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Ciao Deano

Les histoires d’amour finissent en général mal. Même les plus belles, les plus intenses. En mettant un terme au contrat de son manager Dean Smith, Aston Villa a fait le choix du pragmatisme : pas de résultats, plus de contrat.

Un choix entériné par une cinquième défaite de rang pour les Claret & Blues, sortis vainqueurs trois fois en onze matches de Premier League cette saison. Un choix qui divise du côté de Birmingham. Malgré un bilan difficile à défendre au premier tiers de la saison (16e, 10pts), « Deano » n’avait pas que des détracteurs du côté des supporters. Bien au contraire. Chez les « Holte Enders », il avait trouvé sa place.

L’ancien de Brentford était venu plein d’humilité au secours de son club de cœur, alors embourbé dans le milieu de tableau de Championship. « Mon ambition en tant que joueur a toujours été de rejoindre Aston Villa. Mais je n’ai jamais pu atteindre un tel niveau. C’est génial de pouvoir être là aujourd’hui, en tant que manager », déclarait-il lors de la conférence de presse suivant son intronisation. En l’espace de trois ans, l’ancien défenseur central de Leyton Orient aura vécu des expériences que bien peu avant lui auront vécues. Une montée en Premier League, après notamment une série folle de dix victoires consécutives, passant de la 14ème place de deuxième division anglaise à un match pour la gloire à Wembley. Une première saison étouffante dans l’élite, avec un maintien acquis lors de la dernière journée, malgré un déficit de 7 points sur le premier non-relégable à quatre matches de la fin. Une troisième saison encourageante, avec une onzième place, sans oublier une finale de League Cup, perdue d’un cheveu face à Manchester City (2-1) en 2020.  

Mais Dean Smith, ce ne sont pas que les résultats. Sous l’égide de son entraîneur, Villa a repris des couleurs, de la vie. Club historique à la dérive, le cœur de Birmingham s’est remis à battre. Il est parfois des oncologues capables de soigner les patients les plus gravement touchés. Deano a redonné aux supporters une raison d’être et d’espérer. L’unité et l’humilité. La confiance et la certitude. Parfois à l’excès, de nombreux supporters croyant dur comme fer en une place en coupe d’Europe dès la saison prochaine. Le passage de Dean Smith à Villa incarnait tout cela à la fois. « Dean Smith’s Claret and Blue army », comme l’a chanté à l’unisson Villa Park. Son départ revêt tout de même une forme d’injustice : le départ de Jack Grealish nécessitait un temps d’adaptation. Pas épargné par les blessures au sein de son groupe, il n’aura pas pu jouir pleinement de ses nouveaux joyaux, Danny Ings, Leon Bailey et Emiliano Buendia. Jusqu’alors, il faisait l’unanimité. Et, à Birmingham, rares sont ceux qui laisseront une telle trace.

Dean Smith et Leon Bailey après le coup de sifflet scellant le sort du manager des Villans au St Mary’s stadium de Southampton (Crédits: Icon Sport)

Le romantisme en prend un coup. En l’espace de trois mois et demi, la star Jack Grealish et son ex-manager Dean Smith ont tous deux quitté le navire qui tangue dangereusement aujourd’hui. Deux Villans, supporters et amoureux du club dont ils portaient fièrement les couleurs. L’ode à la poésie a laissé place à un réalisme froid. Le football n’est aujourd’hui plus porté par les sentiments mais par la vérité des chiffres, comme toute entreprise dont le premier trimestre s’est révélé décevant. Dean Smith croyait pourtant en sa capacité à inverser la tendance. « Si l’espoir fait vivre, ceux qui vivent d’espoir meurent de faim. » Les propriétaires du club, Nassef Sawiris et Wes Edens, patrons aux résultats brillants, en connaissent un rayon. Le changement s’avère parfois nécessaire pour relancer une dynamique positive. Même à contre-cœur.

Ciao, Deano.

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L’auteur

Quentin

Quentin

Néo-membre du cartel God Save The Foot. Bercé au foot anglais et adopté par Villa Park. Suiveur assidu du Championship et des Glasgow Rangers. Amoureux de la patte gauche de Jérôme Rothen et du pied droit de Jack Grealish. Sur le terrain, quelque part entre James Milner, John Carew et Gaby Agbonlahor. Entière confiance en Dean Smith, Gareth Southgate et Tyrone Mings. We even conquered Europe, in 1982...