Focus

Mais il se passe quoi à Newcastle ?

Annoncée depuis plusieurs mois voire années, la vente du club de Newcastle United n’avance pas. Une situation bloquée par un propriétaire qui ne laisse rien où ce sont les joueurs, l’entraîneur et les fans sont pris en otage depuis plusieurs saisons. On aurait espéré une évolution ces dernières semaines or il n’y en est rien.

Mike Ashley le président qui débloque en bloquant le club

Nous présentions Mike Ashley et le board du club dans un article en début de saison ci-dessous. Les choses n’ont peu ou presque pas changé depuis…

Mike Ashley avait promis que “chaque penny généré par le club” sera réinjecté pour recruter des joueurs, ces propos n’ont pas été respectés, que ce soit pour les voeux lors de l’été 2017 ou ceux de 2018, à moins que ce dernier parlait des sommes reçues sur la vente des joueurs. Le club avait ainsi, avant le mercato hivernal, un “net spend” (ou balance de la somme des transferts) avoisinant les 16 millions d’Euros depuis la remontée dans l’élite à l’été 2017.

Après une honorable 10ème place lors de la saison de la remontée, on aurait pu imaginer les ambitions du club à la hausse avec un propriétaire un peu plus impliqué économiquement, afin de mettre son club en valeur avant de le vendre. La réalité est que Rafael Benitez se doit de faire des merveilles avec peu, avec une masse salariale égalant les clubs luttant pour le maintien.

La quasi-totalité des transferts de Newcastle depuis deux saisons sont des achats discount. Peu ambitieux quand on attend une amélioration quelconque de la qualité des performances.

Bien que Mike Ashley souhaitait vendre le club avant le mercato hivernal, il a tout de même été contraint à investir cet hiver. Sans doute pour éviter la vague d’annulation d’abonnements. Mais aussi afin de préparer au mieux le football anglais à l’ère du Brexit qui entrera en vigueur au plus tard le 29 mars 2019 pour se finaliser au 30 décembre 2020, soit avant la fin de cet exercice 2018-19. La fédération anglaise a d’ores et déjà soumis un plan refusé par les clubs de Premier League.


Les premiers enjeux visibles du Brexit

La principale problématique du Brexit pour le football britannique est le question d’attribution des permis de travail, permettant à un joueur extra-britannique d’évoluer au Royaume-Uni. Selon les dispositions actuelles, tout joueur issu de l’Espace Economique Européen se voit attribué d’office ce work permit. Pour appartenir à l’EEE, il n’est pas requis d’être membre de l’Union Européenne, puisque des états comme la Suisse ou la Norvège en font partie. L’UE en est membre à titre d’état, c’est-à-dire que le Royaume-Uni, selon les termes actuels du Brexit, devra faire une demande d’adhésion après la sortie de l’UE. Il serait, en cas de Brexit, difficile pour un joueur du Vieux Continent d’évoluer au Royaume-Uni. Cela serait même impossible de recruter des joueurs de moins de 18 ans, puisque la FIFA autorise les transferts d’espoirs de 16 à 18 ans au sein de l’EEE. Les clubs de Premier League doivent donc préparer le Brexit en recrutant dès ce mois de janvier 2019.


Mike Ashley qui avait réussi à esquiver le problème l’hiver dernier en empruntant trois joueurs (Kenedy, Islam Slimani et Martin Dubravka) et prétextant l’offre de PCP, consortium mené par Amanda Staveley pour ne pas s’investir davantage. Le rachat a d’ailleurs capoté par la suite. Les raisons de l’offre jugée insuffisante semblent être la phase immergée de l’iceberg, les attentes d’Ashley sont autres.

Une vente impossible ?

Plusieurs consortiums se sont rassemblés pour tenter de racheter le club depuis sa mise en vente. D’abord celui mené par Staveley qui a proposé 300 millions de Livre Sterling (330M€), pas assez aux yeux d’Ashley qui en demande 400 (443M€). Ce feuilleton qui a occupé tout l’espace médiatique du club la saison dernière s’est soldé par un retrait de PCP face à l’inflexibilité du propriétaire de Sports Direct.

Amanda Staveley apperçue à maintes reprises à St James’ Park la saison dernière. (Photo :  Owen Humphreys/PA)

Selon Jonathan Drape-Comyn, rédacteur pour The Mag : « Je ne pense pas que le club soit en vente, et en réalité, il ne l’a jamais été. D’Amanda Staveley la saison dernière à Peter Kenyon aujourd’hui, il n’y a jamais eu de volonté de la part de Mike Ashley de vendre le club. »

Le club est une formidable vitrine pour les affaires d’Ashley : disposer d’un moyen de pub pour ses différentes propriétés et de générer du profit grâce aux revenus diverses du club (transferts, matchs, sommes remportées.)

Jonathan Drape-Comyn dit également : « En fin de compte, pourquoi voudrait-il vendre le club ? Newcastle est un formidable outil de promotion pour Sports Direct. Aussi longtemps que le club sera en Premier League ce sera un atout stratégique pour lui, en ajoutant, aussi longtemps que Mike Ashley disposera d’un club lui permettant de marketter Sports Direct pour une audience globale, il ne le vendra pas. »

Dans une telle situation, on peut se demander où se trouve le football. Pire, pour une ville totalement dingue de son club, on peut imaginer les fans pris en otage, se rendant au magnifique St. James’ Park malgré une gestion suspecte de leur club depuis plus d’une décennie.

Pour les potentiels racheteurs, il y en aurait 4 qui pourraient s’intéresser au club de Northumbrie. Drape-Comyn, dans un de ses articles, se questionne sur ces derniers : “je ne connais pas, je ne connais pas, je ne connais pas et un représenté par Peter Kenyon que je ne connais pas.” Aucune mention d’un nom ou d’une groupe n’a en effet été dévoilé jusque-là.

Peter Kenyon et Ashley Cole lors de sa signature à Chelsea en 2006. (Photo : Darren Walsh/Chelsea FC Via Getty Images)

Qui est ce Peter Kenyon ?

Peter Kenyon, passé par la direction d’Umbro puis celle de Manchester United en 1997 avant de rejoindre Chelsea lors du rachat en 2003 par Roman Abramovitch. Dirigeant brillant, c’est néanmoins avec les Blues qu’il a connu ses premiers déboires lorsqu’il est accusé de “tapping-up” en 2005 avec Ashley Cole et Rio Ferdinand. Libre, Kenyon se rapproche du monde des agents, avec Pini Zahavi qui l’a présenté à Abramovitch en 2003. Mais c’est avec Jorge Mendes qu’il s’associe pour fonder des fonds d’investissement afin de racheter des droits de joueurs selon les principes de la tierce-propriété. Le Guardian révèle l’affaire en 2014 qui provoque un scandale et entraîne son interdiction en 2016 pour le football insulaire. Depuis, Peter Kenyon “a pris quelques vacances hors du circuit, sert d’intermédiaire ou de conseiller, rapporte le journaliste Romain Molina, en ajoutant, quelques amis le voient en Uruguay où il aime se rendre. Il cherche à aider des consortiums pour racheter des clubs depuis un moment, Newcastle dernièrement.”


Avoir Peter Kenyon comme potentiel futur acheteur rend l’avenir incertain et nébuleux. Ce dernier peut tout à fait user de ses contacts pour améliorer le club en attirant des capitaux. Ce qui est beaucoup moins excitant c’est toutes les casseroles que l’homme d’affaires traîne avec lui et qu’il pourrait ramener dans le Nord de l’Angleterre. Néanmoins, parler d’un rachat de Peter Kenyon demeure une supposition. Pour le moment la situation est figée, pour le plus grand malheur des fans des Magpies pris en otage.

Et les supporters dans tout ça ?

Tout comme dans la vie civile, lorsqu’un dirigeant prend des choix laissant à désirer, une convergence des luttes se met en place. Celle de Newcastle est noire et blanche. Selon Jonathan Drape-Comyn, “l’idée de fans menant des protestations n’a rien de neuf à Newcastle“.

Plusieurs protestations ont eu lieu récemment, menées par une coalition de groupes de fans de Newcastle United sous la bannière du The Magpie Group (TMG). Cette cette union formée en Juillet 2018, est composée de divers groupes de supporters (True Faith, AshleyOut.com, ToonNetwork, Newcastle United Supporters Trust, NUFC Fans United, #IfRafaGoesWeGo, Wor Flags et Wor Hyem).

Allez Mike dis camion ! (Photo : Action)

Lors du premier rassemblement du The Magpie Group qui a eu lieu en face d’un magasin Sports Direct sur la principale rue de Newcastle. C’était l’occasion pour plusieurs centaines de fans de résumer les 11 années de règne d’Ashley entre le manque d’investissement dans les joueurs ou les installations ainsi que les très gros revenus des jours de match en renommant le St James’ Park le “Sports Direct Arena” (avant de rétropédaler en 2012).

Cependant, ces cris se sont essoufflés depuis pour plusieurs raisons. Selon Drape-Comyn le problème “du TMG est de faire passer le message. Beaucoup de celui-ci passe par les réseaux sociaux qui sont l’écho du monde réel, le groupe n’arrive pas à atteindre les fans qui doivent être sensibilisés. Par ailleurs, tous les fans ne partagent pas les mêmes idées. Certains pensent le contraire de d’autres (je pense au Brexit ou à Trump). De fait, ces protestations ont crée une division entre ceux comme TMG qui désirent l’éviction de Mike Ashley, d’autres s’en moquent moque tant que l’équipe fait des résultats sur le terrain. En fin de compte à Newcastle, les gens se résignent à accepter la situation et à voir un match de football un samedi après-midi après une dure semaine de travail. Ils travaillent toute la semaine et c’est leur jour libre pour voir leurs amis, s’amuser et regarder du football. Beaucoup de gens ne veulent pas abandonner cela…même si ne pas se rendre au St James’ Park serait la meilleure chose à faire pour le long terme.”

Le football demeure un loisir pour beaucoup. Dans n’importe quel mouvement de supporters, la protestations s’arrête toujours là où on trouve son compte pendant que les plus radicaux continueront la lutte. Ce n’est peut-être pas une situation qui deviendra guerre civile, et puis, la Grande Rébellion anglaise ne s’est pas avérée être une réussite. Espérons tout de même qu’Oliver Cromwell ne succèdera pas à Mike Ashley. Avant cela, il y a un entraîneur à conserver, celui qui maintient l’espoir au sein des supporters du club du Tyne and Wear.

Les protestations lors du départ de Kevin Keegan forcé par Mike Ashley en septembre 2008.

Rafa Benitez le thaumaturge

« Si Rafa part, nous partons », on pourrait résumer par cette phrase et hashtag #IfRafaGoesWeGo afin de décrire les merveilles produites par Rafael Benitez depuis son arrivée en mars 2016.

Pour Jonathan Drape-Comyn : « Il n’y a aucun doute que c’est un grand manager et concerné par les intérêts du club. S’il n’était pas là Newcastle serait sûrement en Championship, ou pire… Regardez Sunderland ! Ce serait nous si Benitez n’était pas là. »

Après quasiment 3 ans, le technicien espagnol a conquis tout le monde. A l’image de sa récente victoire face à Man City (2-1, 24ème journée) Benitez a un groupe de joueurs concerné et qui comprend ses principes de jeu. Comme dit plus haut, Mike Ashley ne lui offre pas les moyens nécessaires pour pouvoir viser plus haut, une impasse qui laissait entrevoir des envies d’ailleurs pour l’espagnol. Ce n’est sans doute pas les surprises lors des dernières heures du mercato hivernal avec les arrivées d’Antonio Barreca (prêt) et Miguel Almiron (24M€) qui changeront la donne.

Jonathan Drape-Comyn pense que “Rafael Benitez est un formidable atout pour Mike Ashley, il est la raison pour laquelle les fans supportent encore le club et se rendent au stade. Si Rafa n’était plus là, beaucoup auraient boycotté les matchs en rejoignant les protestations.” Il poursuit : “A court terme, si Rafa s’en va ce serait fatal pour le club, mais je pense aux intérêts du club sur le long terme, ce qui est le plus important. Le départ de Rafa accélèrerait le processus de vente de Mike Ashley, et les fans de Newcastle retrouveraient leur club“.

Nul doute que le travail de Rafa Benitez sert de bouée de sauvetage pour les ambitions funestes de marketing de Mike Ashley. Quand on voit les sommes coquettes empochées par le club du Tyne and Wear pour les ventes Georginio Wijnaldum (28M€) et Moussa Sissoko (34M€) en 2016 ou encore Aleksandar Mitrovic (25M€) en 2018 pour peu de recrues de qualité.

Avant d’espérer l’affranchissement du peuple noir et blanc et l’espoir d’apercevoir des jours meilleurs, le club de Newcastle doit lutter pour sa survie en Premier League, aussi modestes que soient ses armes.


Pour compléter la lecture, voici les 50 crimes de Mike Ashley à Newcastle (en anglais) par Jonathan Drape-Comyn pour The Mag.


L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.