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Grealish, par amour des Villans

C’est avec talent, bravoure et un inconditionnel amour que Jack Grealish défend à chaque seconde de chaque match le maillot grenat d’Aston Villa. Une dévotion dont la genèse remonte aux premières heures de la vie du jeune anglais.

Un amour inconditionnel

A l’image du monde moderne, le football est, lui aussi, tombé fiévreux d’une mondialisation à outrance. Les frontières n’arrêtent plus les biens, ni les hommes, et aujourd’hui, il est devenu banal d’observer un CV de joueur étoffé d’une longue liste de clubs, auxquels il a pourtant juré fidélité.

Tony Adams (Arsenal, de 1983 à 2002), Ryan Giggs (Manchester United, de 1991 à 2014) ou plus anciennement Bob Paisley (Liverpool, de 1939 à 1954)… Ces carrières exemplaires de loyauté ne sont plus que de précieux souvenirs, chéris par des fans qui eux, le resteront à jamais. Dans ce contexte, Jack Grealish fait office d’exception. Le jeune anglais n’a que 24 ans, mais son cœur est uniquement teinté du bleu et grenat d’Aston Villa.

Car si la victoire est pour la vie, l’amour, lui, est bien pour l’éternité. Un idéal philosophique qui peint à la perfection le portrait du gamin de Birmingham, épris dès son premier souffle du club paternel. Deux décennies plus tard, le natif du West-Midland anglais est devenu le fier porte étendard d’une ville si chère à son cœur. Avec – déjà – 172 rencontres disputées sous les couleurs Villans, Jack Grealish fait d’ores et déjà parti de la caste très fermée des joueurs adulés par les fans. Marquer si prématurément de son emprunte un club sept fois champion d’Angleterre et Champion d’Europe (1882) vous laisse imaginer l’étendue de l’amour réciproque que lui porte Villa Park.

Villa Park adule Jack Grealish (Crédits: Talksport)
Villa Park adule Jack Grealish (Crédits: Talksport)

Premiers pas en Premier League

Les prémices de cette belle histoire se dessinent en 2001. Le jeune Grealish intègre alors le centre de formation d’Aston Villa, au sein duquel il évoluera jusqu’en 2012. L’année suivante, il se distingue avec les U19 du club lors des NextGen Series (comprenez le tournoi des futurs talents), où un but en demi-finale face au Sporting Portugal lui aura permis de briller individuellement, avant de soulever trois jours plus tard le titre, au nez et à la barbe des plus grands cadors européens (Barcelone, Liverpool, la Juventus ou encore l’Ajax).

Mais à l’aube de la saison 2013/14, le jeune Grealish est jugé trop tendre pour s’imposer au sein de l’équipe première. Direction Notts County en League One (3e division), avec lequel il disputera 38 rencontres et marquera 5 buts, dont un premier éblouissant sur sa pelouse de Meadow Lane face à Gillingham, au terme d’une course rentrante de vingt mètres et de trois adversaires éliminés.

Son talent apparaît alors comme une évidence, programmant ainsi un retour à Birmingham dès la saison suivante. Pour ne plus jamais la quitter. En 2014, il signe ses premières minutes en Premier League face à Manchester City (défaite 4-0), avant de faire face à son premier rendez-vous pour l’histoire quelques mois plus tard, en finale de FA Cup. Mais la belle épopée vire au cauchemar – Jack Grealish et ses partenaires encaissent quatre buts contre Arsenal, échouant ainsi à ramener sur leurs terres un titre qui leur échappe depuis 1957.

Pourtant, l’exercice du jeune anglais est prometteur (10 matchs, 7 titularisations), mais le club fleurte dangereusement avec les abîmes du championnat, avant d’embrasser pour de bon une sinistre destinée, dès la saison suivante. Nous sommes à l’été 2016 et le tableau des Villans est noir. Avec 27 défaites et 17 points au compteur, le club est relégué en Championship, une première depuis l’instauration de la Premier League en 1992.

Une lourde défaite en FA Cup (Crédits: Shaun Botterill/Getty Images)
Une lourde défaite en FA Cup (Crédits: Shaun Botterill/Getty Images)

Le cap du Championship

C’est en deuxième division que Jack Grealish s’affirme pleinement comme le leader d’une équipe qui n’ambitionne qu’un retour en Premier League. Trois saisons de pénitence teintées d’une fidélité sans failles, malgré les attrayantes sirènes de Tottenham à l’été 2018 et la finale d’accession perdue quelques semaines plus tôt face à Fulham (1-0).

Le jeune anglais impressionne sur le terrain, mais s’enlise depuis quelques années déjà dans diverses affaires extra-sportives – inhalation d’oxyde de nitrate, sortie peu judicieuse en boite de nuit un soir de défaite, dégradations, accidents de voitures … une aura sulfureuse aux effluves semblable à celles d’idoles comme George Best ou Paul Gascoigne, dont les mésaventures sont au fil du temps devenues légendes. Son entraineur en 2015, Tim Sherwood, déclara à la presse:

« J’ai parlé avec lui. Ce comportement doit cesser. Jack ne peut malheureusement pas vivre une vie normale puisqu’il est un modèle pour le public. Il doit apprendre à se contrôler. »

Mais ces frasques n’érodent en rien le diamant Grealish, dont la propension à faire oublier ses fautes est aussi perfectionnée que son talent balle au pied. « Il est l’un des meilleurs joueurs de la ligue », juge Dean Smith, l’actuel entraîneur d’Aston Villa. Percutant, organisateur, doté d’une vision juste du jeu et d’une technique au-dessus de la moyenne, le jeune numéro 10 donne cette envoûtante impression de danser au cœur des défenses. Sa faculté à éliminer un premier défenseur et à fixer un second pour créer le décalage fait merveille, illuminant d’une élégance rare chacune de ses interventions

Un talent pur qui contraste avec un caractère volcanique et une force de caractère peu commune, qui fait cependant le bonheur d’Aston Villa. Le 19 mars 2019, le jeune meneur est frappé au visage en plein match par un supporter de Birmingham, lors d’un derby brûlant de passion. Quelques minutes plus tard, il fera chavirer de bonheur ceux dont le cœur bat grenat, en inscrivant d’une frappe croisée le but victorieux (2-1). C’est dans les grands jours que surgissent les grands hommes. Deux mois plus tard, le 27 mai, Jack Grealish vaincra enfin ses démons de Wembley en remportant une finale d’accession 2 buts à 1 face à Derby County, après avoir disposé du voisin West Bromwich Albion en demi-finale.

Cette saison, il devient à chaque rencontre un peu plus difficile de lui attribuer le surnom de « jeune », tant le meneur impressionne par sa maturité. Auteur de 7 buts et 5 passes décisives en Premier League, il s’affirme définitivement comme le capitaine d’un navire Villans qui bataille pour garder le cap (16e du championnat avec 2 points d’avance sur la zone rouge).

Mais c’est dans la douleur de l’épreuve que se forge Jack Grealish, l’anglais d’origine irlandaise qui a finalement choisi de postuler pour les Three Lions en septembre 2015, après avoir honoré 17 capes avec les équipes jeunes des verts et blancs. Une question se pose désormais – jusqu’à quand Aston Villa pourra retenir un joyaux qui chaque semaines s’affirme comme l’un des meilleurs joueurs du royaume ? Quelle qu’en soit la réponse, le nom de Grealish restera à jamais gravé dans l’historique marbre du club de Birmingham.

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