Focus

La révélation Lingard

Élément-clé de l’attaque de MU, Jesse Ellis Lingard, de son nom complet, réalise, à 25 ans, la meilleure saison de son début de carrière. Replacé dans l’axe par José Mourinho, le natif de Warrington, à une trentaine de kilomètres de Manchester, a inscrit huit de ses treize buts en Premier League lors de la saison dernière. Des performances qui lui ont ouvert les portes des Three Lions de Southgate avec qui il s’apprête à jouer en tant que titulaire une demi-finale de Coupe du monde. Focus sur la carrière du prodige anglais.

Des débuts en dents de scie

Arrivé à l’âge de sept ans à l’académie de Manchester United, Jesse a joué pour toutes les équipes de jeunes du club en étant la plupart du temps surclassé. Il n’est pas rare de trouver des photos de lui enfant, maillot trop grand et entouré de garçons faisant deux fois sa taille. L’enfant surdoué signe son premier contrat professionnel en 2011, l’année de la victoire en FA Youth Cup avec Paul Pogba et les frères Keane entre autres. Néanmoins, la jeune pépite ne rentre pas dans les plans de Sir Alex Ferguson ainsi que ceux de son successeur David Moyes. Lingard enchaîne donc les prêts dans les divisions inférieures. En effet, il foulera les pelouses de Leicester, Birmingham, où il inscrira un quadruplé pour ses débuts face à Sheffield Wednesday, puis Brighton ou encore à Derby County.

Jesse Lingard avec le ballon du match après son quadruplé contre Sheffield Wednesday. (photo : Roy Smijanic/Birmingham Mail)
Jesse Lingard avec le ballon du match après son quadruplé contre Sheffield Wednesday. (photo : Roy Smijanic/Birmingham Mail)

Là-bas, le jeune Jesse apprendra beaucoup tactiquement en jouant avec des styles et des entraîneurs très différents. Par exemple, le Birmingham City de Lee Clark prônait une tactique “à l’anglaise” en balançant le ballon sur Nikola Zigic, échassier serbe d’1m95 alors qu’Oscar Garcia le faisait jouer entre les lignes, avec un jeu porté davantage vers l’avant à Brighton & Hove Albion. L’exigence physique des divisions inférieures l’a fait progresser physiquement, lui qui avait du mal à se replacer au début de sa carrière. À cette époque, Jesse n’était pas le meilleur. Bosseur invétéré, Il n’a pas hésité à faire des heures supplémentaires, étant souvent le dernier à partir de l’entraînement dans l’espoir d’avoir une chance, un jour, dans son club de toujours, Manchester United.

Il faudra attendre la saison 2015-2016 pour voir Louis Van Gaal le lancer dans ce qui fut sa première saison pleine avec l’équipe première. À l’époque, les supporters mancuniens attendaient beaucoup d’un Lingard qu’ils n’avaient aperçu qu’en pré-saison. Sa reprise de volée victorieuse à Wembley en prolongations de la finale de FA Cup et son but égalisateur à Stamford Bridge seront ce que retiendront les fans de cette première saison dans le Nord de l’Angleterre. Jusqu’à cette saison, le jeune anglais étaient vu comme un joueur moyen, pas impressionnant et même irrégulier. Ses approximations dans le jeu faisaient de lui ce joueur moyen, capable du meilleur comme du pire. Il n’était pas assez rapide avec le ballon comme dans l’exécution, n’éliminait pas plusieurs joueurs, réussissait seulement 9% de centres cette saison-là. Il n’était pas impressionnant et décisif comme pouvait l’être Martial à l’époque ou Rashford.

Par la suite, sa première saison avec José Mourinho sera marquée par un but en solitaire lors du Community Shield face à Leicester, ce qui le qualifiera de “joueur Wembley”. Toutefois, avec la signature d’Henrikh Mkhitaryan et la présence de Martial, Rashford, ou encore Juan Mata, la concurrence était relevée. Le désormais numéro 14 des Red Devils joue moins, ne montre pas grand-chose et est (souvent) remis en question. On se demandait à l’époque ce qu’il pouvait – vraiment – apporter à un Manchester qui fonctionnait mieux sans lui. De plus, avec son visage enfantin et son goût prononcé pour les réseaux sociaux, Lingard pouvait paraître un poil jeune sur le plan comportemental. Mais avec ses 25 années révolues, le joueur de flûte ne bénéficiait plus de l’indulgence qu’on pouvait avoir vis-à-vis d’un jeune joueur.

L’effet Mourinho

Malgré les doutes et le faible temps de jeu, Lingard n’a jamais baissé les bras, a travaillé en silence pour avoir sa chance et inverser la tendance. Les mauvaises performances à répétition de Mkhitaryan en début de saison poussent Mourinho à faire jouer l’anglais et le replacer en numéro 10. Ce choix sera payant puisqu’à la mi-saison, “JLingz” se sera imposé comme un élément indispensable du 4-2-3-1 de Mourinho pendant que l’arménien, lui, sera vendu à Arsenal. Il devient alors le dépositaire du jeu mancunien au moment où personne ne s’y attendait. Avant cette saison, personne n’aurait misé sur Jesse Lingard.

“Quand on est jeune, on fait le bond ou on ne le fait pas. C’est une chose que d’être un jeune talent, et une autre que d’être un très bon joueur. Jesse a fait ce bond-là. Il est aujourd’hui plus régulier et plus complet. Il comprend mieux le jeu, les différents espaces et les différentes positions.” – José Mourinho.

En le faisant jouer dans l’axe, Mourinho y trouve un joueur intelligent, jouant entre les lignes, avec une excellente lecture et vision de jeu. La qualité et la précision de ses passes et ouvertures permettent à ses coéquipiers de briller. Il possède également un bon coup de pied lui permettant de frapper en force ou marquer d’en dehors de la surface comme il l’avait fait pour son premier but avec MU en 2015 contre WBA. Étant un ailier de formation, il demeure un joueur rapide, capable de percuter grâce à sa technique et sa rapidité d’exécution. Il varie ses actions, est capable d’exploit individuel comme sa course en solitaire à Watford et fait énormément de bien à une attaque de MU qui avait besoin de son profil. Grâce à ses qualités, il est un élément indispensable dans un United jouant en contre-attaque. L’international anglais se montre également décisif dans les grands rendez-vous, notamment à l’Emirates en décembre où il inscrira un doublé dans la victoire 3-1 de Manchester United. C’est également lors du marathon du mois de décembre qu’il sera élu joueur du mois à Manchester (avec 85% des votes) grâce à ses 5 buts en 7 matchs, dont deux à l’Emirates.

Le Jesse Lingard de Mourinho a également progressé sur l’aspect défensif. En effet, même si son mètre soixante-quinze ne fait pas de lui le footballeur le plus physique, l’anglais se montre plus présent dans les duels, en remportant davantage et proposant un très bon rendement en phase défensive.

“Il m’a donné confiance en me faisant jouer dans le rôle que j’affectionne le plus, celui de numéro 10. Je peux le remercier pour ça. C’est bien de marquer des buts et aider l’équipe en retour.” – Jesse Lingard à propos de José Mourinho

Au delà du football, il est également un élément important du vestiaire mancunien qu’il fait vivre en partageant son amitié, sa bonne humeur, ses danses et sa positivité avec le groupe. Cela peut paraître anecdotique mais quand un groupe vit bien, tout est facilité. Le football anglais peut remercier José Mourinho d’avoir trouvé la solution à l’énigme Lingard.

Une Coupe du monde réussie

Ces performances en club lui ont donné logiquement une place sur la liste des 23 de Gareth Southgate pour la Coupe du monde en Russie, sa première grande compétition internationale. Le sélectionneur anglais, que Jesse a connu en U21, en fera même un titulaire dans son 3-5-2. Placé dans un milieu à trois avec Henderson et Alli, le nouveau numéro 7 anglais joue plus bas qu’en club, en milieu offensif. Son rôle est de créer, de jouer en mouvement, dans les petits espaces, entre les lignes comme il aime le faire. Même si on a beaucoup tendance à parler d’Harry Kane et ses nombreux buts, le jeu de Southgate est en réalité construit autour de Lingard et Dele Alli, tout aussi importants que le 9 des Spurs. Jesse Lingard a même su se montrer décisif en marquant lors de la large victoire contre le Panama 6 à 1 même s’il est vrai qu’il aurait dû marquer – encore – plus. Il peut être critiqué sur sa finition, surtout en phase de poules, mais Lingard n’est pas un finisseur et encore moins un produit fini. Sa marge de progression est énorme.

L’Angleterre ne serait pas où elle est sans ce Jesse Lingard et le milieu à trois mis en place par Southgate. Il joue un rôle important dans la réussite anglaise dans cette Coupe du monde. Grâce à lui et ses 22 coéquipiers, l’Angleterre est proche de son public comme elle ne l’a pas été depuis longtemps, fait rêver tout un pays et toute une génération. Aujourd’hui, Jesse Lingard et l’Angleterre ont rendez-vous avec l’Histoire, avec un grand “h”, en affrontant la Croatie dans l’espoir de jouer une finale de Coupe du monde et pourquoi pas décrocher la deuxième étoile sur le maillot. Après le tournoi, un contrat à long terme avec Manchester United l’attend, revalorisant son salaire et faisant de lui un joueur de plus en plus important. Il ne lui manquerait plus que de le confirmer ensuite. L’éternel espoir n’en est plus un.

L’auteur

Bento

Bento

Bento, 18 ans, français d'origine portugaise, tombé amoureux du Manchester United FC très jeune grâce à Cristiano Ronaldo et la génération 2008. J'espère vous rendre le plaisir que j'ai à écrire sur mon club.