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Neal Maupay, l’abeille fait son nid

Le Griffin Park a un nouveau héros. Neal Maupay, le jeune français de 22 ans, réalise un début de saison tonitruant avec son club de Brentford. Actuels sixièmes de Championship, les Bees peuvent compter sur leur buteur providentiel qui affole les compteurs : 10 buts lors des 12 premières rencontres de championnat (10 apparitions), ce qui fait de lui le leader au classement des buteurs. Encore peu remarqué en France, le natif de Versailles se fait un nom outre-Manche. À travers des témoignages d’anciens coéquipiers et du joueur en personne, focus sur les raisons de la fraîche réussite de Neal Maupay.

Un Aiglon précoce

À 16 ans, ton quotidien se résume à fouler le carrelage des couloirs du lycée, à te demander ce que tu vas faire plus tard comme métier. Mais d’autres jouent leurs premières minutes sur les pelouses de Ligue 1. Septembre 2012, le jeune Neal Maupay entrait en jeu avec l’OGC Nice contre Brest un mois après avoir soufflé ses seize bougies. Formé au club, ses coéquipiers ne tarissent pas d’éloges au sujet du jeune Neal. Alexy Bosetti, actuel joueur de Laval, l’a côtoyé à Nice lors de ses débuts : “Ce qui m’a impressionné, c’est sa capacité à être si performant à un si jeune âge.” Précoce, il entre un peu plus dans l’histoire en inscrivant trois mois après ses débuts un but face à Evian donnant la victoire aux Aiglons. Claude Puel a très vite compris qu’il tenait une future pépite en puissance, présentant une très grande maturité, en lui donnant sa chance à plusieurs reprises.

Neal Maupay et Brest, une année d’histoire d’amour, une montée en Ligue 1 pour consécration.

Camarade de classe de quatrième au collège du parc impérial à Nice, Gautier Lloris (OGC Nice), frère du champion du monde Hugo, a accompagné Neal depuis la catégorie U15 jusqu’au monde professionnel : “il était en avance à l’école et au foot.” Dorian Caddy (Rodez) faisait également parti de ces jeunes joueurs du centre qui voyaient en lui un talent exceptionnel : “j’ai connu Neal depuis le plus jeune âge où il est arrivé à Nice, à l’époque il jouait avec mon petit frère Warren, il avait un an de moins que moi. Puis j’allais voir mon petit frère jouer, et j’ai tout de suite vu qu’il était au dessus du lot. Un an après, il était surclassé avec nous.”

“Je pense que sans sa grosse blessure il serait déjà dans un très grand club” – Alexy Bosetti

Consécration, il est appelé très vite par Patrick Gonfalone, le sélectionneur de l’Equipe de France U17 à l’époque, qui lui donne par la même occasion le brassard. “À l’entraînement, on ne voit pas un gamin mais un footballeur qui veut progresser et doit encore le faire” répondait Renato Civelli en 2013. Justement, cette progression est stoppée par une grave blessure le 16 avril 2013 : rupture du ligament croisé antérieur du genou droit lors d’une rencontre en CFA 2. Un an de blessure et quelques apparitions ensuite avec l’OGC Nice avant de rebondir à Saint-Etienne. En vain, il est peu utilisé et décide de rejoindre Brest pour relancer sa carrière. Il a ainsi eu l’intelligence de rejoindre un club de Ligue 2, reculer pour mieux sauter. “Je pense que sans sa grosse blessure il serait déjà dans un très grand club“, nous confie Alexy Bosetti, “il a une grosse qualité d’attaquant moderne, costaud, rapide puissant et adroit devant le but.

Justement, ses qualités athlétiques et mentales ont beaucoup impressionné ses coéquipiers, comme nous le témoigne Dorian Caddy : “ce qui m’a impressionné chez lui, c’est son envie et sa détermination à ne rien lâcher sur le terrain. Il est très mature, avec beaucoup d’intelligence de jeu notamment dans ses déplacements. Il ne lâche jamais rien sur un terrain, il est prêt à donner sa vie pour gagner un match, et c’est très important pour une équipe.” Gautier Lloris nous confirme les dires de Dorian : “la principale qualité de Neal, c’est son mental, sa rage de vaincre, c’est pour ça qu’il continue de progresser aujourd’hui. C’est un régal pour un entraîneur d’avoir un joueur comme lui, un attaquant qui ne lâche rien, qui fait énormément d’appels et énormément d’efforts tout au long du match et qui va sans cesse agresser les défenseurs pour les presser. Cette grinta lui a permis de se démarquer des autres jeunes, ce n’était pas un modèle de finesse technique dans le jeu ni devant le but mais avec cette rage c’est lui qui finit la saison avec les meilleures statistiques.

“Je ne retiens rien de négatif et ne regrette rien.” – Neal Maupay

Unanimes, ses coéquipiers vénèrent le travail, l’abnégation, et les qualités naturelles de Neal Maupay. Après un début tonitruant et un passage à vide en France, le jeune franco-argentin ne regrette rien. Il nous a accordé un entretien exclusif et nous partage son avis sur son début de carrière en France : “j’ai eu la chance de débuter très tôt en Ligue 1. J’ai, de ce fait, connu différentes expériences enrichissantes comme jouer en Europa League avec Saint-Etienne, ou encore jouer la montée avec Brest. Cela m’a été bénéfique en tout point. Travailler avec différents entraîneurs m’a également permis de progresser.

Le nom de Neal Maupay ressurgit dans les médias. Il s’est engagé à Brentford le jour de la fête nationale de l’année 2017, et depuis, il se fait remarqué par ses performances de haut niveau. “J‘avais envie de repartir dans un projet dans lequel on comptait sur moi” nous confie-t-il.

Brentford, happy Neal

Samedi 6 octobre 2018, Brentford se déplace dans l’antre de Marcelo Bielsa, à l’Elland Road de Leeds United. 62ème minute, penalty pour les visiteurs, à la surprise générale compte tenu du statut de favori des locaux. Le capitaine prend le ballon et transforme le tir au but. Le porteur du brassard n’est autre que Neal Maupay, choisi pour endosser ce rôle au même titre que ses coéquipiers lors des autres matchs selon les velléités de l’entraîneur Dean Smith. Loin d’être le fruit du hasard, le jeune français se sent dans son jardin, sur les pelouses anglaises qui lui conviennent si bien.

Énième célébration de Neal Maupay.

“À travers ce transfert je souhaitais découvrir un autre championnat.” – Neal Maupay

Ses qualités de leader ne datent pas d’hier, et ses capacités athlétiques correspondent parfaitement au jeu déployé par les Bees et la Championship. “J’ai choisi Brentford car c’est le club qui m’a montré le plus de confiance avec lequel l’entente a été immédiate. À travers ce transfert je souhaitais découvrir un autre championnat et faire une saison complète comme je l’avais fait précédemment à Brest”, nous confie-t-il. Gautier Lloris voit d’un bon oeil la poursuite de sa progression de l’autre côté de la Manche : “pour moi quand il signe à Brentford, je me suis dit qu’il ne pouvait pas trouver mieux pour pouvoir briller. De jouer dans ce championnat ouvert c’était parfait pour lui. Il en est à sa deuxième saison avec ce club, c’est l’année de la confirmation, et il fait plus que confirmer.” En effet, depuis son départ de Nice, c’est la première fois que Neal Maupay reste plus d’une saison dans un club. Pour sa première saison, du positif est à retenir dans ce défi pour l’intéressé : “Je découvrais un nouveau championnat, une nouvelle équipe avec un nouveau mode de fonctionnement. J’ai donc essayé rapidement de m’adapter. J’ai fini meilleur buteur du club, même si j’aurais aimé faire mieux.

Cette réussite lors de sa première saison là-bas n’est pas un hasard selon Dorian Caddy : “cela lui a fait du bien de partir de la France, je pense que le jeu anglais lui convient parfaitement”. Alexy Bosetti voit son ancien coéquipier rejoindre l’élite et pourquoi pas l’Equipe de France un jour : “Brentford est un super club pour qu’il continue à progresser et à apprendre de ce championnat. Je n’ai aucun doute sur le fait que s’il continue à travailler, il jouera en Premier League et rejoindre l’Equipe de France d’ici 2-3 saisons.” Le jeu anglais est probablement celui qui convient le mieux au profil du joueur : bon dos au jeu, conservation de balle, sens du but, placement. Dans son jardin au Griffin Park, il explose les compteurs cette saison pour la deuxième dans le borough londonien.

“Je pense que je me suis amélioré en termes d’efficacité, c’est quelque chose que je travaille au quotidien.” – Neal Maupay

Il fait un début de saison remarquable“, nous confie Dorian Caddy, et à juste titre puisque le français réalise des performances dignes d’un grand attaquant. Mais comment expliquer cet état de forme ? Neal nous apporte des éléments de réponse : “c’est la première fois, depuis longtemps, que j’enchaîne deux saisons dans le même club, il n’y a donc pas eu besoin de temps d’adaptation. Pendant la préparation, j’ai travaillé dur pour arriver en forme. Pour le moment cela paie mais dans ce championnat très compliqué, on ne peut pas se relâcher. La Championship est un championnat très dense et physique dans lequel nous enchaînons les matchs. Je me sens à l’aise ici et je pense avoir les qualités pour y évoluer.”

Au plus grand bonheur des Bees et de ses supporters, l’abeille venu tout droit de France entend bien aider son équipe à jouer le haut du tableau et pourquoi pas rejoindre la Premier League avec le club qui lui a donné la confiance nécessaire pour rebondir : “notre ambition est en effet de faire mieux que l’an passé où nous avions raté de peu les play-offs pour la montée en Premier League. Le club est en pleine expansion et va dans la bonne direction. Ce serait pour moi une immense fierté que de participer à une montée. J’aimerais aider le club à grandir.

Cette rage de vaincre et ses performances font de lui un joueur aimé par les supporters : “Je m’entends très bien avec les fans” nous raconte-t-il. D’ailleurs, il n’est pas insensible à l’ambiance de Griffin Park, berceau de la passion anglaise du football : “que ce soit un mardi soir ou un samedi après-midi, l’ambiance est toujours au rendez-vous. Ici, tous les stades sont remplis et c’est cela qui m’a le plus surpris. Il nous arrive de jouer des matchs devant 25,000 personnes, chose qui n’existe pas en Ligue 2 française, même en Ligue 1.”

Homme heureux et joueur épanoui, Neal Maupay a véritablement franchi un cap significatif cette saison, en portant son équipe à la hauteur des ambitions. À 22ans et après avoir été dans le grand bain très tôt, le français entend bien confirmer son excellente forme du moment et ambitionne à titre personnel des choses à la hauteur de son talent : “Je souhaite marquer le plus de buts possibles et continuer ma progression.” Le travail, l’abnégation et l’envie de réussir, toujours. Nous ne finirons pas d’entendre parler de Neal cette saison et les années suivantes, en lui souhaitant une carrière digne du talent et de la sympathie de l’homme.

[Nous souhaitons remercier Gautier Lloris, Alexy Bosetti, Dorian Caddy d’avoir témoigné pour nous, et bien entendu mille mercis à Neal Maupay d’avoir accepté notre sollicitation pour cet article.]

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.