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Carlos Carvalhal, les ailes de la liberté

Depuis son arrivée au Pays de Galles, Carlos Carvalhal a sonné la rébellion au sein du club de Swansea. Plus que des chiffres, l’entraîneur de Swansea a amené sa philosophie de vie plus que de jeu, un cygne de bonne augure quant à la suite du championnat.

« Lorsqu’un cygne coule, un autre cygne prendra son envol. »

Une citation attribuée à Carlos Carvalhal, métaphore de son départ de Sheffield Wednesday et de son envol pour Swansea au Pays de Galles. Contraint de quitter le club des Owls après une série de 7 matchs sans victoire en Championship, il est appelé par le propriétaire du club Huw Jenkins le soir du réveillon et 4 jours plus tard le voilà au Liberty Stadium.

Le classement de Swansea lors de l'arrivée de Carlos Carvalhal. (Source : Sky Sports)
Le classement de Swansea lors de l’arrivée de Carlos Carvalhal. (Source : Sky Sports)

Avant son arrivée, Swansea est lanterne rouge de Premier League et dirigée par un Paul Clement qui n’arrive toujours pas à devenir titulaire, lui qui a souvent été l’assistant de Carlo Ancelotti (Chelsea, Real et Bayern) mais peine encore à s’imposer comme un technicien accompli. Au pays de Galles il n’a jamais réussi à remplacer les départs de Fernando Llorente, Jack Cork et surtout de Gylfi Sigurdsson. Wilfried Bony est porté disparu, Renato Sanches n’a pas digéré son arrivée forcée chez les Swans, Roque Mesa ne s’est pas adapté avec son nouveau club. Dans tous ces transferts ratés, seul Sam Clucas semble être une réussite. Paul Clement était le 7ème coach en 3 saisons des Swans si on inclut les interims de la légende du club Alan Curtis lors des 2 décembres des saisons 2015-16 et 2016-17 et de Leon Britton. L’échec de Paul Clement réside dans son incapacité a créer du jeu, de reproduire le « Swansea Way » ce jeu de possession et de mouvement qu’on pouvait voir à Swansea a disparu après l’éviction de Michael Laudrup en février 2014 et qui n’a jamais été restauré.

Les Big Bisous de Carlos Carvalhal

18 points en 10 matchs alors que Swansea n’en avait que 13 après 20 journée, Swansea est désormais 14ème à 3 points de la zone rouge. Carlos Carvalhal est arrivé avec un système qui est en vogue en Angleterre depuis la saison dernière : le 3-4-3. Un système où les deux milieux axiaux (Ki Sung-Yueng et Tom Carroll) en sont les pièces maîtresses, qui préservent l’équilibre du groupe avec 5 jours offensifs et 5 défensifs, une équipe « coupée en deux » sans être pour autant dénuée de toute logique de jeu. Les deux pistons de chaque côté montent très haut et apportent le soutien aux 3 attaquants, de quoi permettre de créer du jeu sans être pour autant friable sur une contre-attaque. Il y a également la montée en puissance d’Alfie Mawson, récompensé de sa sélection récente avec les Three Lions, il répond aux demandes de Carlos Carvalhal lorsqu’il s’agit de repartir depuis l’arrière et de reconstruire. La transition est capitale pour les Swans, on a des passes très rapides qui sont orientées vers les deux latéraux ayant la tâche d’apporter le danger rapidement dans la surface adverse. Il y a également la discipline défensive des joueurs que l’on a pu constater lors du match face à Huddersfield (0-0) où Jordan Ayew a été exclu dès la 11ème minute de jeu, les Swans se sont contenter de défendre, non pas de manière à faire le bus mais de positionner des joueurs dans le but de quadriller le terrain pour ne laisser aucun espace à l’adversaire et l’empêcher de se créer des occasions.

Swansea dans le Big Six depuis l'arrivée de Carlos Carvalhal, après 31 journées. (Source : transfertmarkt.com)
Swansea dans le Big Six depuis l’arrivée de Carlos Carvalhal, après 31 journées. (Source : transfertmarkt.com)

L’homme aux métaphores disait même après sa victoire prodigieuse face à Liverpool (1-0) lors de la 24ème journée où il avait déclaré en conférence d’après-match : »Ils [les joueurs de Liverpool] sont comme une Formule 1. Mais à 16 heures dans les embouteillages londoniens elle aurait du mal à accélérer, elle ne serait qu’une voiture comme les autres. » La défense à 3 évoluant à 5 pendant la plus grande partie de la rencontre, vous ajoutez les deux axiaux Ki et Leroy Fer pour ne donner aucun espace au trio fabuleux Salah-Mané-Firmino. 8 jours plus tard pour la journée suivante, Swansea réservait le même destin aux joueurs d’Arsenal en l’emportant 3 à 1 cette fois-ci, synonyme d’une des défaites les plus difficiles à encaisser pour les Gunners cette saison. Ce travail qu’a apporté Carvalhal est aussi récompensé par la chance, à l’image du poteau trouvé par Firmino lors de la dernière minute ou du but de Wilfried Ndidi malencontreusement refusé et qui aurait pu doubler la marque pour les Foxes alors que le match s’est terminé sur un score nul 1-1 (Leicester – Swansea, 26ème journée). Mais la chance ne fait pas tout, on l’a dit.

Le capitaine d’un navire

Depuis son arrivée Carlos Carvalhal nous a livré plusieurs citations toutes aussi excentriques les unes des autres. Lors du mercato hivernal il disait : »nous avons de l’argent pour des sardines mais je veux du homard » ou que « le bateau est en mer mais le poisson n’a pas mordu à l’hameçon » en mimant un rameur. Pour lui une victoire est aussi « douce que le miel » en « mettant toute la viande sur le grill » et en parlant de la situation de Swansea après la victoire sur Liverpool : »Nous pouvons désormais regarder la côte, avant nous étions dans les abysses, tu ne vois rien seulement des poissons et des rochers ainsi que beaucoup choses sombres. Quand tu as la tête hors de l’eau, tu peux voir la côte mais nous devons continuer à nager pour l’atteindre et être en sécurité. » Il parle également des statistiques en disant « Si toi et moi allons en pique-nique et si tu apportes un poulet que je déguste seul et que tu ne manges rien, statistiquement tu auras mangé la moitié. » Vous l’avez compris, il a un don pour ces métaphores culinaires et océaniques -qui n’auraient rien à envier à John Keats- afin de mettre un peu d’ambiance dans les conférences de presse qui sont devenues des évènements incontournables dans le royaume.

Devinez qui arrive à faire jouer les "Ayew brothers" ensemble. (Source : 90min)
Devinez qui arrive à faire jouer les « Ayew brothers » ensemble. (Source : 90min)

Il a aussi amené sa conception du football, celle de l’école portugaise où on retrouve Carlos Queiroz, José Mourinho, Léo Jardim, etc… tous influencés par Manuel Sergio qu’il exporté au Pays de Galles. Il apporte son idée de périodisation tactique où il impose à ses joueurs de s’entraîner constamment balle au pied, l’idée qu’un footballeur ne peut que devenir meilleur en pratiquant son sport. Cela fonctionne, on le remarque avec des joueurs comme Ki ou Mawson qui se prêtent très bien aux demandes du coach quant à la nécessité d’être technique et de créer du jeu. Carvalhal est aussi un théoricien, on retrouve sa philosophie de jeu dans son ouvrage paru en 2014 dans un ouvrage intitulé « Developing a Know-How » écrit en collaboration avec ses deux adjoints Bruno Lage et Joao Mario. Le tacticien portugais semble être un entraîneur aussi subtil que brillant, malgré son échec chez les Owls, on ne peut que penser que Swansea est entre de bonnes mains et peut espérer des choses meilleures. On aura cependant pas le « Swansea Way » mais un football qui demeure attrayant et agréable à regarder avec ce capitaine d’une épave devenue caravelle fuyant la tempête.

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L’auteur

Ilhan

Ilhan

Ilhan, c’est avant tout un mélange. Le prince de sang-mêlé anglo-turc. Ses parents ont fait un featuring avec Hagrid et Sandro pour le procréer. Sa barbe, c’est Marouane Fellaini. Ne jure que par Tottenham. Apporte sa voix quand il s’agit de parler de foot, et nostalgique de Gary Lineker, Paul Scholes et Mido. C’est aussi un fêtard 5 étoiles. Footballistiquement, son foie est un condensé de George Best et de Paul Gascoigne. Il aimerait mourir dans le rond central de White Hart Lane en jouant à FM.

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