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Mohamed Salah, l’ascension d’un pharaon

Une pluie de superlatifs, un torrent de talent, “Mohamed Salah” est sur toutes les lèvres dans le monde du football. Pharaon en Egypte, roi en Angleterre, il explose les statistiques et éblouit de son efficacité devant le but. Retour sur la carrière en dents de scie d’un joueur hors norme.

Des rues de Nagrib au parc Saint-Jacques

Un parc au coin de ton quartier, des buts aux filets troués, un lieu de vie pour tout fan de football dès le plus jeune âge. Un paradis pour le jeune Mohamed Salah, errant ballon au pied dans les rues de Nagrib, un petit village près de Basyoun. Adolescent amoureux du sport de son idole Zinédine Zidane, il mêlait école et entraînement de foot au Caire. Son talent se révèle rapidement sur la scène professionnelle, dès l’âge de 17ans, avec son club formateur Arab Contactors SC.

Il est bien loin d’être à l’abris des regards européens, il tape très vite dans l’oeil des scouts du FC Bâle et parvient à signer au club suisse pour 2,5M d’€ à l’âge de 20ans. Après avoir joué les Jeux Olympiques avec l’équipe nationale, il fait ses premiers pas en Europe lors du tour préliminaire de la Ligue des Champions. Malgré la désillusion du club de ne pas se qualifier pour la compétition reine (reversé en Europa League), il réalise des performances très impressionnantes aux yeux des supporters suisses. Balle au pied, il est exceptionnel, provocateur et rapide il crée cette folie bienvenue au sein de l’attaque du FC Bâle.

“Quand il est arrivé d’Egypte, il était assez timide, plutôt terre-à-terre. Il avait quelques problèmes devant le but mais il nous offrait beaucoup d’options dans le jeu parce qu’il était très rapide. Il pouvait déjà se faufiler dans des espaces, là où d’autres joueurs n’étaient pas capables de passer. C’était déjà un gros plus pour le club.” – Yann Sommer

Mohamed Salah à ses débuts à l’Arab Contractors en Egypte. (crédit : 2022mag.com)

Malgré son talent, il lui manquait quelque chose de fondamental à son poste, la finition devant le but. Il pouvait se créer beaucoup d’occasions mais pêchait régulièrement pour conclure l’action. Il parvient toutefois à devenir meilleur joueur du championnat et emmène son équipe jusqu’en demi-finale d’Europa League en 2013, contre une équipe qu’il va rejoindre l’année suivante, en janvier 2014.

Mohamed a le blues

José Mourinho, alors à la tête de l’équipe de Chelsea, se montre très satisfait de ce transfert. Mohamed Salah était prisé par les plus grands clubs européens par son talent de percussion. Mais son passage à Londres n’a pas été très marquant (jeu de mot qui comprendra). Manque de régularité et toujours avec ce souci devant le but, il souffrait de la concurrence à son poste : Willian, Hazard, Schurrle. Ce n’était pas un “produit fini” et Mourinho ne lui a pas accordé toute la confiance qui lui aurait permis de s’imposer dans le XI. L’entraîneur portugais affirmait même qu’il n’avait pas les épaules du haut niveau. C’est pour cette raison que le club décide de le prêter à la Fiorentina en février 2015 pour réaliser le transfert de Cuadrado.

La botte italienne, terre de succès

Mohamed Salah arrive à la Fiorentina, une équipe sous les ordres de Vincenzo Montella, et c’est ici qu’il se révèle véritablement. Il joue en 9,5 dans un 3-5-2 et impressionne non seulement par ses qualités de vitesse, mais surtout, et elle est là la nouveauté, par de bonnes statistiques : 6 buts et 3 passes décisives en une quinzaine de matchs en championnat, mais il est également buteur en compétition européenne où la Fio parvient à se retrouver en demi-finale en Europa League et également en coupe nationale.

Passage à l’AS Roma, une autre dimension. (crédit : 101greatgoals.com)

Après ces six mois fondateurs, Chelsea le prête à l’AS Roma avec option d’achat au terme d’un conflit avec la Fiorentina qui avait payé une option pour prolonger son prêt d’un an, il ne voulait pas rester au club. En deux saisons à la Roma, il marque 29 buts et réalise 19 passes décisives en Série A. Dans le jeu, une complicité se crée avec Dzeko, leur duo est le plus prolifique du championnat lors de la saison 2016-2017.

Malgré ses statistiques, il présente toujours des lacunes dans les 30 derniers mètres, faisant rarement les bons choix. Malgré tout, il impressionnait par sa conduite de balle, sa capacité à faire d’énormes différences. Son passage en Italie a été un véritable déclic avant de s’engager pour 5 ans à Liverpool à l’été 2017.

“Il est devenu tellement froid. Chez nous, il n’était pas comme ça.” – Sandro Piccinini, commentateur de Mediaset.

Un pharaon roi d’Angleterre

42 millions d’euros plus tard, Liverpool officialise l’arrivée de l’ancien pensionnaire de Chelsea. Après une saison incroyable avec la Roma (19 buts et 12 passes décisives), sa venue fait l’unanimité auprès des supporters.

“Mohamed possède le mélange parfait d’expérience et de potentiel, c’est un transfert vraiment enthousiasmant pour nous. Il connaît la Premier League et possède les qualités de Ligue des champions et il est l’un des joueurs les plus importants de ce pays.” – Jurgen Klopp

Pour ses débuts, il se retrouve assez emprunté face au but mais au poste d’ailier il se montre très vite comme une pièce maîtresse du dispositif offensif mis en place par l’entraîneur allemand. Toujours aussi rapide et doté d’une vista exceptionnelle, il contribue à la collection de buts que se crée Liverpool. Le grand changement est sa finition qui prend une toute autre dimension. En pleine confiance, son réalisme et sa polyvalence frappent le championnat.

“C’est compliqué de le comparer à Lionel Messi ou Cristiano Ronaldo parce qu’ils font ça depuis si longtemps mais, sans l’ombre d’un doute, il est le meilleur joueur de la planète actuellement.” – Steven Gerrard

Il éblouit les pelouses de Premier League mais également sur la scène européenne où Liverpool est à l’heure actuelle à moitié en finale de la compétition reine. En témoigne son but absolument incroyable contre son ancien club, l’AS Roma, au match aller de la demi-finale.

Reste à savoir désormais s’il va pouvoir garder son niveau l’année prochaine, ou s’il sera un énième “one season player”. Ses qualités sont époustouflantes, il a réussi à convaincre le monde du football et présente des statistiques déjà historiques alors que la saison n’est pas encore terminée. Une première saison incroyable, la première d’une longue série à Liverpool ?

Stats TCC au 19 avril 2018. Oui oui … (crédit : uefa.com)

Au-delà du foot

Mohamed Salah n’est pas seulement un joueur de football, c’est également un homme simple et généreux. En témoigne une histoire assez incroyable. Son père s’était fait cambriolé en Egypte ; le voleur retrouvé, Mohamed Salah décide de convaincre son père de ne pas porter plainte, et le joueur donna une somme d’argent au voleur pour l’aider à trouver du travail.

Sa générosité se manifeste dans son village d’origine où il oeuvre en finançant la construction d’une école et en aidant un hôpital. Au-delà du football, Mohamed Salah est une personne très respectée en Egypte.

“Il est très généreux. Je le connais depuis très longtemps, c’est une personne en or et très populaire.” – Ahmed Elmohamady

L’égyptien est également vu comme un messager idéal de l’islam en Angleterre. Fahd Al-Rowky, le vice président de la municipalité de La Mecque, avait annoncé son intention d’honorer l’attaquant de Liverpool. Il y a là une dimension sociale absolument exceptionnelle que véhicule Mohamed Salah.

Respecté et adulé en Egypte pour sa personne et admiré en Angleterre pour son niveau footballistique, rien ne résiste à celui qui prétendra probablement au ballon d’or, cette distinction qui n’a en général aucun sens mais dont le prestige reste certain. Mohamed Salah peut-il concurrencer les deux géants Messi et Ronaldo ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais n’est pas trop tard pour admettre qu’il a atteint un niveau peu commun cette saison.

L’auteur

Benjamin

Benjamin

Fan inconditionnel d'Arsenal depuis la douloureuse finale européenne au stade de France en 2006. Attend impatiemment la gloire retrouvée d'un club forgé par la légende Arsène, enfin parvenu à tourner la page. À la fois procrastinateur et salarié de l'Education Nationale, fan de séries et musicien à ses heures perdues.