets : « ma mère m’avait envoyé un message en disant de continuer les célébrations. J’ai donc continué en m’inspirant notamment des jeux auxquels je joue sur la PS4. »

Né à Londres, avec des racines du continent africain – il s’est fait tatouer les animaux du jeu Big Five sur sa jambe – l’Ecossais de 23 ans a l’appétit féroce. Buteur à dix reprises en Championship dès sa première saison en Angleterre, Paterson aura l’occasion de montrer toute l’étendue de ses qualités en Premier League. Du moins, si son genou le laisse tranquille, un genou qui l’avait laissé sur le carreau de décembre 2016 à novembre 2017. Cela n’avait pourtant pas empêché Cardiff de l’enrôler, pour son plus grand bonheur aujourd’hui.

Pour son retour en Premier League, Cardiff n’aura que le maintien à l’esprit. Difficile d’espérer mieux. Mais cet objectif sera difficile à réaliser tant cette équipe n’offre pas toutes les garanties sportives nécessaires et possède un coach qui a rarement convaincu partout où il est passé. C’est pourquoi nous ne voyons pas le club gallois se maintenir, mais il fera mieux que la dernière fois, en terminant au 18e rang.

L’auteur

Thomas

Thomas

Selon lui, Wes Hoolahan aka "Irish Messi" est l'un des plus grands joueurs de cette planète. Voue un amour incommensurable pour les divisions inférieures anglaises et le football nord-irlandais. Aime porter le kilt sans son slip, un peu fou sur les bords. Rêve secrètement d'un retour de Leeds en Premier League, le club qui a fait connaître la patte gauche délicieuse d'Harry Kewell. Il aurait voulu être joueur de foot pro, mais en voyant Jon Parkin et son physique grassouillet déambuler sur les terrains de National League, l'espoir n'est pas perdu.