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Le K Kompany : en cristal, mais vital

Blessé aux adducteurs depuis le 3 juin, Vincent Kompany a entamé une course contre-la-montre pour prendre part aux matchs de la Belgique au Mondial. Une course qui pourrait avoir une influence sur la destinée de la Belgique lors de la compétition. 

Un colosse aux cuisses d’argile

On ne compte plus les blessures du capitaine des Diables Rouges. En revanche, la presse belge les a comptées. Comme pour témoigner de leur désarroi face à une telle malchance, pour ne pas dire malédiction. Elle en a donc dénombré près de 44 depuis le début de la carrière de Kompany. Autre chiffre, dévoilé cette fois par le journal L’Équipe de ce dimanche, l’ex-capitaine de la sélection belge n’aurait disputé que 30% des matchs de la Belgique depuis la Coupe du monde 2014. Une véritable anomalie quand on est désigné comme le patron de sa défense. Une anomalie qui s’est souvent traduite par une fragilité défensive de la Belgique, en particulier lors du dernier Euro et de ce quart de finale perdu face au Pays de Galles. Sans cette absence répétée, Kompany aurait bien plus de sélections que ses 77 actuellement au compteur, ce qui lui aurait permis de titiller Vertonghen et ses 102 sélections.

Cela fait donc de “Vinnie the Prince” un intérimaire de la sélection. Ce Mondial ne déroge pas à la règle. Touché aux ischio-jambiers depuis un match amical face au Portugal le 3 juin dernier, le doute s’est réinstallé autour de celui qui avait déjà raté le dernier Euro. Mais, aux dernières nouvelles, Laurent Ciman va quitter la sélection en raison des signaux positifs envoyés par Kompany et Vermaelen. Les dernières publications du Citizen sur les réseaux sociaux, dans lesquelles on peut le voir faire des exercices physiques en salle, invitaient également à un certain optimisme. A l’instar de Zidane avant le Mondial 2002 en France, les jours sont comptés et le doute subsiste en Belgique à l’aube de l’entrée en lice des Diables Rouges face au Panama. Et pour sûr, son absence dans le onze de départ aura un impact, plus ou moins important, sur la sérénité défensive de son équipe. Cela reflète sa situation en club. Il avait beaucoup manqué à Manchester City ces deux dernières saisons, la faute à des blessures répétées aux ischio-jambiers. Et, même s’il est probablement moins adroit qu’un Stones ou Otamendi à la relance, sa présence s’est avérée rassurante et déterminante dans la reconquête du titre de champion d’Angleterre cette année. Son impact sur le groupe va donc bien au-delà de ses performances sur le terrain.

Une présence primordiale

En dépit de toutes ces incertitudes entourant l’état de santé de Vincent Kompany, sa présence dans le groupe semble vitale pour un groupe qui, malgré une multitude de bons joueurs, manque de véritables leaders, car le capitaine de Manchester City en est un, que ce soit sur le terrain et en dehors. Il dispose d’abord de qualités physiques intrinsèques en défense centrale. Il n’est sûrement pas le meilleur relanceur, mais il représente une figure rassurante pour ses partenaires. Principaux points forts : son aura et son charisme qui sont notables, des qualités que peu de joueurs ont au sein de leur sélection.

Vincent Kompany saute de joie après son but face à Arsenal en finale de Carabao Cup en février dernier.
La passion et la rage de vaincre de Vincent Kompany, deux éléments caractéristiques qui transcendent ses équipiers (crédits https://www.rte.ie).

Tous ces ingrédients font que, même sur une jambe, sa présence dans le groupe a toujours été considérée comme acquise par ses coéquipiers. Il suffit d’écouter ce que disait Toby Aldeweireld à son sujet : “Cet amour du pays, il nous le communique. Ça aide. On ne voudrait pas faire cette aventure sans lui.” Mais c’est surtout les mots de Michy Batshuayi qui donnent une idée de l’importance et du leadership incarnés par Vincent Kompany : “Le leader, le capitaine, pour les joueurs, c’est Vincent Kompany.” Car le grand gaillard ne porte plus le brassard en sélection. C’est Eden Hazard qui en a hérité, en raison de l’absence régulière de Kompany, mais surtout pour lui donner davantage de responsabilités au sein d’une sélection dont il incarne la principale menace offensive. Néanmoins, le joueur de Chelsea n’aura jamais le visage rassurant de son compatriote, cette confiance affichée et communicative, cette rage de vaincre qui n’est jamais plus visible que lorsqu’il trouve le chemin des filets, à Manchester City le plus souvent. Même s’il devait passer tous ces matchs du Mondial sur le banc, Vinnie l’accepterait, car le groupe compte plus que son cas personnel. Il le sait. Il ne s’en plaindra jamais. Il travaillera en silence dans l’espoir de revenir à temps, sans doute pour le tableau final a priori.

Quels recours ?

Dans l’hypothèse où le leader défensif des Diables Rouges ne pourrait pas revenir d’ici le dernier match de poule, il incombera à Roberto Martinez de trouver des solutions défensivement. Il en a déjà une. Le changement de système opéré par le technicien espagnol, d’un 4-3-3 à un 3-4-3 a permis de repositionner Jan Vertonghen d’une position inhabituelle d’arrière gauche à celle de défenseur central gauche.  Avec la présence de Toby Aldeweireld comme défenseur central droit, la défense semble déjà mieux sécurisée que lors de l’Euro 2016 où le défenseur de Tottenham et Denayer composaient la charnière centrale. Reste toutefois à trouver le troisième larron qui épaulera les deux joueurs des Spurs.

Dedryck Boyata regarde devant lui, il porte le maillot de la sélection belge.
Dedryck Boyata assurera l’intérim en attendant le retour de celui qui lui a souvent fait ombrage (crédits http://www.talkingbaws.com).

A ce petit jeu là, Dedrick Boyata semble tenir la corde, lui qui a toujours vécu dans l’ombre de… Vincent Kompany. Arrivé à 16 ans en Angleterre à Manchester City, il joue ses premières minutes en 2010 en Premier League contre Blackburn aux côtés de… Vincent Kompany. N’ayant jamais réellement eu sa chance, il part en prêt à Bolton, puis à Twente aux Pays-Bas. Ces prêts s’avérant infructueux, il revient à Manchester City avant de s’engager définitivement en 2015 du côté du Celtic Glasgow. Au Celtic Park, il s’impose en charnière centrale où sa grande taille (1m88) et ses qualités athlétiques lui permettent de s’épanouir au sein d’un championnat peut-être un peu moins compétitif, mais qui lui permet de revenir dans le rétroviseur de Marc Wilmots avant l’Euro 2016. Un Euro qu’il finira par manquer sur blessure. Cette fois, il aura l’occasion de s’exprimer durant au moins deux matchs. Sous l’oeil avisé de son mentor, son modèle et son leader d’équipe Vincent Kompany. Car qu’il soit sur le terrain, sur le banc, voire en tribunes, le capitaine de Manchester City transpire d’une passion qui transcende ses coéquipiers et qui pourrait, cette fois, les amener vers les sommets.

L’auteur

Clément

Clément

Maladroit dans la vie comme Valère Germain devant le but, passionné du beau jeu de Bielsa en passant par Guardiola, fan de Manchester City depuis des années, jusqu'aux abords du fameux Emptyhad. Nostalgique de Leeds où il a vécu, dans une ville qui manque à la Premier League. Peut passer du calme et de l'impassibilité d'un Mourinho à la folie furieuse de Klopp en un quart de seconde au cours d'un match.