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Michael Olise, talent royal

Il vient de souffler ses 19 bougies au mois de décembre, mais le Royaume-Uni entier se l’arrache déjà. Michael Olise, jeune espoir tricolore, est certainement en train de vivre ses derniers mois en Championship. Mais qui est vraiment ce talentueux gaucher, produit de l’académie de Reading ? Portrait d’un surdoué.

Le Championship, vivier à talents

Le deuxième échelon du football anglais regorge depuis quelques années de plusieurs jeunes éléments talentueux, et l’année 2020 fut particulièrement frétillante à ce niveau. Eberechi Eze, parti faire danser les défenses de Premier League, Jude Bellingham, devenu depuis le plus jeune joueur anglais à fouler les pelouses de Ligue des Champions, Ollie Watkins, qui fait le bonheur de la ligne offensive des Villans, ou encore Said Benrahma, parti découvrir l’élite anglaise avec West Ham, ont tous obtenu leur bon de sortie l’été dernier et par conséquent quitté le Championship par la grande porte.

Cette saison, les yeux des observateurs du Second Tier sont tournés vers le Madejski Stadium. Pour un élément offensif, raffiné ou clinique, ce qui ne manque pas à Reading – de John Swift à Lucas Joao, en passant par Ovie Ejaria ou Yakou Meite – Michael Olise est un vrai bonheur, en atteste notamment son enchainement face à Bristol City le 28 novembre dernier. Dos au but près de la ligne médiane, le natif de Saint-Laurent-du-Maroni a fait parler en quelques fractions de seconde toute la palette du meneur de jeu par excellence. Le petit coup d’œil, l’orientation du corps et le mouvement avant de recevoir la balle de son compère Ovie Ejaria, la première touche avec son mauvais pied pour préserver l’angle idoine pour une ouverture, la vista et l’exécution avec l’extérieur pied gauche pour servir sur un plateau Yakou Meite. Et un énième coup de maitre pour débloquer une rencontre.

Talent précoce

Il faut dire qu’au-delà de cet enchaînement, l’ex-international U18 rayonne sur les pelouses de Football League depuis le retour de la compétition au mois de juin dernier. Des prouesses d’une potentielle future star qui – comme a tenu à le souligner celui qui lui avait offert en mars 2019 son baptême du feu en Championship contre Leeds United, José Gomes pour The Athletic – confortent l’idée selon laquelle « Michael est vraiment spécial. Il était peut-être le talent le plus merveilleux et fantastique avec qui j’ai travaillé. Et j’ai fréquenté plusieurs grandes académies, à Porto, Benfica, Panathinaikos, Malaga. »

Bien qu’il fût lancé dans le grand bain par le manager portugais, après avoir tapé ses premiers ballons à Chelsea, puis Manchester City, jusqu’en 2015, Olise a dû naturellement se contenter de quelques miettes (206 minutes de Championship sur une période de sept mois), en plein milieu d’un contexte sportif mouvementé sous l’ère Gomes, tout en alternant régulièrement les apparitions entre les moins de 18 ans, en U18 Premier League et FA Youth Cup, et les moins de 21 ans en Premier League 2.

Ancien directeur du football à Reading, Mark Bowen avait vu débarquer en équipe réserve un talent inestimable, couplé à un manque de maturité spontané au vu de son jeune âge : « Il jouait dans une position excentrée et délivrait quelques coups d’éclat, avant de perdre le ballon. Et puis, il revenait en marchant. Dans son esprit, c’était clair qu’il ne voulait pas être ici, avec l’équipe réserve. Il aura fallu beaucoup de temps pour qu’il réalise qu’il y a des gens qui suivent les matchs. Je lui ai dit, ‘C’est dans ces moments précis que tu dois courir plus que les autres, travailler plus que tout autre joueur. Si, balle au pied, les choses ne se passent pas comme tu l’espérais, alors ceux qui estiment que t’es un bon joueur reviendront tout de même’. »

Si à l’époque l’ascension de Michael Olise semblait plutôt linéaire dans les différentes catégories de jeunes, l’éviction de José Gomes en octobre 2019 et la promotion de Mark Bowen au titre d’intérimaire va progressivement accélérer son installation parmi l’équipe première, avant d’enfin connaitre sa première titularisation en championnat au City Ground, l’antre de Nottingham Forest. En côtoyant de très près le jeune Français, le désormais ex-entraineur de Reading s’est aperçu de l’importance des cadres du vestiaire sur son tempérament : « Par moments, il avait ce brin d’arrogance en lui à l’entrainement. S’il en faisait un peu trop, ce qui lui est arrivé à une ou deux reprises, il y avait des joueurs comme Liam Moore qui le lui faisaient remarquer». Tout en constatant de très près son évolution et le gain en maturité qui allait avec : « S’il y a bien une chose qui a attiré mon attention lors de ces séances d’entrainement, c’est qu’il ne se faisait pas traîner après s’être fait bousculer. Il se relevait instantanément, s’essuyait et reprenait vite la suite de l’entrainement. Je m’étais dit ‘Ça montre qu’il fait preuve d’un bon niveau de maturité’. »

C’est à partir de là que tout s’accélère. L’Anglais d’adoption commence enfin à enchainer les minutes de Championship, tout en affichant une certaine assurance tant sur le plan technique que moral, et à prendre forme dans une équipe qui aura longtemps joué avec le feu et frôlé la zone rouge. Malgré l’absence de réussite dans les moments décisifs (impliqué directement dans aucun but de Reading lors de ses quatorze apparitions successives en fin de saison), le prodige propose, décroche, combine et offre un début de style à un entraineur novice en la matière, en manque d’inspiration tactique et dont la séparation avec les Royals sera entérinée quelques mois plus tard.

Reading, tube de l’automne

À l’aube de l’exercice 2020-2021 de Championship, Reading ne présentait pas forcément un effectif taillé pour la montée, en dépit du fait que, sur le papier, cette équipe a de quoi séduire sur un plan purement technique. En se séparant de Mark Bowen (il a refusé dans la foulée de poursuivre l’aventure en tant que directeur technique), le board de Reading a décidé de se tourner vers les pays de l’Est et de miser sur un profil méconnu du grand public en Angleterre. Veljko Paunovic sortait d’une expérience de quatre ans du côté du Chicago Fire en Major League Soccer, mais était surtout précédé d’une flatteuse réputation attribuée après son expérience chez les catégories de jeunes Serbes, où il avait enchainé successivement les sélections U18, U19 et U20 avant de finir en apothéose son aventure avec les moins de 20 ans, en emmenant son pays vers un titre mondial en Nouvelle-Zélande.

Michael Olise avec son trophée de meilleur espoir de Football League du mois de décembre ©readingfc.co.uk
Michael Olise avec son trophée de meilleur espoir de Football League du mois de décembre ©readingfc.co.uk

Dans le 4-2-3-1 opéré par les Royals, Michael Olise est resté un des premiers noms cochés par le manager serbe malgré la transition estivale consommée sur le banc. Et les prestations délivrées par le néo numéro 7 de Reading ne sont pas étrangères au démarrage de saison sur les chapeaux de roues des hommes de Paunovic. Dans une équipe joueuse, qui ne tourne pas forcement autour de lui, et entouré de plusieurs éléments aux profils techniquement complémentaires (Ovie Ejaria, John Swift, Yakou Meite, Lucas Joao pour ne citer qu’eux), l’insouciance et la fougue de la jeune pépite Française font office de bouffée d’air dans l’animation offensive des Royals.

« 5 joueurs issus de l’académie de Reading ont effectué au moins 15 apparitions en équipe première cette saison. Une première depuis la saison 2015-2016.»

Un bijou à polir

Doté d’une large palette technique plutôt complète, Michael Olise fait preuve d’une admirable capacité à glisser tout en délicatesse des caviars – en atteste ses huit offrandes délivrées cette saison, aucun autre joueur ne fait mieux en Championship – et de trouver un angle de tir avant d’armer dans des espaces peu évidents.

Avec la sévère blessure subie par John Swift, écarté des terrains pendant trois mois, il occupe très souvent une position axiale, tout en restant en mouvement entre les lignes et en exerçant un scan afin d’offrir des solutions de passes et permettre au porteur de la balle (Andy Rinomhota ou Josh Laurent) de casser la ligne adverse. Mais il n’hésite pas non plus à se déporter sur le flanc droit et essayer de bonifier les efforts technico-tactiques de Yakou Meite lorsque le jeu l’exige. Le même couloir où le jeune gaucher a effectué quelques apparitions, avec une aptitude à aimanter l’attention des défenseurs adverses avant de combiner avec le latéral droit des Royals (Tomas Estevs ou Thomas Holmes) et une capacité à appuyer sur l’accélérateur dès qu’une opportunité se présente.

Un premier chiffre pour situer sa qualité première : Michael Olise a créé 38 occasions de but depuis le début de saison dans le second échelon du football Anglais, mieux que tout autre coéquipier, et comptait au début du mois de décembre le meilleur total dans l’exercice parmi les joueurs de moins de 20 ans évoluant en Championship et dans les cinq grands championnats d’Europe. Autre exercice que dominait le jeune français parmi les joueurs appartenant à sa catégorie d’âge en championnat, l’élimination de son vis-à-vis balle au pied fait partie de sa panoplie avec notamment le plus grand total de dribbles réussis et une moyenne de 1.1 dribbles réussis par match.

Tantôt meneur, tantôt ailier, Olise domine quasiment tous les compartiments du secteur offensif de Reading avec des statistiques (passes dans la surface adverse, passes clés et tirs en dehors de la surface) qui se traduisent sur le rectangle vert. Un constat partagé par José Gomes : « Michael est vraiment spécial, explique le manager Portugais pour The Athletic, il peut repérer, avant même de recevoir la balle, plus d’options que la plupart des joueurs. Son habileté technique, sa vitesse et sa capacité décisionnelle sont vraiment, vraiment bonnes. »

Si, jusqu’à ce jour, Michael Olise s’est d’avantage illustré dans la création et la construction à travers sa vision du jeu, ses progrès sont constants dans un rôle encore plus décisif devant. Reading s’attendait à un fin dribbleur, qui avait suscité depuis quelques mois l’effervescence chez les fidèles du Madejski Stadium, capable d’alimenter le secteur offensif, d’orienter le jeu, et de fournir à Veljko Paunovic un élément de surprise face à l’adversité du Second Tier. Mais le club a découvert aussi un joueur habile sur les coups de pied arrêtés, capable de faire trembler les filets des portiers adverses (4 buts) dans des moments cruciaux et un potentiel Supersub dont l’implication directe dans les buts n’est pas des moindres (1 but et 3 passes décisives en 6 matchs en tant que remplaçant).

De quoi, enfin, devenir une des pierres angulaires du manager Serbe, qui ne tarit pas d’éloges à l’égard de son protégé en conférence de presse : « Oui, il est très talentueux. Avec Michael nous avons remarqué beaucoup de progrès cette année. Il enchaine les minutes et est entouré d’une très bonne équipe et d’un groupe de leaders. »

« Nous ne devons pas oublier que c’est un gamin. »

Ne surtout pas perdre la main

À dix-neuve ans, la jeune pépite, née de parents Nigérians, n’est pas encore un produit fini. Dans une équipe pétrie de talents et qui commence à gagner en régularité depuis l’arrivée de Veljko Paunovic, il a hérité d’un temps de jeu conséquent, dans un championnat très exigeant, qui lui a permis de prendre la mesure du football Britannique.

Un talent inestimable qui a dû être utilisé, sans une baisse apparente de sa forme, avec parcimonie par l’ancien Boss du Chicago Fire ces dernières semaines. Choix tactique ou gestion d’un jeune convoité ? Le manager Serbe s’explique en conférence de presse : « Vous pouvez vous attendre, de la part des jeunes éléments, un certain manque de compréhension de la vision globale. »  À tort ou à raison, Alfa Semedo, milieu défensif de formation, lui a été préféré quelques fois au sein d’un schéma beaucoup plus prudent. José Gomes, de son coté, préfère tempérer : « Nous ne devons pas oublier que c’est un gamin. Il est très jeune, il grandit et il a besoin de beaucoup de soutien. Sans ce soutien, peut-être qu’il ne pourrait pas montrer l’étendue de son talent. » Quoi qu’il advienne, Olise a su répondre présent, en étant incorporé en cours de match, à l’image de sa remarquable et remarquée entrée à Loftus Road face aux Queens Park Rangers, conclue dans les derniers instants par un splendide coup de patte.

«Bargain» en approche

Vous l’aurez compris, le jeune Français est très prometteur, et par conséquent, pas à l’abri des regards. Il ne laisse pas les grosses écuries insensibles, elles qui ont déjà succombé au charme de la pépite, dont la situation contractuelle commence à faire douter les dirigeants des Royals. Le mois dernier, Sky Sports et The Athletic révélaient qu’une clause libératoire estimée à huit millions de Livres serait incluse dans le contrat d’Olise à dix-huit mois du terme de son bail. Tôt ou tard, avec ou sans Reading, Michael Olise goûtera aux joutes de la Premier League, championnat auquel les Royals n’avaient plus été conviés depuis leur descente en mai 2013. Plus dur sera d’assumer l’attente suscitée par ses récentes prestations, mais une chose est sûre, l’année 2020 aura été définitivement charnière dans la carrière de la sensation de la saison en Championship.

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L’auteur

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Compte dédié à l'antichambre de l’élite anglaise - là où les termes "Kick" et "Rush" ne sont plus à l'ordre du jour - et créé par un nostalgique du pied gauche de Matthew Taylor, dont le seul rêve serait de couper un centre tendu de Stewie Downing.
Intermédiaire occasionnel entre le Championship et les twittos, intéressé aussi par le football.